La poche de Saint-Nazaire est, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, du mois d' au , une zone de résistance de 1500 km des troupes allemandes repliées autour de Saint-Nazaire (alors en Loire-Inférieure), de part et d'autre de l'estuaire de la Loire. Formée autour du port de Saint-Nazaire et de sa base sous-marine, elle s'étend jusqu'à La Roche-Bernard au nord, Saint-Omer de Blain et Cordemais au nord-est, Frossay au sud-est et Pornic au sudLa Poche de Saint-Nazaire, panneau de présentation du mémorial de Bouvron, consulté sur site le 23 mars 2025.
Elle se crée lorsque des troupes allemandes de l'ouest de la France se replient sur cette zone fortifiée, qu'ils appellent St. Nazaire (« forteresse de Saint-Nazaire »), au moment où les troupes alliées, débarquées en Normandie le , libèrent les grandes villes de Rennes et de Nantes en août 1944. Sur le plan stratégique, elle a comme les autres poches de l'Atlantique (poche de Royan et de la pointe de Grave et poche de Lorient), pour but d'empêcher les Alliés d'utiliser un grand port, ici celui de Saint-Nazaire ainsi que celui de Nantes.
Ayant pour objectif principal la libération de Paris (effectuée le ), et au-delà, Berlin, les Alliés ne cherchent pas à éliminer immédiatement cette « forteresse », que les Français appellent « la poche », se contentant de la mettre en état de siège. Ce n'est que le , jour de la capitulation du Troisième Reich à Berlin, qu'est signé à Cordemais l'acte de reddition des troupes allemandes de la poche, une cérémonie officielle ayant lieu le à l'hippodrome de Bouvron.
Contexte
vignette|Carte de l'avancée américaine du au 14 août 1944.
Après la bataille de Normandie et la percée d'Avranches, les Alliés libèrent très rapidement l'ouest de la France pendant la première quinzaine d’août 1944 (Rennes le , Nantes le 12, Rezé le 29). Les troupes allemandes se replient alors sur les , les forteresses dont Hitler avait ordonné la construction dès autour des grands ports de l'Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord (en fait un renforcement des fortifications déjà existantes avec le mur de l'Atlantique), en prévision du futur débarquement allié en Europe du Nord-Ouest. Le but était de mettre en échec ce débarquement en empêchant les Alliés de s'emparer d'un grand port nécessaire pour ravitailler les troupes débarquées.
Des poches de résistance allemandes sont ainsi formée dans les différentes de la façade atlantique à Saint-Malo, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle et Royan (bloquant l'entrée du port de Bordeaux), les soldats allemands de ces régions s'y repliant. La poche de Saint-Nazaire accueille aussi des militaires allemands provenant du sud de la Loire, à la suite de la libération de la Vendée et du Poitou par des groupes issus de la résistance intérieure française.
Par ses instructions du aux généraux Jodl et Warlimont, Hitler demande à ses troupes de « les défendre jusqu’au dernier homme ». Constituées en forteresse, elles pourraient, selon lui, redevenir des points d’appui non négligeables sur l’Atlantique dans l’hypothèse où les armes secrètes (Wunderwaffen) seraient mises au point à temps pour retourner la situation en faveur de l’Allemagne nazie. Il pense qu'elles permettront également d'immobiliser un nombre important de soldats alliés.
Mais avec la construction de deux ports artificiels sur la côte du Calvados et une grande capacité de débarquement de matériels et d'approvisionnement directement sur les plages, puis à peine trois semaines après le débarquement, avec la prise du port de Cherbourg et sa remise en état partiel dès mi-juillet, les Alliés déjouent ce plan.
Après la percée d'Avranches, les Américains livrent bataille et s'emparent de la festung Saint-Malo (mais de l'île de Cézembre qui bloque son port seulement le 8 septembre) puis de celle de Brest. Mais elle ne tombe que le après de longs et durs combats avec d'importantes pertes parmi les troupes américaines et de dégâts dans la ville et le port. Le haut commandement allié décide alors le de ne pas chercher à conquérir les autres ports de la façade atlantique, le prix à payer n'en vaut plus la peine. Il privilégie une avancée rapide vers l'Allemagne. La fin de la bataille de Normandie puis le débarquement de Provence et la rapide progression des Alliés provoquent la fuite des armées allemandes du sud-ouest de la France. Le front s'est rapidement déplacé vers le nord-est, rendant moins pertinent la prise des ports atlantiques. Mais surtout avec la montée en puissance du port de Cherbourg, la Libération de Marseille ouvrant l'axe logistique Rhône-Saône peu de temps après le débarquement de Provence, la libération du Havre qui s'annonce et la prise du port d'Anvers (même si les Allemands tiennent encore les bouches de l'Escaut ouvrant sur la mer du Nord), les Alliés espèrent en avoir fini avec le goulot d'étranglement d'approvisionnement de leurs troupes.
Les Alliés vont se contenter alors d'un blocus de ces forteresses qui seront plus tard appelées poches de l'Atlantique. Les troupes pour assurer ce blocus seront largement fournies par des bataillons des Forces françaises de l'intérieur, récemment endivisionnés dans l'armée française de la Libération. Ainsi hors FFI, moins d'un soldat allié sera immobilisé face à quatre soldats allemands.
Délimitation de la zone occupée par les Allemands Le , les Alliés libèrent Fay-de-Bretagne et Blain, poussant devant eux les Allemands en déroute. Mais ils stoppent leur avancée. Les Allemands réoccupent Bouvron et font sauter les ponts de Vilhouin et du Pont-Serin. Il s'installent dans les écoles et les maisons inoccupées. La poche se forme ainsi et a pour centre la ville de Saint-Nazaire avec sa base sous-marine, piégeant pendant 9 mois les populations civiles qui attendaient d'être à leur tour libérées. Le , 21 villages situés le long des lignes américaines sont évacués sur ordre des Allemands.
