vignette|Un appelé de l’infanterie équipé d'un mousqueton Lebel R35 et coiffé d'un casque Modèle 1951. De 1954 à 1962, un nombre grandissant d'appelés du contingent, nés entre 1932 et 1943, est envoyé en Algérie pour participer à la guerre d'Algérie, commencée le . Durant toute la période de la guerre, la France mobilise au total d’appelés du contingent (au sein d'une armée de de soldats).
La mobilisation générale durant la guerre d'Algérie constitue le dernier appel aux citoyens français (engagés volontaires et réservistes exceptés). Elle se heurte chez les appelés à des résistances, sous de nombreuses formes différentes, malgré son caractère obligatoire et les sanctions de prison ferme, aussi bien pour des raisons morales qu'à cause des risques encourus, même si toutes les formations politiques désapprouvent les désertions. En 1955-1956, des appelés tentent de retarder le départ des trains puis, dans leur grande majorité, combattent le putsch des généraux d'Alger, en 1961.
Officiellement, le gouvernement français parle d'opérations de car la rébellion indépendantiste algérienne n'emploie pas les méthodes d'une guerre conventionnelle mais des techniques de guérilla (assassinats, attaques d'exploitations agricoles, incendies, pose de bombes en zone urbaine) et l'embuscade de patrouilles par des commandos, pratique assimilée à des actes de banditisme par le gouvernement français.
Par la suite, les successives réformes de la conscription en France aboutissent, en 1997, à la fin du service militaire obligatoire et à la professionnalisation de l'armée française qui devient une armée de métier.
Modalité de la conscription et vie quotidienne L'appel sous les drapeaux pendant la guerre d'Algérie
thumb|upright=0.8|Extrait d’un livret militaire. En France, y compris dans les départements français d'Algérie (amendement Salan), dans l'année de leur vingtième anniversaire, les hommes étaient classés « bons pour le service » par un conseil de révision, sauf s'ils étaient réformés. Certains pouvaient demander un sursis : étudiants, soutiens de famille ; d'autres pouvaient choisir un devancement d'appel. Depuis 1946, la durée légale du service militaire était fixée à . La loi du a fixé le service militaire à . À partir de cette date, un stage de trois jours dans une caserne précédait l'incorporation. En fait, il ne durait jamais plus de . Les capacités et parfois les souhaits de chacun y étaient examinés. À la suite de tests et d'un entretien, un dossier individuel était établi.
Le service militaire était obligatoire, l'objection de conscience n'était pas alors reconnue. Les insoumis pouvaient être recherchés et jugés comme déserteurs. Cela n'empêche pas les soldats du refus de manifester leur désaccord avec la guerre d'Algérie par un refus de porter les armes.
Pendant la guerre d'Algérie, entre 1954 et 1962, après la durée légale de , certaines classes ont été rappelées, d'autres ont été maintenues sous les drapeaux jusqu'à , période réduite ensuite à .
Le recrutement de l'armée se faisait également par engagement. Ceci n'impliquait pas pour les engagés une affectation obligatoire pour l'Algérie et nombreux étaient ceux qui restaient en France dans les centres d'instruction comme cadres ou ceux qui étaient affectés aux tâches administratives.
Pour les appelés du contingent, seulement la paternité d'au moins deux enfants, la présence d'un frère sous les drapeaux en Algérie ou être reconnu pupille de la Nation pouvait constituer un motif d'exemption du service en Algérie. Le fait d'accepter d'être élève-officier (puis aspirant) à l'issue des classes ou engagé volontaire en étant pupille de la Nation, mettait fin à cette dispense. Certaines armes (aviation, marine) envoyaient peu d'effectifs en Algérie et pour une durée moindre ( au lieu de 24).
Les appelés du contingent, ainsi que les réservistes, se distinguent des engagés volontaires qui ont fait la démarche de s'engager spontanément pour servir leur patrie.
