Jean-Charles Marchiani, né le à Bastia, est un haut fonctionnaire et un homme politique français.
Ancien officier du SDECE (devenu DGSE en 1982), Jean-Charles Marchiani a été un intermédiaire lors de négociations pour la libération d'otages au Liban, en Algérie, en France et en Bosnie. Proche de Charles Pasqua, il est élu député européen sur la liste du Rassemblement pour la France aux côtés de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers en 1999.
Jeunesse Jean-Charles Marchiani étudie au petit séminaire d'Ajaccio, puis effectue sa scolarité au lycée Thiers de Marseille. Il est admis à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence (diplômé en 1966 « Jean-Charles Marchiani », L'Express en ligne, ). Il adhère au Parti nationaliste, parti d'extrême droite français, à la fin des années 1950. Il milite « officiellement » en faveur de l'Algérie française. En réalité, il est lié à Charles Pasqua, responsable du SAC (Service d'action civique) pour la région Provence-Côte d'Azur. Pour le compte de ce dernier, Marchiani infiltre les milieux de l'OAS au sein de la faculté de droit d'Aix-en-Provence et effectue des missions de contre-espionnage qui contribueront à mettre fin aux activités de cette organisation..
Il est enrôlé par les services secrets français à l'université à l'âge de 19 ans à la fin de la guerre d'Algérie. À 25 ans, Jean-Charles Marchiani sert comme officier parachutiste au sein du régiment de parachutistes d'infanterie de marine..
Carrière
Officier de renseignement (1962-1970) De 1962 à 1970, Jean-Charles Marchiani est officier du SDECE (devenu DGSE). Il est impliqué dans l'affaire Marković, visant à empêcher la candidature à l'élection présidentielle de Georges Pompidou ; Toutefois, il aurait qualifié les informations de sa source « Karamel » de « douteuses » dans une note.. Il est obligé de démissionner à la suite des instructions de Georges Pompidou après qu’il a été élu président de la République.
Secteur privé (1970-1986) De 1970 à 1986, Jean-Charles Marchiani rejoint le secteur privé.
En 1970, il est engagé comme responsable des relations syndicales chez Peugeot.
En 1972, il rejoint le groupe Air France et occupe notamment le poste de directeur des affaires juridiques et directeur général de la filiale Servair (commissariat aérien), et secrétaire général du groupe Méridien (alors filiale d'Air France). Il est alors honorable correspondant pour le SDECE. Il quitte ses fonctions en 1985.
Conseiller au ministère de l’Intérieur (1986-1988) De 1986 à 1988, il est nommé chargé de mission et conseiller pour le renseignement et la lutte anti-terroriste au cabinet de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, principal négociateur dans l’affaire des otages français au Liban (avec succèsL'importance de son rôle est contestée par Jacques Chirac selon Pierre Péan dans son livre L'Inconnu de l'Élysée, cité par Le Monde dans Peser le pour et le contre sur la demande de grâce de M. Marchiani, 25/04/08.). Auditeur à l'Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (IHEDN).
Secteur privé (1988-1993) De 1988 à 1993, il est membre de la direction du groupe Thomson, tout en étant nommé en 1989 conseiller du Commerce extérieur de la France.
Haute Administration publique (1993-1999) Durant la cohabitation (1993-1995), il retrouve ses fonctions auprès de Charles Pasqua, ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire. Après l’élection de Jacques Chirac et le remplacement de Charles Pasqua par Jean-Louis Debré au ministère de l’Intérieur, il est en première ligne au moment des attentats parisiens de 1995. En raison de ses mauvaises relations avec son ministre de tutelle, le chargé de mission est exfiltré de la Place Beauvau pour être promu préfet du Var. Selon Pierre PéanPierre Péan, Compromissions. La République et la mafia corse, Fayard, 20115, p. 233., Jacques Chirac aurait accepté cette nomination qu'il regrettera à la suite d'une demande pressante de Charles Pasqua.
