Dans la religion grecque antique, Hermès ( en grec, en dorien) est une des divinités de l'Olympe. Il est le messager des dieux, principalement de Zeus, au même titre qu'Iris, et leur intermédiaire auprès des hommes.

Donneur de la chance, inventeur des poids et des mesures, gardien des routes et carrefours, il est le dieu des voyageurs, des bergers, des commerçants, des voleurs et des orateurs. Il conduit les âmes aux Enfers..

Il tient une place importante dans la mythologie grecque en intervenant dans de nombreux mythes. Son équivalent latin est Mercure.

Étymologie Le nom d'Hermès Hermeíãs d'où ionien-attique Hermễs semble attesté dans les tablettes mycéennes. L'absence d'étymologie sûre a suggéré que le dieu pouvait être une divinité préhellénique ou empruntée, mais aucune de ces hypothèses n'a conduit quelque partJean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2016 , ..

Paul-Louis van Berg rapproche le nom grec Hermês (Ἑρμῆς) du nom sanskrit Sarameya (सारमेय), signifiant « fils de Saramā ». Saramā est une chienne divine messagère dans le Rig-Veda, Sarameya étant un épithète fréquent d'Agni, le dieu védique du feu.

Felice Vinci et Arduino Maiuri rapprochent son nom du terme sanskrit gharmah, « chaleur », dont la racine se retrouve dans l'adjectif grec θερμός, « chaud », « ardent » (ainsi que dans l'arménien jerm). Selon eux, il est raisonnable de supposer qu'un ancien dieu du feu se cache derrière ses traits Felice Vinci et Arduino Maiuri, A Proposal upon the Figure of Hermes as an Ancient God of Fire (According to the Homeric Hymn to Hermes), Athens Journal of Mediterranean Studies, Volume 8, Numéro 2, avril 2022, pages 107-116..

Origines Selon Jean Haudry, son origine lunaire « largement estompée » est néanmoins révélée par le jour de sa naissance : le quatrième jour du mois qui commence après les trois jours de la nouvelle luneJean Haudry, Le mariage du dieu Lune, , 2001, .. Pour Ernst Siecke, Hermès est un ancien dieu lune indo-européen Ernst Siecke, Hermes der Mondgott. Studien zur Aufhellung der Gestalt dieses Gottes, (Mythologische Bibliothek, . Band, Heft 1), Leipzig, J. C. Hinrichs, 1908.. Son qualificatif d' peut être interprété comme celui « qui gonfle dans la clarté », une désignation de la lune dans sa phase ascendanteJean Haudry, 2016, p.467-468 et p.478.. Il est lié à la déesse lunaire Hécate car il travaillait avec elle pour accroître les troupeaux selon Hésiode.

Des éléments importants de sa légende suggèrent d'identifier Hermès à un ancien « Feu divin »Jean Haudry, 2016, p.467 et suiv. Paul-Louis van Berg, « Hermes and Agni : a fire-god in Greece ? », Proceedings of the Twelth Annual UCLA Indo-European Conference, 2001, p. 189-204. : comme Héphaïstos et Prométhée, il est présenté comme l'inventeur de l'allumage du feu par frottement« En regard du feu démiurgique d'Héphaistos, celui d'Hermès semble quelque feu follet. Sans doute est-ce aussi un feu qui cuit la viande et que le héraut a charge d'allumer. Mais ce feu alimentaire, la métis d'Hermès le fait jaillir du mouvement rapide de deux pièces de bois, elle l'invente dans la nuit, au retour d'une course entre brousse et cultures. Et à peine s'en est-elle servi qu'elle imagine d'en faire disparaître les traces. C'est un feu mobile, comme Hermès, un feu engendré sexuellement, comme le dieu de Cylène » in M. Detienne & J.P. Vernant, Les ruses de l'intelligence, la métis des Grecs, Paris, 1974, p. 263-264.. Son association avec Hestia, la divinité du feu sacré et du foyer, est caractéristique du couple contrasté entre feu mobile et foyer fixeLaura Massetti, “Hermes and Hestia Revisited”: Hermes ἀκάκητα and the Funerary Fire, Proceedings of the 31st Annual Indo-European Conference. 8 et 9 novembre 2019, Buske, 2020, p. 197-214.. Hermès représente le feu ouvert, allumé dans les bivouacs par ceux qui voyagent, travaillent ou errent la nuit, tels les bergers, les marchands, les voyageurs et les voleurs, soit, tous ceux qui dans la Grèce antique le considéraient comme leur dieu tutélaire. Le feu des bûchers sur lesquels les corps des morts étaient brûlés explique également sa fonction de dieu psychopompe, qui conduit les âmes des morts vers l'au-delà (, 1-10). Son caractère phallique est étroitement lié à sa nature de « Feu divin »Samson Eitrem, Article Hermes, Wissowa, -, 1913, ..