Les classes en métropole ou en Algérie vignette|upright=0.8|Une affiche pédagogique pour la formation des recrues à destination de l'Algérie. Les appelés comme les engagés volontaires suivaient une préparation de deux ou quatre mois, souvent en métropole, parfois en Algérie directement. Les « classes » pouvaient être suivies, pour certains, d’une spécialisation (par exemple radio télégraphiste) ou d’une formation dans une école pour officiers de réserve (EOR) ou pour sous-officiers de réserve (ESOR). Les appelés concernés par ces deux formations étaient souvent des sursitaires étudiants.
Le gros de la troupe passait par une préparation sommaire au maniement des armes pour les opérations de maintien de l'ordre en Algérie. L’ennemi était désigné, le fellaga.
Départ vers l’Algérie Quelques appelés, nécessaires dans l'administration des casernes, pouvaient espérer effectuer leur service en France métropolitaine. Les autres prenaient la direction de Marseille en train, puis, après un court séjour au centre de transit de Sainte-Marthe à Marseille, la direction d'Alger ou d'Oran : une traversée de 19 à , au fond des cales, dans l'un des bateaux des compagnies maritimes (« Ville d’Oran », « Ville d’Alger ») et parfois d'autres vieux bâtiments souvent délabrés (« El Mansour », « Sidi Ferruch »)Sources : Expérience personnelle d'un appelé de la classe 62/. L'écrivain Georges Valero a raconté dans un roman ce trajet et ses détails parfois sordidesChristian Chevandier, La Fabrique d’une génération. Georges Valero, postier, militant et écrivain, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Histoire de profil », 2009, 434 p..
Dans les départements d'Algérie Après perception d’un nouveau paquetage les soldats recevaient une affectation, le livret militaire avait suivi. Une plaque d’immatriculation individuelle, à découper selon le pointillé en cas de décès, indiquait la situation de guerre.
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L'équipement thumb|upright=0.8|Pistolet-mitrailleur MAT 49.
Les appelés d'Algérie bénéficiaient d'un armement généralement plus moderne et performant que les combattants de l'Armée de libération nationale (ALN) et du Front de libération nationale (FLN) souvent armés de matériel vétuste. ou de fusils de chasse. Les premiers étaient approvisionnés en armes et matériels par la France (stock de la guerre d'Indochine) dont le fameux pistolet-mitrailleur MAT 49 et l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), les seconds récupéraient l'équipement des appelés prisonniers ou morts et recevaient des livraisons clandestines par bateaux, essentiellement en provenance de l'Égypte de Nasser ou de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) via la Tchécoslovaquie, voire du Royaume-Uni via Gibraltar.
Des cargaisons de tonnes d'armes ont ainsi été saisies à bord de l'« Athos »LE YACHT PIRATE EGYPTIEN " ATHOS", Les Actualités Françaises - 24/10/1956, Ina.fr et du « Baltic Exporter »Saisie de d’armement et de munitions à bord du “Baltic Exporter” dans le port de Bône., ECPAD.
La solde des appelés thumb|upright=0.8|Fiche de paie en février 1962 d'un caporal-chef, appelé en Algérie et maintenu sous les drapeaux au-delà de 24 mois. En , la solde mensuelle d'un caporal-chef, appelé en Algérie et maintenu sous les drapeaux au-delà de , était de () de base imposable + () d'indemnité de charges militaires soit : (). Ci-dessous : tableau des soldes en nouveaux francs (NF) et en euros des appelés en 1961 [Soldes des appelés en 1961], SGA. 300px|thumb|left|Soldes des appelés en Algérie vers 1961, pendant la durée légale (PDL=18 mois) ou maintenus sous les drapeaux après la durée légale (ADL=24 mois) ou au-delà des 24 mois.
700px|thumb|center|Soldes mensuelles des appelés en Algérie transformées en euros.
