René Leriche, né le à Roanne (Loire) et mort le à Cassis (Bouches-du-Rhône), est un chirurgien et physiologiste français.

Sensibilisé par les nombreux blessés de la Première Guerre mondiale, il est l'un des premiers à mettre en pratique une chirurgie douce, économe en sang et aussi peu traumatisante que possible. Il est spécialiste de la douleur, de la chirurgie vasculaire et du tronc sympathique. Deux syndromes portent son nom, l'algoneurodystrophie et l'oblitération aorto-iliaque.

Il a formé de nombreux élèves, notamment Michael E. DeBakey, João Cid dos Santos, René Fontaine et Jean Kunlin.

Sous le régime de Vichy, il est le premier président de l'Ordre des médecins.

Biographie Famille et études René Leriche naît dans une famille de sept enfants au 1 rue Cadore à Roanne, il est le troisième enfant d'Ernest Leriche (1843-1915)Né le à Lyon et mort le dans la même ville. Il fut sergent des gardes mobiles du Rhône en 1871, il fit ses études de droit à Paris et acheta une charge d'avoué à Roanne en 1874. En 1910, il est rentier à Sainte-Foy-lès-Lyon., avoué près le tribunal civil de Roanne et d'Anne Chamussy (1854-1923), issue d'une famille roannaise d'industriels du textile. Il est le frère de Marc Leriche (1885-1918), sculpteur et de Paul Leriche (1876-1927), peintre.

René Leriche est issu d'une vieille famille de médecins lyonnais. Par exemple, son grand-oncle maternel Lucien Girin, médecin à l'Hôtel-Dieu de Lyon, était adepte de la phrénologie : il lui palpa les bosses frontales à l'âge de 5 ou 6 ans en lui déclarant qu'il sera chirurgien.

Il fait ses études primaires chez les Frères de la Doctrine chrétienne dans une classe réservée pour les enfants de la bourgeoisie de Roanne puis ses études secondaires au collège de Saint-Chamond tenu par les pères maristes. En 1893, il obtient son baccalauréat en rhétorique. Il se pose alors la question de suivre les pas de son grand-père, de son grand-oncle et de son oncle dans la voie de la chirurgie, ou encore d'entrer à l'École militaire de Saint-Cyr pour embrasser une carrière militaire. Au mois de , il change d’avis et écrit à ses parents qu’il veut devenir chirurgien. Il achève son baccalauréat de philosophie pour entrer à la Faculté des sciences de Lyon en novembre, et préparer le PCN (Physique, Chimie, Sciences Naturelles).

De 1899 à 1900, René Leriche fait son service militaire au d'infanterie. Au cours de ses études, il se lie d'amitié avec Alexis Carrel qui quittera la France pour les Ėtats-Unis en 1904. Il est interne des hôpitaux de Lyon en 1902, prosecteur d'anatomie en 1905, puis docteur en médecine en 1906 avec une thèse consacrée à la gastrectomie dans le cancer de l'estomac, sous la direction d'Antonin Poncet. Il est chef de clinique de 1906 à 1909, et agrégé de chirurgie en 1910.

En 1913, à la demande d'Alexis Carrel, il effectue un séjour aux Ėtats-Unis où il visite des hôpitaux de New-York, Chicago, Boston, et Baltimore. Il rencontre les plus grands médecins américains comme Simon Flexner, Harvey Cushing, et surtout William Halsted qui sera pour lui une source d'inspiration.

Le , René Leriche épouse Louise Héliot Calenborn rencontrée deux ans plus tôt alors qu'elle était externe dans le service de Poncet. Son épouse est issue d’une famille catholique autrichienne, elle-même médecin, elle sera sa plus proche collaboratrice. De ce mariage naîtra une fille : Jacqueline Leriche, née en 1917.

Première Guerre mondiale: le chirurgien innovant Au début de la guerre, il est affecté dans une ambulance chirurgicale automobile ou « Auto-chir » dans les Vosges. Après un court passage à Creil dans un hôpital de triage et de régulation, il est nommé à l'hôpital du Panthéon. Puis en 1916-1917, il passe à l'hôpital russe, hôpital complémentaire installé dans l'annexe de l'hôtel Carlton de Paris.

