vignette|redresse|Le film Gorge profonde sorti en 1970, dont les conditions de production sont controversées, marque le début de l'âge d'or du genre pornographique.
La pornographie est la , cette représentation explicite d'actes sexuels finalisés ayant pour but de susciter de l'excitation sexuelle..
Bien que le terme de pornographie s'applique à toute production culturelle ayant pour objectif l'excitation du spectateur, la perception d'aujourd'hui par le grand public se confond avec celle des films pornographiques et particulièrement avec la pornographie sur Internet. L'actrice Tiffany Hopkins définit la pornographie comme .
Une immense industrie de consommation de la pornographie apparaît grâce à l'utilisation des cassettes vidéos, des DVD, puis d'Internet.
La pornographie amateur devient également très populaire et se distribue via Internet.
Difficultés de définition et de délimitation Étymologie Apparu au siècle des Lumières, le mot « pornographie » désignait alors plus spécifiquement les études concernant la prostitution. Cette définition se retrouve dans son étymologie, le mot pornographie dérivant du grec ancien πορνογράφος / pornográphos, lui-même un dérivé de / signifiant « prostituée la moins respectée » et de / , qui signifie « peindre », « écrire » ou « décrire ». On le dérive sous les termes porno (abréviation française), et porn (abréviation anglo-américaine).
Pornographie et érotisme
Ce qui est érotique pour l’un peut relever de la pornographie pour l’autre, selon les époques, les cultures ou les sensibilités individuelles. André Breton avait pour formule : « La pornographie, c’est l’érotisme des autres », devenue classique pour mettre en avant l'aspect voyeuriste de la pornographie. Cette observation souligne d’emblée le caractère éminemment contextualisé et moralement fluctuant de la distinction entre érotisme et pornographie. Pour la professeure en sciences du langage Marie-Anne Paveau, la pornographie est « une affaire de réception, de regard, voire d’imagination ». Autrement dit, elle ne réside pas seulement dans les œuvres elles-mêmes, mais dans la manière dont elles sont perçues. Elle constitue ainsi une : . Si la nudité en est souvent un élément, elle n’en est ni la condition suffisante ni le critère déterminant; la pornographie serait avant tout un cadrage intentionnel orienté vers l’excitation et la mise en scène explicite des organes ou des actes sexuels. En 1972, la journaliste et documentariste Gloria Steinem, propose une définition basée sur le vécu des protagonistes : « Le premier est érotique : une expression sexuelle mutuellement agréable, entre des personnes qui ont suffisamment de pouvoir pour être là par choix positif. Il peut ou non susciter un souvenir sensoriel chez le spectateur, ou être suffisamment créatif pour que l'inconnu semble réel, mais il ne nous oblige pas à nous identifier à un conquérant ou à une victime. Il est véritablement sensuel et peut transmettre un plaisir contagieux.
Le second est pornographique : son message est violence, domination et conquête. C'est le sexe utilisé pour renforcer une certaine inégalité, pour en créer une, ou pour nous dire que la douleur et l'humiliation sont en réalité synonymes de plaisir. Si nous voulons ressentir quelque chose, nous devons nous identifier au conquérant ou à la victime. Cela signifie que nous ne pouvons éprouver du plaisir qu'en adoptant un certain degré de sadisme ou de masochisme. Cela signifie également que nous pouvons nous sentir diminués par le rôle de conquérant, ou enragés, humiliés et vengeurs en s’identifiant à la victime.
On pourrait peut-être simplement dire que l'érotisme concerne la sexualité, et que la pornographie concerne le pouvoir et le sexe-comme-une-arme, de la même manière que nous devons comprendre que le viol concerne la violence, et pas du tout la sexualité. »La philosophe, Michela Marzano quant à elle, insiste sur une différence fondamentale entre érotisme et pornographie :
L’érotisme, plus narratif et relationnel, s’inscrit historiquement dans des formes artistiques, alors que la pornographie se présente davantage comme un dispositif technique centré sur la performance sexuelle, déconnecté du contexte relationnel ou symbolique. Depuis les années 1970, la pornographie, assimilée dans le grand public à la production de films X, évolue dans un espace ambigu, à la fois défendu par des contre-cultures et simultanément critiquée comme une industrie du sexe structurée par des logiques marchandes, proches du proxénétisme et marquée par des réseaux de pouvoir très inégalitaires, voir mafieuseInside Deep Throat. Les travaux féministes (MacKinnon, Dworkin, Jeffrey) et socio-anthropologiques (Gail Dines ; Paasonen ; Nikolas Rose) ont montré combien cette industrie repose sur une dissymétrie structurelle entre hommes et femmes, tant du point de vue de la production que de la réception : acteurs masculins valorisés, corps féminins instrumentalisés, sexualité hétérocentrée, scénarios répétitifs centrés sur la domination masculine.
Cette dissymétrie rapproche la pornographie contemporaine de la logique prostitutionnelle, non seulement dans la manière de représenter le corps féminin mais aussi dans les formes d’exploitation physique, psychique et économique qu’elle peut impliquer . La recherche scientifique met en avant les euphémismes utilisés par l'industrie du sexe pour détourner l'attention des acteurs, des consommateurs et des législateurs de la logique prostitutionnelle où la présence d'une caméra aggrave les dommages. Selon la psychologue Melissa Farley : «la pornographie est une forme spécifique de prostitution, dans laquelle celle-ci est documentée».
