André Alfred Fougeron, né le à Paris et mort le à AmboiseRelevé des fichiers de l'Insee, est un peintre français.
Biographie Les origines Fils d'un maçon et d'une couturière, originaires de la Creuse, André Fougeron est apprenti dessinateur en dentelles, avant de travailler comme ouvrier métallurgiste, chez Renault, en particulier. Il connaît le chômage et fréquente, en autodidacte, les cours du soir de dessin de la ville de ParisAndré Fougeron, voilà qui fait problème vrai (voir bibliographie), annexes biographiques établies par ses fils Gilles et Alain Fougeron, .. Il se fait remarquer dès les années 1930 par sa participation, avec Maurice Estève et Édouard Pignon notamment, au groupe Les Indélicats qui publie une revue anarchiste sous forme de livrets tirés à une centaine d’exemplaires composés de dix linogravures offrant un regard politique et critique sur la société : , chômage, élites, sportifsLes sportifs de 1934 vus par " Les Indélicats ", Jean-Pierre LOGEAISle 29 novembre 2014 , colonisation ou bien encore la guerre sont quelques-uns des thèmes sociaux traités avec une force graphique très efficace, au sein de ce groupe, par Estève, Pignon, Roger Falck, Georges Ort, Adrien Cumora, Gisèle Delsine, Louis Féron, Marcel Debarbieux et Gabriel Robin.
La guerre d'Espagne Libéré des obligations militaires, il s’engage en 1935, avec son ami Boris Taslitzky, dans le mouvement de la Maison de la culture dirigé par Louis Aragon. Jean Cassou le retient pour figurer dans son exposition « L’Art cruel » en cette fin d’année 1937 où, après avoir songé à s’engager dans les Brigades internationales, Fougeron estime que son rôle est de témoigner en peintre. Dans cette exposition, il stigmatise avec d'autres la guerre d'Espagne menée par le général Francisco Franco contre les vainqueurs des élections espagnoles. Il en sortira trois toiles dont deux seront exposées, Espagne martyre (Tate Gallery, Londres) et Mort et faim, Espagne qu'il expose au Salon des surindépendants en octobre . En 1939, il adhère au Parti communiste français, dont il reste membre toute sa vieJean-Pierre Léonardini, , L'Humanité, 16 septembre 1998..
La guerre de 1939-1945 Fait prisonnier sur le front de Belgique, il parvient à rejoindre la zone libre avant de se réinstaller à Paris, puis, en 1943, à Montrouge, où il tient atelier au 42, place Jules-Ferry durant toute sa carrière artistique. Il transforme cet atelier en imprimerie clandestine. Il participe dans les années 1941 à 1943 aux expositions « Douze peintres d'aujourd'hui » avec, entre autres, Bazaine, Estève, Francis Gruber, Lapicque, Le Moal, Manessier, Pignon et Tal Coat. Résistant actif dans son milieu, il est secrétaire général du Front national des ArtsVoir sa notice dans Le Maitron..
Pendant l'occupation, il durcit le trait, avec un dessin qui représente Adolf Hitler, étranglé par une main vengeresse, régurgitant des cadavres d'enfants. Il prend aussi le risque d'exposer au Salon d'Automne 1943, avec "Rue de Paris 43", un tableau qui montre des files d'attente devant les magasins d'alimentation, avec des enfants cherchant de la nourriture dans une poubelle. En 1943, il participe à l'album Vaincre, vendu à la sauvette au profit des FTP.
La Libération À la Libération, attaché au cabinet du directeur des Beaux-Arts, il est chargé de l'épuration dans ce domaine et est responsable d'expositions diverses (Hommage à Picasso, exposition « Henri Rousseau le douanier »). Lorsqu'en 1946 le Front national des Arts se dissout, il devient secrétaire général de l'Union des arts plastiques, responsabilité qu'il exerce jusqu'en 1950. Son dessin lithographié illustrant la victoire contre les Nazis est reproduit dans Ce Soir, grand quotidien populaire du PCF, dès le Ce Soir : grand quotidien d'information indépendant du (en ligne) sur le site Gallica de la BnF. .
