Pierre-Joseph Triest est un chanoine belge, du diocèse de Gand, né le à Bruxelles et mort le à Gand. Il fonda pas moins de quatre congrégations religieuses différentes : les Sœurs de la charité de Jésus et de Marie, (1803) ; les Frères de la charité de Gand, (1807) ; les Frères de Saint Jean de Dieu (1825) ; les Sœurs de l'enfance de Jésus (1835).
Biographie Pierre-Joseph Triest naquit dans une famille bourgeoise de BruxellesVoyez Jean-François Houtart, qui a publié la généalogie de Pierre-Joseph Triest et de sa famille : La famille Triest, originaire de Lede dans Le Parchemin, bulletin de l'OGHB, 2016, n° 426, pages 565 à 581.. Sa mère était issue des lignagesPierre Joseph Triest descendait des Lignages de Bruxelles par sa mère Cécile Melo ou Mello, du Lignage Sleeus : voyez le Bulletin de l'ARDLB, Les Lignages de Bruxelles, 1965 et 1997-1999. et dès lors, il était Lignager lui-même.
Après sa formation à l’université de Louvain et au séminaire de Malines, il fut ordonné prêtre, le même jour que son frère Jean-Baptiste, par le cardinal de Franckenberg, le .
Il fut le dernier curé de la paroisse Saint-Pierre à Renaix de 1797 à 1803Une étude est consacrée au chanoine Triest dans les Annales de Renaix, publication annuelle du Cercle Historique et Archéologique de Renaix et du Tènement d'Inde (C.H.A.R.T.I.), Renaix, 1972, à lire en ligne sous le lien . Voyez également le recensement de la Biographie de M. le Chanoine Triest, et statistique de ses établissemens, dans L'Ami de la religion, volume 91, Paris, 6 octobre 1836, pages 33 à 36, à lire en ligne sous le lien .. En 1800, sous le régime napoléonien, il fonde déjà un atelier pour les orphelins à Renaix. Après le concordat, il fut desservant de la paroisse Saint-Martin de Renaix en 1802.
En 1803, comme curé à Lovendegem, il commence une nouvelle congrégation, avec un groupe de femmes, pour le soin des pauvres, des malades et l'éducation des enfants. Il a l'intention d'intégrer cette initiative locale avec les Filles de la charité de Saint Vincent de Paul, toutefois, ceci n’étant pas accepté, l'évêque, , décide de reconnaître cette congrégation sous le nom de Sœurs de la charité de Jésus et de Marie. Remarqué par son dévouement, il est appelé à Gand (département de l'Escaut) avec ses sœurs, pour prendre sur les soins des maladies incurables à l'ancienne abbaye Ter Haegen. Le , il est officiellement désigné supérieur général des Sœurs, et le , nommé chanoine honoraire de la cathédrale Saint-Bavon (Gand).
Le , il est nommé responsable de l'Hôpital civil qu'est devenue la Biloque à Gand. Moins d'une semaine plus tard, il devient membre du , pour une meilleure gestion financière des diverses institutions charitables de la ville, et, le , il devient membre de la Commission des Hospices civils de Gand et du Comité de bienfaisance et, enfin, le de la même année, il est nommé administrateur des Hospices pour enfants trouvés et abandonnés. Ainsi, le chanoine Triest joue un rôle central dans la structure de coordination et de gestion des services de charité de la ville de Gand. Il occupera une position de premier plan dans cette structure pendant environ trente ans.
La même année, le , il commence une deuxième congrégation avec quelques jeunes hommes, à la Biloque, où les soins pour les pauvres vieillards étaient nettement insuffisants. Ceux qu’il nomma frères hospitaliers de Saint-Vincent, seront plus tard connus comme Frères de la charité, et reconnus officiellement par l’évêque le . Avec eux, Triest reprendra les soins des malades mentaux au château Gérard-le-Diable à Gand en 1815, et, ce faisant, en collaboration avec le Docteur Joseph Guislain, il donnera le feu vert au développement des soins psychiatriques en Belgique.
