250px|thumb|Le président Isaac Herzog pendant sa visite d'État en Turquie avec le président Recep Tayyip Erdoğan en mars 2022. Les relations entre Israël et la Turquie sont établies en mars 1949Abadi, pg. 6, moins d'un an après la déclaration d'indépendance d'Israël et dès la fin de la guerre de Palestine de 1948. La Turquie est le premier État majoritairement musulman à reconnaître Israël. Les deux pays accordaient une grande importance à la stabilité régionale et ont développé des coopérations diplomatiques et militaires.
Les deux pays ont longtemps été alliés, notamment pendant la guerre froide, puis dans les années 1990 pour réprimer l’insurrection du Parti des travailleurs du Kurdistan.
Toutefois, depuis l'abordage par l'armée israélienne d'un navire turc à destination de Gaza en 2010, les relations entre ces deux pays connaissent un regain de tension mais se maintiennent dans différents domaines de coopération. L'hostilité entre les deux pays se ravive depuis 2023.
Histoire
Des communautés juives vivaient depuis de nombreux siècles dans les pays conquis ensuite par les Ottomans. Puis en 1492, l'Empire ottoman accueille des Juifs chassés d'Espagne, du Portugal et d'Italie méridionale par l'Inquisition, de Provence et de certains pays germaniques par les souverains locauxRobert Mantran (dir.), Histoire de l'empire ottoman, éd. Fayard, 1989, 135. Enfin, de nombreux Juifs sont sauvés par la Turquie durant la Seconde Guerre mondialeStanford Jay Shaw, , Londres, éd. Macmillan / New York University Press, 1993 ; parmi eux, plusieurs centaines d'universitaires et d'artistes qui ont joué un rôle de premier plan dans la modernisation de la TurquieArnold Reisman, Turkey’s Modernization. Refugees from Nazism and Ataturk’s Vision, Washington, New Academia Publishing, 2006; Dirk Halm et Faruk Sem, Exil sous le croissant et l’étoile, Paris, Turquoise, 2009..
Après la création d'Israël en 1948
Ankara est le premier État à majorité musulmane qui reconnait l'État hébreu, de facto en 1949 puis de jure un an plus tard.
Il adopte à l'égard du conflit israélo-arabe une politique de neutralité tout au long de la guerre froide.
En 1958, le Premier ministre israélien David Ben Gourion et Golda Meir signent avec leur homologue turc Adnan Menderes un accord de coopération contre — au point qu’« Al-Dawa », journal des Frères musulmans en Égypte appela la Turquie « un second Israël », qui devrait être détruit lui aussi. La coopération entre les deux États va se prolonger jusqu'au début des années 1960, puis se ralentir lorsque la Turquie prend le parti de se rapprocher davantage de ses voisins arabo-musulmans, Turkey's Foreign Policy in Transition. 1950-1974, Leyde, Brill, 1975, pp. 114-125. Adnan Menderes affirme, lors d’un voyage aux États-Unis, que les Arabes doivent « reconnaître à Israël le droit de vivre ». En 1956, la Turquie condamne la nationalisation du canal de Suez par l'Égypte, mais elle désapprouve toutefois l'attaque israélienne.
En 1967, la Turquie vote pour retrait des troupes israéliennes de Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du Golan, mais contre la désignation d’Israël comme agresseur dans la guerre des Six Jours ; Ankara refuse également de rompre ses relations diplomatiques avec Tel AvivKemal Karpat, op. cit., pp. 130-131.
Néanmoins, le coup d'État militaire de 1980 et la formation d'un gouvernement par Turgut Özal modifient la donne. En 1986, la Turquie nomme à Tel Aviv un chargé d'affaires ayant rang d'ambassadeur, geste diplomatique fort. La fin de la guerre froide précipite le rapprochement de la Turquie avec Israël.
Après les Accords d'Oslo en 1991
Puis en 1991, les deux États procèdent à la nomination d'ambassadeurs dans leurs capitales. Les accords d'Oslo vont fortement accélérer le processus de rapprochement des deux États.
