Le Dronte de Maurice () est une espèce d'oiseaux appartenant à la famille des Columbidae, endémique de l'île Maurice., disparue depuis la fin du . Il est plus connu sous le nom de dodo, nom vernaculaire également utilisé pour désigner l’ibis de La Réunion, bien que celui-ci appartienne à un autre ordre. Selon , c'est une espèce monotypique (non subdivisée en sous-espèces).

Apparenté au Solitaire de Rodrigues et appartenant comme les pigeons à la famille des Columbidae, ce vivait dans les forêts ou les plaines. Il mesurait environ un mètre pour une masse moyenne de . Découvert à la fin du , il était décrit comme lent, ne fuyant pas l'homme, gros et presque cubique. Son corps au plumage bleu gris était pourvu d'ailes atrophiées jaune et blanc, ainsi que d'un panache de quatre ou cinq plumes de mêmes couleurs en guise de queue. Ses pattes jaunes comportaient quatre doigts (trois à l'avant et un à l'arrière) terminés par de grands ongles noirs. Son bec crochu avait une tache bleue caractéristique à son extrémité et une rouge sur la mandibule inférieure. Sa tête noire ou grise possédait deux plis importants à la base du bec.

Décrit pour la première fois à la fin du lors de l'arrivée des Européens sur l'île Maurice, le dodo s'est éteint moins d'un siècle plus tard. Il est aujourd'hui souvent cité comme un archétype de l'espèce éteinte car sa disparition, survenue à l'époque moderne, est directement imputable à l'activité humaine.

Dénominations Selon la Commission internationale des noms français d'oiseaux, le nom normalisé en français est « Dronte de Maurice »..

L'étymologie du mot dodo n'est pas claire. Il pourrait être issu du néerlandais dodars ou dodoors, qui signifie « paresseux ». Il pourrait aussi provenir du néerlandais dodaars (« fesses nouées »), faisant référence à la forme de nœud que prennent les plumes de l'extrémité postérieure du dodo. La première apparition du terme dodaerse se trouve dans le journal de Willem van Westsanen, en date de 1602.. Thomas Herbert a utilisé le mot dodo en 1627., mais il n'est pas certain que ce soit la première apparition du mot. Les Portugais avaient déjà visité l'île en 1507, mais dans les écrits que l'on possède actuellement, ils n'avaient pas fait mention de l'oiseau. Néanmoins, selon le dictionnaire Encarta, le Chambers Dictionary et le Van Dale étymologique., « dodo » est un mot qui dérive du portugais doudo (actuellement doido), qui signifie fou, stupide. Cependant, le mot portugais actuel pour l'oiseau, dodó (ou dodô), dérive du mot utilisé internationalement, dodo.

David Quammen avait émis l'hypothèse que « dodo » renvoie à une approximation de l'onomatopée du cri caractéristique de l'espèce, un son ressemblant à « dou-dou »..

L'épithète spécifique cucullatus est formée sur le latin cucullus, « capuchon », soit « qui porte un capuchon ».

Caractéristiques vignette|redresse|Squelette de dodo ré-assemblé à partir de plusieurs spécimens. En , une équipe internationale de chercheurs a effectué des fouilles sur une partie de Mare-aux-Songes, le site le plus important de restes de dodos. De nombreux restes ont été trouvés, dont des os des oiseaux à différents stades de maturité. et plusieurs os appartenant manifestement au squelette d'un même individu et conservés en position naturelle.. Ces résultats ont été rendus publics en au Naturalis de Leyde. vignette|gauche|Restes d'une tête de dodo empaillé du musée d'histoire naturelle de l'université d'OxfordLes restes de dodo du musée d'Oxford sont des os de pattes et de crâne : ils contiennent les seuls restes connus de tissus de l'espèce. Ils proviennent du dernier dodo empaillé connu, conservé par l'Ashmolean Museum jusque vers 1755, lorsque la détérioration du spécimen décida le directeur ou le conservateur de s'en débarrasser, à l'exception de la tête et des pattes.. Avant cela, quelques os isolés ont été interprétés comme des restes d'espèces apparentées au Dodo : le muséum de Dublin et celui d'Oxford, entre autres, possèdent un modèle de dodo assemblé à partir de tels restes dissociés. Le muséum d'East London, en Afrique du Sud, possède un œuf attribué au dodo. Un squelette et une reconstitution de dodo sont présentés dans la galerie de Paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle, au Jardin des plantes, à ParisGalerie d'Anatomie comparée et de Paléontologie - Des os, des fossiles et des dinosaures ! (Hominides.com).. Enfin, le Manchester Museum expose une petite collection d'os de dodos. Une reconstitution d'un dodo, créée par le taxidermiste québécois Charles-René Bazinet au Biodôme de Montréal, propriété des Cercles des Jeunes Naturalistes, y est visible du à 2019.

