Louis Philippe Albert d'OrléansSon prénom usuel est « Louis-Philippe » jusqu’en 1883, puis seulement « Philippe » à partir de cette année-là. Cf. ., né à Paris le et mort à Stowe House (Royaume-Uni) le , comte de Paris, est le dernier prince royal de France, de 1842 à 1848. Prétendant orléaniste au trône de France de 1848 à 1873 sous le nom de , puis de 1883 à 1894 sous celui de En 1848, ses partisans orléanistes lui donnent le nom de « » mais il choisit le nom « » en 1883, lorsqu'il se pose en héritier des Bourbons., il est également écrivain et combattant pendant la guerre de Sécession.
À sa naissance, le prince Philippe incarne la vitalité de la maison d'Orléans et reçoit le titre de comte de Paris de son grand-père, le roi des Français . Quatre ans plus tard, en 1842, l’enfant perd son père, Ferdinand-Philippe d'Orléans, et devient donc l’héritier de la monarchie de Juillet. Or, le tout nouveau prince royal est trop jeune pour représenter la stabilité et pour rassurer les opposants à la politique de son grand-père. Par conséquent, lorsque éclate la révolution de 1848, sa famille est incapable de le faire proclamer roi des Français et la Deuxième République se met en place. Commence alors une longue période d’exil qui dure jusqu’en 1871 et durant laquelle le prétendant orléaniste trompe difficilement son ennui. Au début des années 1860, Philippe d’Orléans se rend aux États-Unis pour s’engager dans la guerre de Sécession au côté de l'Union et, de cette expérience, il ramène une Histoire de la Guerre civile en Amérique.
Après la chute du Second Empire en 1870, le comte de Paris regagne la France et s’investit dans la vie politique. Afin de renforcer les partisans d’une nouvelle restauration monarchique, il accepte en 1873 de reconnaître comme chef de la maison de France le comte de Chambord. Ce dernier n'ayant pas d'enfants (mais ayant de nombreux cousins agnatiques), le comte de Paris revendique être son successeur potentiel s'il devait accéder au trône. Cependant, les intransigeances conjuguées du petit-fils de vis-à-vis du drapeau blanc et de la majorité des députés vis-à-vis du drapeau tricolore rendent impossible le retour de la monarchie. Après le décès du comte de Chambord le 24 août 1883, le comte de Paris reprend un rôle politique important et la majorité des monarchistes se rallie à lui en tant que chef de la maison de France, bien que certains, comme la comtesse de Chambord, décident de reconnaître la nouvelle branche aînée des Bourbons comme famille royale légitime. Mais la République a eu largement le temps de se renforcer et les chances de restaurer la monarchie se sont éloignées.
En 1886, le vote d’une nouvelle loi d’exil contraint le comte de Paris et sa famille à quitter le territoire national mais le prince continue à essayer d’intervenir dans les affaires de la France malgré son départ. À chaque crise que connaît le pays, et particulièrement lors de l’affaire Boulanger et du scandale de Panama, le chef des Orléans espère pouvoir monter sur le trône. Néanmoins, chaque espoir de restauration est suivi d’une nouvelle déception et le comte de Paris meurt en exil au Royaume-Uni sans n'avoir jamais pu être roi des Français comme le fut son grand-père.
Famille Le comte de Paris est le fils aîné de Ferdinand-Philippe d'Orléans (1810-1842), prince royal de France, et de son épouse la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin (1814-1858). Par son père, il est le petit-fils et l'héritier du roi des Français (1773-1850) et de son épouse la reine Marie-Amélie des Deux-Siciles (1782-1866), tandis que, par sa mère, il est l'arrière-petit-fils du grand-duc (1756-1837). Le prince Philippe a pour seul frère Robert d'Orléans (1840-1910), duc de Chartres, dont descendent en ligne masculine les membres actuels de la maison d'Orléans.
Le , le prince Philippe épouse à Kingston-sur-Tamise, au Royaume-Uni, sa cousine germaine l'infante franco-espagnole Marie-Isabelle d'Orléans (1848-1919), elle-même fille d'Antoine d'Orléans (1824-1890), duc de Montpensier.
thumb|left|upright|Le comte de Paris (de profil) et son frère, le duc de Chartres (de face).
De cette union naissent 8 enfants : Marie-Amélie (1865-1951) qui se marie au roi (1863-1908) ; Philippe (1869-1926), duc d'Orléans et prétendant au trône de France sous le nom de « », qui s'unit à l'archiduchesse Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine (1867-1932) ; Hélène (1871-1951), qui épouse Emmanuel-Philibert de Savoie (1869-1931), duc d'Aoste ; Charles Philippe Marie d'Orléans ( à Paris 8e - à Paris 8e) ; Isabelle (1878-1961), qui se marie à son cousin germain Jean d'Orléans (1874-1940), duc de Guise et prétendant au trône de France sous le nom de « » (fils du frère cadet de « Philippe VII », Robert, et de Françoise d'Orléans-Joinville) : Parents entre autres du deuxième comte de Paris ; Jacques Antoine Marie d'Orléans ( à Eu - à Eu) ; Louise (1882-1958), qui s'unit à Charles de Bourbon-Siciles (1870-1949), prince des Deux-Siciles et infant d'Espagne. Ils sont les parents d'Alphonse, héritier présomptif du trône espagnol en 1904-1907, et les grands-parents maternels de ; Ferdinand (1884-1924), duc de Montpensier, qui épouse Marie-Isabelle González de Olañeta e Ibarreta (1893-1958), marquise de Valdeterrazo et grande d'Espagne.
Biographie Sous la monarchie de Juillet
Un héritier pour les Orléans gauche|vignette|399x399px|Portrait de Louis Philippe Albert d'Orléans, comte de Paris en 1842, par Franz Xaver Winterhalter.
