vignette|Machine à voter en France en 2015 : le vote blanc apparait en bas à droite de la planche de vote. Le vote blanc est une voix qui n'est donnée à aucun des candidats lors d'une élection, ou à aucune des propositions dans le cas d'un référendum. Il se distingue de l'abstention (absence de vote) et du vote nul (vote non valable), et bien qu'il ne soit pas souvent comptabilisé comme un vote exprimé et qu’il soit moins médiatisé que l’abstention, il est généralement considéré comme un moyen d’expression politique.

Éléments de définition Le « bulletin blanc », autrefois nommé « billet blanc »Avis du Conseil d'État du 25 janvier 1807., a été rendu possible par le remplacement du vote à main levée par le vote par bulletin (loi du 18 ventôse an VI, en référence à l'article 31 de la constitution de l'an III) ; avant cela, l'abstention était la seule alternative possible au vote..

Il ne semble pas exister de définition juridique très précise du vote blanc pour ce qui concerne sa signification, mais, selon le dictionnaireGrand dictionnaire encyclopédique Larousse, 1982, un bulletin blanc est . Le dictionnaire du vote de Paul Bacot le décrit comme un .. Plus tard le Centre d'information civique (CIC) considère qu'il s'agit d'une .

Selon le Code électoral français : .

En 2015, pour le site institutionnel français Vie Publique : ..

Interprétations possibles Dans le domaine des sciences politiques, le vote blanc est parfois désigné comme de l'. ou une forme plus large d'« alter-vote ». qui ne rime pas forcément avec neutralité..

Plusieurs significations peuvent être données au vote blanc : dans les petites communes où tout le monde se connaît, le vote blanc permet de voter au vu et su de la communauté, tout en exprimant le souhait de quelque chose de différent de ce que les candidats proposent ; il contribue à la mesure de la légitimité d'un groupe ou d'un élu : si quelqu'un est élu avec peu de bulletins blancs, ses décisions seront peut-être mieux respectées parce qu'il recueille l'assentiment positif des électeurs. Inversement, une forte abstention ou de nombreux votes blancs ou nuls laissent penser que l'élu reflète moins fidèlement la volonté majoritaire et une moindre adhésion à ses choix politiques ou stratégiques ; l'électeur peut ne pas avoir trouvé de candidat ou de parti politique qui corresponde à ses idées, mais ainsi tenir à manifester sa déception par un vote, plutôt que par l'abstention. Il indique alors peut-être qu'il ne remet pas en cause le principe des élections ni leur utilité ; le vote blanc peut être aussi un recours pour un électeur favorable à un parti à l'exclusion des autres, mais pas au candidat qui le représente ; si le chiffre des votes blancs est publié et qu'il est non négligeable, il peut appeler à susciter de nouvelles candidatures pour les élections suivantes, voire à créer de nouveaux partis politiques qui chercheraient à capter les voix de cette « réserve de votants », ceux-ci ne se reconnaissant ni dans les candidats en présence, ni dans leur programme. En France, le pourcentage des votes blancs est connu depuis les élections européennes du mois de mai 2014 (étant auparavant comptabilisés avec les votes nuls), même si leur décompte n'est pas dénué de confusions potentielles. Le taux de votes blancs et nuls varie en moyenne entre 2 et 5 % des votants, mais peut atteindre davantageExemple : 23 % au deuxième tour de l'élection cantonale de Marignane (duel entre un candidat MNR et un FN) : http://www.interieur.gouv.fr/Elections/Les-resultats/Cantonales/elecresult__cantonales_2004/%28path%29/cantonales_2004/013/canton36.html en fonction des contextes ; une option parfois envisagée est de considérer le vote blanc comme suffrage exprimé et, s'il obtient la majorité, de convoquer de nouvelles élections avec de nouveaux candidats.

Selon Adélaïde ZulfikarpasicAdélaïde Zulfikarpasic est diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris et a étudié en 1999-2000 la signification politique du vote blanc dans le cadre de son DEA (de Sociologie politique), sous la direction de Daniel Boy (Directeur de recherche au CEVIPOF). et Pierre Bréchon, bien qu'il ne soit souvent pas comptabilisé comme un vote exprimé, le vote blanc est un enjeu et peut être considéré comme une expression politique notamment parce qu'il est réputé intentionnel et parce qu'il donne une mesure de . Sa croissance dans les années 1990 ..

Pour Pascal JanPascal Jan est professeur de droit public à l’IEP de Bordeaux., le vote blanc exprime l’opinion d’un électeur qui manifeste son attachement à l’élection (contrairement à l'abstentionniste) et qui considère que l’offre politique ne lui permet pas de faire un choix, de pencher pour un candidat plutôt qu’un autre. Le vote nul manifeste davantage un mécontentement, dans la mesure où, généralement, l’électeur barre ou déchire son bulletin de vote..

Selon Jérémie MoualekJérémie Moualek finalise actuellement une thèse en sociologie politique sur le vote blanc et nul, intitulée: « À la recherche des voix perdues. Contribution à une sociologie des usages pluriels du vote blanc et nul », sous la direction de Jean-Pierre Durand et Jean-Gabriel Contamin (CPN, Université d'Évry). Il a aussi réalisé un court-métrage documentaire sur le sujet intitulé Voter en touche (2012)., en l'absence de reconnaissance du vote blanc dans les suffrages exprimés et donc de la distinction effective avec le vote nul, l'acte de voter blanc correspond encore à un usage pluriel du bulletin de vote (mêlant bulletins vierges, annotés, déchirés et enveloppes vides) qui diffère de l'emploi procédural auquel le bulletin est normalement cantonné.« Vote blanc, geste neutre ? », émission diffusée sur France culture (59 min 00 s) le 4 avril 2017 et consacrée au travail de thèse de Jérémie Moualek sur le vote blanc et nul...

