Venise ( // ; ou /veˈnɛsja/) est une ville côtière du Nord-Est de l'Italie, sur les rives de la mer Adriatique. Elle s'étend sur la Terraferma veneziana ainsi que sur un ensemble de îles séparées par un réseau de canaux et reliées par 435 ponts. Son centre historique est situé au milieu de la lagune vénète, celle-ci étant entre les estuaires du Pô et du Piave. Venise est renommée pour cet emplacement exceptionnel, ainsi que pour son architecture et son patrimoine culturel, qui lui valent une inscription par un comité de l'UNESCO sur la liste du patrimoine mondial.

Venise est la capitale de la région de la Vénétie. En 2023, la commune comptait , dont (.), sur les rives (), pour la plupart dans les de Mestre et Marghera, et dans d'autres îles de la lagune. Avec Padoue et Trévise, Venise constitue l'aire métropolitaine Padoue-Trévise-Venise (PATREVE), une entité statistique de .

Fondée peu après 568 par des réfugiés fuyant l'invasion lombarde, elle fut la capitale pendant onze siècles, de 697 à 1797, de la république de Venise. Durant le Moyen Âge et la Renaissance, la ville fut une grande puissance maritime, à l'origine de la Quatrième croisade et victorieuse lors de la bataille de Lépante en 1571 contre l'Empire ottoman. Grâce à ses liens avec l'Asie et le Proche-Orient, dont le marchand et explorateur Marco Polo fut l'initiateur, elle devint également l'une des principales places commerciales d'Europe, notamment de la soie, des céréales et des épices. Enfin, elle est un centre culturel majeur, du , dont les peintres de l'École vénitienne (Titien, Véronèse et le Tintoret), le dramaturge Carlo Goldoni et le compositeur Antonio Vivaldi sont les principaux représentants.

Son nom provient du peuple qui habitait la région avant le , les Vénètes. Dénommée en latin, elle est parfois surnommée la , la , la , la , la , la ou encore la . La ville est aujourd'hui célèbre pour ses canaux et ses gondoles, ses nombreuses églises, la place Saint-Marc, le palais des Doges, le Pont des Soupirs, sa Biennale ainsi que son carnaval.

Le classement des endroits où ne pas aller pour les préserver.., publié par le guide américain Fodor's, mentionne explicitement Venise dans un groupe de villes et lieux à éviter. En effet, important centre touristique depuis le , elle est devenue à l'époque contemporaine une attraction du tourisme mondial, posant des problèmes de fréquentation et la question du tourisme durable.. Confrontée au phénomène récurrent de surtourisme, Venise est de plus doublement menacée, à la fois par un tourisme de masse et par des risques de submersion., au point que le Centre du patrimoine mondial recommande l'inscription de la ville sur la liste du patrimoine mondial en péril depuis 2023..

Histoire

vignette|Venise filmée depuis les canaux en 2002. Antiquité Les clés de la domination économique de Venise sur l'Italie au Moyen Âge sont l'insularité et l'aisance navale des Vénitiens qui n'a cessé de croître pendant plus d'un millénaire.

La région à l'extrémité nord-ouest de la mer Adriatique, où se jettent plusieurs fleuves issus des Alpes, est habitée dès l'Antiquité par des pêcheurs, mariniers et saulniers. Cette zone faisait partie de la région X créée par Auguste. Cette région fut nommée ensuite Venetia du nom des Vénètes, ancien peuple italique intégré dans la République romaine dès le ; Aquilée , en était le centre religieux et portuaire important.

Les invasions des Goths d'Alaric et des Huns d'Attila poussèrent les populations locales (notamment les habitants de la ville romaine d'Altinum, à quelques kilomètres sur la côte). à se réfugier dans les îles des lagunes situées le long de la mer Adriatique, près du delta du Pô. Selon la légende développée ultérieurement par les Vénitiens pour démontrer l'ancienneté de leur cité et de leurs franchises, Venise aurait été fondée le dans les îlots du rivus altus, qui est devenu le Rialto.

