Tlemcen (en , ; en berbère : ⵜⵍⴻⵎⵙⵉⵏ , Tlemsin), Pomaria à l'époque antique, est une commune de la wilaya de Tlemcen, dont elle est le chef-lieu.
Elle est située au nord-ouest de l'Algérie, à à l'ouest d'Alger, à au sud-ouest d'Oran et, proche de la frontière du Maroc, à à l'est de la ville marocaine d'Oujda. La ville est érigée dans l'arrière-pays et distante de de la mer Méditerranée.
Ancienne capitale du Maghreb central., la ville mêle influences arabes, arabo-andalouses, ottomanes, berbères, hispano-mauresques, et occidentales Protocole de jumelage entre Tlemcen et Montpellier.. De cette mosaïque d'influences, la ville tire le titre de capitale de l'art andalou en Algérie. Selon l'auteur Dominique Mataillet, divers titres sont attribués à la ville dont « la perle du Maghreb »Si Kaddour Benghabrit, « Tlemcen, Perle du Maghreb », Richesses de France, , éd. Delmas, Bordeaux, 1954., « la Grenade africaine » et « la Médine de l'Occident »..
Géographie Situation Le territoire de la commune de Tlemcen est situé au centre de sa wilaya. Elle est située à au sud-ouest d'Oran, à à l'ouest d'Alger, à au nord d'Aïn Sefra, à de Sidi Bel Abbès et de Béchar.
Relief
Tlemcen est adossée aux monts de Tlemcen, sur les derniers plateaux de la Mesta sud oranaise, et tournée vers la mer, que l’on aperçoit à 50 km par la trouée que fait la Tafna dans la chaîne côtière des Trara.
La ville, établie sur un plateau calcaire à d'altitude, repose adroitement au sud du promontoire rocheux de Lalla Setti, enserrée entre les villages d'El Eubbad à l'est et de Mansourah à l'ouest.
La ville surplombe la haute plaine de Tlemcen qui s'étale à ses pieds, son horizon étant encadré par le massif des Traras. Elle surplombe les plaines de Hennaya au nord et de Maghnia à l’ouest, qui constituent le vaste territoire du Ḥawz irrigué par la Tafna, et l'oued Isser et leurs affluents. En outre les nombreuses sources qui descendent en cascades du massif, offrent à la région oliveraies, grandes et petites cultures, vignobles, bois et pâturages.
Climat Cet agencement géologique sert de couloir à l'air marin qui tempère la rigueur des hivers et la chaleur des étés. La région de Tlemcen s'inscrit comme un îlot arrosé au milieu des zones semi-arides de la Moulouya marocaine à l'ouest, de Sidi Bel Abbès et Mascara à l'est et d'El Aricha au sud.
Transports Tlemcen est desservie par l'aéroport international de Tlemcen - Zenata - Messali El Hadj situé à au nord-ouest de la ville.
La ville dispose d'une télécabine, inaugurée en 2009, qui relie les quartiers ouest de la ville au plateau de Lalla-Seti, à plus de d'altitude ; il est très fréquenté durant le week-end par les famillesJean-Pierre Séréni, « Jours tranquilles en Algérie », Le Monde diplomatique, février 2010, , 18 et 19. en quête de divertissements.
Tlemcen est reliée à l'autoroute Est-Ouest, longue de , dont elle est proche de l'extrémité occidentale. Elle permet de relier Tlemcen à Annaba, ville située à son extrémité orientale, en de routeSaïd Aït-Hatrit, « Algérie : une autoroute est-ouest pour 2009 », Afrik.com, 25 avril 2006.. En outre, elle est reliée à Alger via la Route nationale 13 et à Oran par la Route nationale 2.
Le transport ferroviaire connaît un nouveau développement depuis le début des années 1990, notamment par la mise en circulation d'un train interurbain reliant Tlemcen à Sabra et qui assure aussi le transport estudiantin. Le transport ferroviaire est marqué, dans les années 2000, par la reprise de la ligne ferroviaire de transport de voyageurs entre Oran et Tlemcen via Sidi Bel Abbès et la réouverture de la ligne reliant Tlemcen à Maghnia« Réouverture de la ligne ferroviaire Tlemcen-Maghnia », Le Maghreb, 13 juin 2009.. Ces embranchements sur le réseau ferroviaire ont facilité le transport des marchandises et des produits des secteurs économiques de Tlemcen mais également d'Ouled Mimoun, Maghnia et Ghazaouet..