Quinze mois après le mariage de ses parents, le prince Philippe voit le jour le dans le pavillon de Marsan du palais des Tuileries à Paris, résidence de la famille royale de France, et il est ondoyé le même jour dans la chapelle des Tuileries par Hyacinthe-Louis de Quélen, archevêque de ParisPhilippe de Montjouvent, Éphéméride de la Maison de France de 1589 à 1848, Charenton-le-Pont, éditions du Chaney, 1999, .. Par ordre de la princesse royale, il est délivré à tous les enfants des deux sexes nés à Paris le même jour que son fils un livret de caisse d'épargne avec première mise de cent francs.
Après avoir un moment envisagé de le nommer « prince d’Alger », son grand-père, le roi des Français , ressuscite pour lui le titre de comte de Paris, porté au par le roi des Francs , l'un des fondateurs de la dynastie capétienne. L'initiative est destinée à rappeler aux autres dynasties européennes l'ancienneté de la maison d'Orléans en même temps que son attachement à la capitale française, à laquelle les Bourbons de la branche aînée avaient, eux, préféré Versailles.
En France, l’arrivée d’un héritier au sein de la famille royale semble, dans un premier temps, consolider le trône de Juillet et faire oublier la difficulté qu’avait représentée, pour Louis-Philippe et les siens, le fait de trouver une épouse au prince royal. Considéré par les autres dynasties européennes comme un fils d’usurpateur, Ferdinand-Philippe d'Orléans a, en effet, dû subir le refus humiliant de plusieurs princesses du continent avant d'en trouver une d'accord pour l'épouser. Or, la jeune fille en question, Hélène de Mecklembourg-Schwerin, est issue d'une dynastie allemande peu prestigieuse et son union avec l'héritier de la couronne française s'est accompagnée de commentaires perfides, à l'étrangerMis au courant du projet de mariage, le tsar déclare ainsi qu'. Cf. . La venue au monde du comte de Paris permet donc à la famille royale d'oublier la période difficile qu'elle vient de traverser et de se projeter sans crainte dans l'avenir.
Le baptême du comte de Paris, le , donne lieu à une cérémonie fastueuse en la cathédrale Notre-Dame de Paris. Au-delà des festivités, l'événement permet à la monarchie de Juillet de se rapprocher de l’Église catholique. Depuis la mort du très légitimiste de Quélen le , et son remplacement par Affre à la tête de l’archevêché de Paris à partir du , le clergé catholique se montre en effet beaucoup plus ouvert vis-à-vis des Orléans et ne rechigne plus à s'associer aux moments forts de la dynastie. La cérémonie de baptême est présidée par Denys Affre, archevêque de Paris, assisté de Jean-Baptiste de Merson, curé de la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois : le prince Philippe a pour parrain son grand-père , roi des Français, et pour marraine sa grand-mère Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, reine des Français.
Les premières années du prince sont heureuses et celui-ci grandit au milieu d’une famille aimante et attentionnée. À partir de , sa mère, la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, importe ainsi pour lui, d'Allemagne, la coutume de l’arbre de NoëlJean Favier (dir.), « Noël se fêtera autour d'un sapin », Chronique de la France et des Français, Éditions Chronique, Bassillac, .. Malgré tout, l'enfant passe également de longues périodes sans voir son père, notamment lorsque celui-ci part en visite en Algérie en 1839 et y retourne, au printemps 1840, pour y poursuivre le combat contre les forces de l'émir Abd el-Kader.
La mort du duc d'Orléans et ses conséquences La vie du jeune comte de Paris bascule le . Ce jour-là, son père, le prince Ferdinand-Philippe d'Orléans, meurt d'une fracture du crâne dans un accident de cabriolet, alors qu'il se rend en visite à Neuilly, afin d'y retrouver la reine Marie-Amélie et le roi Louis-Philippe. Âgé d'à peine quatre ans, l'enfant devient alors le nouvel héritier du trône et reçoit, en conséquence, le titre de prince royal.
thumb|Le duc d'Orléans, père du comte de Paris, représenté par Dominique Ingres (1842).|300x300px
Avec le décès du duc d'Orléans, se pose très vite la question de la survie de la monarchie de Juillet. En 1842, le souverain, dont la politique est de plus en plus réactionnaire, a en effet soixante-neuf ans et il est peu probable qu'il vive jusqu'à la majorité de son petit-fils. Les Chambres ont donc beau voter l'abaissement de la majorité du prince royal de vingt-et-un à dix-huit ans, le régime doit nommer un régent pour effectuer la transition entre les deux règnes. Plusieurs choix s'offrent alors au roi : ses quatre fils survivants, le duc de Nemours, le prince de Joinville, le duc d'Aumale et le duc de Montpensier, ou sa belle-fille, la duchesse d'Orléans. Suivant la règle dynastique et le testament du duc d'Orléans, le monarque choisit son deuxième fils, Nemours, comme régent éventuel. Or, celui-ci a la réputation d'être le plus conservateur des Orléans et la décision royale est très mal accueillie par le peuple, qui préfèrerait voir Joinville, Aumale ou la duchesse d'Orléans à la tête du pays.
La mort du duc d’Orléans renforce, par ailleurs, la nécessité de donner une éducation soignée au comte de Paris afin de le préparer à son rôle d’héritier du trône. En 1843, le prince est donc confié aux soins de Jacques Regnier, un futur membre de l’Institut de France, et à ceux d’Étienne Allaire.
La révolution de 1848 gauche|vignette|361x361px|Le duc d'Orléans, avec son épouse Hélène de Mecklembourg-Schwerin et leurs fils (Philippe et Robert) par François Grenier de Saint-Martin.