André Fougeron reçoit en 1946 le Prix national des Arts et lettres (peinture), dont le montant lui permet de voyager en Italie et de découvrir toutes les villes d'art. Il en revient avec un style apaisé, plus axé sur la représentation que l'abstrait.
Les Parisiennes au marché, toile qui suscite la polémique L'année suivante il peint la toile Les Parisiennes au marché (musée d'art moderne de Saint-Étienne). C'est lorsqu'elle exposée au Salon d'automne qui le s'ouvre à Paris et avec lui la saison des grands rendez-vous artistiques nationaux, que les traditionnels comptes rendus sont "Peinture et communisme : le scandale Fougeron", dans L'Histoire de décembre 1998 - pour la plupart des critiques de presse dont celui du quotidien populaire, Le Parisien libéré, face à un à Paris. Alors que d'autres toiles à résonance prolétarienne sont exposées Par exemple, Boris Taslizky présenta une très grande peinture de mineurs : Les Délégués, et Édouard Pignon ses Pêcheurs à Ostende, selon Sarah Wilson, Frank Elgar, qui fut secrétaire général de la rédaction du Populaire (SFIO), l'accuse dans Carrefour, hebdomadaire démocrate-chrétien, le , d'avoir de Jdanov"Regard d'une historienne de l'art", par Sarah Wilson, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps 1991 , alors que Fougeron vient d'étudier la peinture murale classique lors d'un voyage en Italie.
« J'ai rencontré le plus mauvais tableau du monde », écrit aussi Georges Limbour dans Les Temps modernes, tandis que Libération, quotidien proche du PCF, y voit un « académisme invraisemblable ». Le FigaroLe Figaro, . s'illustre en rebaptisant la toile : …
Un mois et demi après, un article-manifeste de Fougeron, « Le peintre à son créneau » publié dans le premier numéro, en , de La Nouvelle Critique, le propulse chef de file du « nouveau réalisme français » qui se veut dans la continuité de la peinture d'histoire à vocation sociale (Poussin, Le Nain, Courbet). Il s'engage alors dans la voie du réalisme socialisteLucie Fougeron, , Sociétés & représentations, 2003-1 (N° 15).. C'est à partir de ce moment qu'il réalise de nombreux dessins de presse pour L'Humanité, Ce soir, Les Lettres françaises.
L'affiche "Il faut sauver la paix" et la mort d'André Houllier
A la fin de l'exposition, Fougeron est convoqué au siège du PCF et chargé d'illustrer un slogan symbolisant l'euphorie présente lors de l'unité nationale de 1945-1946 et il propose l'image de la maternité, acceptée par le PCF après consultation des sections pour l'affiche "Il faut sauver la paix"», éditée par le PCF pour dénoncer la course aux armements, qui montre une petite fille allongée sous une pluie de bombes atomiques. L’affiche est interdite par le ministre de l'intérieur Jules Moch, une action en justice est intentée contre son auteur. Le , Louis Aragon organise une conférence de presse de soutien à la Mutualité et le le militant communiste André Houllier, ex animateur du Comité local de Libération en 1944, est tué, dans le dos, par un policier n'étant pas en service"L'agent Le Nohan, qui tua André Houllier un matin de décembre 1948 n'était pas en service. Il allait donner un coup de main à un boucher de ses amis pour préparer la viande avant d'ouvrir la boutique" , à Saint-Mandé, en région parisienne, au moment où il colle sur un mur un tract reproduisant cette affiche. Lors de ses obsèques, Aragon se penche vers Fougeron : « Tu sais maintenant ce que tu dois faire pour le prochain Salon d’automne ». Ces obsèques prennent une ampleur nationale, le à Saint-Mandé, suivies par une foule massive avec forêt de drapeaux rouge, plusieurs portraits de lui et associations d'anciens combattantsLes obsèques d'André Houllier, Cinémathèque du parti communiste français, 1948 . Son meurtre fait suite à huit décès de militants lors de la Grève des mineurs de 1948, quelques jours plus tôt.