Au nord de la Loire, la ligne de front inclut la presqu'île guérandaise, avec les stations balnéaires de Pornichet et de La Baule et les ports de pêche du Croisic et de La Turballe, jusqu'à Pénestin, puis suit la rive gauche de la Vilaine jusqu'au confluent avec l'Isac (canal de Nantes à Brest), puis la rive gauche de l'Isac jusqu'à Blain (35 km au nord de Nantes), incluant le sud de cette commune. Elle descend alors vers le sud, incluant Bouvron, Malville et Cordemais et laissant à l'est Fay-de-Bretagne et Le Temple-de-Bretagne.
Au sud de la Loire, elle inclut les communes estuariennes de Frossay, Paimboeuf et Corsept (d'est en ouest), les communes intérieures de Saint-Viaud, Arthon-en-Retz (La Sicaudais) et Saint-Père-en-Retz et les communes littorales de Saint-Brevin-les-Pins, Saint-Michel-Chef-Chef, La Plaine-sur-Mer, Préfailles, Sainte-Marie-sur-Mer et Pornic (du nord au sud).
Les forces allemandes Elle compte de 26 à , sous le commandement du général d'aviation Junck. La base sous-marine reste sous le commandement de l'amiral .
Moyens d'artillerie Le secteur défensif côtier de la poche s'étire sur environ de littoralDescription et carte de la poche sur le site de Michel Gautier, de Pornic à l'embouchure de la Vilaine (Pénestin).
Pour défendre l'entrée de la Loire, les Allemands ont deux puissantes batteries d'artillerie : au nord, sur la presqu'île du Croisic à Batz-sur-Mer, une batterie constituée de deux canons d'origine française de ; au sud, à la pointe Saint-Gildas, une batterie similaire. Entre ces deux batteries se trouvent des pièces de calibre plus modeste, notamment : à la pointe de Chemoulin (sur la rive nord de l'estuaire) quatre canons de et quatre canons de , à Mindin et au Pointeau sur la rive sud (commune de Saint-Brevin-les-Pins).
Ils disposent également d'une défense antiaérienne (flak), constituée de 80 pièces de gros calibre réparties en une vingtaine de batteries.
Au total, les Allemands disposent de 700 canons de toutes sortes (fixes, mobiles et DCA), avec une densité plus forte autour de la base sous-marine, des installations portuaires et du terrain d'aviation.
Ceinture antichar autour de Saint-Nazaire Plus près de Saint-Nazaire, on trouve une ceinture de fossés antichar.
Au nord de l'estuaire, la ceinture antichar part du fort de l'Ève (sur l'estuaire, à la pointe de l'Ève, entre la plage de Saint-Marc-sur-Mer (commune de Saint-Nazaire) et la plage de Port Charlotte), se dirige vers le nord, puis oblique vers l'est au sud de la Brière (lieux-dits Grand et Petit Marsac, commune de Saint-Nazaire), englobant ensuite Trignac, Montoir-de-Bretagne et Donges (sur l'estuaire).
Au sud de la Loire, la ceinture antichar inclut Paimbœuf à l'est et Saint-Brevin à l'ouest.
Les forces alliées Face à ces un peu de moins de 30 000 soldats allemands commandés par le général Jung s'opposent des éléments de la d'Infanterie, puis de la d'infanterie américaine (général Kramer), de la Brigade Charles Martel (général Chomel), des bataillons FFI de Nantes, etc.
Les forces françaises seront de hommes en , en et en ..
Situation des Français à l'intérieur de la poche La poche compte aussi près de , dont l'ancienne population de Saint-Nazaire. La ville de Saint-Nazaire comptait, début 1943, environ. La frontière se referme et les routes les plus passagères sont minées. En raison des bombardements importants de la part des alliés, une décision d'évacuation de la ville avait été prise en . Les réfugiés avaient été accueillis en bonne partie dans la presqu'île guérandaise et se sont retrouvés enfermés dans la poche de Saint-Nazaire. D'autres avaient trouvé refuge dans la région nantaise ou au-delà. La ville de Saint-Nazaire est officiellement vide, mais dans les faits, cent ou deux cents habitants environ y vivaient encore.
La population civile prise au piège de la poche subit privations et vexations. L'électricité est notamment coupée, ce qui nécessite le recours au système D et des restrictions alimentaires frappent la population. La minoterie ne fonctionnant plus, les anciens moulins à vent reprennent du service pour moudre la farine et les fours à pain également pour éviter les pénuries. Lors des bombardements, les civils trouvent refuge dans des abris de fortune (cave, étable, ou simplement fossé). En octobre 1944, un assez grand nombre de civils enfermés dans la poche (femmes et enfants) sont autorisés à quitter la poche pour gagner le territoire libéré, ce qui soulage les Allemands d'autant de bouches à nourrir. D'autres convois sont organisés par la suite par la Croix-Rouge française, qui durant neuf mois, distribue également le ravitaillement, évacue et soigne les blessés, enterre les morts. Les trains quittent la poche non loin de Cordemais. Une trêve très provisoire est observée entre les belligérants lors de leur trajet. Les réfugiés, une fois arrivés en gare de Nantes, sont soumis à un contrôle dans les locaux du lycée Clemenceau, en partie occupé par l'armée américaine après la libération de Nantes.