Armand Emmanuel Sophie Septimanie de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu et duc de Fronsac (Paris, - Paris, ) est un homme politique et militaire français.

Il est le deuxième président du Conseil des ministres en titre de l'histoire de France.

Biographie Fils de Louis-Antoine de Vignerot du Plessis, duc de Fronsac, et de Adélaïde d'Hautefort, il est le petit-fils du maréchal de Richelieu, lui-même neveu du cardinal de Richelieu. Il est aussi le petit-fils d'Emmanuel Dieudonné de Hautefort, marquis d'Hautefort, seigneur de Champien, ambassadeur du Roi Louis XV près la Cour d'Autriche.

Resté sans postérité, il est le dernier représentant de sa famille, la famille de Vignerot, représentée après lui par ses deux sœurs, la marquise de Montcalm et la marquise de Jumilhac.

Au service de Louis XVI En 1785, il entre dans les régiments de dragons de la reine , puis devint premier gentilhomme de la Chambre du roi .

Titré alors comte de Chinon, il est marié à Paris, paroisse Saint-Sulpice, le 4 mai 1782, à l'âge de quinze ans avec Rosalie de Rochechouart Faudoas (Paris, paroisse Saint-Sulpice, 13 décembre 1768 - Courteilles, 10 décembre 1830), fille d'Aimery Louis Roger de Rochechouart, marquis de Faudoas, maréchal de camp, chevalier de Saint-Louis, qui sera député aux États généraux, et de Madeleine de Barberie de Courteilles. Son épouse, âgée de treize ans, souffrit d'une malformation apparue après leur mariage. Les deux (très) jeunes époux sont séparés après la cérémonie de mariage et Armand-Emmanuel entreprend un tour de France et de Suisse avec son gouverneur-précepteur. Devenue bossue à l'âge de 14 ans, son épouse redoute que son mari, parti plusieurs années, prenne en horreur cette difformité.

Elle passera sa vie au château de Courteilles, avec sa mère, qu'elle précédera dans la tombe.

Capitaine au sein du régiment des hussards, Richelieu se trouve à Paris quand est lancée la marche sur Versailles.

Gouverneur d'Odessa thumb|left|upright=0.8|Statue du duc de Richelieu à Odessa, réalisée par Ivan Martos. À la demande de Marie Antoinette, il quitte Paris en 1790 pour Vienne, afin de s'entretenir avec l'empereur , frère de la souveraine, sur les développements de la Révolution.

L’Empereur étant mort avant son arrivée, il se rend à Francfort pour assister au couronnement de son successeur , qu'il suit à Vienne, et de là rejoint l'armée russe en compagnie du prince de Ligne et du comte de Langeron. Ils atteignent à temps le quartier général de l'armée russe basé à Bender (Tighina) en Bessarabie (actuelle Pridnestrovie, région sécessioniste de la Moldavie) pour participer à la prise de la ville d'Izmaïl par le général Souvorov. Richelieu est décoré par de l'ordre de Saint-Georges, avec épée d'or.

Après un retour à Paris pour servir puis des missions de diplomate à Vienne, il s'engage dans l'armée des émigrés menée par Condé.

Après les défaites de cette dernière, lui propose de s'engager au sein de sa propre armée ; il accepte et devient rapidement général de corps d'armée. Il sert dans l'armée russe avec son cousin germain, Charles Chapt de Rastignac.

Il est contraint de démissionner en raison d'intrigues menées par ses rivaux.

En 1801, le tsar , qui succède à son père , le nomme gouverneur de la ville d'Odessa et de la Nouvelle Russie (Novorossiïa en russe), région qui englobait tout le Sud de la Russie et qu'il fallait coloniser et peupler, poste qu'il conserve jusqu'en 1814.

Il est reconnu comme l'artisan du développement de la ville d'Odessa, petit village qu'il a transformé en capitale de cette province conquise sur les Ottomans. La « perle de la mer Noire » garde encore en souvenir sa statue en haut de l'escalier qui domine le port. En Russie, il est simplement appelé « Le Duc ». Il reste une figure particulièrement populaire auprès de la population de cette ville, en ce début de .

