Le nuton (ou lûton, nûton, kabouter en néerlandais) est une petite créature du folklore et des croyances populaires des Ardennes françaises et de l'Ardenne belge, très proche du lutin avec lequel il partage son origine linguistique. Il s'en différencie toutefois par son habitat, formé de cavernes à l'instar du nain germanique.
Étymologie et terminologie
Ce mot wallon, aussi présent en ardennais, a poursuivi une évolution parallèle au terme français « lutin », les formes dialectales « lûton » (la plus rare, signalée entre autres à Huy, Durbuy et Ellezelles) et « nûton » (la plus courante, signalée dans toute la ville de Namur) mènent au terme moderne nuton, citant entre autres O. Colson dans Wallonia X, 1902, p. 35-36Évolution du terme d'après Émile Dantinne : Neptunus, neptuni, netum, nuiton (qui donne nuton), luiton (qui donne luton), luitin et enfin lutin. Voir .
Origine . Si sa dédicace demeure controversée, elle permet de risquer l’hypothèse que les nutons seraient en Ardenne belge liés à la mythologie populaire, et cela dès la période gallo-romaine. Du côté de Malmedy (est de la Belgique) on retrouve la trace de très anciennes toponymies avec son trô dès dûhons (trou des duhons), dont l'étymologie est issue des dusesEnquêtes du Musée de la vie wallonne, Volume 12, numéros 133 à 142, Liège, Belgique, Le Musée, 1971, p. 29. Dans le carnaval de Malmedy (Cwarmê), on retrouve d'ailleurs un personnage nommé « sotê » qui est plus que probablement le nuton local..
Description Le nuton partage la même origine que le lutin, mais les grottes, cavernes et souterrains forment l'essentiel de son habitat selon le folklore local., à l’instar des nains du monde germanique. Il était jadis d'usage de lui déposer des objets endommagés le soir, avec un peu de nourriture, et la tradition veut qu'ils soient retrouvés réparés au matin, comme dans les contes de Grimm. Bien que le nuton soit rarement différencié du lutin français, Pierre Dubois insiste aussi sur le fait que les lutins forment , à ne pas confondre avec les nutons dont l'habitat et les légendes sont différents.
Les nutons prennent peu la parole, et toujours pour livrer des messages désagréables, à tel point que « nuton » est devenu un synonyme de « misanthrope » et « taciturne ». Leurs sortilèges sont particulièrement craints dans les Ardennes. Un récit bien connu parle d'un paysan wallon fauchant son blé pour le rentrer avant l'orage, lorsqu'il voit le nuton de son foyer l'aider en portant un épi à la fois. Énervé par ce qu'il juge comme une aide inutile, il s'en moque. Le nuton sort de son mutisme, et lui lance cette malédiction :
La variante « Épi par épi, je t'ai enrichi, gerbe par gerbe je te ruinerai » est citée par Albert Doppagne et surtout Pierre Dubois, qui en a fait le symbole du lien du petit peuple avec la Nature, et de l'importance à le respecter, ajoutant que rien n'est jamais acquis ou définitif avec eux, le cite très souvent lors de ses contes oraux. Dans la suite du récit en effet, le paysan wallon perd toutes ses possessions et finit ruinéCe récit est très fréquemment cité, entre autres par André Dhôtel dans Lointaines Ardennes, Arthaud, 1979, , p. 126 ; Anne Martineau : , et Claude Lecouteux : .
Croyances, toponymes et expressions Dans les années 1970, Albert Doppagne s'intéresse à ces créatures et recueille le témoignage d'une femme wallonne de 60 ans qui affirme avoir vu les nutons courir sur l'appui de fenêtre de sa maisonAlbert Doppagne cité par .
Si les croyances populaires ont largement reculé, les expressions liées aux nutons demeurent, en général pour désigner la misanthropie ou, à Warmifontaine, la gourmandise. Les coings de Comblain-au-Pont sont nommés « pommes de nutons ». Des tours et des « trous de nutons » sont toujours visibles dans les toponymes belges, tout comme les « étrons de nuton », des blocs de pyrite dans l'entre-Sambre-et-Meuse.
Notes et références
Annexes
Céline Menoncin (ill. Adeline Vachez), Oligo le nuton ardennais, Les mondes sylvestres, 2018 Céline Menoncin (ill. Adeline Vachez), Oligo et le sapin de Noël, Les mondes sylvestres, 2019 Céline Menoncin (ill. Adeline Vachez), Oligo et le mystère des ardoisières, Les mondes sylvestres, 2020
. Thèse recensée et critiquée par Bernard Ribémont dans les Cahiers de recherches médiévales et humanistes en 2003,
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