Au Moyen Âge, le mot « université » résume l'expression latine universitas magistrorum et scholarium qui indique l'union de tous les collèges d'une ville formant des clercs dans un corps unique indépendant du pouvoir des villes, doté de privilèges et d'un chef appelé recteur. À Paris, l'Université ne comprend pas les petites écoles (actuel enseignement primaire), mais tous les collèges de la faculté des arts (actuel enseignement secondaire), de la (actuelles facultés de lettres et de sciences), et si elles existent, de la faculté de droit et de la faculté de médecine.
Les membres ou suppôts de l'université sont des clercs. Leurs grades sont docteur, bachelier et écolier, correspondant dans la noblesse à ceux de chevalier, valet et damoiseau, et dans les métiers à maître, compagnon et apprentis.
En Europe
Historiographie
La naissance des universités médiévales s'inscrit dans un contexte intellectuel. Avec la réforme grégorienne au , l'Église impose une coupure nette entre clercs et laïcs et se dote d'écoles monastiques puis d'écoles cathédrales destinées à relever le niveau et intellectuel et moral du clergé.. Elle s'inscrit aussi dans un contexte socio-politique : cette période se caractérise par une stabilisation des pouvoirs princiers et royaux propices à une plus grande mobilité sociale qui « a pour corollaire une mobilité géographique tant des élèves que des maîtres », essentiellement vers les centres urbains.. Certains enfants de nobles accomplissent volontiers un tour académique d'une région de l'Europe à une autre, ce phénomène de étant très inégalement développé selon les pays et les époques.. Au , le renouveau des villes en Europe, lieux privilégiés de la production et des échanges matériels, commerciaux et intellectuels, change les conditions de production du livre et rompt avec le monopole monastique sur la culture écrite. Ce renouveau accompagne la renaissance intellectuelle de l'époque et correspond à ce que les historiens appellent la « période laïque » de l'histoire du livre à la fin du . Ainsi, selon l'historien Albert Labarre, « les abbayes cessent d'être les seuls centres de vie intellectuelle »..
Désireux de marquer leur indépendance à l’égard des évêques qui à travers les écoles capitulaires dirigent et contrôlent l’enseignement, les clercs dès la fin du se groupent en corporations () afin de pouvoir se livrer librement à la recherche du savoir et à l’enseignement. Malgré cette indépendance revendiquée, ces restent des institutions ecclésiastiques, bénéficiant du for ecclésiastique.. Le terme juridique d n'apparaît qu'en 1208 pour l'université de Paris, vers 1215 pour l'université de Bologne.. L'université médiévale européenne est ainsi initialement une communauté, et non des bâtiments. Par exemple, les premiers cours de l'université de Paris sont dispensés dehors (« la rue du Foir rappelle que les étudiants s'asseyaient là sur des bottes de foin »)., dans les salles communales des villes ou dans des salles de tavernes louées pour l'occasion..
L'on voit ainsi, parallèlement à la création de nouveaux monastères et d'ordres religieux et à la renaissance des villes, du commerce et de la propagation du style international français dit plus tard « gothique » (opus francigenum) en architecture, une efflorescence à travers l'Europe de ces Universitates studiorum qui s'installent dans les villes ouvertes, comme Paris, au renouveau et aux avantages économiques que la présence d'« escholiers » ne peut manquer de leur apporter.
Les princes désireux de s’attacher le service de clercs érudits encouragent ce mouvement.
Avides d’indépendance à l'égard des autorités civiles et religieuses, les créateurs des Universitates sollicitent et obtiennent du Saint-Siège des bulles qui leur garantissaient cette liberté, la « » (expression qui apparaît en 1229 sous la plume de Jean de Garlande), autonomie d’ordre juridique et intellectuelle..