Entre 1806 et 1807, il mène plusieurs expéditions dans le Caucase lors des guerres contre l'Empire ottoman et participe à la conquête de la Circassie et de la Bessarabie.

En 1812, alors que la France et la Russie se déclarent la guerre, Richelieu est sur le point de rejoindre la Volhynie, où sont basées ses troupes et ainsi rejoindre l'armée russe. C'est à ce moment-là que la peste fait son apparition à Odessa. Au lieu d'abandonner la ville pour prendre le commandement militaire où il était appelé par le Tsar, il reste auprès de la population pour la soutenir contre le fléau qui la décime. Au bout de deux ans, le gouverneur parvient par ses mesures à l'éradiquer totalement. Entre-temps, l'armée russe, alliée à la Prusse et l'Autriche, repoussant les armées napoléoniennes, est entrée en France. Il décide alors de rejoindre les troupes russes et de rentrer en France. Il regrette toujours de ne pas pouvoir retourner en Russie, où il était resté quinze ans.

Entre 1808 et 1811, il fait édifier la première villa européenne avec un jardin exotique à Oursouf, villa qui existe toujours, dans le parc de l'établissement de cure Pouchkino, à cent mètres de la mer.

Les ministères Richelieu Soutenir la Restauration en neutralisant les ultras

Quand il rentre en 1814, occupe le trône de France. Richelieu est accueilli par le Roi qui le rétablit dans ses anciennes charges : il est nommé pair de France et premier gentilhomme de la Chambre.

Quand revient de l'île d'Elbe, Richelieu accompagne , sur le chemin de Gand, jusqu'à Lille, puis rejoint le tsar au congrès de Vienne, afin de défendre la cause du Roi auprès des princes étrangers. Ami personnel du tsar, il exerça sur lui une grande influence au sein du Conseil des alliés.

Après Waterloo, à la seconde Restauration, il revient au service du roi.

Bien que ses biens aient été confisqués sous la Révolution, il n'en garde aucun ressentiment à l'égard des précédents régimes, contrairement à une grande majorité des émigrés, mais refuse cependant d'entrer dans le cabinet de Talleyrand, arguant que son long éloignement du territoire français ne lui donnait pas les connaissances nécessaires pour assumer de hautes responsabilités.

Nomination vignette|Le duc de Richelieu, vers 1822. Après la démission de Talleyrand, Richelieu accepte finalement, sous l'insistance du roi et surtout du tsar, de devenir chef du gouvernement, bien qu'il avoue lui-même ne connaître aucun des visages qui le composent.

Le , il est nommé président du Conseil et ministre des Affaires étrangères ; Talleyrand persifla : « Bon choix assurément, c'est l'homme en France qui connaît le mieux la Crimée ! ».

Ceci entre effectivement en compte dans les raisons de sa nomination, et dès lors « la carte russe » remplace l'alliance anglaise symbolisée par Talleyrand. Richelieu bénéficie de plus d'une réputation d'intégrité qui faisait défaut à son prédécesseur, enfin, comme Louis-Philippe, cet émigré n'avait jamais porté les armes contre son pays.

La mission immédiate qui incombe à ce président du Conseil inexpérimenté est pourtant loin d'être aisée. Le traumatisme laissé par les Cent-Jours incite les royalistes à l'intransigeance, sinon à la violence, alors que le personnel politique formé les 25 années précédentes est contraint de disparaître. Dans un tel climat, la stabilisation intérieure comme le redressement diplomatique de la France s'avèrent autant de tâches délicates pour lui.

Son premier ministère (au sens de gouvernement) marque un tournant à droite en comparaison du précédent. Il est composé du génois Corvetto aux finances, de du Bouchage à la Marine, Vaublanc à l'Intérieur et Barbé-Marbois à la Justice, ou de fidèles des Cent-Jours, comme Clarke à la Guerre et Decazes à la Police.