Ankara bénéficie de l'aide militaire de Tel-Aviv pour combattre le Parti des travailleurs du Kurdistan.
En 1996, le premier ministre islamiste Necmettin Erbakan se voit contraint par l'armée de signer un accord de coopération militaire avec Israël ainsi qu'un accord de libre-échange.
En 2004, Erdoğan déclare à l’université Harvard ; « La Turquie ne consentira pas à ce que quiconque menace le droit à la vie de l’État d’Israël ». Cependant à partir de 2007, les relations entre les deux pays se dégradent. Cela s'explique par plusieurs facteurs : le premier est l'idéologie islamiste du Parti de la justice et du développement (AKP). L'AKP est lié aux Frères musulmans et au Hamas. Le second, c'est la réussite économique de la Turquie et la volonté des dirigeants turcs de devenir une puissance importante du Moyen-Orient. Le pouvoir turc utilise la cause palestinienne chère au cœur de la majorité des musulmans pour gagner la sympathie du monde arabe et pour gagner du poids au Moyen Orient. C'est en effet Ahmet Davutoğlu, l'idéologue du régime, qui réoriente la politique étrangère de la Turquie. Selon lui, pour jouer un rôle majeur dans la région, il faut jouer la carte pro-palestinienne. Cependant, le , Shimon Peres est le premier dirigeant de l'État d'Israël à prononcer un discours devant la Grande Assemblée nationale de Turquie.
En , alors qu’Israël dirige une violente offensive militaire contre la bande de Gaza (1 400 morts palestiniens dont une majorité de civils et 13 morts israéliens), Recep Tayyip Erdoğan qualifie lors de son intervention au Forum économique mondial de Davos le président israélien Shimon Pérès d' « assassin d'enfants ». Furieux d'être interrompu par le modérateur, il réclame « une minute » pour conclure son propos, avant de se lever et de quitter brusquement la scène.
Néanmoins, les échanges commerciaux entre les deux États ne ralentissent pas.
Affaire de la flottille en 2010
Le , des commandos de la marine de guerre israélienne prennent d'assaut le ferry turc Mavi Marmara, navire amiral d'une flottille humanitaire internationale dont le fondateur est fortement suspecté par l' (DIIS) et le juge Jean-Louis Bruguière d'activisme jihadiste et l'association de politique islamiste. L'escorte appelée « Flottille de la Liberté » constituée du Mavi Marmara et de deux autres bâtiments de l'association, le Gazze et le Defne Y, sont en partance pour Gaza, dans les eaux internationales afin de briser le blocus israélien et malgré les mises en garde réitérées du gouvernement israélien les informant qu'ils violent l'espace maritime israélien, la flottille persiste dans ses intentions d'accoster à Gaza. Dix passagers y trouvent la mort. Le raid déclenche une indignation internationale et une sérieuse dégradation des relations entre Israël et la Turquie qui exige des « excuses » ainsi que la levée du blocus de Gaza. Désormais, Ankara s'en remet à la Cour internationale de justice pour statuer sur la légalité du blocus de Gaza.
Le rapport du Conseil des droits de l'homme des Nations unies juge que l'attaque d'Israël viole les droits de l'Homme et le droit international. Le rapport précise que « le comportement de l'armée israélienne et autres personnels envers les passagers de la flottille n'était pas seulement disproportionné par rapport à la situation mais démontrait des niveaux de violence totalement inutiles et incroyables, et un niveau inacceptable de brutalité. Un tel comportement ne peut être ni justifié ni toléré pour des motifs de sécurité ou autres. Il constitue une violation grave des droits de l'homme et du droit humanitaire international ».
Le , pour la première fois dans l'histoire d'Israël, un Premier ministre s'excuse de l'attaque des forces qu'il dirige contre des civils. Benyamin Netanyahou appelle le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan pour présenter ses excuses au peuple turc, admet que ces erreurs ont conduit à des pertes humaines qui n'auraient pas dû avoir lieu et donne son accord pour l'indemnisation des familles, encore en débat. Ses excuses auraient été faites à la suite de pressions américaines. La Turquie, pour la normalisation des relations bilatérales, demande désormais la levée du blocus de la bande de Gaza.