L'éducation normale tout comme l’éducation spécialisée des sourds-muets et des personnes avec handicap mental sera progressivement pris en charge par le chanoine Triest et ses congrégations. En 1815, les Sœurs de la charité ouvrent leur première école à Zaffelare, et les Frères de la charité suivent leur exemple avec celle de la Biloque un an plus tard. C'est à partir de 1820 que fonctionnent des écoles pour filles sourdes et en 1825 pour les garçons sourds.
Pour les soins à domicile, le chanoine Triest doit fonder une troisième congrégation en 1825 : les Frères de Saint Jean de Dieu. En 1833, Bruxelles demande au chanoine de fonder un institut pour sourds et aveugles à Bruxelles, ce qui fut réalisé dans les années suivantes, tant pour les filles que pour les garçons. Une quatrième congrégation voit le jour en 1835, un an avant sa mort : les Sœurs de l'Enfance de Jésus pour le secours et le soin des orphelins et enfants abandonnés.
Le chanoine Triest meurt à Gand le après avoir consacré toute sa vie, d'une manière infatigable, à venir en aide aux démunis, aux sans-abris et aux malades. Son corps est ramené à Bruxelles où, durant une cérémonie nationale d'hommage, il est enterré dix ans plus tard dans la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule.
Reconnaissance publique De son vivant, le chanoine Triest a reçu des mains royales diverses marques de reconnaissance, telles que la Médaille de l’Ordre du Lion néerlandais et la Croix de l’Ordre de Léopold. La Médaille d’or de la Société Montyon et Franklin de Paris réservée aux bienfaiteurs de l’humanité lui fut décernée en 1834. Au dixième anniversaire de sa mort en 1846, le gouvernement belge, en expression nationale de reconnaissance, fit exécuter un monument de marbre blanc qui fut érigé dans la collégiale Sainte-Gudule à Bruxelles. L'artiste en est le sculpteur Louis-Eugène Simonis. Une belle lithographie et une médaille frappée en 1836 ont transmis ses traits bienveillants jusqu'à nous. Le procès de béatification du Serviteur de Dieu Pierre-Joseph Triest a été ouvert le au diocèse de Gand. Le procès diocésain s'est achevé le , et le dossier a ensuite été transmis à Rome, où il a été officiellement accepté le . Le pape François a reconnu le les vertus héroïques de Pierre-Joseph Triest par un décret officiellement promulgué par le VaticanArticle paru dans le journal La Libre Belgique, à lire en ligne , consulté le 19 avril 2025.. Le chanoine porte désormais le titre de "vénérable".
Une grande sensibilité pour les pauvres Déjà dans sa jeunesse, Triest révèle une sensibilité spéciale envers les pauvres. Ses biographies mentionnent à quel point, comme étudiant à Geel, il utilise ses économies pour acheter des friandises pour les malades mentaux. Comme jeune prêtre, on le voit prendre soin des enfants des mères célibataires, et quand, en 1795, il y a une épidémie de fièvre typhoïde à Malines, il travaille jour et nuit pour soigner les malades jusqu'à ce qu'il tombe victime de cette maladie lui-même pendant quelques mois.
Sa période de clandestinité lorsqu’il est prêtre à Renaix lui permet d’approfondir sa vie spirituelle, et ce qui était en lui comme une attitude fondamentale devient maintenant un choix conscient: l'amour de Dieu le pousse à consacrer sa vie au service du prochain, spécialement les plus nécessiteux. Il fait preuve de courage lorsque, à Renaix, malgré le risque d'être arrêté et emprisonné, il se rend au chevet de l'épouse souffrante du brigadier Coton dans les casernes mêmes.
Les mots qu'il utilise dans son premier sermon public sont assez émouvants : . Il exprime ainsi sa mission : son enseignement, son exemple et son service, voilà le programme qui va façonner le reste de sa vie.
Un homme avec une claire vision du soin des pauvres La vision de Triest sur le soin des pauvres peut être décrit en quatre mots : l'amour en est la source, le service le chemin, des soins complets la méthode et la joie de la résurrection comme perspective.