Le second traité de Paris

La première tâche de Richelieu est donc la négociation du traité de paix avec les Alliés, dont les Cent-Jours ont raffermi les positions face à une France décidément incorrigible. Les puissances victorieuses tiennent absolument à mettre la grande nation sous la tutelle de la récente « quadruple alliance ».

L'appui du tsar lui permet d'obtenir quelques concessions, bien maigres face la sévérité du traité, signé le : la France est ramenée à ses frontières de 1790, doit subir une occupation militaire d'au moins trois ans, et acquitter une indemnité de guerre de 700 millions de francs. Est également mise sur pied une conférence des ambassadeurs, deux fois par semaine, durant laquelle les représentants de la quadruple alliance à Paris statuent de la progression de la situation intérieure française et en réfèrent à leurs cours : la libération du territoire dépend donc en partie de la politique intérieure menée par le président du Conseil. Cette mesure, comme le reste du traité, est perçue comme particulièrement humiliante par le duc de Richelieu.

À la suite de sa signature, il aurait confié à Barante, ex-sous-préfet de l'Empire devenu directeur général des Contributions indirectes : « On mérite de porter sa tête à l'échafaud quand on est Français et qu'on a mis son nom au bas d'un pareil traité ».

L'épuration thumb|upright=0.8|Statue du maréchal Ney, à Paris, non loin du lieu de son exécution. Richelieu comme Decazes n'apprécient guère les ultras de la « Chambre introuvable » ; tous deux ont servi des empires autoritaires, et voient ceux-ci comme une entrave potentielle à la bonne marche de leur gouvernement, dont les prétentions aristocratiques ne sont pas sans leur rappeler la Fronde ou le Parlement du .

Le gouvernement et la Chambre se trouvent toutefois provisoirement en accord en ce qui concerne la répression des partisans des Cent-Jours.

Ainsi, le 1815, la loi de Sûreté générale, suspendant provisoirement les libertés individuelles, présentée par Decazes, est acceptée sans modification.

Le , et cette fois-ci après moult modifications de la part de la Chambre, c'est la loi sur les cris et écrits séditieux, présentée originairement par Barbé-Marbois, qui est votée.

Ce dispositif, qualifié de « terreur légale », se poursuit, et arrestations sont effectuées, ainsi que condamnations politiques et fonctionnaires destitués.

Brusqué par les « ultras », Richelieu décide même d'intervenir dans l'affaire du maréchal Ney, remettant à la Pairie le soin de condamner à mort ce symbole du bonapartisme, réclamant une « éclatante réparation ».

La loi d'amnistie et l'opposition ultra

Le lendemain même de l'exécution de Ney, jugeant l'occasion propice d'entamer une période de paix civile, Richelieu porte sa loi d'amnistie à la Chambre des députés. C'est probablement la discussion et le vote de cette loi qui marquent la rupture définitive entre le Conseil et la Chambre, pour qui la chasse aux comploteurs des Cent-Jours reste prioritaire.

Dès lors, de plus en plus organisée derrière Villèle, Corbière ou le comte d'Artois, les parlementaires entament une véritable guerre de popularité contre le ministère Richelieu. Le président du Conseil est rapidement perçu comme inconscient de la situation réelle de la France après 25 années d'exil et manipulé par son ministre de la Police.

Le projet de loi de Richelieu, reprenant la liste de coupables de Fouché, ne prévoit le maintien des poursuites que pour 19 personnes, et le bannissement de 38 ainsi que de la famille Bonaparte. La majorité ultra le rejette et entend mener à la place le procès public des Cent-Jours, seule façon d'achever selon eux l'épuration de la France révolutionnaire. Ils choisissent de remplacer cette liste nominative par des catégories de coupables à excepter de l'amnistie. Le vote final du rejettera les catégories mais adoptera d'autres mesures de la Chambre, comme le bannissement des régicides relaps.

La loi électorale et le budget

Le combat entre la majorité et le Conseil se poursuit sur les autres projets de loi présentés dans cette période.