upright=1.2|vignette|« Un nouveau superbe clipper partant pour San Francisco », publicité pour le voyage vers la Californie publiée à New York dans les années 1850. La ruée vers l’or en Californie () est une période d'environ huit ans (1848-1856) qui commence en par suite de la découverte d'or à Sutter's Mill, une scierie appartenant au Suisse Johann August Sutter, près de Coloma, à l'est de Sacramento, dans l'actuel État de Californie (États-Unis) The Gold Rush of California : A Bibliography of Periodical Articles. California State University, Stanislaus (2002). (daté du 2008-01-23).. La nouvelle se répand rapidement et attire en Californie plus de , américains et étrangers California Gold Rush, 1848-1864.

Ces pionniers, appelés par la suite (expression que l'on pourrait traduire par « quarante-neuvards »), arrivaient par bateau ou par voie terrestre à bord de chariots, de tout le continent, au prix d'un voyage bien souvent difficile. Bien que la plupart de ces nouveaux arrivants aient été des Américains, la ruée vers l'or attira également des dizaines de milliers d'immigrants d'Amérique latine, d'Europe, d'Australie et d'Asie. Ces chercheurs d'or commencèrent par s'installer le long des rivières et utilisèrent pour leur recherche les techniques artisanales de l'orpaillage. Puis des méthodes plus sophistiquées d'extraction de l'or se développèrent et furent ensuite adoptées dans le monde entier. On estime que la valeur des quantités d'or découvertes pendant cette période s'élève à plusieurs milliards de dollars actuels. Mais alors que certains firent fortune, d'autres retournèrent chez eux avec guère plus que ce qu'ils possédaient au départ.

La ruée vers l'or transforma profondément la Californie. Alors petit hameau constitué de tentes, San Francisco se développa sous la pression de la croissance démographique ; des routes, des églises, des écoles et d'autres bâtiments y furent construits. Un système de loi et un gouvernement furent créés, gouvernement qui mènera à l'admission de la Californie en tant qu'État américain en 1850. De nouveaux modes de transport se développèrent : le bateau à vapeur, qui devient un moyen de transport régulier, et les chemins de fer. L'agriculture, futur pan majeur de l'économie californienne, commença à se développer à travers tout l'État. Cependant, la ruée vers l'or eut aussi pour conséquences que de nombreux Nord-Amérindiens furent attaqués et chassés de leurs terres ancestrales, que des tensions raciales et ethniques se formèrent, et que l'extraction de l'or entraîna de nombreux problèmes environnementaux.

L'or en Californie avant la ruée Données géologiques Les scientifiques pensent que les concentrations importantes d'or présentes dans les montagnes californiennes sont le résultat du travail combiné des forces tectoniques, volcaniques et de l'érosion depuis d'années. Au début du processus, la Californie était submergée, et des volcans sous-marins déposèrent de la lave et des minéraux, dont de l'or, sur son plancher océanique. Vers d'années, la pression tectonique fit plonger ce plancher océanique sous la plaque continentale américaine.. À cause de la subduction, le plancher océanique se changea en magma sous pression qui se fraya alors un passage par des fissures vers la surface de ce qui est aujourd'hui la sierra Nevada en Californie. En montant, le magma se refroidit, se solidifia, et des veines d'or se formèrent dans des gangues de quartz. Enfin, ces roches et ces minéraux s'érodèrent à la surface, et ainsi exposé à l'air libre, l'or fut emporté par les pluies et se déposa parmi les sédiments qui composaient les berges des cours d'eau sur lesquels les concentrèrent d'abord leurs efforts.. vignette|Conditions géologiques expliquant la présence d'or en Californie, schéma explicatif.vignette|Détail d'une pépite d'or en partie recouverte de quartz, trouvée à , dans le comté de . Collection du musée d'histoire naturelle de Berlin.

Naissance du mythe californien et premières découvertes vignette|« Dans toute l'île, il n'y avait d'autre métal que l'or. » Las Sergas de Esplandián, Garci Rodríguez de Montalvo.Carte de l'île de Californie, 1650.