En dépit des négociations entre les deux États, un tribunal d'Istanbul condamne, en , quatre anciens responsables militaires israéliens impliqués dans l'assaut contre la flottille qui étaient jugés depuis 2012 par contumace. Elle demande à Interpol d'agir en vue de leur arrestation« Mavi-Marmara », l'affaire qui a consommé la rupture entre Israël et la Turquie, lemonde.fr, 27 mai 2014..
En , Recep Tayyip Erdoğan critique les actions « disproportionnées » de l'armée israélienne lors de son offensive en cours contre Gaza et affirme que celle-ci a surpassé Hitler en barbarie. L'opinion publique turque est aussi très en colère contre cette opération militaire israélienne.
Courant 2015, un autre convoi baptisé Flottille de la Liberté III tente à nouveau de briser le blocus de la bande de Gaza, transportant à son bord d'importantes personnalités politiques. L'armée israélienne, pour éviter le fiasco de 2010, en prend possession sans violence pour la conduire au port d'Ashdod, comme elle l'avait demandé à la première flottille.
Reprise des relations en 2015 Il faut attendre le pour que le principe et les détails d’une reprise des relations diplomatiques entre Israël et la Turquie soient conclus. L'accord prévoirait le retour d’un ambassadeur dans les deux capitales, l’annulation des poursuites turques contre de hauts responsables militaires israéliens, la création d’un fonds doté de 20 millions de dollars destiné à dédommager les familles des victimes, l'expulsion de Turquie de Saleh al-Arouri, l'un des dirigeants du Hamas. D'autre part, la Turquie renonce à exiger une levée de l'embargo et du blocus de Gaza. Enfin, les deux pays envisagent une vaste coopération dans le domaine gazier, avec notamment la construction d’un pipeline israélien passant par la Turquie, destiné à acheminer le produit des gisements gaziers de Léviathan vers l’Europe. Ce rapprochement entre les deux pays serait dû, selon les spécialistes, à l'isolement de la Turquie sur la scène internationale qui, en mal d'alliés, voudrait renouer avec Israël.
En Turquie, cet accord est présenté comme un grand succès d'Erdoğan. De grandes affiches le montrent esquissant un sourire satisfait tandis qu'en retrait Benyamin Netanyahou tire une mine plutôt renfrognée. « Cher premier ministre, nous vous sommes reconnaissants d'avoir permis à notre pays de connaître une telle fierté », peut-on lire en lettres imposantes.
Le , Israël et la Turquie annoncent la normalisation de leurs relations diplomatiques : Israël verse 20 millions de dollars aux familles des dix Turcs tués lors de l'assaut du Mavi Marmara et accepterait que les Turcs acheminent, via le port israélien d’Ashdod, « plus de d’assistance humanitaire» pour la construction avec des fonds turcs d’une centrale électrique, d’une usine de dessalement et d’un hôpital à Gaza. La Turquie s’est aussi engagée à empêcher le Hamas, au pouvoir à Gaza, de mener des activités contre Israël depuis son territoire.
Après six ans d’absence diplomatique, le , Israël nomme à nouveau un ambassadeur en Turquie : il s'agit d'. Le lendemain, , un proche du Premier ministre turc Binali Yıldırım, est désigné comme ambassadeur en Israël. Le , Recep Tayyip Erdoğan accueille chaleureusement Eitan Na'eh, lors de la cérémonie de remise de ses lettres de créanceJSS News : Erdogan accueille chaleureusement le nouvel ambassadeur d’Israël en Turquie.
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu considère l’arrivée du nouvel ambassadeur turc comme un « événement important », et condamne l'attaque terroriste dont Istanbul vient d'être victime. Il appelle la Turquie, toujours silencieuse à ce sujet, à condamner à son tour les attaques terroristes sur le sol israélien.