400px|thumb|right|Reconstitution approximative du palais de Charlemagne.

Le palais d’Aix-la-Chapelle était un ensemble de bâtiments résidentiels, politiques et religieux choisi par Charlemagne pour être le centre du pouvoir carolingien. Le palais était situé dans la ville actuelle d’Aix-la-Chapelle qui se trouve à l'ouest de l’Allemagne, dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. On sait que le gros œuvre était terminé en 798 et que la chapelle fut consacrée en 805, mais les travaux continuèrent jusqu’à la mort de Charlemagne en 814. C’est Eudes de Metz qui dessina les plans du palais qui s’inscrivait dans le programme de rénovation du royaume voulue par le souverain. La majeure partie du palais a été détruite, mais il subsiste la chapelle palatiale qui est considérée comme une richesse de l’architecture carolingienne et un beau témoin de la Renaissance carolingienne.

thumb|250px|left|La construction d’Aix-la-Chapelle, enluminure de Jean Fouquet, dans les Grandes Chroniques de France, . Charlemagne est au premier plan.

thumb|400px|right|Plan simplifié : 1 = salle des assemblées ; 2 = porche ; 3 = Trésor et archives ; 4 = galerie de jonction ; 5 = tribunal et garnison ; 6 = metatorium ; 7 = curie ; 8 = secretarium ; 9 = chapelle ; 10 = atrium ; 11 = thermes.

Contexte et histoire du palais Le palais avant Charlemagne Dans l’Antiquité, les Romains choisirent le site d’Aix pour ses sources thermales et sa position de poste avancé vers la Germanie. Appelé Aquae Granni, le site fut aménagé avec des thermes sur un espace de 20 hectares qui furent utilisés du au ... La cité romaine grandit en liaison avec ces thermes selon un plan en damier classique qui suivait celui d’un camp de légionnaires. Un palais était destiné à accueillir le gouverneur de la province ou l’empereur. Au , la ville et le palais furent détruits par les grandes invasions. Alors que Clovis fit de Paris la capitale du royaume des Francs, le palais d’Aix fut abandonné jusqu’à l'avènement de la famille carolingienne. Les maires du palais pippinides réalisèrent quelques travaux de restauration, mais le palais d’Aix n’était alors qu’une résidence parmi beaucoup d’autres. La cour franque était nomade et les souverains se déplaçaient au gré des circonstances. Vers 765, Pépin le Bref fit ériger un palais sur les restes de l’ancien bâtiment romain ; il fit restaurer les thermes et les débarrassa de ses idoles païennes.. Dès son arrivée au pouvoir en 768, Charlemagne séjourna à Aix, mais aussi dans d’autres villas d’Austrasie. Dans les années 790 cependant, il décida de se fixer pour gouverner son royaume puis son empire de manière plus efficace.

Le choix d’Aix thumb|Statue de Charlemagne devant l’hôtel-de-ville.

Le choix d’Aix fut mûrement réfléchi par Charlemagne et intervint à un moment clé de son règne. Depuis son avènement comme roi des Francs, Charlemagne avait mené de nombreuses expéditions militaires qui lui permirent d’enrichir le trésor, mais aussi d’agrandir le royaume, notamment vers l’est. Il conquit la Saxe païenne en 772-780, mais la région résista et les guerres contre les Saxons durèrent une trentaine d’années. Charlemagne finit par rompre avec l’usage germanique d’une cour itinérante qui allait de domaine en domaine : alors qu'il établissait pendant quelques mois sa Cour dans une douzaine de palais, il privilégia le palais d'Aix-la-Chapelle à partir de 790 et fit de la ville le , « siège son royaume ». Avec l’âge, il diminua le rythme des expéditions armées et, après 806, il ne quitta pratiquement plus Aix..

La situation géographique d’Aix fut décisive dans le choix de Charlemagne : le lieu se trouvait au cœur des terres carolingiennes, en Austrasie, une région qui restait le berceau de sa famille, à l’est de la Meuse, sur un carrefour de routes terrestres et sur un affluent du Rhin, le Wurm. Ensuite, Charlemagne laissa l’administration des régions méridionales à son fils Louis, nommé roi des Aquitains. : il pouvait ainsi résider au nord.

thumb|left|300px|L’empire carolingien et sa capitale Aix-la-Chapelle au début du .