Localités vignette|Mairie de Tlemcen. En 1984, la commune de Tlemcen est constituée à partir des localités suivantes Décret fixant la composition, la consistance et les limites territoriales des communes (wilaya de Tlemcen), Journal officiel de la République algérienne, 19 décembre 1984, . : Tlemcen, Abou Tachefine, Sidi Boumédiène, Kiffane Nord, Koudia et Boudghène.
Toponymie vignette|Vue aérienne de Tlemcen. Selon une première hypothèse, le nom de Tlemcen proviendrait du mot berbère Tilimsan, agglutination des deux mots telem et sin signifiant selon Ibn Khaldoun « composé de la terre et de la mer »Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, éd. Berti, Alger, 2003, . ; le mot est cité pour la première fois par Tabari qui mentionne Tlemcen en parlant des Banou Ifren. Quant à Yahya Ibn Khaldoun, il indique que Tlemcen signifierait « le Désert et le Tell ».
Selon une autre hypothèse, le nom de Tlemcen signifierait « sources ou poches d'eau captées »., en langue berbère.
Enfin, selon Michel Malherbe, le nom de la ville proviendrait de Tala Imsan, « la source tarie » en berbèreMichel Malherbe, Quand l'histoire change les noms de lieux, éd. L'Harmattan, Paris, 2008, .. Certains historiens modernes ont rapproché le mot Tlemcen de tilmasit dont le pluriel tilmasin, désigne .
Sous le règne des Zianides, la ville a porté sa dénomination définitive qui est Talamsan. À l’époque romaine, elle avait comme dénomination Pomaria qui signifie en latin. Après l’islamisation de la ville, elle a changé de nom pour devenir Agadir qui signifie en berbère. Sous le règne des Almoravides, le camp implanté à l’ouest lors du siège en 1069, s’est transformé en un nouveau centre urbain, distinct de Tagrart, qui signifie en langue des Zénètes.
Dans les textes arabes le toponyme de la ville figure sous différentes graphies : Tilimsān ; Tinimsān ; Tlamsin ; Tlamsan ; Tāferzat ; Aqādir ; Ağādir ; Ağadir ; Talšān ; Balnsān. Les auteurs arabes médiévaux la nomment dès le Tlemcen, même quand ils font la distinction entre deux villes : Agadir et Tagrart, ces auteurs mentionnent que Tlemcen est divisée ou constituée de deux villes. La ville est appelée aussi Madīnat ou Arḍ al-Ḏjidār ( par allusion au mur dans le Coran.
Histoire
Préhistoire La proche région de Tlemcen a été habitée à l'époque néolithiqueÉmile Janier, « Regards sur le passé », Richesses de France, , éd. Delmas, Bordeaux, 1954.. Les grottes situées dans la proximité et les artefacts découverts témoignent de la présence humaine dès l'époque préhistorique, ce dont témoigne la découverte en 1875 par Gustave-Marie Bleicher de haches polies dans les grottes de Boudghène. En 1941, a mis au jour, à Bab El Qarmadin, un magnifique polissoir néolithique actuellement conservé au musée de la ville.
Il existe trois gisements préhistoriques importants dans la région : le lac Karar à au sud de Remchi, les abris sous roches de la Mouilah à au nord de Maghnia et le gisement dit « d'Ouzidan » à à l'est d'Aïn El Hout. Les abris de la Mouilah et de Boudghène présentaient les meilleures conditions d'habitat pour l'homme préhistorique qui s'y est fixé durablement.
Antiquité vignette|250px|Localisation des cités romaines de l'Afrique romaine. vignette|Pierre tombale romaine à la base du minaret d'Agadir.
À la fin du , au début de l'ère sévèrienne, un castrum romain est installé sur un piton rocheux qui domine la plaine de Chetouane. Son nom de Pomaria signifie « vergers » en latin, sans doute en référence à la plaine fertile qu'il domine. Ce camp, qui est créé en même temps qu'Altava et Numerus Syrorum, avait pour rôle de surveiller les confins de la Maurétanie. C'est l'acte de naissance d'une cité qui va jouer un rôle religieux puisqu'elle devient le siège d'un diocèse chrétien : l'évêque Victor, qui y officie, joue un rôle important au concile de Carthage de 412..
