La création artistique en France pendant les Années folles est marquée par l'organisation de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes qui se tient à Paris d'avril à Paris, Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de 1925, couverture photographique complète de 832 clichés, base mémoire de la médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, sur médiathèque-patrimoine.culture.gouv.fr. (à l'origine, l'exposition devait se terminer le , mais comme elle avait été visitée par plus de 16 millions de personnes à la fin du mois d'octobre, elle a été prolongée jusqu'au ). Située entre l'esplanade des Invalides et les abords des Grand et Petit Palais, l'Exposition regroupe les pavillons des régions de France et des grandes nations invitées.
Quatre mille personnes assistent à l'inauguration le . Des milliers de visiteurs se pressent chaque jour dans les allées pendant les six mois de manifestation.
Histoire vignette|gauche|La tour Eiffel (publicité Citroën de 1925). vignette|gauche|Bon a lot pour l'exposition. Le peintre Charles Dufresne résume l'esprit général en disant que « L'art de 1900 fut l'art du domaine de la fantaisie, celui de 1925 est du domaine de la raison ». Cette tendance générale s'exprime au travers de deux mouvements opposés : le style Art déco et l'avant-garde internationale (dite aussi modernisme ou Style international).
Le style Art déco prend son essor avant la Première Guerre mondiale contre les volutes et formes organiques de l'Art nouveau. Il consiste initialement en un retour à la rigueur classique sur le modèle de la Sécession viennoise : symétrie, ordres classiques (souvent très stylisés), pierre de taille (sans aucun effet pittoresque). Le décor, encore très présent, n'a plus la liberté des années 1900 ; il est sévèrement encadré et son dessin s'inspire de la géométrisation cubiste.
Les présidents des trois sociétés culturelles actives dans le domaine des arts décoratifs – l’Union centrale des Arts décoratifs, la Société des artistes décorateurs et la Société d’encouragement à l’art et à l’industrie – expriment conjointement le vœu que le gouvernement réalise cette exposition en 1915.
Finalement, l’exposition, programmée en 1915, repoussée à 1916, ajournée pour cause de guerre à 1922, puis en 1924, aura enfin lieu en 1925.
L'Exposition de 1925 marque dans ses différents pavillonsParis, Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de 1925, base Mémoire de la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, sur médiathèque-patrimoine.culture.gouv.fr.Il est possible de trouver des photos de certains pavillons et documentation supplémentaire dans ce lien. l'apogée de ce premier style architectural Art déco, qui s'exprime d'abord par une réinterprétation des modénatures ornant les volumes, auxquelles appartiennent les pavillons des grands magasins parisiens, où s'exposent surtout les dernières tendances du mobilier (Grands magasins du Louvre, Au Bon Marché, etc.). Ceux des magasins du Printemps et des Galeries Lafayette, formellement plus audacieux, ainsi que le pavillon du collectionneur sont les pavillons français les plus remarqués, et annoncent, avec les pavillons autrichien de Josef Hoffmann, tchèque ou danois, ainsi que le pavillon du tourisme de Robert Mallet-Stevens et son campanile emblématique, le style Art déco plus géométrique qui va triompher à l'Exposition universelle de 1937. Les arbres cubistes en ciment armé signés par ce dernier architecte, avec les sculpteurs Jean et Joël Martel, défraient la chronique. D'autres attractions ponctuent l'Exposition, telles que les portes monumentales, dont celle de la Concorde, les fontaines lumineuses, comme celle en verre de Lalique, de plusieurs mètres de haut, ou les vases monumentaux du pavillon de la manufacture de Sèvres. vignette|gauche|La fontaine de Lalique.
L'Exposition des arts décoratifs de 1925 a, entre les et , fait l'objet d'une exposition intitulée 1925, quand l'Art déco séduit le monde, qui s'est tenue à la Cité de l'architecture et du patrimoine« 1925, quand l'art déco séduit le monde », site citechaillot.fr..
Église du village français Les Ateliers d'art sacré ont participé à la décoration de l'église.
Pavillon du collectionneur Pour ce pavillonPavillon du collectionneur, 1925, Base Mémoire site culture.gouv.fr., l'architecte Pierre Patout opte pour un style classique : avancée arrondie côté jardin, frises ornées de bas reliefs, saillie du salon ovale, colonnes simplifiées (sans base ni chapiteau). La décoration intérieure, luxueuse, élégante, de grande qualité, revient à Jacques-Émile Ruhlmann qui agrémente les pièces de meubles, d'objets raffinés et précieux, inspirés du . Ce pavillon suscite l'admiration de tous les visiteurs. La spécificité du créateur Art déco, dont Ruhlmann est le meilleur exemple, est qu'il est considéré comme un « ensemblier » ; il doit créer la totalité de la pièce choisie, du sol au plafond en concevant harmonieusement architecture, mobilier et accessoires. À cette occasion, les décorateurs font entrer les tapis dans l'univers de la décoration et font appel à des fabricants comme Aubusson, la société Tapis France Orient, etc. Les peintures sont néanmoins confiées à Jean Dupas et Roger Reboussin, les laques à Jean Dunand, les bas-reliefs à Antoine Bourdelle et les ferronneries à Edgar Brandt.