Naissance des universités
Nom Lieu originel Lieu actuel Date officielle Première date Université de Constantinople Florence après 1453 (Académie platonicienne) 27 février 425 (Πανδιδακτήριος Pandidacterius de l’empereur Théodose II) 425 Université de Bologne 1158 (Constitutio Habita de l’empereur Frédéric Barberousse) 1088 Université d'Oxford 1167 (roi Henri II)1116 (Thibaud d'Étampes) Université de Parme 1117 Université de Modène 1175 Université de Paris 1200 (roi Philippe Auguste) - 1215 (pape Innocent III)1167 (expulsion des maîtres et écoliers étrangers) Université de Cambridge 1209 Université de Palencia 1212 (roi Alphonse VIII)1208 Université de Salamanque 1218 (roi Alphonse IX de León)1130 Université de Montpellier 1220 (Cardinal Conrad) - 1289 (Pape Nicolas IV)1150 Université de Padoue Padoue 1222 Université de Naples - Frédéric-II 1224 (Empereur, Frédéric II Hohenstafen, roi de Sicile) Université de Toulouse 1229 (roi Louis IX) Université de Sienne 1240 Université de Valladolid 1241 Université de Coimbra 1290 (roi Denis de Portugal) Université de Lérida 1300 Université de Rome « La Sapienza » 1303 (pape Boniface VIII) Université d'Avignon Comtat Venaissin 1303 (pape Boniface VIII) Université d'Orléans 1306 (pape Clément V) Université de Florence 1349 (pape Clément VI)1321 Université de Cahors 1331 Université de Grenoble 1339 Université de Pise 1343 (pape Clément VI) Université de Prague 1347 (pape Clément VI) Université de Perpignan 1350 (pape Clément VI & roi de Catalogne Pierre le Cérémonieux) Université de Pavie 1361 (empereur Charles IV) Université de Cracovie Royaume de Pologne 1364 Université d'Angers 1364 Université d'Orange 20px Principauté d'Orange 1365 (empereur Charles IV et Raymond des Baux, prince d'Orange)1268 Université de Vienne 1365 Université de Pécs 1367 (roi Louis ) Université d'Erfurt 1389 (pape Urbain VI)1379 (Clément VII) Université de Heidelberg 1386 (pape Urbain VI) Université de Cologne 1388 (comte palatin Robert ) Université de Turin 1404 (prince Louis de Savoie-Achaïe) Université d'Aix Comté de Provence 1409 (comte Louis II Université de Leipzig Électorat de Saxe 1409 Université de St Andrews 1413 (pape Benoît XIII)1410 fondée par un groupe de clergés augustiniens chassés de l'Université de Paris Université de Dole Comté de Bourgogne 1422 (Philippe le Bon) Université de Louvain 1425 (duc Jean IV de Brabant) Université de Lund 1425 Université de Poitiers 1431 (roi Charles VII) Université de Caen 1432 (Jean de Lancastre, duc de Bedford) Université de Catane 1434 (roi Alphonse V) Université de Barcelone 1450 (roi Alphonse V) Université de Glasgow 1451 (pape Nicolas V) Université d'Istanbul 1453 (sultan Mehmed II) Université de Greifswald Duché de Poméranie 1456 Université de Bâle 1460 Université de Nantes 1460 (pape Pie II) Universitas Istropolitana 1465 (pape Paul II) Université d'Ingolstadt Duché de Bavière 1472 (duc Louis IX de Bavière) Université de Mayence Électorat de Mayence 1477 (archevêque Diether von Isenburg) Université de Tübingen 1477 Université d'Uppsala 1477 (pape Sixte IV) Université de Copenhague 1479 Université de Gênes 1481
Le savant et religieux Alcuin, devenu abbé de Saint-Martin de Tours en 796, a fondé à Tours une académie de philosophie et de théologie si innovatrice qu'elle fut surnommée « mère de l'Université ».