En , un groupe d'aventuriers explorant une grotte située sur l'île Maurice a trouvé le squelette de dodo le plus complet et le mieux préservé jamais découvert.. vignette|redresse|Illustration d'un dodo (). D'après les illustrations d'artistes du dodo, celui-ci était doté d'un plumage grisâtre, d'un bec d'environ avec une extrémité crochue, de très petites ailes, de robustes pattes jaunes et d'une touffe de plumes sur son derrière. Les dodos étaient de très gros oiseaux, pesant environ , donnée remise en cause par une étude scientifique.. La masse moyenne serait plutôt de .. Le sternum était insuffisant pour permettre le vol ; les dodos ont évolué pour s'adapter à un écosystème insulaire sans prédateurs.

L'image traditionnelle du dodo est celle d'un animal gros, maladroit, d'où le synonyme Didus ineptus ; cependant, plusieurs contestations sont nées récemment sur cette approche de l'oiseau. Les scientifiques d'aujourd'hui avancent l'idée que les représentations anciennes du dodo sont celles de dodos suralimentés vivant en captivité.. Étant donné que l'île Maurice connaît des saisons sèches et humides, le dodo s'engraissait probablement lui-même à la fin de la saison humide afin de pouvoir vivre durant la saison sèche, durant laquelle la nourriture se faisait plus rare ; les rapports contemporains décrivent des oiseaux « voraces » et parfois agressifs. En captivité, où la nourriture est disponible en grande quantité, les dodos se suralimentent très facilement.

Une étude de 2026, révèle que la morphologie crânienne du Dodo et du Solitaire diffèrent fortement de celles des autres Columbiformes. La niche sensorielle du Dodo se distingue nettement au niveau des systèmes visuel, olfactif et somatosensoriel et suggère des capacités nouvelles et potentiellement un rythme d'activité moins strictement diurne..

Écologie et comportement Plusieurs versions demeurent sur le régime alimentaire du dodo. Au , Henri de Blainville, pensant que le dodo était proche du vautour, voyait l'alimentation du dodo principalement constituée de chairs d'animaux morts, tandis que Linné ou Cuvier, pour qui il était plus proche des gallinacés, avançaient la possibilité que le dodo se nourrissait de graines. Roelandt Savery pensait quant à lui que le dodo mangeait des coquillages et des escargots. L'hypothèse la plus répandue actuellement avance que l'alimentation du dodo se basait essentiellement sur les graines et les fruits..

Les travaux du professeur américain Stanley Temple ont légèrement perturbé les connaissances sur l'alimentation du dodo. Celui-ci défendit l'explication selon laquelle seule l'ingestion des graines du tambalacoque par le dodo pouvait permettre leur germination ; il affirma que l'extinction du dodo était la cause de la disparition progressive des tambalacoques. Il gava dix-sept dindons sauvages de fruits de tambalacoque : trois d'entre eux ont germé.. Temple n'a pas essayé de faire germer des graines de fruits non ingérés par les dindons, ce qui rend les résultats de son expérience peu certains. Temple a aussi ignoré les rapports sur la germination des graines de tambalacoque établis par A. W. Hill en 1941. et H. C. King en 1946., d'après lesquels les graines germaient, bien que très rarement, sans nécessiter l'abrasion de la graine dans le gésier du dodo..