Pavillon d'une ambassade française vignette|Bureau-bibliothèque de Pierre Chareau reconstitué au musée des Arts décoratifs. Ce pavillonPavillon de l'ambassade française, 1925, Base Mémoire, site culture.gouv.fr., réalisé par la Société des artistes décorateurs sous le patronage du ministère des Beaux-Arts comprenait des espaces de représentation et des espaces intimes. On y trouvait du mobilier de Ruhlmann, un hall par Mallet-Stevens, un fumoir par Francis Jourdain, une salle à manger par Georges Chevalier, une chambre par André Groult, auteur du célèbre chiffonnier, et le bureau-bibliothèque de Pierre Chareau, aujourd'hui reconstitué au musée des Arts décoratifs. Ce dernier espace, sur un plan circulaire, est coiffé d’une coupole supportée par deux poteaux et composée d’une paroi “éventail”, d’où provient la lumière. Deux pièces attenantes étaient à l’usage des secrétaires. L’espace est modulé par des parois revêtues de bois de palmier dont certaines sont équipées de rayonnages de bibliothèque. Dans l’espace libéré, au centre, un bureau à pans coupés et un fauteuil sont placés sur un tapis dont le motif a été conçu par Jean Lurçat.
Pavillon de Bordeaux vignette|gauche|Vue générale de l'Exposition avec les quatre tours des vins français. Le pavillon de Bordeaux est dans une des quatre tours (construites par Charles Plumet) réservées aux vins français. La décoration intérieure de la tour bordelaise est confiée à Pierre Ferret, un architecte bordelais auteur par ailleurs de la maison Frugès. Quatre peintres bordelais, Jean Dupas, Camille de Buzon, François-Maurice Roganeau et Jean Despujols, présentent des fresques à la gloire de l'Aquitaine, notamment La Forêt landaise. Au centre, le sculpteur parisien Alfred Janniot réalise une sculpture polychrome sur la vigne, l'édifice a été détruit depuisSpécial Art Déco, édition Le Festin, numéro 91, automne 2014..
Pavillon de l'Esprit nouveau
Le Corbusier et Amédée Ozenfant créent en 1920 la revue L'Esprit nouveau, titre inspiré d'une conférence de Guillaume Apollinaire. Le but était d'y raconter les nouveautés de la modernité.. C'est pourquoi, à l'occasion de l'exposition internationale, Le Corbusier et Pierre Jeanneret, avec qui il a réalisé de nombreux bâtiments, décident de construire le Pavillon de l'Esprit nouveau. Il se constitue d'une construction d'un logement-type dans des matériaux standardisés. Le lieu est meublé.. Le but était de montrer qu'il était possible de créer des espaces confortables avec du béton et du métal. En plus de cette unité d'habitation, un espace d'exposition présente les plans pour une ville moderne de 3 millions d'habitants et le plan Voisin..
Philatélie En prévision et au cours de l'exposition internationale des arts décoratifs de 1925, la Poste française émet en 1924 et en 1925 une série de six timbresMichel Melot, « Arts Décoratifs : Une série à » dans Timbres Magazine du .. Un timbre à 10 centimes de franc français, vert-noir et jaune, un à 15 centimes bleu-vert et vert et 2 à 25 centimes, le premier violet-brun et lilas-brun, le second gris-bleu et violet dont les visuels sont repris pour une nouvelle valeur à 75 centimes avec de nouvelles couleurs ; le premier gris et outremer et le second bleu-foncé et bleuCatalogue Yvert et Tellier, tome 1..
Galerie de photographies
Suites de l'Exposition
Le succès de l'Exposition de 1925, relayé par la presse, qui offrit une formidable vitrine aux industries de luxe françaises, permit à l'art déco de se propager en France et dans le monde entier (New York, Rio, Casablanca, Shanghai…).
Face à cette écrasante domination des pavillons art déco, l'avant-garde internationale a peu de place pour présenter ses idées modernistes. Les deux pavillons majeurs de ce mouvement sont le pavillon de l'URSS, dessiné par Constantin Melnikov et le pavillon de l'Esprit nouveau de Le Corbusier et Pierre Jeanneret. En revanche, Theo van Doesburg ne parviendra pas à obtenir un pavillon pour le mouvement De Stijl, le pavillon hollandais ayant été confié à . Margaret Kropholler obtient une médaille d'argent pour son travail architectural dans ce pavillon.
Le Corbusier illustre les concepts du Purisme décrits dans la revue L'Esprit nouveau fondée avec Ozenfant en 1920. La différence avec les ensembliers art déco est notable : Le Corbusier, assisté de son cousin Pierre Jeanneret, réalise le mobilier mais il le nomme « équipement ». Ce sont des sortes de casiers standards, incorporés aux murs ou modulables. À l'intérieur de la cellule d'habitation, aucun décor n'est toléré. Seules de véritables œuvres d'art de Léger (La Balustre), Ozenfant, Gris, Picasso et Le Corbusier (Nature morte de l'Esprit nouveau) sont exposées.
Si, à l'époque, l'art déco atteint son apogée, symbolisée par le luxueux mobilier de Ruhlmann, et sort grand vainqueur de cette Exposition, aujourd'hui, les historiens retiennent davantage les propositions avant-gardistes de Le Corbusier, Melnikov et Mallet-Stevens, qui correspondent à la véritable révolution architecturale de la première moitié du .
Mobilier moderne