vignette|Paradis, peinture sur soie, dynastie Tang (618-907), British Museum.
Le paradis est le . Dans son acception large, le concept de paradis est présent dans presque toutes les religions.
Dans le christianisme, le paradis est aussi appelé jardin d'Éden et représente souvent le lieu final où les humains seront récompensés de leur foi. C'est un concept important présenté au début de la Bible, dans le livre de la Genèse. Il a donc un sens particulier pour les religions dites abrahamiques. Ces croyants parlent aussi du « Royaume de Dieu » qui sera manifesté à la fin du monde.
Un concept semblable, le nirvāna, existe dans l'hindouisme, le jaïnisme et le bouddhisme, même s'il représente dans ce cas davantage un état spirituel qu'un lieu physique.
Étymologie et emplois du terme Le terme paradis est issu de l'avestique, qui fait partie des langues iraniennes orientales et dans laquelle , signifie enceinte royale ou nobiliaire. Le terme se transmet ensuite au persan (, voulant dire enclos), puis au grec ancien (« » signifiant un parc clos où se trouvent des animaux sauvages) pour aboutir enfin au latin chrétien (). Il apparaît pour la première fois en grec vers -370 chez Xénophon, dans l’Anabase, pour désigner un grand parc peuplé d'animaux sauvages que le roi de Perse Cyrus le Grand avait fait installer pour pouvoir y chasserAnabase, I, 2, 7. Texte en grec ancien sur Perseus..
Selon son acception première dans le monde gréco-romain, le terme latin commun pǎrǎdīsus désigne un jardin d'agrémentNous ne citons pas les multiples usages du nom propre, que l'on trouve surtout en Syrie romaine pour désigner des villes ou agglomérations, un fleuve ou une rivière, ainsi que divers micro-toponymes probablement caractérisés par de beaux jardins..
Avec Augustin d'Hippone, le terme latin évoque de manière plus imagée et plus large un « lieu de bonheur spirituel ». La forme savante médiévale remplace la forme à la fin du Article « Paradis » in Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, éd. Le Robert, 1998, .
Attesté dès la fin du par la graphie parewis de Marie de France, le mot ancien français parvis s'applique à l'espace situé devant une église, en général entouré d'une balustrade ou de portiquesCes enclos symboliques ont souvent disparu, d'où l'appellation traditionnelle de « parvis nu »..
Attesté en France en 1606, le paradis représente la galerie supérieure d'un théâtre ou, de manière générale, les places situées en hauteur pour assister à un spectaclecf. Les enfants du paradis, film de Marcel Carné.
Religions mésopotamiennes vignette|upright=2|Les jardins du roi Assurbanipal à Ninive, avec reconstitution des couleurs d'origine, British Museum. Lorsqu'un roi perse voulait honorer quelqu'un qui lui était cher, il le nommait « compagnon du jardin », et lui donnait le droit de marcher dans le jardin en sa compagnie. On trouve probablement un écho de cette pratique dans la Bible, où Dieu est décrit à l'image du roi: « ils entendirent le Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour » (Gn 3:8)..
Dans la Bible, l'apparition du jardin en Éden, bien que d'une grande sobriété dans sa description contrastant avec la luxuriance des jardins orientaux, doit à la civilisation perse : le mot Eden apparait dans plusieurs langues sémitiques pour désigner une plaine fertile ou une terre arable. Le terme perse pairi daēsa désignait le parc de la résidence de Cyrus le Grand () à travers lequel passait le fleuve Méandre et où l'on trouvait un jardin d'agrément, un verger et un domaine réservé à la chasseJeanne Chaillet, « Les trois jardins d'éternité », in Historia-Thématique, , janvier-février 2009, 12-15.
Dans la croyance mésopotamienne, tous les morts se retrouvent aux Enfers, sans espoir de salut, où ils vivent une existence morne et ténébreuse, condamnés à se nourrir de poussière et d'eau boueuse, incapables de subvenir à leurs besoins sans l'aide des vivants. Il ne semble pas exister de jugement post-mortemcf. Véronique Van der Stede, Mourir au pays de deux fleuves : l'au-delà mésopotanien d'après les sources sumériennes et akkadiennes, éd. Peeters Publishers, 2007, extraits en ligne et seules les divinités échappent au « Pays du non-retour ». Il existe une exception notable au sort partagé par tous les humains, celui de Uta-Napishtim, seul humain à atteindre la vie éternelle grâce à la plante de vieLourik Karkajian, « La mort et l'après-mort dans le Proche-Orient ancien : Égypte et Mésopotamie », in Odette Mainville et Daniel Marguerat (dirs.), Résurrection : l'après-mort dans le monde ancien et le Nouveau Testament, éd. Médiaspaul, 200123-44 extraits en ligne.
Néanmoins, les mythes orientaux ont toujours accordé une grande place aux jardins et aux éléments qui le composent, arbres, plantes et eau. Le souverain mythologique perse de l'âge d'or réside dans un jardin en hauteur où poussent des arbres magiques dont l'arbre de vie et d'où coule l'eau de la vie qui rend la terre fertile. On retrouve la figuration symbolique de ces jardins mythologiques dans les temples mésopotamiens qui coiffent les ziggurats : dans un jardin suspendu où ruisselle l'eau d'une vasque à côté de laquelle se tient un serpentcelui-ci, symbole d'éternelle jeunesse et de fertilité dans la mythologie mésopotamienne, sera délibérément désacralisé par les rédacteurs de la genèse ; cf. Jeanne Chaillet, op. cit., des arbres de diverses essences, parmi lesquels l'arbre de la vie qui ouvre la porte du ciel font le cadre de la couche nuptiale des dieux. Dans l'épopée de Gilgamesh, le héros mésopotamien, à la quête de la plante de la vie qui confère l'immortalité, rejoint un jardin dont les feuillages sont en lapis-lazuli et les fruits en rubis.