Des siècles avant le début de la ruée vers l'or, avant même que la Californie ne soit découverte, son nom était associé à l'or et à l'image d'un nouvel Éden dans l'imaginaire de ses futurs explorateurs. Ce nom apparut pour la première fois au début du sous la plume de l'écrivain espagnol Garci Rodríguez de Montalvo dans Las Sergas de Esplandián, livre du roman Amadis de Gaule qui connut un grand succès influençant les conquistadors lors de l'exploration du nouveau monde Didier Latapie (2001), La Fabuleuse Histoire de la ruée vers l'or, Californie - , Mémoire vive. Privat, .. Ainsi est décrite dans cet ouvrage l'île de Californie :

L'auteur tira ce nom de Califerne, une ville africaine mentionnée dans la Chanson de Roland. Les mythes de l'île de Californie et des sept cités de Cibola, les légendaires cités d'or, poussèrent de nombreux explorateurs vers la côte occidentale de l'Amérique du Nord. Parmi eux, Hernán Cortés apprit des Indiens l'existence d'une Terra incognita qui se situerait au nord-ouest de la Nouvelle-Espagne et qui pourrait bien être une île. Il organisa plusieurs expéditions et, en 1535, fonda une petite colonie sur le site actuel de La Paz, en Basse-Californie. Malgré tous ses efforts, il repartit à Mexico sans avoir trouvé le moindre trésor. En 1602, l'expédition de Sebastián Vizcaíno fit une erreur et confirma que la Californie était bien une île, renforçant le mytheCe n'est qu'un siècle plus tard que l'erreur fut corrigée par le père Eusebio Francisco Kino, missionnaire jésuite, qui prouva que la Basse-Californie est bien une péninsule.. Toutefois, les explorateurs espagnols n'obtinrent que de maigres résultats. Le nom de Californie demeura celui de ces terres bien que le rêve de trouver de l'or s'estompât peu à peu.

Il fallut attendre 1765 et l'accès de José de Gálvez au titre de Visitador de Nouvelle-Espagne pour qu'une opération d'envergure soit mise en œuvre afin de peupler la Haute-Californie et qu'on recommence à chercher de l'or dans cette région. Don José Gálvez confia la direction de l'entreprise au gouverneur de la Basse-Californie Gaspar de Portolà. L'expédition partit en , accompagnée par des franciscains venus remplacer les jésuites et leur père supérieur Junípero Serra. Le voyage fut très pénible et à l'arrivée les richesses escomptées ne furent pas au rendez-vous. Don Gaspar De Portóla confia son poste de gouverneur à Pedro Fages et rapporta sa déception quant au résultat de l'opération :

Contrairement à Don Gaspar De Portóla, le Visitador Don José Galvez ne renonça pas et présenta au roi un rapport sur l'existence de mines d'or en Haute-Californie suivi d'un projet d'exploitation s'appuyant sur la main d'œuvre indienne. Ce projet ne vit jamais le jour, les autorités espagnoles se détournèrent de ce qu'elles considérèrent comme la poursuite de rêveries chimériques.

thumb|right|upright=1.3|Carte montrant les premiers sites aurifères entre 1814 et 1843 en Haute-Californie, précédant la ruée vers l'or en Californie de 1848.

De 1769 à 1823, les Franciscains fondèrent 21 missions le long du littoral de San Diego à Sonoma et furent ainsi les premiers à coloniser ce territoire, avec les militaires et les fonctionnaires, en obtenant l'aide des Indiens de Haute-Californie, peuple pacifique et facile à convertir au christianisme. Des rumeurs quant à la connaissance de gisements d'or par les hommes en robe de bure apparurent. William H. Davis, un marchand américain, affirmait avoir vu certains d'entre eux en possession de pépites d'or. Si ces rumeurs étaient fondées, il est probable que les Franciscains n'aient pas mesuré l'ampleur des gisements ou qu'ils réussirent à en garder le secret. Autre rumeur, des trappeurs prétendirent en 1814 que les habitants de Fort Ross, fondé par des Russes en 1812 à au nord de Yerba Buena, exploitaient des gisements aurifères, mais rien ne le confirma.

