vignette|Plan du site de la SMN.
La Société métallurgique de Normandie (SMN) était une entreprise bas-normande lancée en 1917 et fermée en 1993, dont le siège social était à Mondeville, mais principalement située sur la commune de Colombelles, dans l'agglomération de Caen.
Au plus fort de son activité, elle employa jusqu'à , produisit 4 % de la production nationale d'acier et occupa le des sociétés françaises en taille..
Origines Exploitées depuis l'époque gallo-romaine, les mines de fer de la haute vallée de l'Orne avaient permis une modeste activité métallurgique jusqu'à la Révolution française. Au début du , l'exploitation du gisement de minerai de fer de Soumont., à Potigny, relance l'activité métallurgique dans le CalvadosAlain Lemenorel, « Minerai de fer et sidérurgie en Basse-Normandie, dans la Mayenne et la Sarthe, de 1835 à 1914 », Annales de Normandie, 1982, , , ..
À leur création en 1901, les mines appartiennent à la famille Thyssen à 40 %.. En 1903, l'industriel allemand August Thyssen achète la majorité des actions de la Société minière et métallurgique du Calvados. Il souhaite utiliser le minerai de fer afin d'en approvisionner ses usines en Allemagne au moindre coût. Puis, en 1909, il achète des terrains à Colombelles pour y construire une usine sidérurgique. La position de la SMN, le long du canal de Caen à la mer facilite l’exportation par voie maritime. Mais son projet est très mal vu par la population car les relations étaient déjà tendues entre la France et l'Allemagne à la veille de la Grande Guerre. Thyssen choisit donc de s'associer avec un industriel français Louis Le Chatelier, président de la Société française de constructions mécaniques. Le , ils fondent la Société des Hauts Fourneaux de Caen..
À sa fondation, la part française est limitée à 25 %, à cause de la participation minimale exigée par le pour pouvoir bénéficier des livraisons de houille. Mais l'État français, sous la pression de la population, parvient à nouveau à limiter la participation de Thyssen en obtenant que la structure industrielle soit constituée en trois sociétés francisées à 60 % : l'une pour l'exploitation minière de Soumont et de Perrières, l'autre pour la création et la gestion d'un port privé sur le canal de Caen à la mer et la dernière pour la construction de l'usine sidérurgique au nord-est de Caen. La participation allemande est ainsi globalement abaissée à 40 %. Le , la société devient la Société des hauts fourneaux et aciéries de Caen, et le capital est porté de . Les actions sont attribuées majoritairement à Thyssen et à la SFCM, pour chacun. Le conseil d'administration, présidé par Louis Le Chatelier, comporte six administrateurs français et trois allemands. Le , la société est admise en cotation à la Bourse. Le , une augmentation de capital de supplémentaires est votée et en juillet, d'obligations sont émis. L'année suivante, en , la Revue illustrée du Calvados titre : . Malgré la campagne de dénigrement qui fait rage, la société propose de nouveau au marché d'obligations supplémentaires en .
La construction de l'usine commence au cours du second semestre 1912 pour une livraison prévue à l'été 1915 mais des problèmes financiers apparaissent rapidement en 1914 avec l'entrée en conflit des deux nations et l'arrêt brutal de la spéculation qui en découle. La proposition de Schneider et de finir la construction permet de les résoudre. En 1914, August Thyssen ne détient plus que 25 % des parts de la société. Le décret du de mise sous séquestre de tous les biens nationaux ennemis de la France ne perturbe en rien le fonctionnement, les Français s'efforçant de limiter ses effets par peur des représailles allemandes. Le , le président du tribunal de Caen annule les conventions intervenues entre le représentant de la société des hauts fourneaux et aciéries de Caen et Thyssen ; la part sociale appartenant à des sujets allemands est mise sous séquestre. L'usine emploie . Lorsque la guerre éclate, elle est réquisitionnée et fabrique des obus pour la Défense nationale.. Le , la société anonyme dite Société normande de métallurgie est créée. Elle reprend les capitaux de la société des hauts fourneaux et aciéries de Caen, rachetée par la famille Schneider après une âpre lutte avec sa concurrente la famille De Wendel.
Activité vignette|Entrée de l'usine dans les années 1930. vignette|L'usine en 1944 avec une patrouille de surveillance de l'armée allemande.
Le , le ministre des Travaux publics, Marcel Sembat, et le sous-secrétaire d’État chargé de l'Artillerie et de l'équipement militaire, Albert Thomas, allument symboliquement les premiers fours à coke du site. Le , le ministre des Travaux publics, Albert Thomas, et le sous-secrétaire d'État aux Fabrications de guerre, Louis Loucheur, allument le premier haut fourneau du site, le plus grand du monde à cette époque. Le deuxième est mis en service en 1918. En 1925, la SNM devient la SMN. L'usine est alors dotée de deux hauts fourneaux, trois convertisseurs Thomas, cinq fours Martin ; ainsi que à coke. L'usine, employant , produit alors de fonteRapport de l'ingénieur des mines, 22 juin 1926 .. En 1933, la proportion d'ouvriers étrangers est de 37 %. En 1938, l'usine produit d'acier et couvre sur une presqu'île entre le canal, l’Orne et un plateau situé sur la rive droite de l'Orne. Elle exporte dans toute l'Europe et en Afrique. Au début des années 1940, travaillent sur le site, venus principalement d’Europe de l'Est et du Sud ; Colombelles a multiplié sa population par dix en dix ans. L'usine prend en charge la construction de cités ouvrières, dont la plus importante, le Plateau, à cheval sur Colombelles, Mondeville et Giberville. Elle ouvre, selon le modèle du paternalisme industriel, des écoles, un centre de formation d'apprentis, des crèches, une bibliothèque, des clubs sportifs pour les enfantsMichel Hidalgo commence le football dans le club de la SMN..
