La mécanographie est un ensemble de techniques mécaniques ou électro-mécaniques permettant le calcul, le traitement et la publication de l'information. Elle consiste essentiellement à rechercher et à étudier les possibilités offertes par un système ou un moyen mécanique ou électromécanique afin d'exécuter rapidement un algorithme et d'en afficher le résultat. La mécanographie a été inventée par Herman Hollerith.

Avant l'émergence de l'informatique (terme apparu en 1962), la mécanographie avait pour but la réalisation de travaux de comptabilité, de gestion et de statistiques, en utilisant, comme support d'entrée des données, des cartes perforées, ou plus accessoirement des bandes perforées, voire directement des saisies sur clavier électromécanique.

La mécanographie s'est développée de la fin du jusqu'au milieu des années 1960 sous deux formes très différentes, concurrentes ou complémentaires : l'emploi d'ateliers de machines à cartes perforées ; l'emploi d'ateliers de machines comptables.

À partir de 1960 environ, ces deux outils de calcul et de gestion ont été remplacés progressivement par l'emploi d'ordinateurs qui vont devenir essentiels au début des années 1970. La mécanographie fera dès lors partie intégrante de l'informatique en se limitant à la conception et l'étude des sous-ensembles électromécaniques de certains ordinateurs (disquette, disque dur, etc.) mais aussi des imprimantes. Malgré l'utilisation majoritaire des composants électroniques au sein des ordinateurs du début du , les recherches sur la nano-mécanique pourraient rééquilibrer la place de la mécanographie au sein de certaines machines.

Dans la mécanographie utilisant des appareils à cartes perforées, ces cartes servaient essentiellement de support des données en entrée et en sortie ; en fin de traitement elles servaient de mémoires de masse ainsi que de fichiers historiques, mais commencèrent également à servir de support des programmes à assembler durant l'apogée de la mécanographie (années 1960) et surtout à partir des débuts de l'informatique. À partir de 1965, la carte perforée fut progressivement remplacée par divers moyens de saisie et de mémorisation (disques durs, bandes magnétiques, disquettes, cassettes, saisie sur terminal, sur micro-ordinateur), jusqu'à disparaître complètement au milieu des années 1980.

Mécanographie employant des ateliers à cartes perforées Principes généraux de la mécanographie à cartes perforées

thumb|alt=Carte rectangulaire beige clair avec dans le sens de la longueur 10 lignes constituées chacune d'une suite de chiffre identique, de 1 à 10. Des perforations verticales font disparaître certains de ces chiffres|Carte perforée à 80 colonnes. Ce domaine de la mécanographie est né en 1890 pour les besoins du recensement américain. Herman Hollerith, employé au bureau de recensement, imagina un système de traitement de cartes perforées susceptible d'accélérer considérablement le dépouillement de ce recensement.

Les premières applications de ce qui ne s'appelait pas encore la mécanographie furent donc des applications de statistiques. Les appareils à cartes perforées utilisés étaient alors appelés machines à statistiques, avant de devenir des tabulatrices. Mais, surtout à partir du début des années 1930, ces machines furent progressivement utilisées pour toutes sortes d'applications de gestion : facturation, gestion de stocks, suivi de fabrication, paie, comptabilité, tenue de comptes bancaires, etc.

thumb|Perforatrice IBM 029. Les premières imprimantes n'apparurent qu'en 1920. Jusque-là, les machines à statistiques produisaient leurs résultats sur des roues totalisatrices gravées dont il fallait relever le résultat en le recopiant à la main.

La saisie sur cartes perforées s'effectuait au début sur des poinçonneuses manuelles purement mécaniques qui furent assez rapidement remplacées par des perforatrices, appareil électro-mécanique à clavier comprenant en général un pavé alphanumérique analogue à celui des machines à écrire, complété d'un bloc purement numérique destiné à accélérer la saisie des tableaux de chiffres.

Par ailleurs, la même carte pouvant être utilisée plusieurs fois pour des travaux différents, il était nécessaire de pouvoir trier un paquet de cartes en fonction d'un champ donné. Ceci était effectué à l'aide de trieuses, qui sont des machines dotées d'une mécanique complexe permettant de répartir les cartes dans 13 cases en fonction de la valeur d'une colonne de la carte. Le tri sur un champ nécessitait donc autant de passages sur la trieuse que le nombre de colonnes dans le champ considéré (en réalité, un tri sur une colonne numérique nécessitait un seul passage, mais deux passages pour une colonne alphabétique). Le mode opératoire permettait d'effectuer au choix des tris croissants ou décroissants.

Certaines applications nécessitaient un interclassement de cartes reliées logiquement (par exemple mettre une carte d'en tête de facture, suivie des cartes des différentes lignes de cette facture). Ces cartes devaient comporter un champ commun. Ceci était réalisé au moyen d'une interclasseuse, appareil permettant de mettre en entrée les deux paquets de cartes à interclasser, et d'obtenir le résultat sous forme de cartes interclassées en sortie.

Pour faciliter la manipulation des cartes par les opérateurs, il fut jugé utile de traduire en clair le contenu de la carte pour leur éviter d'avoir à interpréter en permanence les perforations. Ceci était réalisé par des traductrices ou tout simplement par l'impression d'une ligne en clair par la perforatrice au moment de la saisie.

Il pouvait également s'avérer nécessaire de reproduire telle quelle une carte pour l'incorporer dans plusieurs fichiers distincts. Cette opération était réalisée sur une reproductrice qui perforait en une seule fois l'ensemble des perforations de la nouvelle carte.

