Hans-Joachim Marseille (), né le à Berlin (Allemagne) et mort le vers Sidi-Abd-el-Rahman (Égypte), est un pilote de chasse allemand, as de l'aviation durant la Seconde Guerre mondiale.

Surnommé (« Étoile d'Afrique ») et volant uniquement sur Messerschmitt Bf 109, il est titulaire de remportées au-dessus de la Manche et, surtout, au-dessus de l'Afrique du Nord contre la Desert Air Force (DAF) du Commonwealth. Aucun autre pilote allemand ne cumule autant de victoires contre les Alliés qu'Hans-Joachim Marseille, ce qui en fait un as craint et respecté mais aussi une source de propagande pour le Troisième Reich.

Marseille rejoint la Luftwaffe en 1938 et, à vingt ans, il est diplômé de l'une des écoles de pilotage de la Luftwaffe juste à temps pour participer à la bataille d'Angleterre avec la Jagdgeschwader 52 (JG 52), sans succès notable. Connu pour son mode de vie anticonformiste, son aversion pour l'autorité et son attitude chevaleresque, il a une vie nocturne si occupée qu'il est parfois trop fatigué pour être autorisé à voler le lendemain matin. En conséquence, il est transféré à l'unité Jagdgeschwader 27 (JG 27) qui s'installe en Afrique du Nord en pour mener la guerre du désert. Sous la direction de son nouveau commandant, qui reconnaît le potentiel talent chez le jeune officier, Marseille développe rapidement ses capacités de pilote de chasse. Il atteint le zénith de sa carrière de pilote de chasse le où, après trois sorties, il revendique abattus, ce qui lui vaut la croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chêne, glaives et brillants. Vingt-neuf jours plus tard, à seulement , Marseille se tue en s'extrayant en vol de son avion qu'il doit abandonner en raison d'une défaillance du moteur.

Un film allemand, Der Stern von Afrika (1957), réalisé par Alfred Weidenmann, retrace librement le parcours de Marseille pendant la guerre.

Biographie Naissance et famille Hans-Joachim Walter Rudolf Siegfried Marseille est le fils de Charlotte Marie Johanna Pauline Gertrud Riemer et du Hauptmann Siegfried Georg Martin Marseille (1887-1944). Sa famille paternelle est d'ascendance huguenote et donc française, originaire de Nyons dans la Drôme, puis partie à Kelze au début des années 1700. Il est né au 164 Berliner Strasse à Berlin-Charlottenbourg le à .

Enfant, il est physiquement faible et manque de mourir d'un grave cas de grippe. Son père est officier de l'armée allemande pendant la Première Guerre mondiale et quitte les forces armées pour rejoindre la police de Berlin. Siegfried rejoint en 1933 l'armée et est promu General en 1935. À nouveau promu, il obtient le rang de Generalmajor le . Il sert sur le front de l'Est depuis le début de l'opération Barbarossa. Siegfried Marseille est tué par des partisans près de Petrykaw en Biélorussie le . Il est enterré dans le cimetière local. Hans-Joachim a également une jeune sœur, Ingeborg, surnommée « Inge ». Lors d'un congé maladie à Athènes à la fin du mois de , il est convoqué à Berlin par un télégramme de sa mère. En arrivant à la maison, il apprend que sa sœur a été tuée par un amoureux jaloux à Vienne. Hans-Joachim n'a jamais récupéré émotionnellement de cette perte.

Quand Marseille est encore un jeune enfant, ses parents se séparent et sa mère épouse par la suite un policier nommé Reuter. Marseille prend le nom de son beau-père à l'école bien qu'il ait du mal à l'accepter, puis il reprend le nom de son père à l'âge adulte. Il acquiert la réputation d'être un et de manquer de discipline, une caractéristique qui lui porte préjudice rapidement dans sa carrière dans la Luftwaffe. Marseille a une relation difficile avec son père naturel qu'il refuse de voir à son domicile de Hambourg pendant un certain temps après le divorce. Finalement, il tente une réconciliation avec son père. Celui-ci l'initie à la vie nocturne, à laquelle il prend goût, au point de perturber sa carrière au sein de la Luftwaffe. Cependant, le rapprochement avec son père ne dure pas et il ne le voit plus par la suite.