Souhaitant depuis longtemps retourner au front, René Leriche rejoint Robert Proust et son équipe de lAuto-chir (ACA ). René Leriche fut sollicité par l'histologiste et radiobiologiste lyonnais Claudius Regaud pour entrer dans la formation qu'il préparait pour servir d'École de médecine et de chirurgie de guerre dans l'HOEHOE : Hôpital d’Origine d’Étapes, désigne une structure d’évacuation, mobile en théorie, en dur ou pas, de taille très variable. de Bouleuse, près de Reims. Cette école devint un centre réputé d'instruction et de perfectionnement pour tous les médecins et les chirurgiens qui y passaient au point qu'il fut décidé d'y admettre en formation active les Américains fraîchement arrivés. René Leriche y retrouve plusieurs grands noms de la médecine française : le neurologue Georges Guillain, le pathologiste Pierre Masson, il a pour adjoint Paul Santy. Un jeune médecin fraîchement arrivé, Georges Duhamel, vient le rencontrer.

Il est nommé chirurgien-major de le 28 décembre 1917. À Épernay, se trouve l'''Auto-chir de Paul Lecène avec Albert Policard. C'est avec ce dernier et l'aide de Paul Santy que René Leriche entreprend dans l'HOE des travaux de recherche sur l'ostéogenèse ; il s'intéresse en particulier à la réparation des fracture et au rôle de la vasomotricité sur le site d'un traumatisme. Ces travaux seront pour la plupart perdus au cours d'un bombardement en juin 1918.

Peu avant la fin de la guerre, René Leriche prend le commandement de lAuto-chir n°43, mais celle-ci n'aurait pas été déployée avant l'armistice.

Lors de la guerre de 1914-1918, l’idée de René Leriche est de différencier le linge blanc traditionnel dans lequel sont amenés les blessés, du linge des salles d’opérations chirurgicales aseptiques. Il choisit le bleu et fait peindre les salles chirurgicales en bleu. Tout le linge des salles d’opérations est également de couleur bleue : linge opératoire, casaques, calots, masques. Cette couleur sera adoptée dans le monde entier et, pour la première fois, cette convention permet de limiter au mieux les contaminations infectieuses.

Entre-deux-guerres: la renommée À l'âge de 40 ans, il réussit enfin le concours de chirurgien des hôpitaux de Lyon en 1919, après plusieurs échecs d'avant-guerre.

En 1924, il est nommé à la chaire de clinique chirurgicale de l'université de Strasbourg, répondant à l'appel du doyen Georges Weiss après la mort de Louis Sencert. Il occupe ce poste jusqu'en 1932, et le conserve jusqu'à 1939 (après un intermède lyonnais 1932-1934, et simultanément au Collège de France 1936-1950).

C'est la période la plus prolifique de sa vie. Il remplit sa triple fonction de soignant, d'enseignant et de chercheur. Il introduit l'importante notion de chirurgie non agressive. En 1925, lors de sa leçon inaugurale à la chaire de clinique chirurgicale de l’université de Strasbourg, il affirme que la chirurgie ne doit plus se limiter à la correction ou à l’ablation des lésions anatomiques mais qu’elle doit s’attaquer au traitement des troubles fonctionnels. En 1931, il soigne et ampute le maréchal Joffre en fin de vie.

En 1936, il succède à Charles Nicolle au Collège de France à Paris : il y occupera la chaire de Médecine expérimentale de 1937 à 1950. Cela lui permet de continuer ses recherches en y créant un laboratoire de chirurgie expérimentale et de conceptualiser ses théories sur la physiologie et la pathologie. Dans le sillage de Claude Bernard, René Leriche déclare que Ces travaux de Leriche sur la douleur seront analysés par Georges Canguilhem dans sa thèse de médecine en 1943, thèse à l'origine de l'ouvrage Le Normal et le Pathologique..

Sa réputation internationale est au plus haut. En 1939, il reçoit la du Collège royal de chirurgie. Les archives des nominations du Prix Nobel de Médecine, rendues publiques après cinquante ans, indiquent que Leriche a fait l'objet de 79 nominations pour ce prix avant 1940 sans jamais l'obtenir, notamment en 1936 lorsqu'il a été proposé par Charles Nicolle (Prix Nobel 1928). Dans le domaine cardiovasculaire, René Leriche est celui qui a été le plus souvent proposé pour le Prix Nobel.