Mais la Seconde Guerre mondiale interrompt l'activité. Les autorités allemandes ordonnent peu à peu la reprise du travail mais celle-ci ne peut être que partielle à cause des difficultés d'approvisionnement en matières premières, en particulier le charbon. Ils produisent cependant des obus et emploient plus de mais cette production en fait une cible pour les bombardiers anglais. L'usine doit éteindre le dernier haut fourneau en 1942, les effectifs chutent à . À partir de 1943, le STO est mis en place et absorbe de nombreux ouvriers. À la Libération, les bâtiments n'échappent pas aux bombardements qui détruisent en partie de nombreuses villes normandes, dont Caen et son agglomération, mais la reconstruction est rapide : en 1950, un des deux hauts fourneaux refonctionne, en 1952 la SMN retrouve sa pleine capacité de production avec ses deux hauts fourneaux, un troisième est construit et allumé en 1959. L'essor est important durant les Trente Glorieuses, sont employés, c'est le plus important site industriel de la région. La production atteint de tonnes en 1973 dont la moitié est exportée via le port de Caen.
Complexe ferroviaire En 1912, la déclaration d'utilité publique pour l'établissement d'un chemin de fer minier entre l'usine et les mines du sud de Caen, notamment celles de Saint-Germain-le-Vasson et Potigny, est signée ; la voie site propre à écartement standard longue de n'ouvre qu'en 1920Alain de Dieuleveult, Calvados pour les petits trains, Paris, Les Éditions La Vie du rail, 1997 , 68-69.. L'usine disposait de sa propre gare de marchandise dont le poste de contrôle se situait à Colombelles. Une autre gare, dite de Clopée, assurait la liaison entre le chemin minier, le port privé de la SMN et le réseau ferré de l'ÉtatGeorges Lanorville, « Le port de Caen et ses nouveaux aménagements » dans La Nature, Paris, Masson et , , , .. Le port de la SMN est également relié au chemin de fer minier de Caen à Soumont-Saint-QuentinAuguste Pawlowski, « Les hauts fourneaux de Caen » dans , 16 février 1918, , ..
L'important complexe ferroviaire se développe en même temps que l'usine. Au plus fort de l'activité de l'usine, ce réseau privé était composé de de voies ferrées gérées par trois postes d'aiguillage de type PRS. Utilisant , ce complexe permet le trafic interne de annuelles..
On y employait de nombreuses petites locomotives à vapeur puis locotracteurs diesel. Ils possédaient également des anciennes G 10 prussiennes, T 14 prussiennes, 040 TA, 150 Y, 150 X, 141 TB et réceptionnent leurs premières locomotives de forte puissance en 1958, les 901 à 906.
D’autres locotracteurs à l’allure proche des Y 51100 mais construits par la SACM avec un moteur MGO V8 de (SACM Type 12)..
Il existait même quelques trains de voyageurs destinés à acheminer le personnel. Ils étaient d’abord constitués d'autorails Decauville État puis de rames de voitures prussiennes ou de voitures modernisées ouest à deux essieux. Ce service prend fin en 1979.
Fermeture vignette|gauche|Usine de la SMN en fonctionnement.
Intégrée dans Unimétal, filiale du groupe Usinor-Sacilor, aujourd'hui ArcelorMittal, l’usine n'échappe pas à la crise qui touche le secteur de la métallurgie en Europe occidentale au milieu des années 1970. La SMN se spécialise dans la production de fil machine. Les licenciements sont nombreux. Le sort de l'usine est inévitable, la fermeture est décidée à la fin des années 1980. La dernière coulée a lieu le , malgré l'acharnement des employés pour maintenir l'activité. De nombreuses manifestations se déroulent dans le centre-ville de Caen, allant parfois jusqu'à l'affrontement avec la police. La direction de la SMN, le patronat local et la droite, ont affirmé dans la presse locale qu’il est . La ville de Colombelles est ruinée, une grande partie de la population était « métallo » et les taxes constituaient 65 % du budget de la commune.
Le site est longtemps resté à l'état de terrain vague après le démantèlement des bâtiments. Une partie est reconstruite à Handan en Chine dont l'acier bon marché avait participé au déclin de la SMN. En , les trois petits réfrigérants surplombant l'Orne sont démolis mais le plus grand, le « Chaudron », est laissé afin de témoigner de l'activité de ce qui fut la plus importante industrie de la région. À partir de , des sociétés agroalimentaires s'implantent peu à peu sur le site ainsi que des entreprises du secteur tertiaire, dont un campus technologique Philips Semiconductors (devenu NXP) qui ouvre en .
Reconversion du site vignette|droite|redresse|L'ancienne tour réfrigérante.
L'ancien territoire de l'usine a été dépollué et a fait l'objet d'un traitement paysager conçu par Dominique Perrault entre 1996 et 2000. L'ancienne tour de refroidissement principale a été conservée comme un emblème important de ce passé ouvrier et mise en lumière la nuit. Deux zones d'activités ont été aménagées sur le site.
Sur le long de la route de Cabourg, la SEM Normandie Aménagement a créé une zone d'activités consacrée à l’agroalimentaire et baptisée Normandial. On y trouve, par exemple, la cuisine centrale des centres hospitaliers de Caen, la biscuiterie Jeannette ou l'entreprise GodfroyNormandie Aménagement , sur normandie-amenagement.fr.. gauche|vignette|Tiers-lieu de la Grande Halle.