Études et entrée dans la Luftwaffe Marseille étudie de 1926 à 1930 à la Volksschule de Berlin et de 1930 à 1938 au gymnasium Prinz Heinrich à Berlin-Schöneberg. Il y est d'abord considéré comme un élève paresseux, s'attirant régulièrement des problèmes et faisant constamment des farces à ses camarades. Vers la fin de ses années scolaires, il commence à prendre ses études plus au sérieux et obtient très jeune son Abitur, à et six mois, étant diplômé au début de l'année 1938. Marseille exprime ensuite son désir d'entrer dans l'armée de l'air. Bien que n'étant pas très sportif, il reçoit un bon rapport pour un mandat avec le Reichsarbeitsdienst Abtlg. 1/177, c'est-à-dire le service de travail obligatoire précédant le service militaire, à Osterholz-Scharmbeck près de Brême, entre le et le .

Il rejoint l'armée de l'air allemande, la Luftwaffe, le en tant que Fahnenjunker (« cadet ») et reçoit sa formation militaire de base à Quedlinbourg dans la région du Harz. Le , Marseille est transféré à Luftkriegsschule 4 (LKS 4), près de Fürstenfeldbruck. Dès sa formation, ses talents de pilote sont évidents, mais il a des difficultés avec la discipline militaire, le respect dû à ses supérieurs et la rigueur prussienne alors en vigueur au sein de l'armée allemande. De plus son côté taciturne lui vaut aussi une certaine méfiance de la part de ses coéquipiers. À cette époque, parmi ses camarades de classe se trouve Werner Schröer, futur as comme lui. Ce dernier rapporte que Marseille néglige souvent la discipline militaire. Il est souvent privé de permission et doit effectuer des corvées. Bien souvent, il ignore cet ordre. Il ne respecte pas non plus les altitudes minimales de vol et, un jour, il se pose sur une autoroute pour satisfaire un besoin naturel. Une autre fois, lors d'un lent tour de piste, Marseille se met à simuler un combat avec un adversaire imaginaire. Ces deux dernières incartades lui valent d'être suspendu temporairement de vol et de voir sa promotion comme Gefreiter retardée.

Marseille entre le à la Jagdfliegerschule 5 près de Vienne, et y termine sa formation. Cette école de chasse est à l'époque sous le commandement d'Eduard Ritter von Schleich, un as de la Première Guerre mondiale et récipiendaire d'un Pour le Mérite. L'un de ses professeurs est Julius Arigi, un as austro-hongrois de la Première Guerre mondiale. Marseille est diplômé de l'école de chasse avec une évaluation exceptionnelle le et est affecté à l'unité d'entraînement Ergänzungs-Jagdgruppe Merseburg. Cette dernière est assignée à la lutte antiaérienne sur le site industriel de Leuna depuis le début de la guerre et jusqu'à la défaite française en 1940.

Le , Marseille est affecté au I. Jagd/Lehrgeschwader 2 (LG 2), une unité d'entraînement alors basée près de Calais et de Marck sur la côte de la Manche, pour participer à la bataille d'Angleterre. Il reçoit cette fois une notation exceptionnelle de son Hauptmann et Gruppenkommandeur, Herbert Ihlefeld.

Débuts et bataille d'Angleterre

vignette|gauche|redresse|alt=Photomontage de propagande en noir et blanc montrant un bombardier survolant Londres.|Un bombardier Heinkel He 111 au-dessus du quartier de Southwark à Londres lors de la bataille d'Angleterre (photomontage de propagande).

Lors de son premier combat durant la bataille d'Angleterre le , Marseille affronte pendant quatre minutes un adversaire britannique volant sur un Hawker Hurricane ou un Supermarine Spitfire. Il vainc son adversaire à la suite d'une chandelle serrée, pour gagner de l'altitude avant de plonger et de tirer. Touché au moteur, l'avion adverse plonge dans la Manche. Il s'agit de la première victoire de Marseille, qui se retrouve alors engagé par plusieurs appareils ennemis. Grâce à une plongée abrupte vers la mer, puis un redressement au dernier moment, il échappe aux tirs de ses adversaires et rejoint Leeuwarden, loin de sa base calaisienne. Marseille est réprimandé pour l'abandon de son ailier et pour avoir engagé l'adversaire seul, ce qui viole une règle fondamentale du combat aérien. Il ne profite donc pas de cette victoire et a du mal à accepter les réalités du combat aérien. Lors de sa deuxième journée de combat, il remporte une autre victoire qui lui vaut d'être décoré de la Croix de fer de classe, et, au , il en est à sa quatrième victoire. Marseille devient un as le , soit trois jours plus tard, après avoir revendiqué un cinquième avion abattu. Il obtient alors la Croix de fer de classe.