Pour Felice Vinci et Arduino Maiuri, il est même possible d'identifier le pendant originel d'Hermès dans le monde romain : il ne s'agirait pas de Mercure, mais de l'ancien dieu Terminus, dont la dimension originelle liée au feu s'est progressivement estompée au fil des siècles, comme cela s'est produit aussi pour Hermès. Pour Van Berg, Hermès n'est pas seulement un dieu messager ou pastoral, mais ses fonctions découlent d'une nature ignée originelle fondamentale tout comme le dieu védique Agni. Les convergences frappantes observées entre les deux dieux, renforcée par l'étymologie, conduisent celui-ci à proposer qu'Hermès et Agni sont les héritiers divergents d'une même figure divine indo-européenne associée au feu sacré.

Mythe antique Jeunesse Selon la légende, il est le fils de Zeus et de Maïa une nymphe des pluies, qui, fille du Titan Atlas, est une immortelle mais n'est pas une déesse., , 435 ; , p. 938-939 ; : à Hermès , 1-5 et , 1-6.. Il naît un matin dans une caverne du mont Cyllène en Arcadie. « pour être le tourment des hommes mortels et des dieux immortelsHymne à Hermès , p. 160-161. Extrait de la traduction de Jean Humbert pour les Belles Lettres, 1936. ». Selon le premier Hymne homérique qui lui est consacré, il bondit de son berceau quelques instants seulement après sa naissance et se met en quête du troupeau d'ApollonHymne à Hermès , 20-23.. Sur son chemin, il rencontre une tortue qu'il tue ; de la carapace, il fabrique une lyre sur laquelle il célèbre sa propre naissance ainsi que la demeure de sa mèreHymne à Hermès , 16 et 24-61.. Quelque temps plus tard, il invente la flûte de Pan ou syrinxHymne à Hermès , 511-512.. Il gagne le soir même la Piérie où paissent les troupeaux divinsHymne à Hermès , p. 68-70.. Il dérobe cinquante bœufs à son frère Apollon, soit la moitié d'une hécatombeHymne à Hermès , p. 73-74.. En cherchant à faire cuire deux des animaux, il découvre l'art de faire le feu en frottant des morceaux de bois l'un contre l'autreHymne à Hermès , 108-111., puis consacre la viande aux douze dieux. Lui-même s'abstient de toucher au sacrifice. Après avoir dispersé les cendres, il retourne chez sa mère à laquelle il annonce avec assurance son intention d'embrasser le meilleur des métiers, c'est-à-dire celui de voleurHymne à Hermès , p. 162-181..

Quand Apollon découvre son voleur, Hermès commence par prétendre être un nouveau-né sans malice, proposant même de jurer de son innocence sur la tête de ZeusHymne à Hermès , p. 261-277.. Le dieu archer n'est pas dupe et veut saisir son frère par le bras quand Hermès l'arrête par un éternuement. L'affaire est finalement portée devant Zeus. De nouveau, Hermès proteste de son innocence. Amusé par la précocité de son fils, le roi des dieux ordonne la réconciliation ; Hermès devra lui révéler l'endroit où il a caché le troupeauHymne à Hermès , 389-396.. Il devra aussi charmer son frère en jouant de la lyre, puis lui donner l'instrument ; Apollon lui accorde en échange une baguette d'or, le futur caducéeHymne à Hermès , p. 528-532., et le don de prophétie mineure par le biais de l'oracle des Thries (femmes-abeilles)Hymne à Hermès , 550-566..

Selon Pausanias, il est élevé par Acacos, fils de Lycaon, par ailleurs fondateur d'Acacésion en Arcadie, d'où son épiclèse d'« Acacésien ».

Amours et descendance Il apparaît souvent sous les traits d'un jeune homme « à sa première barbe, dans le charme de cet âge »Odyssée, , 278. Extrait de la traduction de Philippe Jaccottet.. Il se plaît en la compagnie des Charites et des Heures. Devant le spectacle d'Arès et d'Aphrodite faits prisonniers par Héphaïstos, il s'exclame que lui aussi aimerait dormir dans les bras de la déesse, fût-ce au prix de trois fois plus de chaînes.