À l’inverse, la représentation du corps nu en dehors de toute intention sexuelle, est généralement acceptée dans un contexte scientifique ou pédagogique. Le refus de la représentation explicite de l’acte sexuel peut s’expliquer par la pudeur et la morale mais aussi par la volonté de protection des victimes. Ce qui paraît dégradant n’est pas le sexe, mais le fait de livrer au regard lubrique d’autrui, principalement masculin, l'objectification du corps féminin, exposé à des sévices corporels. Les recherches contemporaines en psychologie du trauma ont d’ailleurs montré que certaines représentations sexuelles explicites, surtout lorsqu’elles reproduisent des schémas de domination ou de violence, peuvent réactiver des blessures psychiques antérieures, soulignant que la réception d’une image n’est jamais neutre mais s’inscrit dans une histoire corporelle et affective.
Champs de représentations On trouve des représentations explicites d’actes sexuels dans la quasi-totalité des sociétés humaines depuis la Préhistoire . Leur fonction demeure cependant difficile à interpréter : on les a souvent associées — parfois hâtivement — à des rites de fécondité, de l’Antiquité au Moyen Âge, mais ces hypothèses, faute de preuves décisives, restent largement spéculatives. Les recherches récentes en anthropologie rappellent qu’il est méthodologiquement périlleux de projeter nos catégories sexuelles sur des cultures où la sexualité n’était peut-être ni individualisée ni séparée du religieux, du politique ou du cosmologique.
Selon les sociétés, la représentation de la sexualité obéit à des normes très différentes, qui reflètent les conceptions locales de la sexualité elle-même. Les célèbres sculptures érotiques des temples de Khajurâho, intégrées dans un programme religieux complexe, n’avaient certainement pas le même statut que les photographies pornographiques vendues clandestinement dans les villes occidentales du XIXe siècle. Le simple fait de comparer ces objets montre que la définition de la « pornographie » n’est pas universelle : elle varie selon les contextes culturels, les régimes de visibilité et les systèmes de valeurs. Ainsi, certaines sculptures médiévales, y compris sur des cathédrales, paraissent aujourd’hui obscènes, mais elles remplissaient alors des fonctions morales, satiriques ou apotropaïque qui excèdent largement notre rapport contemporain à la nudité.
La représentation pornographique est également conditionnée par les techniques disponibles. Les œuvres du marquis de Sade s’inscrivent dans la tradition littéraire des Lumières ; elles constituent à la fois un prolongement et une transgression extrême en mélangeant pornographie, torture et nécrophilie, souvent avec des enfants. Les gravures qui les illustrent utilisent des procédés visuels courants à l’époque, l’histoire de la pornographie n’est pas seulement une question de contenu mais aussi de dispositif technique et de société qui l’organise.
Avec l’avènement de la photographie, puis du cinéma, de la vidéo et d’internet, la pornographie acquiert une diffusion inédite. Comme l’avait anticipé Walter Benjamin avec la notion de « reproduction technique », la démultiplication des images transforme leur statut social. Une fois en ligne, un film pornographique de viol ou de tout autre genre, est difficilement supprimable, ce qui questionne le regard de la société sur ces images, le rapport personnel à l’image de soi et le droit à l’anonymat. Le réalisme photographique, surtout, bouleverse la perception de la pornographie : alors que la littérature ou la peinture étaient toujours filtrées par l’imaginaire, la photographie, même mise en scène, donne à voir quelque chose « qui a été », pour reprendre les termes de Roland Barthes dans La Chambre claire. Cette dimension confère aux images pornographiques une puissance affective et idéologique bien plus marquante que celle des représentations pré-modernes. La nouvelle pornographie mainstream, conjuguée à son accessibilité massive, explique à la fois son expansion et les controverses qui l’accompagnent. Il est couramment admis que les limites posées par les acteurs sont transgressées, et la disposition du hardcore a se filmer en situation de coercition, qu'elle soit physique ou psychologique, en constitue l'expression logique. Les débats portent aujourd’hui sur de nombreux aspects, les conditions de production : le sort des actrices (contraintes économiques, emprise, reproduction traumatique, droit à l’oubli), l’exploitation d’enfants, les algorithmes de diffusion ; sur les répercussions socio-psychologiques : sur la santé des personnes directement impliquées (trois fois plus d’overdoses, de depressions, et de violences conjugales), sur les consommateurs (addictions, escalade de la violence, stéréotypes sexistes, revenge porn…) ; et sur l’ensemble de la société : données personnelles, sexualisation des médias, augmentation des agressions, flux économiques opaques, liens avec le crime organisé, pornographie deepfake et pédopornographie générée par IA.
En 2025, les débats sur la pornographie ne se limitent plus à la liberté d’expression ou au goût personnel : ils interrogent les valeurs autour desquels nous souhaitons faire société, les structures sociales de la sexualité, les mécanismes de domination et les impacts psychiques de représentations massivement diffusées. Les recherches en psychologie du trauma (Judith Herman, Bessel van der Kolk, Muriel Salmona) soulignent que ces images, peuvent être aussi traumatisantes à produire qu'à regarder. En comparaison, les séries pornographiques de l’art antique comme les estampes japonaises, fresques romaines, sculptures hindoues, bien qu’elles se placent dans un contexte où les femmes n’avaient que peu de droits à disposer de leur corps, suscitent moins de controverses, précisément parce qu’elles n’impliquent pas des personnes identifiables et vivantes, intégrées dans des rouages économiques.
Histoire Antiquité vignette|Couple ayant un rapport sexuel. Peinture murale, à Pompéi.