L’installation à Aix permit en outre à Charlemagne de contrôler de près les affaires saxonnes. Charlemagne vit également tous les avantages du lieu : entourée de forêts giboyeuses, il comptait faire des parties de chasse dans les environsG. Démians d’Archimbaud, Histoire artistique de l’Occident médiéval, 1992, .. L’âge et les rhumatismes avançant, l’empereur se réjouissait de pouvoir profiter des sources d’eau chaude d’Aix, il y avait d'ailleurs fait creuser une piscine où 100 personnes pouvaient se baigner à la fois« À la recherche de Charlemagne », documentaire de Perrine Kervran, France Culture, 30 avril 2013.

Les lettrés de l’époque carolingienne présentaient Charlemagne comme le « Nouveau Constantin » : dans cette optique, il lui fallait une capitale et un palais dignes de ce nom.M. Durliat, Des barbares à l’an Mil, 1985, .. Il laissa Rome au pape. La rivalité avec l’empire byzantin poussa Charlemagne à construire un palais somptueux. L’incendie du palais de Worms en 793 fut également un événement qui l’encouragea à réaliser ce projet..

Un projet important confié à Eudes de Metz thumb|Éginhard est le biographe de Charlemagne ; c’est grâce à lui que l’on connaît le nom de l’architecte du palais (enluminure des ).

Les historiens ne savent presque rien de l’architecte du palais d’Aix, Eudes de Metz. Son nom apparaît dans un texte d’Éginhard (v. 775-840), le biographe de Charlemagne. On suppose qu’il fut un clerc arménien, cultivé, familier des arts libéraux, en particulier du quadrivium. Il a sans doute lu les traités d’architecture de Vitruve..

La décision de construire le palais intervint à la fin des années 780 ou au début des années 790, alors que Charlemagne ne possédait pas encore le titre d’empereur. Le chantier débuta en 794 et se poursuivit pendant plusieurs années. Aix devint rapidement la résidence préférée du souverainChristian Bonnet (dir.), Les sociétés en Europe (milieu du - fin du ), Paris, Ellipses, 2002, , .. Après 807, il ne s’en absenta presque plus. Faute d’une documentation suffisante, il est impossible de connaître le nombre d’ouvriers employés. Mais les dimensions de l’ensemble palatial permettent d’imaginer qu’ils furent nombreux.

Le plan adopté était d’une grande simplicité géométrique : Eudes de Metz décida de garder le tracé des rues romaines et d’inscrire le palais dans un carré de 360 pieds carolingiens de côtéun pied carolingien correspond à ., soit .. Le carré délimitait une surface de 20 hectares partagée en quatre par un axe nord-sud (correspondant à une galerie maçonnée) et un axe est-ouest (correspondant à une ancienne voie romaine, le decumanus).. Au nord de ce carré se trouvait la salle de l’assemblée, au sud la chapelle palatiale. L’architecte a tracé un triangle vers l’est pour raccorder les thermes au complexe palatial. Les deux édifices les mieux connus sont la salle des assemblées (aujourd’hui disparue) et la chapelle palatine, intégrée à la cathédrale. Les autres bâtiments sont mal identifiésRégine Le Jan, La société du Haut Moyen Âge, , Paris, Armand Colin, 2003, , . : souvent construits à colombages, en bois et en brique, ils ont été détruits. Enfin, le complexe palatial était entouré d’une muraille..

L’installation de la cour à Aix et le chantier de construction du palais ont stimulé l’activité de la ville qui s’est agrandie à la fin du et au début du . Des artisans, des commerçants et des marchands s’étaient en effet installés près de la cour. Certains grands logeaient dans leurs résidences en ville. Les membres de l’Académie palatine et les conseillers de Charlemagne tels qu’Éginhard et Angilbert possédaient une maison à proximité du palais.

La salle de l’assemblée 250px|thumb|Localisation de la salle de l'assemblée (en rouge).