Sous l'Occupation: président du Conseil de l'Ordre et collaboration vignette|René Leriche, buste en plâtre, Musée des Hospices civils de Lyon. De retour à Lyon après l'armistice du 22 juin 1940, il décline le poste de ministre de la Santé qui lui aurait été proposé par le maréchal PétainNotice sur le site du CNRS. Il accepte néanmoins la présidence de l'Ordre national des médecins créé en par le régime de Vichy. Selon lui, il s'agissait d'éviter le pire, car les allemands auraient exigé, dans les 48 h, d'avoir un médecin responsable de tous les autres devant eux, sinon ils auraient obligé plusieurs milliers de médecins français à travailler en Allemagne. Il est choisi par le Conseil des ministres parce que chirurgien renommé « d'origine alsacienne » (connu mondialement comme professeur de l'université de Strasbourg) et marié à une autrichienne, il était plus à même de discuter avec l'occupant.

L'Ordre national des médecins renforce l'emprise du régime de Vichy en faisant appliquer les lois antijuives en médecine. Un limite à 2 % la proportion de médecins juifsPour faire partie de ces 2 %, il fallait être soit français depuis au moins 5 générations, soit titulaire d'une carte d'ancien combattant, d'une citation ou décoration à titre militaire, soit être pupille de la nation, ascendant ou orphelin de militaire mort pour la France. par rapport à l'effectif total de médecins, département par département. Sous la direction de René Leriche, le Conseil de l'Ordre joue un rôle important dans l’exclusion des médecins juifs en participant à leur recensement, en distinguant les « bons médecins juifs » des « mauvais » en surnombre, dans leur dénonciation (liste publique des noms et adresses) et surtout dans la spoliation des cabinets « vacants » repris par de jeunes médecins cherchant à s'installer.

Lorsque dès l'automne 1940 (Loi du 3 octobre 1940), les médecins juifs sont écartés des comités éditoriaux des journaux médicaux, Leriche écrit qu'il ne s'agissait que de supprimer des noms de juifs de la liste des membres d'un comité de rédaction en page de titre. Il argue qu'il n'a pas obéi à cette interdiction puisque, tout en faisant disparaître les juifs du Lyon chirurgical dont il est le cofondateur en 1904 avec son ami Paul Cavaillon, il y laisse le nom de cet ami juif, ce qui lui parait « assez farce » (sic). Une autre revue, les Annales de médecine préfère quant-à elle ne plus paraître plutôt que d'écarter le professeur Robert Debré du comité de rédaction.

Selon Leriche, le Conseil de l'Ordre avait la volonté de faire traîner les procédures . Cette attitude lui vaut des attaques de la presse collaborationniste : Mme Leriche est accusée d'être une « juive allemande » (alors qu'elle est autrichienne non juive) et l'Ordre des médecins est même accusé, par Paris-Midi du , d'être une « citadelle de la judéo-maçonnerie ».

René Leriche démissionne de la présidence de l'Ordre, le 28 décembre 1942. Il écrit dans ses mémoires .

Il est aussi membre du Conseil national du régime de Vichy. Plusieurs années après la guerre, il justifie son attitude en affirmant que le Conseil de l’Ordre des médecins a servi de bouclier face à l'occupant nazi, reprenant ainsi les mêmes arguments de l'époque, aujourd'hui démentis par les historiensRobert O. Paxton, , Seuil, 1997, éd., ., des défenseurs du gouvernement de Vichy. Comme beaucoup de personnes engagées dans la collaboration avec Vichy, il ne sera pas inquiété. Il dit avoir aidé des juifs et posséder des lettres de remerciements .

Après-guerre À la Libération, l'Ordre national des médecins est dissous et recréé le 24 septembre 1945. René Leriche, évincé de la fonction hospitalière publique, continue d'exercer en institution privée : il est chef de service à l'hôpital américain de Paris de 1945 à 1949, année où il prend sa retraite.