En 452, un premier établissement fut fondé par des réfugiés de Padoue et d'Aquilée. La région échut par la suite au Royaume ostrogoth.

Moyen Âge Entre 535 et 552, l'empereur romain d'Orient Justinien entreprit de reprendre le contrôle de l'Italie et la Vénétie fut reconquise par le général Bélisaire.

Lorsque les Lombards envahirent l'Italie du nord en 568, des habitants des régions voisines vinrent se réfugier en nombre dans les îles de la lagune formée par l'estuaire du Pô car la « Vénétie maritime », zone marécageuse, difficile d'accès tant pour les armées terrestres que pour des navires à quille des éventuels agresseurs, était restée sous la juridiction de l'Italie byzantine, plus précisément de l'exarchat de Ravenne. Fondée vers la fin du , la cité de Venise fut ainsi un refuge de la civilisation romano-byzantine, qu'elle fit perdurer au fil de son histoire ancienne.

Profitant de l'antagonisme entre les Byzantins et les Lombards, les Vénitiens accrurent leur autonomie et se dotèrent d'un pouvoir local incarné par le premier duc ou « doge » (du latin dux, chef), Paolucio Anafesto (697-717), personnage aux confins de la légende et de l'histoire. Comme les Lombards, les Francs tentèrent à leur tour d'envahir sans succès les îles, et lorsqu'il fut couronné empereur du Saint-Empire romain par le pape en 800, Charlemagne laissa libre le duché de Vénétie.

La ville de Venise devint progressivement indépendante à mesure que les Byzantins se retiraient de l'Adriatique, peu après l'an 1000, lors de l'émergence du royaume de Hongrie et des états slaves du sud comme la Croatie. La cité-État s'appuya dès lors sur la mer pour étendre son pouvoir et maintenir son contrôle sur les anciennes escales byzantines de Pola, Zara, Sebenico, Spalato et Cattaro.

Le commerce du sel, puis l'expansion commerciale vers la Méditerranée orientale, entraînèrent une forte croissance de la « sérénissime » république de Venise, qui multiplia ses possessions et agrandit ses territoires tant vers les terres fertiles de la plaine du Pô (avec les cités de Bergame, Brescia, Vérone, Padoue, Trévise et Udine), que vers les côtes et les îles de la Méditerranée orientale, vers les débouchés occidentaux de la route de la soie. Ayant détourné la quatrième croisade sur une métropole chrétienne, mais très prospère : Constantinople, la République s'empara des richesses de l'Empire byzantin et constitua son propre empire maritime englobant les deux tiers de l'Istrie, la Dalmatie avec ses îles et la plupart des îles grecques. Elle entra en conflit avec Gênes, sa grande rivale en Italie du nord et en Méditerranée. L'apogée de cette lutte fut la quatrième guerre génoise, autrement nommée guerre de Chioggia. Venise sortit du conflit victorieuse, mais exsangue. Le traité de Turin, en 1381, ne lui fut pas particulièrement avantageux : malgré sa victoire, Venise dut renoncer à des territoires en Orient et concéder certains droits à sa rivale. Elle perdit aussi Trévise et la Dalmatie continentale qui échut pour un temps au roi de Hongrie. Cependant, elle conserva ses institutions et ses principales escales et colonies.

Temps modernes

Venise n'a pas de constitution écrite : les attributions et le mécanisme des institutions gouvernementales relèvent du droit coutumier. Les organes de décision gouvernementaux forment une pyramide dont l'Assemblée populaire est la base et le doge le sommet. Entre les deux siègent le Grand Conseil, les Quarante et le Sénat, puis le Conseil ducal. Cette organisation politique dont les traits se dessinent au se maintient jusqu'en 1797Frédéric C. Lane, Venise, une république maritime, Flammarion, 1988.. Le quadruplement de la puissance navale dans le premier tiers du fait de l'arsenal de Venise la plus grande usine du monde, employant jusqu'à , dans une enceinte secrète de . L'activité navale est portée par le dynamisme du quartier d'affaires vénitien.vignette|Scala del Bovolo (Palais Contarini del Bovolo).