Située au nord du complexe palatial, la grande salle de l’assemblée ( ou aula palatina en latin) était destinée à accueillir les plaids généraux, une fois par an. Il s’agissait de la réunion des Grands du royaume, puis de l’Empire, c’est-à-dire des dignitaires et des relais du pouvoir : comtes, fidèles et vassaux du roi, évêques et abbés. L’assemblée générale se tenait habituellement au mois de mai ; les participants y discutaient des affaires politiques et judiciaires importantes. Les capitulaires, rédigés par les copistes de la chancellerie d’Aix, résumaient par écrit les décisions qui avaient été prises. C’est aussi dans ce bâtiment qu’avaient lieu les cérémonies officielles et les réceptions des ambassades. Décrivant le couronnement de Louis, fils de Charlemagne, Ermold le Noir indique que Charlemagne y parlait « du haut de son siège d’or »Ermold le Noir, Poème sur Louis le Pieux et épîtres au roi Pépin, édité et traduit par Edmond Faral, Paris, Les Belles Lettres, 1964, ..

thumb|250px|left|La basilique de Constantin à Trèves en Allemagne servit probablement de modèle à la salle de l’assemblée d’Aix.

Les dimensions de la salle () étaient adaptées à recevoir plusieurs centaines de personnes en même temps. : si l’édifice n’existe plus aujourd’hui, on sait qu’elle mesurait sur , pour une hauteur de . Son plan semble inspiré de l'aula palatina romaine de Trèves. La structure était constituée de briques et sa forme était celle d’une basilique dotée de trois absides : la plus grande (), située à l’ouest, était destinée à accueillir le roi et son entourage. Les deux autres absides étaient plus petites et disposées au nord et au sud. La lumière entrait par deux rangées de fenêtres. L’intérieur était probablement orné de peintures mettant en scène des héros de l’Antiquité et des héros contemporains. Une galerie de bois ceinturait tout l’édifice entre ces deux rangées. Il était possible depuis cette galerie de voir le marché qui se tenait au nord du palais. On entrait par une galerie à portiques aménagée au sud de la salle. L’absidiole sud coupait en deux cet accès.

La chapelle palatine

Description thumb|right|Coupe de la chapelle palatine. La chapelle palatiale était placée à l’autre bout du complexe palatial, tout au sud. Elle était reliée à l'aula regia par une galerie maçonnée. Elle représentait l’autre aspect du pouvoir de Charlemagne, le pouvoir religieux. L’édifice fut consacré en 805 par le pape Léon III, en l’honneur de la Vierge Marie, mère de Jésus.

Plusieurs bâtiments étaient occupés par les clercs de la chapelle et formaient un plan en croix latine : à l’est une curie, au nord et au sud des bureaux et à l’ouest un avant-corps (WestbauUn porche entouré de deux tourelles d’escalier, l’ancêtre des massifs occidentaux) et un atrium à exèdres. Mais la pièce centrale était la chapelle coiffée d’une coupole à huit côtés, d’un diamètre de et d’une hauteur de .Collectif, Le grand atlas de l’architecture mondiale, Encyclopædia Universalis, 1982, , .. Huit piliers massifs reçoivent la poussée des grandes arcades. Au rez-de-chaussée, un collatéral entoure la nef située sous la coupole ; c’est là que se tenaient les serviteurs du palaisG. Démians d’Archimbaud, Histoire artistique de l’Occident médiéval, 1992, ..

thumb|left|250px|Le trône dit de Charlemagne exhaussé sur une estrade de pierre, dans la tribune de la chapelle palatine.

Les deux étages (tribunes) s’ouvrent sur l’espace central par des baies en plein cintre, soutenues par des colonnes. Le pourtour intérieur forme un octogone alors que le côté extérieur se développe en un polygone à seize côtés. La chapelle disposait de deux chœurs placés à l’est et à l’ouest. Le roi s’asseyait sur un trône constitué de plaques de marbre blanc, au premier étage et à l’ouest ; il était entouré par les proches de sa cour. Il avait ainsi vue sur trois autels : celui du Sauveur, juste en face, celui de la Vierge au rez-de-chaussée et celui de saint Pierre, au fond du chœur oriental.