La première analyse des votes blancs en Belgique est réalisée par Geoffrey Pion en 2010.. Cette analyse montre, sur le plan géographique (« écologique » dans le texte), un effet de frontières, l'influence du type de vote et la ruralité. Sur le plan socio-économique, ce sont les populations en difficulté qui semblent prédominantes. Il analyse aussi les catégories de votes nuls : erreurs (non-respect des règles), rayés, protestations envers la politique ou portant des inscriptions sans lien avec la politique.

Pays comptabilisant les votes blancs Asie En Mongolie, les élections présidentielles tiennent compte des votes blancs en tant que votes valides entrant en compte dans le décompte des voix et de leur pourcentage (articles 97.9 et 99.2 de la loi électorale mongole). Or, un candidat devant réunir la majorité absolue des suffrages (plus de 50 % des voix) pour être élu, il est par conséquent possible qu'aucun candidat n'atteigne le seuil requis, même au second tour. Un tel résultat conduit alors à la tenue de nouvelles élections (article 8.6.2) pour laquelle l'ensemble des partis doivent présenter de nouveaux candidats... Ce cas de figure est évité de justesse au cours de l'élection présidentielle mongole de 2017. Khaltmaagiyn Battulga l'emporte en effet au second tour par , 8,23 % des votants ayant choisi le vote blanc plutôt que l'un des deux adversaires restants..

Europe Depuis 2003, la Suisse comptabilise les bulletins blancs dans les élections au scrutin majoritaire. Ils participent à l'établissement de la majorité absolue. Mais au second tour, c'est la majorité relative qui est appliquée..

En Suisse, depuis 2014, des collectifs citoyens, notamment portés par Thomas Wroblevski. dans le canton de Neuchâtel et Jean-Luc Berkovits.. dans le canton de Vaud, militent pour une reconnaissance institutionnelle du vote blanc en Suisse.. Ces groupes ont présenté des listes symboliques lors d’élections communales.., cantonales.. et fédérales., parfois sous la bannière du collectif Modernokratie.., afin de représenter les électeurs refusant les candidats proposés. Ils revendiquent que le vote blanc soit reconnu comme un choix politique légitime, susceptible d’entraîner, en cas de majorité, la vacance d’un siège ou la tenue d’un nouveau scrutin, donnant ainsi un rôle effectif de veto démocratique... Les candidats précisent qu’ils démissionneraient s’ils étaient élus, soulignant leur fonction représentative du vote blanc. Ces démarches ont suscité un écho médiatique local et contribué au débat sur le statut du vote blanc en Suisse.

En France, les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal depuis le . Ils sont comptabilisés dans les résultats des scrutins et ne sont plus considérés comme des votes nuls.. Ils restent tout de même non considérés comme des suffrages exprimés, puisque transformés par ce même décret de vote valide en vote non valide pour la détermination des majorités relatives et absolues.

L'Espagne et les Pays-Bas sont les seuls pays européens qui considèrent les votes blancs comme valides à toutes les élections. Ils participent au calcul des pourcentages, notamment dans les rares référendums. Ils sont par conséquent pris en compte pour déterminer si un parti a franchi ou non le seuil électoral. En revanche, seuls les suffrages exprimés sont pris en compte pour la répartition des sièges à pourvoir..

La Suède était dans le même cas que l'Espagne mais les bulletins blancs ont été écartés de la catégorie « bulletins valides », sauf pour les référendums.

À côté du vote obligatoire, la Belgique présente une autre singularité : l’importance du nombre de bulletins blancs et nuls. En 2003, ils représentaient 5,2 % des bulletins déposés (ils sont les plus nombreux en zone rurale), ce qui est nettement plus que la moyenne européenne. Contrairement à une rumeur tenace, ces bulletins blancs et nuls ne sont pas ajoutés au premier parti. ; ils n’interviennent pas dans les décomptes des voix pour les partis ni pour la distribution des sièges (opérée sur les votes valablement exprimés).

En Ukraine, le vote blanc est également pris en compte, notamment lors de la présidentielle et des législatives. C'est également le cas en Biélorussie et en Russie jusqu'en 2006.

Amérique du Sud L'Uruguay reconnaît le vote blanc.

Au Pérou, le scrutin est annulé lorsque les deux tiers des électeurs votent blanc : cela revient à dire que le peuple possède en quelque sorte un droit de veto.

En Colombie, d'après la loi électorale 1475, le vote blanc reflète « une expression de la dissidence politique, d'abstention ou de désaccord avec les politiques ». Il est aussi précisé que « le vote blanc est une expression valable de la dissidence à travers laquelle la protection de la liberté de l'électeur est promue ». Les votes blancs sont donc comptabilisés dans les suffrages exprimés (votos validos - article 9 de l’acte législative de 2009) pour tous les scrutins, présidentiel compris. Un candidat victorieux au second tour peut par conséquent être déclaré élu avec un pourcentage des voix exprimées inférieur à 50 %.. Si le total de votes blancs atteint la majorité absolue des votes « valides », il est procédé à un nouveau scrutin auquel les précédents candidats ne peuvent se représenter. Si le vote blanc est de nouveau majoritaire au cours de l’élection suivante, alors le candidat ayant recueilli le plus de voix est déclaré élu.. Le vote blanc possède donc un pouvoir invalidant en Colombie, où ce cas de figure s'est présenté lors d’une élection locale, à Bello en 2011, au cours de laquelle le seul candidat à l’élection (Germán Londoño, Parti conservateur colombien) a finalement recueilli moins de voix () que les votes blancs (). Une nouvelle élection a alors eu lieu et le candidat perdant n’a pas pu se représenter...

Afrique et Moyen-Orient