Un atelier de mécanographie comprenait donc : un certain nombre de perforatrices, complétées de vérificatrices (appareil analogue muni d'une sonde, sur lequel on effectuait de nouveau la saisie, la nouvelle saisie étant comparée à l'ancienne, et la carte mise de côté en cas de différence nécessitant une nouvelle vérification et éventuellement une nouvelle saisie) ; en général une seule traductrice ; une ou plusieurs trieuses ; une ou plusieurs interclasseuses ; une ou plusieurs reproducrices ; un lecteur perforateur de cartes à graphites ; une ou plusieurs calculatrices connectées à perforateurs ; une ou plusieurs tabulatrices ayant chacune son imprimante ; certaines de ces tabulatrices pouvaient recevoir le renfort d'une calculatrice ; certaines pouvaient également disposer en sortie d'une perforatrice connectée permettant de produire des cartes de synthèse entrant dans de nouvelles chaînes de travaux.

Le fonctionnement de ces appareils mécaniques pouvait être assez bruyant. Le bruit dans un atelier mécanographique, dans l'atelier de saisie et surtout dans celui des "grosses machines" de traitement, pouvait provoquer une réelle fatigue qui devait régulièrement être combattue par des exercices de détente appropriés.

L'émergence de la mécanographie en Europe

Importations américaines

Les premières machines à statistiques sont apparues en Europe peu après la première guerre mondiale, principalement dans les compagnies d'assurances, grosses consommatrices de statistiques pour leurs services d'actuariat. Ces machines étaient de fabrication américaine : HOLLERITH et POWERS. Cette dernière entreprise était une filiale du groupe Remington Rand.

En France, la Société productrice des machines HOLLERITH (qui devient IBM aux États-Unis en 1924), est représentée par la Compagnie Electro-Comptable qui ne deviendra IBM France qu'en 1947. Suivant les pays européens, la Powers distribue soit directement, soit via une licenciée anglaise appartenant à l'assureur Prudential, Powers Ltd. (Powers-SAMAS en France), qui éliminera bientôt Remington-Powers du marché européenEmmanuel Lazard et Pierre Mounier-Kuhn, Histoire illustrée de l'Informatique, Paris, EDP Sciences, 2016..

Naissance d'un constructeur européen : Bull

En 1920 apparaît le premier constructeur européen, Fredrik Rosing Bull, ingénieur norvégien qui vend principalement dans des sociétés d'assurances scandinaves et suisses. Quand il meurt prématurément en 1925, il a vendu 8 machines. Un homme d'affaires belge, Émile Genon, rachète les brevets, embauche K.A. Knutsen, l'ancien bras droit de F.R. Bull, et fait fabriquer en Suisse par la Société Egli Bull, filiale d'un industriel spécialisé en machines comptables, qui rachète ces brevets. En 1931, Egli-Bull transfère sa fabrication en France pour des raisons de marché, de législation sur les brevets, et de coût plus bas de la main d'œuvre qualifiée. L'entreprise, à capitaux devenus majoritairement français, va connaître un grand essor sous le nom de Compagnie des Machines Bull, après quelques années difficiles.

Le seul autre pays européen qui développe une industrie mécanographique propre est l'Angleterre, avec Powers-SAMAS et la (futur ICL), du fait des spécificités du système monétaire non décimalisé. Dans certains autres pays, commence une activité industrielle de montage et de maintenance sous licence américaine. Quelques firmes allemandes essaient de se diversifier dans ce secteur, sans succès – à part l'ancienne filiale d'IBM, DeHoMag, qui reprend son indépendance sous le nazisme et développe quelques appareils en propre.

Utilisation de la mécanographie en Europe à la veille de la Seconde Guerre mondiale

En 1935 un rapport estime que machines sont installées aux États-Unis, et environ la moitié pour l'ensemble de l'Europe, avec des parcs significatifs en Angleterre et Allemagne. La France tient la européenne, loin derrière les deux premiers, avec quelques centaines de machines, pratiquement toutes importées (la Compagnie des Machines Bull n'a encore qu'une quinzaine de clients). Belgique, Suisse, Italie, Roumanie, Russie sont très loin derrière. Près de 90 % du parc français installé est constitué de machines Hollerith. Les gros consommateurs sont les compagnies d'assurances, les sociétés de chemins de fer (en particulier pour la gestion de la maintenance : stocks de pièces détachées et suivi des travaux en atelier), les banques, certaines administrations publiques (finances, douanes, intérieur), et les grands industriels. L'armée en revanche est très en retard, en particulier par rapport à l'armée allemande (qui saura mobiliser ses troupes avec tout leur équipement et leur armement au complet avant la fin 1939 grâce à ses applications mécanographiques opérationnelles avant 1935, alors que l'armée française n'aura pas encore fini de mobiliser correctement en , l'État-Major n'ayant pas compris l'intérêt de telles applications)conférence de 1935 au Comité de la Mécanographie de la Confédération de la Production Française.Thèse de doctorat de P. Richomme , Université Paris X Nanterre, décembre 2007 : La Compagnie des Machines Bull pendant la guerre 1939-1945.

Mécanographie et organisation scientifique du travail

Dans les entreprises, le facteur favorable à l'expansion de la mécanographie est la diffusion des méthodes d'organisation scientifique du travail, considérées comme la clé indispensable pour sortir de la crise du début des années 1930.