La bataille de Morhange, en allemand , est l'une des premières grandes batailles de la Première Guerre mondiale lors de sa première phase (la bataille des Frontières). Elle se déroule les et sur un front qui s'étire sur près de impliquant les villages de Morhange et de Dieuze dans l'actuel département de la Moselle, alors territoire allemand.

Elle oppose la française commandée par le général Édouard de Castelnau à la allemande commandée par le Kronprinz Rupprecht de Bavière.

La française comprend trois grandes unités : le d'armée commandé par le général Foch, le corps d'armée et le d'armée. Après une semaine de progression difficile en Lorraine, engendrant des pertes humaines considérables dans les rangs français, les soldats exténués abordent la bataille de Morhange.

Le , des instructions contradictoires désorganisent le plan initial : alors que Foch devait demeurer sur place pour garder le flanc du reste de l'armée, il attaque, lui aussi, Morhange. L'offensive française, leurrée par l'adversaire qui feint d'abord de se replier, est finalement arrêtée dans sa progression par une ligne de défense allemande arrière bien organisée et la bataille est très meurtrière.

En parallèle, dans le sud-est de l'actuelle département de la Moselle, la bataille de Sarrebourg met aux prises la française du général Dubail et la allemande. Ces deux batailles se terminent par des échecs français face aux troupes de Rupprecht de Bavière, désormais .

À l'issue de la bataille de Morhange, des polémiques naissent, en France, au sujet de l'attitude du général Foch et du rôle exact qu'il y a joué. Les déficiences du haut commandement sont alors rejetées sur les , notamment sur ceux du 15e corps.

Le piège Nied-Sarre Aussi surprenant que cela puisse paraître, la France entre en guerre sans véritable plan d’opérations. Le plan XVII n'est en réalité qu'un plan de mobilisation et de concentration des forces françaises préparé en 1913.. Il doit son nom au fait d'être le depuis la fin de la guerre franco-allemande de 1870. Le généralissime français, le général Joseph Joffre a simplement indiqué dans la directive secrète qu’il signe le Armées Françaises dans la Grande Guerre (AFGG), vol 1, t. 1 : annexe . qu'il entend lancer dès le début des hostilités deux offensives dans l'est de la France visant à reconquérir tout ou une partie des provinces perdues d'Alsace-Lorraine. Or, une telle manœuvre n'est pas sans risque. Les Allemands ont établi dans cette région les formidables places fortes de Strasbourg, de Thionville et de Metz. L'ensemble dessine avec les Vosges une sorte de nasse formant ce qu'on appelle « le couloir de Delme » dans lequel il est très périlleux de s’aventurer. Ce danger avait été clairement exposé par les différents stratèges français, notamment le lieutenant-colonel GrouardLieutenant-colonel A. Grouard, La guerre éventuelle, Paris, Chapelot éditeur, 1913., mais l'état-major estimait qu'avec des moyens adéquats ces offensives étaient possibles. En conséquence, le plan XVII avait prévu de masser dans la région deux fortes armées appuyées par des unités de réserve, au total vingt-quatre divisions, ce qui représentait le tiers de l’Armée française..

Les stratèges allemands ont depuis longtemps parfaitement anticipé le fait qu'en cas de guerre, les Français tenteraient, quoi qu'il arrive, de reprendre leurs provinces perdues de Lorraine et d'Alsace. Ils ont donc entrepris d'importants travaux de fortifications et ont entraîné leurs troupes en prévision d'offensives françaises dans cette région. Ils pensaient que de telles opérations seraient vouées à l'échec et leur offriraient l’occasion d’une contre-attaque qui pourrait se transformer en une véritable bataille décisive à leur avantage. Associée à leur manœuvre d’encerclement par la Belgique prévue par le plan Schlieffen, cette contre-attaque leur permettrait d'obtenir l’anéantissement plus rapide et plus complet des armées françaises. En 1912, le généralissime allemand Helmuth von Moltke fait établir un plan en ce sens visant à attirer les Français dans la région des étangs située entre Morhange et Fénétrange, les exposant à des attaques de flanc lancées depuis la place forte de Metz à gauche et à partir des Vosges à droite : ce sera le « piège Nied-Sarre », du nom des deux rivières formant le fond de cette nasse géographique. La combinaison de ce plan s'ajoutant à une série de décisions hasardeuses prises par le haut commandement français dans les derniers jours précédant la bataille de Morhange offrent aux Allemands une occasion de victoire qui dépasse toutes leurs attentes.

Les débuts de l'offensive française dans l'Est

vignette|gauche|redresse|alt=Général Foch, photographié de buste, en uniforme portant un képi et souriant légèrement|Ferdinand Foch en 1915.

vignette|redresse|alt=Rupprecht de Bavière, l'air sévère, porte un casque à pointe|Le Kronprinz Rupprecht de Bavière en 1915. Les Français l'ignorent, mais ils sont attendus par d'importantes forces allemandes placées sous le commandement du Kronprinz Rupprecht, l'héritier du trône de Bavière. Il dispose de deux puissantes armées : la armée bavaroise qu'il commande lui-même et la allemande du général von Heeringen. L'ensemble comprend huit corps d’armée renforcés de cinq divisions de la réserve générale de Metz. Ce corps de bataille d’un total de est soutenu par mille huit cents canons, dont une large proportion d’artillerie lourde. Le Kronprinz a reçu la mission de laisser les Français s'engager le plus loin possible dans le piège Nied-Sarre avant de les contre-attaquer et les détruire. Mais, heureusement pour les Français, Rupprecht de Bavière, n'aura pas la patience de les laisser pénétrer aussi loin que l'escomptait le généralissime allemand von Moltke. Il est impatient de remporter une victoire comme en témoigne la proclamation qu'il envoie à ses troupes : . Dans les faits, en contre-attaquant les Français avant qu'ils aient dépassé la position de Morhange, le prince limite considérablement le succès qu'il va obtenir.

