Le Congrès national africain (, abrégé en ANC) est un parti politique d’Afrique du Sud membre de l'Internationale socialiste. Fondé en 1912 à Bloemfontein.. pour défendre les intérêts de la majorité noire contre la minorité blanche, il fut déclaré hors-la-loi par le Parti national pendant l’apartheid en 1960. Il est à nouveau légalisé le alors que l’apartheid est aboli en . Il aura également été classé comme organisation terroriste par les États-Unis de 1986 à 2008.

En 1994, les premières élections législatives multiraciales au suffrage universel sans restriction permettent à l'ANC de conquérir le pouvoir et à Nelson Mandela, président de l'ANC, d'être ensuite élu président de la république d'Afrique du Sud. Depuis lors, L'ANC domine la vie politique sud-africaine, remportant tous les scrutins nationaux et locaux.

Son président actuel est Cyril Ramaphosa. et son quartier général est installé dans la Chief Albert Luthuli House, immeuble de vingt-deux étages situé au 54 Sauer Street à Johannesbourg. Jusqu'en 1997 l'ANC était installé à Shell House, située dans Plein StreetSAHistoryOnline.

Organisation interne, idéologie et alliés Charte de l'ANC Les statuts de l’ANC sont décrits dans le document présentant la Constitution de l’ANC, réactualisée tous les cinq ans à l'occasion du congrès du parti. Cette constitution fait notamment référence à la Charte de la liberté (Freedom Charter), texte fondateur de la lutte contre l’apartheid (1955).

La direction exécutive du Congrès national africain (ANC) se compose d'un président, d'un vice-président, d'un secrétaire général, d'un secrétaire général adjoint et d'un trésorier général. Il est assisté d'un Comité exécutif national (NEC) de quatre-vingts membres et qui est consulté pour les questions importantes. Au sein de ce NEC, un comité national de vingt-six membres est chargé de l'administration interne du parti, de ses départements fonctionnels et supervise le suivi des prises de décision. Un comité présidentiel, composé de sept membres nommés, constitue un conseil consultatif et d'assistance auprès du président du parti« Political Parties », Rita M. Byrnes, ed. South Africa: A Country Study. Washington: GPO for the Library of Congress, 1996..

Au niveau opérationnel, le parti est organisé en neuf départements nationaux (information et recherche, personnel et développement, affaires étrangères, jeunesse, éducation politique, information et publicité, finances, affaires religieuses, femmes) et dispose de filiales dans chacune des neuf provinces.

L'ANC dispose de branches catégorielles affiliées comme la Ligue de jeunesse du Congrès national africain et la ligue de ses femmes (Women’s League) qui travaillent en coopération étroite avec les services correspondants au sein du parti.

Le calendrier de l'ANC se structure autour d'une conférence nationale annuelle rassemblant plus de , chargée d'élire les membres du NEC et de désigner les délégués à l'assemblée nationale du parti qui se réunit tous les cinq ans.

Idéologie de l'ANC Lors de sa fondation, l'ANC se conçoit comme un mouvement assimilationniste africain, influencé par le christianisme et le parlementarisme britannique, dont l'objectif est de créer une nation détribalisée et des droits égaux au sein d'un régime démocratique et non-racial. À partir des années 1940, l'ANC évolue sous la pression de sa ligue de jeunesse vers un mouvement nationaliste africain de libération nationale (adhésion à l').

En 1955, la Charte de la liberté à laquelle elle adhère entérine l'objectif de créer une Afrique du Sud unie et non-raciale. Lors de sa conférence nationale à Morogoro en Tanzanie en 1969, l'ANC renonce à son exclusivité africaniste et ouvre ses rangs à toutes les catégories raciales d'Afrique du Sud. En même temps, formalisant son alliance avec le Parti communiste sud-africain (SACP), le parti imprègne son idéologie nationaliste de nombreuses références au marxisme (matérialisme historique et lutte des classes comme grille de lecture de la société et de l’histoire sud-africaine)Vincent Darracq, La question raciale à l'African National Congress (ANC) post-apartheid : production de discours, régulation et changement dans un parti politique, Political science, Institut d'études politiques de Bordeaux, 2010, et .. Dorénavant, la première étape du combat de l'alliance ANC/SACP sera de lutter contre l’apartheid pour aboutir à une société non-raciale et démocratique (objectif principal de l’ANC). Puis dans la nouvelle société mise en place, une seconde étape consistera à libérer les dynamiques de classe afin d'établir un régime socialiste et la dictature du prolétariat (objectif du SACP). C'est la théorie de la .

Membre de l'Internationale socialiste, le programme de l'ANC, qui était ainsi devenue fortement teinté d'étatisme et de dirigisme économique, évolue à partir des années 1990 vers la social-démocratie et l'acceptation du libéralisme économique. Sous les mandats de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki, l'ANC se positionne au centre-gauche de l’échiquier politique sud-africain, en menant notamment des privatisations et des politiques de réduction des déficits budgétaires.

Avec Jacob Zuma, l'ANC entame en 2008 un sous l'impulsion de ses alliés du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), du Parti communiste sud-africain (SACP) et de la ligue de jeunesse de l'ANC. Le parti s'engage à accélérer la réforme agraire et le processus de redistribution de terres appartenant aux fermiers blancs (1 % des terres arables ayant été redistribués entre 1994 et 2008) ainsi qu'à augmenter la redistributivité du système économique et fiscal en développant le Black Economic Empowerment.