Pour d'autres écoles (ou studium), le statut d'université n'est pas historiquement prouvé, ou daté avec exactitude. Nom Lieu originel Lieu actuel Date approximative Première date Université de Salerne Principauté de Salerne École de Gray Comté de Bourgogne 1287 Université de Billom Comté d'Auvergne
Localisation des premières universités
Angleterre / Écosse
Portugal / Castille / Aragon
Les universités à la fin du Moyen Âge
Les historiens constatent le déclin de l'université dans l'Europe à partir du malgré un grand essor culturel et intellectuel à cette époque. Il s'agit plus d'un « effacement, à plus ou moins long terme, du rôle créateur, sur le plan pédagogique et culturel, des universités que l'effondrement de leur prestige social et de leurs institutions ».. Ce déclin résulte notamment de la critique des universités médiévales et de leur scolastique trop scolaire et artificielle, de la baisse de la valeur des études (abaissement des grades obtenus) et de la création de cercles littéraires et scientifiques en dehors des universités. Le rôle de l'université à la Renaissance a en effet changé : alors que l'université médiévale « constituait un groupement professionnel, consacré à la formation d'un corps d'enseignants et d'ecclésiastiques », celle de la Renaissance « travaille surtout pour la formation de la culture générale des gens et la formation dans le sens de la culture humaniste »..
L'enseignement
L'enseignement préalable à l'accession universitaire se divisait en deux « cursus » principaux opéré dans les écoles d'arts, en général de 14 ans à 20 ans. Les sept disciplines propédeutiques étaient regroupées sous l'appellation d'arts libéraux. : Le trivium (grammaire, rhétorique, logique) formation liée aux « arts du langage et de l'expression ». Par anachronisme, ce sont les rudiments des Lettres. Le quadrivium, les quatre « arts libéraux » (arithmétique, géométrie, astronomie, musique). Par anachronisme, ce sont les rudiments des sciences.
Le latin médiéval était la langue écrite, impérative pour entrer dans le monde universitaire et appréhender les connaissances livresques. Il fallait pouvoir lire les livres recommandés par le maître. Les ateliers de copistes se multiplient dans les villes, pour répondre aux besoins de textes et de manuscrits des étudiants.
Les matières enseignées sont, suivant les spécialités du studium generale du , les droits (droit canon, droit civil), le droit canon, la médecine, les mathématiques, la logique ou la philosophie. Viennent s'ajouter les arts libéraux (plus développés que les premiers) et la « reine » médiévale des sciences dans les universités, la théologie..
« L'enseignement repose sur la lecture (lectio) commentée des textes faisant autorité, et sur la question (questio) qui ouvre la possibilité de regrouper des arguments contradictoires. Ce type de transmission des connaissances » s'est affiné dans beaucoup d'universités médiévales vers la dispute (disputatio), sorte de duel oratoire et logique sur un sujet défini à l'avance, et qui permet aux maîtres et aux étudiants de se livrer au jeu intellectuel du « pour et du contre »..
Les maîtres et les étudiants Les conciles du Latran de 1179 et de 1215 rappellent le principe de la gratuité de l'enseignement, les universités étant théoriquement ouvertes aux étudiants modestes mais les droits d'examen restent importants, si bien que des laïcs (rois, reines, grands aristocrates…) ou parfois aussi des ecclésiastiques fondent des collèges qui permettent d'accueillir aussi des fils de paysan dès la fin du .. Si les universités proposent un mécanisme de promotion sociale reposant sur l'acquisition des savoirs, cette promotion s'opère essentiellement sur la petite noblesse et la bourgeoisie urbaines de commerçants, d'artisans, de juristes ou d'enseignants..
La corporation a ses rites, ses procédures d'initiation (équivalent du bizutage), ses festivités turbulentes. Les maîtres comme les étudiants sont des clercs bien reconnaissables qui portent la « robe et la tonsure, sans que cela implique d'aller au-delà des ordres mineurs et de s'engager dans une vraie carrière ecclésiastique ».. Faisant partie du clergé séculier, ils bénéficient ainsi du privilège de for et de la .