Linsurrection de Varsovie est un soulèvement armé contre l'occupant allemand organisé par la résistance polonaise dans le cadre du plan militaire national « opération Tempête » (Burza en polonais), qui dure du au .
Il s'accompagne de la sortie de la clandestinité des structures de la Résistance et de l'État clandestin (Armia Krajova) ainsi que de l'établissement d'institutions d'un l'État polonais sur le territoire de Varsovie libre. Les civils y ont joué un rôle important de soutien et de logistique, notamment par la création d'hôpitaux de campagne dans des abris pour soigner les blessés.
Côté militaire, le soulèvement est dirigé contre les forces allemandes occupantes, mais l'objectif de libérer la ville est de pouvoir peser dans les futures négociations concernant la souveraineté de la Pologne face à l'avancée de l'Armée rouge et la position ambiguë des Alliés occidentaux vis-à-vis de l'Union soviétique.
Plus de de l'Armia Krajowa (armée de l'intérieur) prennent part à l'insurrection, mais mal équipés (la moitié n'a pas d'armes) et peu entraînés face aux troupes allemandes, les combats de rue deviennent très rapidement défensifs. Les exactions allemandes sur les civils se multiplient, comme le massacre de Wola, pour terroriser la population et décourager les combattants, tuant des dizaines de milliers de civils.
Les Alliés tentent d'approvisionner les insurgés par voie aérienne, mais face aux pertes, arrêtent leurs opérations. Alors qu'elle approchait des faubourgs est de la ville, l'Armée rouge ralentit son offensive. Les occupants allemands arrivent alors à se regrouper et écraser l'insurrection, la résistance polonaise se sent alors abandonnée.
L'insurrection prend fin le , avec la signature d'un accord entre les parties assurant l'évacuation de tous les civils et la reddition des groupes de résistants polonais présents dans Varsovie. Une grande partie d'entre eux quitte alors la ville et certains deviennent les « Robinson Crusoé de Varsovie ». Cependant, les nazis détruisent complètement la ville en représailles.
Contexte Dès le début de son existence, l'Armia Krajowa fomente un soulèvement armé national contre les forces allemandes. Les plans initiaux de 1942 créés par le gouvernement polonais en exil supposent que l'invasion alliée de l'Europe mènerait les forces allemandes à dégarnir le front de l'Est pour la défense du Troisième Reich. L'Armia Krajowa souhaitait déclencher un tel soulèvement pour empêcher l'envoi vers l'ouest de troupes et ainsi permettre aux forces britanniques et américaines de battre l'Allemagne, en brisant toutes liaisons avec la majorité des forces allemandes amassées en Union soviétique.
Avancée soviétique vignette|gauche|Zones de Varsovie encore sous contrôle insurgé après la chute de la Vieille Ville, le . vignette|gauche|Photo du pont Kierbedź vu de Praga en direction du palais royal et de la Vieille Ville prise depuis la rive opposée de la Vistule. Les insurgés échouèrent à s’emparer des ponts et perdirent ainsi le mince espoir de jonction avec l’Armée rouge. Les armées soviétiques ont franchi l'ancienne frontière polonaise en , et s'approchent de Varsovie. Dans cette situation, la résistance polonaise est placée devant la décision de déclencher le soulèvement pour pouvoir accueillir les libérateurs en position de force.. L'urgence d'une action spectaculaire devient claire après quelques tentatives de collaboration militaire avec l'Armée rouge dans la libération des villes polonaises. .
Au début de l'été 1944, les plans allemands prévoyaient que et soit tenue à tout prix. Les Allemands firent ériger des fortifications et renforcèrent leurs effectifs sur place vers la fin du mois de juillet. Le 27 juillet, le gouverneur du district de Varsovie, Ludwig Fischer, ordonna à 100 000 Polonais et Polonaises de se présenter pour travailler, dans le cadre d'un plan prévoyant la construction de fortifications autour de la ville par la population. Les habitants ignorèrent l'ordre, mais le commandement de l'Armée de l'Intérieur s'inquiéta d'éventuelles représailles ou rafles massives qui pourraient compromettre sa capacité de mobilisation. Les forces soviétiques approchaient de Varsovie, et les stations de radio émettant depuis l'espace soviétique appelaient le peuple polonais à prendre les armes.
Le 25 juillet, l', dans une émission diffusée depuis Moscou, déclarait :
L'Armée polonaise des patriotes polonais... appelle les milliers de frères avides de combattre à écraser l'ennemi avant qu'il ne puisse se remettre de sa défaite... Chaque foyer polonais doit devenir une place forte dans la lutte contre les envahisseurs... Pas un instant à perdre.
Le 29 juillet, les premières unités blindées soviétiques atteignirent la périphérie de Varsovie, où elles subirent la contre-attaque de deux corps de blindés allemands : le 39e corps de Panzer et le 4e corps de Panzer SS. La station de radio Kościuszko, diffusant depuis Moscou, diffusa à plusieurs reprises son « Appel à Varsovie » et exhorta à « combattre les Allemands » :
Nul doute que Varsovie entend déjà le canon de la bataille qui doit bientôt lui apporter la libération... L'armée polonaise qui pénètre actuellement sur le sol polonais, formée en Union soviétique, s'unit désormais à l'Armée du peuple pour constituer le corps des forces armées polonaises, bras armé de notre nation dans sa lutte pour l'indépendance. Demain, les fils de Varsovie rejoindront ses rangs. Tous ensemble, aux côtés de l'armée alliée, ils poursuivront l'ennemi vers l'ouest, extermineront la vermine hitlérienne de la terre polonaise et porteront un coup mortel à la bête de l'impérialisme prussien.