Répartition Raphus cucullatus était une espèce endémique de l'île Maurice.

Classification vignette|Dessins d'un dodo tirés du journal de bord d'un vaisseau de la Compagnie des Indes Orientales, le VOC Gelderland, lors d'un voyage effectué entre 1601 et 1603.

Les premières descriptions connues du dodo ont été faites par les Néerlandais. Ils l'avaient initialement appelé walgvogel (littéralement, « oiseau répugnant »), faisant allusion à son goût. Bien que, par la suite, de nombreux écrits affirmeront que la viande du dodo est mauvaise, les premiers journaux mentionnent uniquement que la viande est ferme mais bonne, bien que pas aussi bonne que celle des pigeons, disponible en abondance.. Le nom « walgvogel » a été utilisé pour la première fois dans le journal du vice-amiral Wybrand van Warwijck, qui a visité l'île en 1598 et qui lui a donné son nom actuel, Maurice, en l'honneur du prince néerlandais Maurice de Nassau. En 1606, Cornelis Matelief de Jonge a écrit une importante description du dodo ainsi que d'autres oiseaux, plantes et animaux de l'île Maurice.

vignette|redresse|Une des premières illustrations du dodo, par l'artiste moghol Ustad Mansur.

Le dodo est un parent proche des pigeons modernes. Les analyses du génome mitochondrial et des séquences d'ADN du dodo. suggèrent que ses ancêtres ont divergé de ceux de son plus proche parent connu, le Dronte de Rodrigues (Pezophaps solitaria) (aussi éteint), aux environs de la frontière Paléogène-Néogène. Comme les îles Mascareignes sont d'origine volcanique et sont vieilles de moins de d'années, les ancêtres des deux espèces sont probablement restés capables de voler durant un certain temps après la séparation de leurs lignées. La même étude a aussi été interprétée de façon à montrer que le Nicobar à camail (Caloenas nicobarica) est le plus proche parent vivant du dodo..

Cependant, la phylogénie proposée est légèrement discutable concernant les relations avec les autres taxons. et doit donc être considérée comme hypothétique jusqu'à de nouvelles recherches ; au regard des données biogéographiques, il est probable qu'elle soit erronée. Tout ce qui peut actuellement être affirmé avec certitude est que les ancêtres du dodo et du Dronte de Rodrigues sont des pigeons d'Asie du Sud ou de Wallacea, ce qui s'accorde avec l'origine de la plupart des oiseaux des Mascareignes. On ignore encore si le dodo et le Dronte de Rodrigues sont plus proches du Nicobar à camail ou d'autres groupes de la même lignée telles que les groupes Ducula, Treron ou Goura.

Pendant longtemps, le dodo et le Dronte de Rodrigues ont été placés dans une famille qui leur est propre, la famille des Raphidae, car leurs relations avec d'autres groupes d'oiseaux (comme les Rallidae) devaient encore être résolues. Depuis peu, il semble plus justifié de voir le dodo et le Dronte de Rodrigues comme formant une sous-famille des Columbidae..

On suppose désormais que le supposé « dodo blanc » décrit par Willem IJsbrantsz. Bontekoe sur La Réunion est basé sur des mauvaises interprétations de l'Ibis de La Réunion (Threskiornis solitarius), ce qui a conduit à des peintures de dodos en apparence albinos., d'autant qu'aucun squelette proche de l'espèce mauricienne n'a été découvert à La Réunion, la fréquence de l'albinisme ayant tendance à augmenter occasionnellement chez les espèces insulaires. vignette|gauche|upright|Illustration représentant une chasse aux dodos au .

Phylogénie D'après Citron 2026, la position phylogénétique du dodo serait la suivante :

Extinction