Religions gréco-romaines vignette|Allégorie des champs Élysées, vase de marbre, av. J.C., Musée national archéologique d'Athènes. Xénophon raconte dans l’Anabase qu'à Sardes, en Asie Mineure, où Cyrus le Jeune a concentré le corps expéditionnaire des mercenaires grecs destiné à l'aider à reconquérir le pouvoir, ce dernier leur fait visiter son jardin. Les Grecs sont éblouis. Ils ne connaissent rien de semblable. Pour nommer cette splendeur, Xénophon emploie le mot perse pour jardin entouré de murs : paradeisosAnabase, Chapitre II, Livre I.
Les descriptions de l'au-delà dans la mythologie gréco-romaine ne sont pas uniformes, selon qu'on se réfère à Homère ou VirgileCatherine Salles, « Mythologie gréco-romaine : Voyage au centre de la Terre », in Historia-Thématique, , janvier-février 2009, 6-7.
Dans le mythe d'Er, Platon expose les conceptions populaires de l'après-vie en offrant une description fort concrète des punitions corporelles graduées qui attendent les méchants après la mort, alors que les personnes qui ont mené une vie bonne ont accès à la félicité. Il est le premier auteur à marquer la séparation géographique de l'enfer, du purgatoire et du paradis. Alors que les méchants sont envoyés vers la gauche, dans une ouverture qui les mène aux enfers souterrains (le Tartare), les justes sont invités à prendre , dans un endroit d'une beauté indicible, se réjouissant Voir République, X, sections 13-16 (614 b - 621 d).
Ce séjour de félicité est traditionnellement désigné comme les champs Élysées ou les Îles des Bienheureux. Les élus y vivent dans un printemps éternel, sur une terre féconde qui produit trois récoltes par an, dans l'insouciance et l'oisiveté. Suivant Virgile, les élus ont en commun l'importance des services rendus à la communauté et on retrouve parmi eux des fondateurs de ville, de grands guerriers, des prêtres, des poètes ou encore des artistes. Ces visions imagées de l'au-delà étaient cependant loin de faire consensus, comme l'atteste par exemple le scepticisme de Juvénal qui parle de fables auxquelles nul ne pourrait croire excepté les nourrissonsJuvénal, Satire II, cité par Catherine Salles, op. cit..
Judaïsme Le sheol est un lieu mentionné dans la Torah et où séjournent les âmes des croyants, en vue de leur disparition finale dans les derniers temps. Dans la pensée hébraïque, le paradis comprend sept portes ou maisons dont chacune mène à la suivante. La première maison, face à l’entrée, abrite les convertis qui sont venus à Dieu de leur plein gré. C’est Abdias, le juste prophète qui la gouverne. La deuxième maison abrite les pénitents d’Israël. Ses murs sont en cristal, ses poutres en cèdre. C’est Manassé Ben Hizkiyaou qui la gouverne. La troisième maison est d’argent et d’or. Là pousse l’Arbre de vie à l’ombre duquel sont assis Abraham, Isaac et Jacob, les patriarches des douze tribus, tous les Hébreux qui sortirent d’Egypte et toute la génération du désert; également David (roi d’Israël) et son fils Salomon ainsi que tous les rois de Juda, excepté Manassé qui est en enfer. Moïse et Aaron ont la garde de cette maison. La quatrième maison est faite d’or et elle abrite les justes dont la vie a été amère comme l’olive encore verte. La cinquième maison est faite d’argent, de cristal, d’or pur et de verre. La sixième maison abrite ceux qui sont morts en accomplissant leur devoir envers Dieu. La septième maison abrite ceux qui sont morts de chagrin à cause des péchés d’Israël.
Christianisme Dans la religion chrétienne, il y a deux paradis : le paradis terrestre et le paradis céleste.
thumb|Adam et Ève au paradis dans un tableau de Lucas Cranach.
Catholicisme
Le Nouveau Testament (écrit en grec), utilise le mot « paradis ».
Le paradis désigne, dans le catholicisme, le lieu où les âmes des justes se rendront après leur mort pour retrouver une pleine communion avec Dieu. Il faut distinguer deux étapes : avant et après le Jugement dernier.
Les défunts qui atteignent le paradis prennent le nom de saints. Avant le jugement dernier, l’âme des saints rejoint Dieu dans une union béatifique. Ils le voient dans toute sa splendeur et se trouvent dans un état de contemplation vis-à-vis de lui, étant comblé par sa perfection.
Une fois l’apocalypse terminée, Jésus reviendra sur Terre et rassemblera toutes les nations et les hommes qui un jour vécurent pour séparer les justes, promis au Paradis, des pécheurs non repentis, destinés à être séparés éternellement de lui.
Protestantisme Dans le christianisme évangélique, le paradis est le lieu promis par Jésus-Christ pour les chrétiens qui auront été justifiés par la foi et la grâceWalter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, .
Islam
vignette|Le Paradis, plafond du salon des Ambassadeurs, Alhambra (Grenade), architecture mauresque du . Dans le Coran, la notion de paradis peut évoquer le paradis originel dans lequel vivait Adam, dans une conception très proche de celle du Livre de la Genèse, mais aussi des jardins dans lesquels vont les croyants après leur mort. Cette conception est quant à elle différente de la conception biblique du Paradis. En effet, une description aussi précise d'une « géographie céleste » est absente du judaïsme et du christianisme. Elle Y. P., "Paradis", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris et suiv.. Ce lieu extraordinaire et incommensurable est réservé, selon le Coran et la tradition islamique, aux croyants préislamiques et aux musulmans pieux dans l'Au-delà pour l'éternitéMalek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, éd. Albin Michel, 1995, 325.