, mentionnée sous la forme ad Gabalos vers la fin du puis Javols au cours des siècles suivants, est une ville gallo-romaine située dans le département français de la Lozère, sur les terres de l'actuelle commune de Peyre en Aubrac. Elle est le chef-lieu de la des Gabales de la fin du au environ.

Faisant suite à une implantation laténienne sans doute assez diffuse et située en partie hors du site de la ville antique, est vraisemblablement fondée, comme de nombreuses capitales de , sous le règne d'Auguste, au cours des deux dernières décennies du Au , à son extension maximale, la ville couvre une quarantaine d'hectares et compte une population estimée à quelques milliers d'habitants. Outre plusieurs habitations dont trois bien identifiées, elle comprend un amphithéâtre ou plus probablement un théâtre-amphithéâtre, deux établissements thermaux et un centre civique comportant un forum, une curie ainsi qu'une basilique. Le centre urbain est organisé dans un réseau de rues orthogonal. Son apogée est de courte durée et la ville semble régresser dès le siècle suivant : fait ainsi partie des « capitales éphémères » de la Gaule romaine. Le chef-lieu est transféré au Moyen Âge vers la ville de Mende qui renforce à cette occasion son poids politique et économique en devenant également siège du diocèse. C'est à partir de cette période que la ville antique fait place au bourg de Javols.

Des explorations puis des fouilles archéologiques, longtemps circonscrites au cœur de la ville, s'y déroulent dès le . Les vestiges du centre monumental d' sont inscrits comme monuments historiques en 1954, le reste du site bénéficiant de la même protection en 1991. Une mise en valeur paysagère restituant le réseau de rues de l'agglomération et des opérations de restauration des vestiges les plus significatifs améliorent les conditions de visite. Les technologies de réalité virtuelle proposent également une restitution de la ville antique.

Toponymie L'étymologie du type toponymique communément admise par les toponymistes et les linguistes spécialistes du celtique est basée sur deux racines du vieux celtique continental (gaulois) : ande + rito- avec désinence latine -um. Cela signifierait « au devant du gué » ou plutôt « grand gué », ande (and-, ando) étant aussi une particule intensive.. On note que l'élément ande se retrouve également dans le nom propre « auvent », le vieux provençal amban, « ouvrage de fortification avancée », le languedocien embans « auvent de boutique » du gaulois *ande-banno-.. L'élément rito- « gué » (cf. ancien gallois rit > gallois rhyd : gué) est rencontré fréquemment dans la toponymie gauloise. Il explique certaines terminaisons en -or- (Jort, Gisors) et également certains -roy ou -ray (cf. Gerberoy, Longroy, Mauray, Mauroi) qui sont liés, sans doute, à sa survivance tardive en proto-roman du Moyen Âge dans le nord de la France.

C'est sans doute vers la fin du que le nom de la ville apparaît dans le syntagme ad Gabalos. ce qui signifie simplement la « ville des Gabales » ; ce phénomène est assez fréquent en Gaule romaine où, à la même époque, les chefs-lieux de cité reprennent le nom du peuple (Tours, antique , est rebaptisée , qui signifie « chez les Turons », idem pour Beauvais, Le Mans, Limoges, Périgueux).

Contexte historique et géographique Fondation issue d'une volonté politique vignette|redresse|alt=Dessin en noir et blanc d'un tronc de colonne portant une inscription.|Borne milliaire de JavolsRéférence et photographie sous .. vignette|gauche|alt=Carte reproduisant les contours d'un territoire antique sur un fond moderne.|La des Gabales (en rouge) et son réseau routier antique. Le peuple des Gabales est cité par Jules César, comme « client » des Arvernes dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules (VII, VII, 2 et VII, LXXV, 2). La décision, prise par Auguste, de créer la des Gabales aux portes du territoire des Arvernes et de fonder comme son chef-lieu répond sans doute à la volonté de rompre ce lien de dépendance et de limiter l'importance géographique et démographique, et donc le poids politique, des Arvernes.

Si l'assimilation d' à Javols est unanimement reconnue depuis le , il n'en a pas toujours été ainsi. Dans les années 1820, par exemple, Charles Athanase Walckenaer soutient une position différente : pour lui, est devenue Anterrieux, dans le Cantal.. La découverte fortuite d'une borne milliaire en 1828 alors que l'on recherchait des pierres pour restaurer l'église.. met un terme à la discussion. La borne porte en effet la mention : .. Une telle dédicace, « signée » collectivement par la cité, ne se conçoit que dans son chef-lieu.

Nœud routier important vignette|redresse=1.2|alt=Extrait d'une carte ancienne colorisée.| sur la table de Peutinger. La ville figure sur la table de Peutinger entre les stations de (Pont de Vabres à l'ouest d'Alleyras) au nord-est et d' (Puech Crémat-Bas au sud de Nasbinals) au sud-ouest sur la voie reliant Reuessione (pour /Saint-Paulien) à Segoduni (pour /Rodez). Le nom d' est en outre mentionné par Claude Ptolémée sous la forme grecque Andérèdon () au (Géographie, II, 7, 11) et par l'Anonyme de Ravenne comme Andereton au (Cosmographie, IV, 26).

est une étape importante sur la voie nord-est—sud-ouest qui depuis Lugdunum (Lyon) mène chez les Rutènes dont le chef-lieu est . Cette voie croise à un autre axe, nord—sud, reliant Clermont-Ferrand au Languedoc et à la mer Méditerranée. est la seule agglomération importante dans la partie nord de la cité gabale, autour de laquelle rayonne le réseau routier. Deux autres voies, hypothétiques, pourraient conduire à Banassac puis Millau et à Mende puis Nîmes. peut avoir été installée au croisement de voies préexistantes, comme il est possible que ces voies n'aient été tracées qu'après la fondation de la ville.