Bór-Komorowski et plusieurs officiers tinrent réunion ce jour-là, durant laquelle Jan Nowak, arrivé de Londres, exprima l'avis que l'aide des Alliés serait limitée, mais son point de vue ne fut pas pris en compte.
En début d'après-midi, le 31 juillet, les principaux dirigeants politiques et militaires de la résistance n'avaient pas l'intention d'envoyer leurs troupes au combat le 1er août. Néanmoins, une autre réunion fut organisée en fin d'après-midi pour 17 heures. Vers 17 h 30, le colonel « Monter » arriva à la réunion ; il signala que les chars russes pénétraient déjà dans le quartier de Praga et insista pour que les opérations de l'Armée de l'Intérieur soient lancées immédiatement à l'intérieur de la ville, faute de quoi il « pourrait être trop tard ». À la suite de son rapport, Bor-Komorowski estima que le moment était venu de lancer l'opération « Burza », revenant ainsi sur ce qu'il avait exprimé à deux reprises au cours de la journée.
Bor-Komorowski et Jankowski donnèrent l'ordre définitif de déclencher l'insurrection après avoir reçu l'information erronée selon laquelle des chars soviétiques pénétraient dans Praga. Ils en déduisirent que la bataille pour Varsovie entre Soviétiques et Allemands atteignait son paroxysme et que cela leur offrait une occasion idéale de s'emparer de la ville avant l'arrivée de l'Armée rouge.
Estimant que l'heure de l'action avait sonné, le général Bór-Komorowski et le colonel Antoni Chruściel ordonnèrent, le 31 juillet, la mobilisation générale des forces pour le lendemain à 17 heures.
Réserves polonaises Le déclenchement de l'insurrection ne fit pas l'unanimité des dirigeants civils et militaires polonais. Les généraux Anders et Sosnkowski étaient opposés au déclenchement d'une insurrection générale, en opposition avec le Premier ministre Mikołajczyk et Raczkiewicz ; des projets contradictoires de télégrammes destinés au général Bór-Komorowski furent rédigés et plusieurs fois modifiés. Ainsi, le général Sosnkowski, en tournée d'inspection du deuxième corps polonais combattant en Italie aux côtés des Alliés, écrit au chef d'état-major polonais à Londres :
Plus tard, après les premiers combats dans Varsovie le , le général Anders écrit à nouveau au chef d'état-major, le général Kopański :
Contexte diplomatique Durant le début de l'été 1944, les responsables polonais du gouvernement en exil à Londres mènent des pourparlers avec les responsables du comité polonais soutenu par les Soviétiques, installé à Lublin depuis la reconquête de la ville, mais en dépit de ces échanges, tiennent les Soviétiques et le comité de Lublin dans l'ignorance des préparatifs de l'insurrection.
Les Allemands face aux préparatifs de l'insurrection À ces réserves formulées par les responsables polonais s'ajoute la parfaite connaissance, par les occupants allemands, des intentions de la direction de la résistance intérieure polonaise, au moins depuis le .
Ainsi, en dépit de la proximité du front, les responsables militaires allemands décident de maintenir dans la ville un certain nombre d'unités combattantes, et de les renforcer, les concentrer autour de la ville afin d'empêcher la jonction des unités insurgées avec les armées soviétiques parvenues sur la rive droite de la Vistule, tout en donnant le maximum de publicité aux transferts de troupes en direction du front.
De même, le succès défensif remporté par Model dans les derniers jours du mois de juillet et dans les premiers jours du mois d', scelle, dès avant le début de l'insurrection, son échec, en bloquant les perspectives d'approvisionnement de la ville insurgée par la terre. Dans le contexte de préparation de cette contre-offensive, sont ainsi concentrées dans le secteur Varsovie de nombreuses unités importantes de la Wehrmacht et des SS.
De plus, la Vistule constitue une coupure majeure entre les Soviétiques et les Polonais : à partir de la défaite soviétique dans les faubourgs orientaux de la ville, Staline exclut de prendre rapidement la ville et préfère planifier, sur les conseils des commandants de fronts, le renforcement progressif des têtes de pont de part et d'autre de la ville.
Forces en présence
Les unités polonaises impliquées dans les combats Dans le district de Varsovie, l'Armia Krajowa (Armée de l'intérieur) compte environ dont et prêts au combat. Les unités manquent d'armes et de munitions, en particulier après les avoir en partie transférées vers les forces à l'est, où l'opération Tempête devait initialement être déclenché – la décision d'inclure Varsovie dans cette action militaire ne fut prise que le . Mis à part les soldats de l'Armia Krajowa, d'autres se sont portés volontaires y compris un certain nombre de Juifs rescapés de l'insurrection du ghetto de Varsovie. Pro-gouvernement polonais en exil : Armia Krajowa, AK (Armée de l'Intérieur) – env. Pluton Głuchoniemych AK, l'unique peloton des sourds polonais Pro-Union soviétique : Armia Ludowa, AL (Armée populaire, communiste) – env. Autres : Narodowe Siły Zbrojne, NSZ (Forces nationales indépendantes) – env. Szare Szeregi (les Rangs Gris, les scouts combattants) Żydowska Organizacja Bojowa, ŻOB (Organisation de combat juive)
Les unités allemandes impliquées dans les combats La garnison allemande engagée au début de l'insurrection de Varsovie est de : Heer (armée de terre) ; Ordnungspolizei (police chargée du maintien de l'ordre) ; Sicherheitspolizei (Gestapo et Kripo) ; Waffen SS (combattants SS) ; Luftwaffe (armée de l'air).
Combats vignette|Insurgés polonais lors d'un moment de repos à la Grande Poste (place Napoléon). vignette|Civils polonais assassinés par la police et les troupes SS à Varsovie, , massacre de Wola.