Alors qu'il est déjà nommé, et attendu à la préfecture du Var, Jean-Charles Marchiani est sollicité directement par l'Élysée, pour intervenir afin de négocier la libération de deux pilotes abattus en Bosnie, en 1995. Il occupera ses fonctions jusqu'en 1997.
En 1996, il intervient dans les négociations, qui échoueront, visant à la tentative de libération des moines de Tibhirine.
De 1997 à 1999, il est secrétaire général de la zone de défense et de sécurité de Paris
À partir d', il est nommé préfet « hors cadre » (sans affectation) et a pris officiellement sa retraite en Jean-Charles Marchiani libérable le 19/10, Le Figaro, 06/10/2008..
Députation européenne (1999-2004) En 1999, Aux élections européennes de , Charles Pasqua et Philippe de Villiers conduisent la liste souverainiste intitulée « Rassemblement pour la France et l'Indépendance de l'Europe » (RPFIE). Elle obtient 13,06 % des voix et 13 élus, parmi lesquels Marie-France Garaud, William Abitbol et Jean-Charles Marchiani. Ce dernier sera député européen jusqu'en 2004.
Médiations et libérations d'otages
Au sein de la DGSE et auprès de Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani a joué un rôle assez important dans des négociations pour la libération d'otages français détenus à l'étranger, bien que l'importance de son action soit contestée par certainsvoir par exemple Pierre Péan, Compromissions. La République et la mafia corse, Fayard, 20115, p. 232-233..
Libération des otages français du Liban
Le , après plus de trois ans de détention par le Hezbollah, les diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine ainsi que le journaliste Jean-Paul Kauffmann sont libérés.
À la suite de nombreuses tractations et de plusieurs tentatives de libération avortées des services officiels de l'État, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua charge Jean-Charles Marchiani de mener, sous le pseudonyme « Alexandre Stephani ». et "au nom du gouvernement", des négociations parallèles en vue de la libération des otagesPasqua justifie la grâce présidentielle de Marchiani, L'Express, 24/12/2008.
Selon le journaliste Dominique Lorentz, ces enlèvements et la libération des otages entraient dans le cadre du contentieux entre Paris et Téhéran concernant le consortium d'enrichissement d'uranium Eurodif et Jean-Charles Marchiani aurait mené des négociations croisées entre Beyrouth et Téhéran.
Libération des pilotes français en Bosnie
Le , l'appareil Dassault Mirage 2000 du capitaine Frédéric Chiffot et du lieutenant José Souvignet est abattu au-dessus de la Bosnie. La DGSE informera le le président de la République que ces personnes sont mortes, passées par les armes des miliciens de Radovan Karadžić alors qu’il n’en est rien. Ce cafouillage des services secrets provoque la colère de Jacques Chirac qui décide confier l’affaire à un « pro » .
Selon L'Express, Jean-Charles Marchiani aurait mené, à la demande de Jacques Chirac et en collaboration avec l'homme d'affaires russo-israélien Arcadi Gaydamak, des négociations auprès des services secrets russes et yougoslaves. Il s’agit de réactiver le contact avec le Premier ministre russe Ievgueni Primakov, bon spécialiste du monde arabo-musulman, via Arcadi Gaydamak. Sa tactique s’avère payante le après quatorze semaines de détention, le chef d’état-major interarmes de l’armée française, le général Jean-Philippe Douin, est à Zvornik, en Bosnie, pour récupérer les deux pilotes. À leur arrivée à Villacoublay, ils sont accueillis par Jacques Chirac qui félicite publiquement leur accompagnateur et libérateur, Jean-Charles Marchiani .
Jean-Charles Marchiani aurait intimidé le président serbe Radovan Karadžić en affirmant que les forces françaises s'apprêtaient à quitter Sarajevo, laissant à elle-même la minorité serbe. Karadzic aurait alors accepté de libérer les otages en échange d'une reconnaissance officielle de la France et que le chef d'état-major français vienne en personne chercher les pilotes.