L'amour comme dynamisme . De par sa relation avec Dieu, Pierre-Joseph Triest comprend que, finalement, tout est question d'amour. Il va utiliser la force de l'amour de Dieu pour aider son prochain. Un amour enraciné dans l'amour divin : .
Dans le service, Triest cherche aussi à rencontrer Jésus lui-même dans les pauvres : l'amour du prochain devient une rencontre avec Dieu. .
Le service comme chemin Dans son énoncé de mission de 1802, Triest parle déjà du service comme la continuation de son enseignement et de son exemple. Il dit à ses paroissiens : . Ces paroles vont constituer sa règle de vie.
Une histoire bien connue est celle où le chanoine Triest abandonne son propre lit au bénéfice d’une malade, et passe plusieurs nuits sur une chaise. Les soins des malades devraient également être effectués en esprit de service. . Et ce service sera dispensé avec la même sensibilité que nous trouvons chez Saint Vincent. .
Des soins complets, comme méthode Triest prête attention à l'homme tout entier et à tous ses besoins. Cette prise en charge complète est très bien exprimée dans une lettre aux Sœurs de la charité, le . . Chaque acte de soin pour les pauvres doit se baser sur la connaissance de la personne et de sa situation misérable. Le traitement de la douleur physique ne suffit pas, il faut aussi considérer les besoins psychologiques et sociaux.
La joie de la résurrection est la perspective La perspective ultime, cependant, c'est la joie de la résurrection : tirer de la gueule de la mort, créer un rayon de soleil pour les malheureux. Pour Triest, les soins pour les pauvres ont pour objet la perspective de la résurrection car ils visent à donner de nouveaux espoirs. Il s’agit d’un donner un avant-goût car les œuvres concrètes de miséricorde constituent pour les malheureux une expérience concrète de la résurrection. Hommages Chanoine honoraire de Saint-Bavon en 1807, et chanoine titulaire de Saint-Bavon en 1830, Chevalier de l'ordre du Lion Belgique en 1818, Chevalier de l'ordre de Léopold en 1833. En tant que bienfaiteur de l'humanité, il reçoit la médaille de la Société philanthropique Montyon et Franklin, qui lui est remise solennellement à l'hôtel de ville de Gand en 1834. Un mausolée en son honneur été érigé dans la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles en 1846. Une rue de Montréal a été dénommé en son honneur en 1952Voyez .. Un monument à Gand, avec son portrait en médaillon dû au sculpteur Maurits Withouck, a été érigé à sa mémoireVoyez ..
Notes et références
Annexes Bibliographie Vie et esprit du chanoine Triest, Bruxelles, 1928. Chanoine Gabriel van den Gheyn, notice Triest (Pierre-Joseph), dans la Biographie nationale éditée par l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1932, XXV, col. 634-638, à lire en ligne sous le lien suivant . Lexikon für Theologie und Kirche, 2X, 358. Encyclopedic Dictionary of Religion, Philadelphia-Washington, D.C. 1979, 3567. Annuario Pontificio 1997, État du Vatican, 1997, et 1512. Baudouin Walckiers, Filiations lignagères bruxelloises contemporaines, Bruxelles, 1999, (ascendance de la famille Triest dans le lignage Sleeuws). . Koenrad Reichgelt, Les Frères de la charité (1807-1876), Ghent, 1957. Eugeen Geysen, Het verdienstelijke leven van Petrus-Jozef Triest, Gent. René Stockman, Éthos des Frères de la charité, Publications Frères de la charité, Stropstraat 119, B-9000 Gand, Copyright 2002, révisé en 2006. René Stockman, Ce bon Monsieur Triest, une biographie sur le Chanoine Pierre-Joseph Triest, Belgique, . René Stockman, Triest, un père pour beaucoup de gens, Gand, 2004, . Lucienne Cnockaert, Pierre-Joseph Triest (1760-1836) - Le Vincent de Paul Belge, Publications Universitaires de Louvain, Louvain, 1974. Donald Joyal, Le charisme de Pierre-Joseph Triest, Rome, Université Pontificale Grégorienne, 1982. Orest Claeys, Petrus Jozef Triest. Ghent, Provincialat des Frères de la charité, Gand.
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