Au retour d'une mission d'escorte de bombardier le , le moteur de son appareil tombe en panne au large du cap Gris-Nez après avoir été touché sur Douvres. Le pilote britannique George Bennions, du No. 41 Squadron RAF, a peut-être tiré sur Marseille ce jour-là.. Selon une autre source, Robert Stanford Tuck serait le pilote allié à l'origine de la perte de l'avion de Marseille. L'aviateur allemand abandonne son avion qui s'écrase près de Calais. Marseille est récupéré en mer trois heures plus tard par un Heinkel He 59 venu de Schellingwoude. Fatigué et souffrant d'hypothermie, il est envoyé dans un hôpital de campagne puis a de sérieux problèmes en rentrant à l'aérodrome puisqu'il a abandonné son Staffelkapitän Adolf Buhl ce jour-là, lequel a été abattu et tué. Il reçoit une sévère réprimande et un avertissement final d'Herbert Ihlefeld. D'autres pilotes expriment également leur désaccord sur l'attitude audacieuse et individualiste de Marseille dans les combats aériens et pour s'être aliéné ses pairs, pour sa nature arrogante et son indiscipline, Ihlefeld finit par retirer Marseille de la LG 2.

vignette|alt=Photographie d'un avion endommagé sur une plage|Après la victoire de Marseille le , il est obligé de poser d'urgence son avion (W.Nr. 4091) à Théville à cause d'une panne moteur (photo d’un amerrissage dans le nord de la France).

NOTA: Image d'illustration: cette photo est en fait celle de l'appareil "7 blanc" du Ergänzungsstaffel JG 26, qui s'est posé sur la plage près de Dieppe, le 10 janvier 1941

Au début du mois d', après avoir remporté sept victoires aériennes avec la LG 2, Marseille est transféré à la 4./JG 52, où il rejoint Johannes Steinhoff et Gerhard Barkhorn. Il perd quatre appareils au combat au cours de cette période. Steinhoff dira plus tard de lui : . En effet, en tant que punition pour « insubordination » et à cause de son incapacité à voler en tant qu'ailier, Steinhoff transfère Marseille à la Jagdgeschwader 27 (JG 27) le . Lorsqu'il rejoint cette nouvelle unité, il est difficile de prévoir la carrière remarquable qui suivra. Son nouveau Gruppenkommandeur, Eduard Neumann, dira de lui . Néanmoins, Neumann reconnaît rapidement le potentiel de Marseille comme pilote. Il déclare dans un entretien que . La Jagdgeschwader 27 est rapidement déplacée en Afrique du Nord pour participer à la guerre du désert en tant que soutien aérien à la .

Arrivée en Afrique du Nord

L'unité de Marseille combat brièvement lors de l'invasion de la Yougoslavie, depuis son déploiement à Zagreb le , avant d'être transférée en Afrique. Le , lors du vol de Tripoli vers l'aérodrome servant de base dans la région de Tobrouk, le Bf 109 de Marseille a des problèmes de moteur et le pilote doit faire un atterrissage forcé dans le désert loin de sa destination. Son escadron quitte la zone après s'être assuré qu'il atterrisse en toute sécurité. Marseille, sans avion, continue son voyage d'abord en auto-stop dans un camion italien puis, en trouvant le général chargé d'un dépôt d'approvisionnement sur la route et en le convaincant de l'urgence de sa situation. La détermination de Marseille porte ses fruits et le général met à sa disposition son Opel Admiral avec chauffeur en indiquant . Néanmoins, le pilote ne rattrape son escadron que le .

gauche|vignette|alt=Photographie colorisée de deux avions survolant le désert.|Photographie colorisée de deux Messerschmitt Bf 109E de la Jagdgeschwader 27 (JG 27) au-dessus de l'Afrique du Nord vers 1941.