Avec Aphrodite justement, Hermès engendre Hermaphrodite, divinité bisexuée, mais aussi Éros dans les traditions plus tardives, , p. 23.. Il est, selon les auteurs, le père de dieux rustiques à la sexualité débridée tels Pan, son fils par « la fille de Dryops » (Hymne homérique à Pan) ou par la nymphe Thymbris ou Hybris (pseudo-Apollodore), ou par la nymphe Pénélope (les Dionysiaques), voire par Pénélope, femme d'Ulysse (divers récits post-homériques) ; comme Pan ou comme le dieu phallique Priape, parfois également donné pour son fils (Hygin, Fables), il est d'ailleurs souvent représenté sexe dressé (il aime la beauté humaine) et ses amours sont aussi bien féminines (nymphes) que masculines (Pollux, frère jumeau de Castor et archétype du guerrier valeureux, ou le bel Anthéos d'Assessos par exemple). La tradition hésiodique lui prête des amours avec la nymphe-déesse Calypso, rencontrée par Ulysse dans l’Odyssée, qui le rend père du peuple des Céphalléniens (Hésiode, Catalogue des femmes). On le range également volontiers parmi les prétendants de Perséphone et divers chants des Dionysiaques (notamment le ) lui reconnaissent pour épouse Péitho, la déesse de la Persuasion. Pindare, enfin, lui attribue la paternité d'une fille, la déesse messagère Angélia ou La Renommée, sans toutefois indiquer le nom de la mère de cette dernièrePindare, Olympiques, , vers 106-107..

Hermès est également le père d'amants mythologiques célèbres, comme Abdère (amant d'Héraclès) ou Daphnis (de Pan ou Apollon).

Apémosyne a été violée par Hermès.

Parmi ses autres enfants, on compte notamment : vignette|Hermès Ingenui, copie romaine d'un original grec du , musée Pio-Clementino, Vatican. Autolycos avec Chioné ; Céryx ; Échion, son jumeau Eurytos et Éthalidès, trois argonautes ; Eudore ; les satyres, avec la nymphe Apémosyne ; PalaestraPhilostratus l'Ancien, Images, 2. 32 (transl. Arthur Fairbanks, 1931)..

Fonctions Messager des dieux vignette|Hermès psychopompe. Lécythe du Peintre de la Phiale, vers 450 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen de Munich.

Sa fonction de dieu messager et accompagnateur a été préfigurée par sa fonction pastorale dont est resté encore plus proche son fils PanJacqueline Duchemin, La houlette et la lyre : Hermès et Apollon, recherche sur les origines pastorales de la poésie, Paris, les Belles lettres , 1960, p. 226 et p. 233 et suiv..

Lors de la guerre de Troie, il prend parti pour les Achéens mais ne participe guère à la bataille. Il est messager et guide mais jamais sur le champ de bataille. Cependant il se retrouve face à Léto mère d'Apollon et d'Artémis mais refuse de la combattre.. Il se contente d'être le messager et l'interprète (on rapproche son nom du mot , « interprète ») de Zeus. Ainsi, il guide au mont Ida Aphrodite, Athéna et Héra qui concourent pour la pomme d'or, afin de les soumettre au jugement de Pâris. Il escorte Priam, venu chercher le corps d'Hector, dans le camp grec ; il avertit (sans succès) Égisthe de ne pas tuer Agamemnon ; il transmet à Calypso l'ordre de libérer Ulysse. Après la guerre, c'est lui qui amène Hélène en Égypte.

De même, c'est lui qui, d'après le pseudo-Apollodore, devant enlever Io sur demande de Zeus, tue Argos aux cent yeux, placé en surveillance par Héra, d'où son épiclèse d'« Argiphonte » (, « tueur d'Argos ») — l'interprétation de cette épithète est pourtant sujette à caution : la légende d'Argos est probablement postérieure à Homère, qui emploie déjà cette épiclèse ; une autre interprétation traduit par « à la lumière blanche, éblouissant». Il guide des héros tout comme Athéna. Il conduit Persée dans sa quête de Méduse et lui fourni la harpè, une épée recourbée qui permit à Persée de trancher la tête de la gorgone. Il guide Héraclès dans les Enfers.