La ville a pu armer une flotte de six mille navires, un chiffre énorme pour l'époque, lui permettant régner sur la mer Méditerranée, de protéger ses convois commerciaux et de convoyer des forces armées. Le quartier du Rialto est la première bourse organisée, selon l'historien Fernand Braudel. Les marchands y échangent des participations dans les galères vénitiennes, mises aux enchères selon le système de l'Incanto des galées du marché.. Venise devient ainsi le plus important port de Méditerranée, surclassant Constantinople. Il lui faut alors conquérir des terres sur la lagune.

Sans le savoir, Venise a elle-même amorcé son déclin lors de son expansion maximale en procédant au partage de l'Empire byzantin qui ne retrouva jamais sa puissance perdue, ce qui facilita la progression ottomane en Méditerranée et en Europe, la privant successivement de toutes ses terres grecques à l'exception des îles Ioniennes, et de ses accès aux débouchés de la route de la soie. De plus, la ville est très touchée par la peste noire. Malgré la victoire sur les Ottomans à Lépante en 1571, la république de Venise perd encore de son importance commerciale à cause du détournement du commerce européen vers les océans après la découverte de l'Amérique.

Venise maintient son rayonnement culturel en devenant la ville européenne la plus élégante et raffinée du , avec une forte influence sur l'art, l'architecture et la littérature.

Époque contemporaine

Redevenue politiquement un État italien parmi d'autres, Venise est annexée par Napoléon Bonaparte le , durant la première coalition. L'invasion des Français met un terme à près de d'indépendance. Bonaparte est cependant perçu comme une sorte de libérateur par la population pauvre et , république oligarchique et aristocratique où le pouvoir et la plupart des richesses étaient monopolisés par quelques dizaines de familles. Bonaparte supprime les barrières du Ghetto ainsi que les restrictions de circulation imposées aux Juifs.

En 1797, par le traité de Campo-Formio, Bonaparte livre provisoirement Venise et ses territoires aux Habsbourg en échange de la Belgique, puis il les leur reprend en 1805 pour l'intégrer au royaume d'Italie dont il se fait couronner roi. Après ses défaites, Venise et la plupart de ses territoires sont intégrés dans l'empire d'Autriche en 1815. La domination autrichienne sur Venise et la Vénétie s'achève le après sa défaite de Sadowa contre l'alliance prusso-italienne, mais se prolonge jusqu'en 1918 sur les côtes et les îles de l'Adriatique.

Après la Première Guerre mondiale, l'Italie revendique à l'Autriche vaincue l'ensemble des territoires jadis vénitiens, mais elle se heurte aux revendications yougoslaves et n'obtient au traité de Rapallo que l'Istrie, la ville de Zara en Dalmatie et les îles de Veglia, Cherso et Lagosta. Le ressentiment développé à ce moment contribuera au succès ultérieur de Benito Mussolini. Cependant, Venise, chef-lieu de province italien, devient l'un des hauts lieux du tourisme mondial.

Le port de Venise est visé par l'aviation alliée lors de l'opération Bowler en . Le , la ville est libérée par des unités de la armée britannique.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Italie perd encore des territoires au profit de la Yougoslavie, ne conservant que Trieste, qui ne fait pas partie des territoires jadis vénitiens, mais où se réfugie une grande partie des populations italophones expulsées de la Yougoslavie devenue communiste.

upright=3.2|vignette|centré|Venise au par Erhardum Reüwich de Trajecto et Bernhard von Breydenbach.

Géographie

vignette|Les sestieri de Venise : vignette|Venise dans la lagune.

Venise occupe une situation géographique exceptionnelle, entre la Terraferma veneziana et une lagune de la mer Adriatique. Les Vénitiens établirent leur ville en enfonçant des pieux en chêne et en aulne dans le sol sablonneux. Sur ces fondations, ils bâtirent des maisons et des palais et entamèrent un combat contre le mouvement continuel des marées.