La bataille de Morhange Prélude aux combats vignette|gauche|La place de Morhange en 1910. Entre le et le , pendant une semaine, la armée française progresse dans l'ancienne Lorraine qui est maintenant un territoire allemand. Formant la gauche de l'armée, le corps du général Foch avance sans difficulté à travers un paysage de collines et de prairies qui facilitent la marche de ses régiments. Par contre, peu entraînés à manœuvrer à grande échelle, les et corps ont beaucoup de mal à organiser des déplacements coordonnés et des dispositifs de combats adaptés, dans un terrain coupé d'étangs et de marais. Il en résulte des désordres « inexprimables » comme le reproche le général de Castelnau au général TavernaNote Castelnau à commandant corps, 14 août à 20 heures, SHD, fonds Castelnau, 1K795.. Les Français se sont heurtés d'entrée de jeu à de multiples nids de résistance qui sont le fait de petites unités allemandes, qui, dans cet environnement, se montrent d'une efficacité redoutable. La traversée du village de Moncourt tourne à la boucherie au point que le général Gasquy est contraint de demander à l'état-major de la armée qu'on relève sa brigade. Il l'a fait charger baïonnette au canon contre les mitrailleuses allemandes retranchées dans des abris fortifiés. Le général de Castelnau déplore le manque d'entraînement de ces soldats et le fait que ses officiers n'aient aucune compréhension de ce que peut être une guerre moderneSHD, fonds Cointet, 1K87/4.. Il multiplie les mises en garde en exigeant que les positions ennemies ne soient plus attaquées de front, mais débordées après un emploi massif de l'artillerieAFGG vol. 1, t. 1 : annexes .. Si ses instructions sont bien suivies par le corps, unité préparée depuis longtemps à la guerre moderne comme le démontre l'enlèvement du village de Donnelay-Juvelize, par contre, les et corps accumulent les pertes.

vignette|upright=1.3 |En hachuré rouge les zones de combats en Lorraine du 5 août au 15 septembre 1914. Après une semaine de progression très difficile, leurs soldats vont aborder la bataille de Morhange exténués et traumatisés par les pertes qui ont déjà fortement décimé leurs rangs. Le , la nature des combats change brutalement. Les Allemands ne se contentent plus d'opérations de harcèlement avant de se retirer. Ils font front et dévoilent une puissante artillerie lourde. Seule une bataille d'armée peut permettre la poursuite de la progression. Castelnau l'envisage pour le lendemain et la prépare avec son état-major. Dans les combats qui s'annoncent, les Allemands ont l'avantage du terrain. Ils sont installés sur une ligne de crêtes s'étendant de Morhange à Fénétrange sur des positions préparées à l'avance. Ils ont notamment balisé les axes de tirs de leurs mitrailleuses et de leur artillerie. De plus, ils sont dissimulés aux vues des Français incapables de les repérer avec leur aviation en raison des conditions météorologiques mauvaises qui rendent tout survol impossible.

S'ajoute à ces avantages, un puissant effet de surprise. Le GQG françaisLe Grand Quartier Général (GQG) français a été établi à Vitry-le-François; avant de déménager à Bar-sur-Aube le en raison de l’avance allemande et du basculement du centre de gravité des combats vers l’ouest. Il finira par être durablement implanté à Chantilly à partir du . s'est lourdement trompé dans son évaluation des forces en présence. D'une manière générale, il a sous-évalué le nombre des grandes unités allemandes sur le théâtre d’opérations occidental. En effet, il estime avoir entre treize et quinze corps d’armée à combattre, alors qu’en réalité il y en a près du double. Il n’en localise pas plus de six dans l’EstAFGG vol.1, t.1 : annexes .. De fait, il y en a huit, sans compter plusieurs . Elles sont formées avec des réservistes qui n’ont jamais fait de service militaire en raison de la surabondance des contingents allemands. Ces hommes, de vingt à trente-deux ans, ont néanmoins subi des périodes de formation suffisantes pour devenir des combattants destinés à des opérations défensives.. Pourtant, le commandant Cartier, responsable du chiffre au ministère de la Guerre, avait tenté d'avertir le GQG d'une inquiétante concentration ennemie face à CastelnauSon équipe a réussi à décrypter une grande partie des messages allemands et a pu, dès le , établir l’organigramme exact des armées allemandes ; voir Association pour la promotion de l’arme des transmissions, www.appat.org.. Selon ses renseignements, pas moins de quatre corps d’armée étaient massés entre Metz et les Vosges. Mais, le GQG ne tient pas compte de cette information. Il maintient cette offensive, alors que le contexte a beaucoup évolué au cours des derniers jours. L'entrée des Allemands en Belgique modifie en effet radicalement les paramètres stratégiques de cette opération. Il ne s'agit plus de vaincre les Allemands en Lorraine pour réoccuper une partie de cette province perdue, mais simplement de fixer les troupes allemandes massées dans la place forte de Metz pour les empêcher de renforcer les autres armées allemandes engagées en BelgiqueGQG ( bureau), études du 13 et 14 août. AFGG 1/1, .. Aussi cette offensive est-elle non seulement dangereuse mais elle est devenue inutile. Il était possible d’obtenir le même résultat en ne s’avançant que de quelques kilomètres au-delà de la frontière, jusqu’à Château-Salins, en étant prêt à se replier en cas d’opposition trop forte.

Déroulement des opérations alt=Le gazomètre de Morhange détruit par la première bombe française.|vignette|Le gazomètre de Morhange détruit par la première bombe française.