Alliances et scissions Si l'ANC représente historiquement et principalement les intérêts de la population noire, majoritaire en Afrique du Sud, le parti s'est ouvert aux autres catégories de population en 1969. Durant les années 1970, des Blancs, des Coloured et des ont ainsi rejoint directement l'ANC sans passer par une organisation sœur (SACP, congrès indien). Le parti compte ses premiers députés à partir de 1992 après que cinq membres du Parlement aient fait défection de leurs formations respectives pour rejoindre l'ANC.

Depuis , l'ANC est le parti majoritaire au Parlement. Il est engagé dans une alliance tripartite avec le Parti communiste sud-africain (SACP) et le COSATU. Dans le cadre de cette alliance, le SACP ne présente pas de candidats spécifiques lors des élections générales hors le cas de candidats bénéficiant de la double appartenance ANC/SACP. Grâce à cette double appartenance, les membres du parti communiste votent lors des congrès de l'ANC comme les membres ordinaires et sont en outre représentés par un contingent spécifiques de délégués réservés au Parti communiste (limité à un peu plus de 1 % des droits de vote). Les membres de la ligue de jeunes, de la ligue des femmes et du COSATU sont également représentés au sein de l'ANC selon le même mécanisme« Afrique du Sud : les mutations de l’ANC W », Thomas Melonio, La vie des idées, 25 janvier 2008..

En 2001, l'ANC s'est allié au Nouveau Parti national (NNP), l'ancien parti blanc au pouvoir à fort électorat coloured, ce qui lui a permis alors de prendre le contrôle de la province du Cap-Occidental. En 2005, le groupusculaire NNP s'est dissous, tandis que ses principaux dirigeants ralliaient l'ANC.

En 2008, l'ANC a connu une scission interne. Une faction libérale, proche de l'ancien président Thabo Mbeki, a créé le Congrès du peuple. Une autre scission est intervenue en 2013 quand des membres radicaux de l'ANC et des anciens membres de la ligue de jeunesse se sont regroupés pour former les Economic Freedom Fighters. Il fut suivi le par l'Union nationale des métallurgistes d'Afrique du Sud (NUMSA), le plus grand syndicat du pays avec , qui refusa d'apporter son soutien à l'alliance tripartite et à l'ANC pour les élections générales sud-africaines de 2014. En , le schisme est entériné avec l'exclusion du NUMSA de la COSATU« Afrique du Sud : le syndicat de la métallurgie Numsa exclu de la Cosatu », RFI, ..

Historique Fondation vignette|La délégation du South African Native National Congress en Angleterre, . De gauche à droite : Thomas Mapikela, révérend Walter Rubusana, révérend John Dube, , Solomon Plaatje. En 1911, l'Afrique du Sud compte de Noirs, 1,3 million de Blancs, et Georges Lory, Afrique du Sud, infra, .. Le pays s'est constitué le à partir d'anciennes républiques boers annexées et de colonies britanniques sous le nom d'Union d'Afrique du Sud constituant un dominion du Royaume-Uni (South Africa Act). La vie politique de l'Union sud-africaine est dans un premier temps dominée par les conflits politiques entre Afrikaners et Blancs anglophones avant de l'être entre la minorité blanche et les hommes de couleur (Noirs, Coloured, Indiens). Les problèmes économiques et sociaux auxquels le nouveau dominion doit faire face en 1910 sont multiples et complexes. L'organisation industrielle, la prolétarisation d'une partie des Afrikaners et le surpeuplement des terres africaines constituent les dossiers vitaux du premier gouvernement sud-africain dirigé par le général boer Louis Botha.

vignette|gauche|Sol Plaatje, le premier secrétaire général du SANNC (le futur Congrès national africain), auteur de Mhudi, An Epic of South African Native Life a Hundred Years Ago, première œuvre écrite en anglais par un Noir en Afrique du Sud (1919) bien que publié en 1930 après An African Tragedy (1925) de l'écrivain zoulou .

La politique raciale et indigène du premier gouvernement de l'Union s'inscrit dans la continuité des lois coloniales britanniques appliquées en fonction du code de couleur, le Colour bar, qui réglemente les relations interraciales. Ces lois avaient déjà provoqué la création de mouvements d'oppositions dans les communautés de couleur. En 1902, Abdullah Abdurahman, un Coloured du Cap avait fondé une organisation coloured pour défendre les gens de couleur instruits. Au Natal et au Transvaal, en 1906, Mohandas Karamchand Gandhi avait mené les Indiens dans une campagne de résistance passive contre les lois sur les laissez-passer. En 1908-1909, plusieurs rassemblements de Coloured, Noirs et Indiens avaient eu lieu pour protester contre le projet de South Africa Act créant un État d'Afrique du Sud basé sur l'inégalité entre les Blancs et les autres groupes de population mais aussi entre Noirs, Indiens et Coloured. Ces rassemblements avaient culminé lors de la convention native sud-africaine (South African Native Convention) en appelant à une constitution octroyant des droits égaux pour les Noirs, les Coloured et le Indiens.

En 1911, pour assurer du travail au nombre croissant de chômeurs blancs, le gouvernement de Louis Botha fait voter des lois spécifiant que certains emplois du secteur minier sont réservés aux seuls Blancs. C'est pour protester contre un projet de loi foncière sur les terres autochtones et demander l'égalité de traitement devant la loi qu'est fondé le Congrès national indigène sud-africain (SANNC) le à Bloemfontein afin d'organiser et unifier les différents peuples africains de l'Union pour défendre leurs droits au sein d'un pays dominé par les Blancs (afrikaners ou d'origine britannique).