C'est l'époque où les dirigeants du PCF en appellent dans la foulée dès 1949 à « l’esprit d’initiative, de dévouement et de sacrifice », via des pratiques militantes « à risque » d'être durement réprimées, sachant que sur 457 manifestations qui se déroulent entre 1949 et 1952, le PCF en organise 437Selon les calculs de Danielle Tartakowsky "Expériences répressives et (dé)radicalisation militante" par Vanessa Codaccioni, revue Cultures & Conflits Punir les opposants - PCF et procès politique (1947-1962): PCF et procès politiques (1947-1962)" par Vanessa Codaccioni, Editions du CNRS, 2013 "Punir les opposants - PCF et procès politique (1947-1962): PCF et procès politiques (1947-1962)" par Vanessa Codaccioni, Editions du CNRS, 2013 et utilise , en particulier la Compte-rendu du livre de Vanessa Codaccioni par Jérémy Sinigaglia .
Défendu par l'avocat Léo Matarasso, Fougeron est inculpé le par le juge Jadin « pour avoir participé à une entreprise de démoralisation de l’armée et de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale »Canopé Le réseau de création et d'accompagnement pédagogiques , et la censure étendue le lendemain à la . Un non-lieu sera prononcé . Fougeron répond immédiatement en peignant avec des couleurs sublimant le "Bleu blanc rouge", le tableau Hommage à André Houllier, dédié au militant qui collait son affiche, où elle apparait en raison des dimensions de l'oeuvre, 4 mètres de long"André Fougeron, la vie en rouge", par Eric Biétry-Rivierre dans Le Figaro du 28/02/2014, qui consacrée à la peinture réaliste au Salon d'automne 1949, en s'inspirant du classique Jacques-Louis David, ce qui est contesté par de virulents comptes rendus de presse auxquels Fougeron répond dans Arts de France par l'article "Critique et autocritique". En bas du tableau, le corps d'André Houllier rappelle celui de la petite fille de l'affiche .
La Justice ouvre au total deux cents informations contre X, sous le même motif, par exemple contre Louis Mardon, directeur du quotidien La Voix de la patrie (quotidien), inculpé pour avoir publié une reproduction de cette affiche puis relaxé par le tribunal de Montpellier Biographie Le Maitron de Louis Mardon, directeur de La Voix de la patrie (quotidien) Ce jugement reconnut d’une part, qu’une action pour la paix n’est pas nuisible à la défense nationale et que, d’autre part, il ne permettait plus de réprimer des actes individuels non rattachés à une action collective.. La cour d’appel de Montpellier confirme par "l'arrêt Mardon" du , qui entraîna la multiplication des relaxe.
Entre-temps, en octobre – , Hommage à André Houllier est primée au Salon d’Automne. En décembre, c'est les 70 ans de Staline à qui elle est offerte, dans un lot de nombreux cadeaux faits par des ouvriers français, ainsi que "Staline, à ta santé", un dessin de Picasso, publié dans L'Humanité "Staline, à ta santé" dessin de Picasso P ou encore deux lithographies, le Colleur d’affiches de Saint-Mandé et Par tous les temps. L'œuvre restera jusqu'en 1968 au Musée Pouchkine de Moscou, selon l'historienne de l'art Sarah Wilson. Un consensus veut alors que Picasso soit le peintre de la Paix et Fougeron le peintre du communisme. Dans le sud de la France, de nombreux jeunes peintres et militants communisme se réclament du second, qui est montré en exemple pour ses origines ouvrières, son passé d'ouvrier et de résistant, et son engagement"Les communistes à Marseille à l’apogée de la guerre froide 1949-1954 - Une contre société communiste ?", par Jean-Claude Lahaxe - Presses universitaires de Provence, 2002 . Picasso est alors à d'autres artistes par nombre de commentateurs communistesSite de la Succession Picasso
Le Pays des Mines En 1949 également, Auguste Lecœur et la fédération CGT des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, invitent Aragon à écrire des poèmes sur « le Pays des mines ». « Les mineurs attendent maintenant l’Aragon de la peinture », écrit-il. En , il offre à Fougeron une résidence à Lens, où il aménage la Maison du Peuple André Fougeron, site officiel des ayants droit., et près d’un an de salaire pour créer une série"Fougeron le maudit" par Harry Bellet dans Le Monde du 12 mai 2014 .