Vallon cerné par des collines vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un site d'un vallon entouré par des collines.|Le site de Javols. Le site est établi dans la vallée, localement élargie, du Triboulin, affluent de la Truyère, mais il s'étend également jusqu'à mi-hauteur sur des reliefs environnants, pour une altitude variant de . Ces dispositions topographiques ont conduit à l'aménagement de terrasses pour y asseoir certaines des constructions, soit par décaissement du substrat naturel, soit par remblai. Le Triboulin, qui coule du sud au nord, est canalisé pendant l'Antiquité dans sa traversée du site par l'établissement des « quais de Javols » ; il reprend son cours naturel dès que la ville décline et, à l'époque contemporaine, le niveau moyen du ruisseau a monté d'au moins par rapport à l'Antiquité. C'est sans doute son régime saisonnier, caractérisé par des crues de type torrentiel, qui impose cet aménagement. En outre, des chenaux pré-romains fossiles sont observés dans le centre monumental, signe que le cours du Triboulin s'est déplacé naturellement au cours des siècles.

Les environs d' paraissent déjà fortement déboisés dès La Tène et à l'époque antique coexistent forêts mixtes, prairies et cultures de céréales mais aussi de vigne. Les bois travaillés et sans doute abattus sur place sont principalement du hêtre commun, du sapin et du pin sylvestre, mais aussi, dans une moindre mesure, du chêne et du noisetier.

Historique Occupation pré-romaine vignette|redresse|alt=Carte montrant l'emplacement de sites d'occupation gauloise sur un territoire.|Implantations laténiennes sur le site de Javols. L'occupation de la région d' jusqu'à l'âge du fer n'est attestée que par des outils en pierre du Paléolithique (biface grossier) ou du Néolithique (silex taillés) et par la présence d'une structure de combustion sur les hauteurs occidentales du site (Néolithique final-Chalcolithique)..

L'âge du bronze ainsi que le Halstatt semblent mal documentés et ce n'est qu'à l'époque de La Tène que le site est colonisé de manière plus durable. La nature et l'ampleur de cette occupation, certaine à partir du , restent cependant à définir ; il ne s'agit certainement pas d'un oppidum important pouvant jouer le rôle d'une « capitale », mais d'habitats répartis sur les hauteurs environnantes dont celui de la colline du Barry, au sud, est sans doute à caractère cultuel. S'y ajoute une occupation de la plaine assez diffuse mais étendue et constante, signalée par des monnaies gauloises et républicaines, des tessons de céramique non tournée, des amphores italiques. Une partie de ces artéfacts a toutefois pu être entraînée par l'érosion depuis les collines jusqu'au fond de la vallée. Des sites périurbains témoignent aussi d'une occupation laténienne qui perdure jusqu'au au moins.

Fondation augustéenne vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs, avers et revers, de deux pièces de monnaies.| de Nîmes. La fondation romaine d', sous forme d'une ville structurée, remonte probablement au règne d'Auguste, vers l'an , comme pour de nombreuses capitales de cités ; l'empereur effectue alors son troisième voyage en Gaule.. Les indices archéologiques (tronçons de voirie) et les monnaies (nombreux de Nîmes) confirment cette datation bien que les bâtiments de l'époque ne soient pas connus ; seuls quelques éléments architecturaux ont survécu, en remploi dans des constructions un peu plus récentes. Le choix du lieu, excentré par rapport au territoire de la cité, reste inexpliqué.

Quelques années plus tard, dès le début de notre ère, une partie du quadrillage urbain est mis en place, le centre civique (forum, curie) est construit et des habitations privées sont édifiées en parallèle à des opérations visant à assainir une zone marécageuse sur la rive gauche du Triboulin. Cette chronologie, qui ne repose cependant que sur des indices assez ténus, rapprocherait de beaucoup d'autres villes de la Gaule.

Apogée sous le Haut-Empire Une phase d'urbanisation très active a lieu dans la seconde moitié du , sous la dynastie flavienne. Elle se traduit par le renforcement du réseau des rues, la construction des premiers états des bâtiments publics (thermes de l'ouest) et de la plupart des demeures privées. L'exploitation de carrières de granite aux limites de la ville répond alors à la nécessité de fournir les matériaux de construction ; au moins l'une des deux nécropoles connues est alors mise en service. Il s'agit là encore d'une évolution assez classique, commune à beaucoup de villes gallo-romaines.

Pendant le , les premiers bâtiments sont reconstruits ou aménagés (centre civique, thermes de l'ouest) et d'autres édifiés (thermes de l'est, bâtiments privés). Des ateliers artisanaux commencent à fonctionner, en ville comme en périphérie, et une décharge urbaine entre en service. C'est l'apogée de la ville d' qui correspond probablement aux règnes d'Hadrien et d'Antonin le Pieux. Le chef-lieu de la des Gabales s'étend peut-être alors sur dont plus densément construits et dotés d'une voirie organisée sur la rive gauche du Triboulin. La population d' peut atteindre quelques milliers d'habitants.

Rétraction à partir du Bas-Empire Déclin progressif vignette|redresse|alt=Photographie en couleurs d'un ruisseau entre deux rives enherbées.|Le Triboulin à Javols.