Négociations dans le détournement du Vol Air France d’Alger
Il contribue activement à l’issue heureuse du détournement de l’Airbus d’Air France, le . Ce soir-là, l’Airbus A300 d’Air-France qui doit se rendre à Paris ne peut décoller de l’aéroport d’Alger en raison d’une prise d’otages par des terroristes islamistes du GIA.
Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua demande à son conseiller Jean-Charles Marchiani de nouer des contacts avec le directeur du cabinet du ministre de l’Intérieur algérien, Lahcène Seriak. Les terroristes souhaitent faire le plein de carburant et détourner l’avion sur Paris. Grâce à Hocine Aït Ahmed qui possède un contact au sein du groupe de Djamel Zitouni, auteur de l’opération, il apprend que les terroristes souhaitent recharger l’avion pour le faire sauter au-dessus de Paris. Un renseignement qui explique pourquoi l’Airbus est finalement dirigé sur Marseille « En quête de vérité – le martyre des moines de Tibhirine, René Guitton, Éditions Calmann-Lévy, 2011, p 158 et suivantes. .. Le , l’Airbus d’Air-France dont quelques dizaines de passagers ont déjà été libérés à Alger, atterrit à Marseille-Marignane à 3 heures du matin. À , l’assaut est donné par le GIGN. Les quatre terroristes sont abattus.
C’est la raison pour laquelle, le GIA voua une haine farouche à Jean-Charles Marchiani et mit sa tête à prix. Au point que le , le chef de cabinet du nouveau ministre de la Défense, Charles Millon, adresse une note confidentielle à différents services afin de les informer de l’« attentat qui se préparait en représailles à l’assaut victorieux des hommes du GIGN contre le groupe du GIA algérien qui avait détourné l’Airbus d’Air France le précédent. Objectif : Jean-Charles Marchiani » .
Prise d'otage et assassinat des moines de Tibhirine
En , sept moines trappistes français sont enlevés dans leur monastère près de Médéa par des islamistes algériens du GIA avant d'être assassinés quelques semaines plus tard. Les autorités françaises ont mené pour leur libération des négociations parallèles pour lesquelles Jacques Chirac a mandaté Jean-Charles Marchiani. Le préfet Marchiani est convoqué à l’Élysée le à 21 heures, la veille d’un voyage du président Chirac au Liban. Seules deux personnes sont dans la confidence : l’amiral Jean-Luc Delaunay et Dominique de Villepin, secrétaire général de l’Élysée. Jean-Charles Marchiani connaît bien le dossier algérien. De 1993 à 1995, il a été chargé de mission au cabinet du ministre de l’Intérieur, s’occupant plus particulièrement de la surveillance des réseaux du FIS implantés en France .
Les démarches de Jean-Charles Marchiani ont toutefois été interrompues quelques jours plus tard à la demande du Premier ministre de l'époque, Alain Juppé« Moines de Tibéhirine : une bavure couverte par la France ? » par David Servenay, RUE89, nouvelobs.com, 12 juillet 2008« En quête de vérité – le martyre des moines de Tibhirine, René Guitton, Éditions Calmann-Lévy, 2011, et suivantes ..
Vie politique
Relations avec Charles Pasqua Après avoir passé plusieurs années dans l'industrie, il rencontre Charles Pasqua, « en 1968, au moment de l'organisation de la manifestation du . Avec René Tomasini et Alexandre Sanguinetti. Au moment où les gaullistes ont fait l' « armistice » avec les partisans de l'Algérie française – dont j'étais » - « Jean-Charles Marchiani : "Charles était au bout du rouleau en raison de la mort de son fils..." Atlantico, 2 juillet 2015.
Les deux hommes – qui parlent corse en tête-à-tête - ne se quitteront plus de vue, Pasqua le prenant dans son cabinet lors de ses deux passages au ministère de l'Intérieur et en le proposant à Jacques Chirac pour la fonction de préfet du Var en 1995. La collaboration entre les deux hommes continue avec la création du Rassemblement pour la France.
Préfet du Var