Jusque-là, le faible peuplement et le manque d'ouverture sur l'étranger, auxquels s'ajouta la guerre d'indépendance du Mexique de 1810 à 1821, n'avaient pas permis une exploration plus approfondie et beaucoup de prospections. Ce contexte changea lorsque la Californie devint une province du Mexique à la fin de la guerre. Contrairement au royaume d'Espagne, le nouvel État encouragea le commerce avec les autres pays et mit en place en 1824 une législation favorable au peuplement de la Californie en garantissant la sécurité des biens et des personnes et en accordant des titres de propriétés à un quota d'étrangers dont un certain John Sutter, débarqué en 1839 en Californie et qui n'allait pas tarder à faire parler de lui.

Quelques années seulement avant la ruée vers l'or, et avec l'arrivée de ces nouveaux migrants, de nouvelles rumeurs circulèrent. Le , Francisco Lopez, employé du rancho ou rancho San Francisco, découvrit de l'or à Placerita Canyon, dans les montagnes au nord de Los Angeles. Avec des amis, dont un Français originaire de Bordeaux (Charles Baric), il exploita le filon qui s'épuisa vite. En 1843, Jean Baptiste Ruelle, un Canadien français, aurait lui aussi découvert un gisement. Toutefois, entre mythes d'une terre promise et rumeurs, personne ne soupçonnait que les rêves des conquistadors allaient bientôt devenir réalité et que ce serait les Yankees qui en profiteraient. Ironie de l'histoire, l'acquisition de la Californie eut lieu à peine plus d'une semaine après la découverte qui déclencha la ruée vers l'or.

Historique La découverte à Sutter's Mill vignette|Champs aurifères de la sierra Nevada et du nord de la Californie.

La ruée vers l'or commença à Sutter's Mill (une scierie appartenant au pionnier suisse John Sutter) dans les environs de Coloma le lundi Didier Latapie (2001), La Fabuleuse Histoire de la ruée vers l'or, Californie - , Mémoire vive. Privat, .Tristan Gaston-Breton, « John Sutter pour tout l'or de la Californie », Les Échos, 18-19 juillet 2009, .. James W. Marshall, un charpentier travaillant pour Sutter, trouva des morceaux d'un métal brillant dans le bief de la scierie qu'il faisait construire pour Sutter sur le bord de l'American River. Les résultats de tests pratiqués par les deux hommes montrèrent que les particules trouvées par Marshall étaient bien de l'or.

Déconcerté par cette découverte, Sutter voulut d'abord la tenir secrète car il craignait ce qui pouvait arriver à ses projets d'empire agricole (la ) en cas de recherche d'or intensive Hubert Howe Bancroft (1888), History of California, vols. 18–24, .. Cependant, la nouvelle ne tarda pas à se répandre et fut confirmée en par l'éditorialiste et homme d'affaires de San Francisco Samuel Brannan. Selon une célèbre anecdote, Brannan marchait à grandes enjambées dans les rues de San Francisco alors qu'il brandissait une fiole contenant de l'or au-dessus de sa tête et s'écriait : « De l'or ! De l'or ! De l'or ! Il y a de l'or dans l' ! »

Le , le (un journal new-yorkais publié de 1835 à 1924) fut le premier grand journal de la côte Est à mentionner la ruée vers l'or en Californie. Le , le président James Knox Polk confirma la découverte de l'or dans un message au Congrès américain.. Aussitôt, des vagues d'immigrants du monde entier arrivèrent dans le , en Californie : arrivent par la mer à San Francisco au cours de l'année 1849 et environ par voie terrestre.. Ces immigrants seront appelés, plus tard, les « », en raison de cette année 1849.

Comme le craignait John Sutter, la fièvre de l'or prit vite de l'ampleur. Jusque-là un des hommes les plus riches parmi ses contemporains, il fut paradoxalement ruiné par la découverte d'or sur ses terres : ses ouvriers désertèrent, ses droits de propriété furent contestés, ses récoltes ravagées, son bétail volé et ses terres squattées par les nouveaux arrivants.

La ruée