En 429, les Vandales, un peuple germanique venant d'Andalousie, débarquent à l'embouchure de la Moulouya et s'emparent de la Maurétanie, mais ils ne contrôlent que la côte ; une principauté berbère s'érige autour de Pomaria, qui prend alors le nom berbère d'Agadir. C'est une période caractérisée par l'apparition de principautés berbères dirigées par des seigneurs locaux, probablement par la tribu des Ifran. Elle dure 120 ans, jusqu'à ce que les Romains revenus d'Orient reprennent le pays.
Les seuls vestiges connus de cette époque sont des pierres tombales enchâssées dans la structure du minaret d'Agadir. Plusieurs épitaphes chrétiennes tardives (Ve et VI° siècles) ont été découverts. Plusieurs auteurs arabes médiévaux évoquent les constructions antiques de la ville.
Période des dynasties islamiques
Début de la période islamique
Selon Ibn Khaldoun., la région est avant l'arrivée des Omeyyades le royaume des Zénètes, dont les Banou Ifren et les Maghraouas, des tribus qui mènent une vie pastorale et rurale. Le même auteur signale que les Maghraouas ont été les premiers Berbères à discuter avec le calife Othmân ibn Affân lors de l'avènement de l'islam ; Ouezmar Ibn Saclab fut leur premier ambassadeur auprès du calife qui le désigne pour gouverner les Zenètes. Toujours selon Ibn Khaldoun, à la suite d'Ibn al Raqiq, Tlemcen est conquise par Abou el Mohajir Dinar, successeur de Oqba. En souvenir de ce passage, une source porte encore le nom d'Aïn el Modjir à l'époque d'Ibn Khaldoun qui vécut un temps à la cour des souverains de Tlemcen au .
En 765, dans la mouvances d'autres tribus berbères sur l'ensemble du Maghreb, les Banou Ifren s'insurgent en 765 et somment d'autres tribus de se convertir au kharidjisme. Ils proclament calife leur chef Abou Qurra qui constitue un royaume kharéjite sufrite à Tlemcen. Abou Qurra prend la tête d'une armée de et assiège Tobna où le général abbasside Omar Ibn Hafs est retranché avant de se mettre en campagne sur Kairouan. Il cerne cette ville mais échoue à la prendre. Abou Qurra et ses Beni Ifren regagnent Tlemcen : . Il ne reste comme vestige de cette période que le nom d'une porte occidentale de la ville, appelée Bab Abu Qorra (aujourd'hui Qorrane) mais c'est à l'occasion de cet épisode historique que la cité entre dans l'histoire du MaghrebGeorges Marçais, Tlemcen, Éditions du Tell, Blida, 2003 réédition d'un ouvrage paru en 1950, Librairie Renouard, H. Laurens, Paris.. Elle passa ensuite sous le pouvoir de la dynastie des Banou Khazar.
Abd al-Rahmân Ibn Rustom, kharidjite crée un État ibadite englobant l'Ifriqiya. En 760, il est attaqué et vaincu par le gouverneur d'Égypte. Il abandonne l'Ifriqiya aux armées arabes et se réfugie dans l'Ouest algérien où il fonde Tahert en 761 qui devient la capitale du royaume rostémide..
vignette|Le Maghreb central sous la dynastie des Rostémides et ses marches indépendantes à l'Est et à l'Ouest (). L'assise de l'imamat rostémide de Tahert repose sur les tribus berbères du Maghreb central acquises à la doctrine kharidjite et va s'étendre de Tlemcen à l'ouest aux monts du Hodna à l'est. Tlemcen et sa principauté suffrite deviennent une marche du Maghreb central rostémide, partageant une obédience kharéjite proche et opposée à l'orthodoxie de Kairouan.
La ville joue un rôle important lors de la conquête de la péninsule Ibérique puisque c'est dans cette ville que Tariq ibn Ziyad retient en otage les enfants du comte Julien.
À l'est, le nouveau pouvoir des chérifs idrissides menace le domaine des Rostémides. Après avoir soumis le nord du Maghreb extrême, franchit la Moulouya et pénètre au Maghreb central jusqu'à Tlemcen. Son intention est alors de conquérir la région orano-tlémcenienne jusqu'alors dans l'obédience kharidjite du Maghreb central.. En 790, Idrîss obtient de Mohammed Ibn Khazar, émir des Zénata, la possession de la cité et, après un séjour de quelques mois pendant lequel il pose les fondements de la mosquée-cathédrale, reprend la route du Maghreb el-Aksa (actuel Maroc). Sous les Idrissides, la ville se dote d'une enceinte défensive qui s'ouvre par cinq portes. Al-Bakri la décrit comme .