Le journal Le Bled (magazine)
L'hebdomadaire d'information Le Bled, le plus lu de la presse militaire, publié de 1955 à 1962, a acquis une certaine notoriétéLa presse militaire française à destination des troupes indigènes issues des différents territoires de l’Empire puis de l'Union française par Olivier Blazy dans la Revue historique des armées en 2013 pendant la guerre d'Algérie, avec un tirage très important pour l'époque, de chaque semaine et un recours massif à la photographie, y compris en première page, en mettant à contribution les appareils photos du demi-million d'appelés du contingent en Algérie qui formaient aussi le lectorat du journal.
Historique Années 1950 La guerre d'Indochine terminée en 1954 La guerre d'Algérie commence alors que la guerre d'Indochine s'achève à peine et n'a pas suscité de mobilisation du contingent. L'appel sous les drapeaux qui l'a précédée est celui de 1943 qui a permis la formation de l'Armée d'Afrique constituée d'appelés du contingent originaires des départements d'Algérie et du Sahara, ainsi que de citoyens français et de nationaux « indigènes » résidant dans les protectorats du Maroc et de Tunisie ou dans les possessions françaises d'outremer, alors nommées communauté française.
Cette armée giraudiste placée sous les ordres du général Juin fusionne avec l'armée gaulliste du général Jean de Lattre de Tassigny en 1944 pour former l'Armée française de la Libération.
Les sections administratives spécialisées (1955-1962) thumb|upright=0.8|Un appelé dans les transmissions équipé d’un pistolet-mitrailleur MAT-49, d’une radio AN/PRC-10 et coiffé d'un calot de marsouin.
Des appelés du contingent étaient employés comme instituteurs dans les sections administratives spécialisées (SAS) créées par Jacques Soustelle, gouverneur de l'Algérie de 1955 à 1956. Leur tâche était d'éduquer les enfants et les femmes habitant les zones rurales ou isolées qui étaient historiquement sous-administrées et majoritairement ou exclusivement peuplées de musulmans (communes mixtes, douars, mechtas et djebels). Elles étaient principalement localisées dans l'Est, c'est-à-dire la Kabylie et le département de Constantine où ont respectivement commencé pour la première la révolte de Mokrani de 1871 et, pour le second, la Toussaint rouge de 1954, les massacres du Constantinois de 1955 et une décennie plus tôt ceux de Sétif.
Ces appelés des étaient secondés par des officiers et sous-officiers mais aussi des civils y compris des femmes et placés sous la protection des moghaznis, ces « auxiliaires » musulmans contractuels souvent désignés par le terme générique de harkis.
La journée des tomates du à Alger Après sa visite à Alger le dite journée des tomates, le président du Conseil Guy Mollet décide l'envoi de rappelés et d'appelés du contingent dans les départements d'Algérie pour un effectif de . Pourtant récemment élu sur la promesse de contribuer à la , il développe une politique répressive et refuse toute négociation avant l'obtention d'un cessez-le-feu. Pour la première fois un gouvernement socialiste, soutenu par les communistes, décide l'envoi du contingent.
Les contestations de 1955-1956 Le contingent des appelés augmente rapidement en 1955, après les massacres du Constantinois, après un décret de rappel de soixante-mille hommes sous les drapeaux, dont la plupart n'ont aucune envie de partir et alors que les premières manifestations politiques contre la Guerre d’AlgérieDébat sur le anniversaire du cessez-le-feu en Algérie par les historiens Pierre Brana, Jean-Charles Jauffret, Tramor Quémeneur et Benjamin Stora - Débat animé par le journaliste et écrivain Jacques Duquesne en à mairie de Paris ont lieu. Ces appelés sont les témoins des promesses non tenues et sont partis en . Ils auraient dû rester six mois mais l'État les fait rentrer avant Noël, notamment à cause des Élections législatives françaises de 1956 qui voient la formation, dans les semaines précédentes, du Front républicain.