Thabo Mbeki, né le , est un homme d'État sud-africain, membre du Congrès national africain qu'il préside de 1997 à 2007, et président de la république d'Afrique du Sud de 1999 à 2008.

Jeunesse Thabo Mvuyelwa Mbeki est né à Idutywa dans le TranskeiSite Internet de l'UNESCO « Le Président sud-africain Thabo Mbeki sera en visite à l’UNESCO »., dans l'est de la province du Cap, dans le dominion de l'Union d'Afrique du Sud. Il est l'un des 4 enfants d'Epainette et Govan Mbeki. Ses parents sont enseignants, membres du Congrès national africain (ANC) et du parti communiste sud-africain (SACP). Sa langue maternelle est le xhosa comme Nelson Mandela.

Son enfance est imprégnée de références à Karl Marx et à Mohandas Gandhi dont les portraits ornent les murs du foyer familial. Il fréquente l'école primaire d'Idutywa et celle de Butterworth et obtient un diplôme d'études secondaires à Lovedale, Alice.En 1959, il est expulsé de l'école pour faits de grève et contraint de poursuivre ses études à la maison. Il entreprend de passer un diplôme en économie en tant qu'étudiant externe à l'université de Londres (1961-1962).

Militantisme politique vignette|Le président américain George W. Bush et le président sud-africain Mbeki touchent des verres lors de la visite du premier en Afrique du Sud et dans d’autres pays africains, le 9 juillet 2003.

Engagement politique

En , Thabo Mbeki est élu secrétaire de l'association des étudiants africains. Une fois ses diplômes validés, il revient au Cap-oriental comme activiste politique et enrôle une partie de sa famille dans ses activités politiques au sein de l'ANC... Il s'installe ensuite à Johannesbourg où il travaille avec Walter Sisulu. Après l'arrestation et l'emprisonnement de Sisulu, de Mandela et de son père, il quitte l'Afrique du Sud sur instruction de l'ANC (alors clandestine) à la fois pour compléter ses études et pour acquérir une formation politique anti-apartheid et devenir cadre de Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l'ANC. Il passe 28 années en exil et ne revient en Afrique du Sud qu'en 1990, après la libération de prison de Nelson Mandela.

Lutte en exil contre l'apartheid Il a 19 ans quand il débarque en Angleterre pour suivre des études d'économie et d'études africaines à l'université du Sussex tout en représentant localement l'ANC et en motivant la population à s'engager contre l'apartheid en Afrique du Sud.. Diplômé en 1966, il travaille au quartier général de l'ANC à Londres puis s'installe en Union soviétique où il suit pendant trois ans des cours à l'école du parti communiste et reçoit une formation militaire à l'institut Lénine de Moscou (1967-1970).

En 1971, il devient secrétaire-adjoint du conseil révolutionnaire de l'ANC, en exil à Lusaka en Zambie où le parti a installé son quartier général. Il représente l'ANC auprès de gouvernements étrangers au Botswana (1973-1974), où il négocie avec le gouvernement l'ouverture de bureau de l'ANC dans le pays, au Swaziland et au Nigeria (1976-1978).

En 1974, il retourne en Angleterre où il épouse Zanele Dlamini.., une militante anti-apartheid qui sera plus tard une femme d'affaires et une féministe engagée. Ils ont deux enfantsBiographie, Afrique Express..

En 1975, Thabo Mbeki devient membre du comité national exécutif de l'ANC.

À la suite des émeutes de Soweto, Mbeki initie une émission radiophonique depuis Lusaka pour maintenir le contact entre les chefs de l'ANC en exil et les militants de l'intérieur. L'objectif principal de la campagne de l'ANC est de maintenir la pression sur le régime sud-africain afin de le pousser à abandonner le pouvoir. À la fin des années 1970, Thabo Mbeki effectue plusieurs voyages aux États-Unis où il tente d'obtenir le soutien des syndicats. En 1978, il devient conseiller politique au cabinet d'Oliver Tambo, le président de l'ANC.

Lors de ces années d'exil, son frère Jama Mbeki rejoint le congrès panafricain d'Azanie. Il est tué en 1982 par des agents du gouvernement du Lesotho dirigé par Joseph Leabua Jonathan dans une opération visant un groupe d'activistes organisé dans l'armée de libération du Lesotho. Son fils Kwanda – issu d'une union adolescente — est tué alors qu'il tente de quitter l'Afrique du Sud pour rejoindre son père en exil. Son corps n'est cependant jamais retrouvé comme ceux de quelques centaines d'opposants, malgré une enquête rouverte en 2006« Fresh inquiry ordered into death of Mbeki's son », The Independant, 13/9/2006..

En 1984, Mbeki devient chef des services d'information et de propagande du mouvement anti-apartheid. En 1985, il fait partie de la délégation qui rencontre des représentants de la communauté sud-africaine des affaires et en 1987 de celle qui rencontre à Dakar les représentants de la « Institute for a Democratic Alternative for South Africa » (IDASA), un laboratoire d'idées (think tank) progressiste d'Afrique du Sud. Il devient en 1989 chef du département des relations extérieures de l'ANC (concrètement le ministre des Affaires étrangères de l'ANC). La même année, il conduit la délégation de l'ANC qui rencontre secrètement les représentants du gouvernement sud-africain. Ces pourparlers, commencés en 1985, aboutissent à la légalisation de l'ANC et à la libération des prisonniers politiques.

Revenu d'exil, il participe activement aux négociations avec le gouvernement de la minorité blanche sud-africaine, dirigé par Frederik de Klerk, pour mettre un terme à l'apartheid et engager une transition pacifique vers un pouvoir à majorité noire. Il participe notamment aux négociations de Groote Schuur et de Pretoria et à toutes les négociations suivantes relatives à la rédaction d'une constitution intérimaire pour l'Afrique du Sud.

Vice-président d'Afrique du Sud En 1994, à la suite de la victoire de l'ANC à l'Assemblée d'Afrique du Sud lors des premières élections au suffrage universel, Thabo Mbeki devient vice-président d'Afrique du Sud, fonction qu'il partage avec Frederik de Klerk tandis que Nelson Mandela est porté à la présidence sud-africaine. Il devient progressivement le dauphin de Mandela, après avoir écarté successivement tous les autres prétendants à la succession de Mandela, comme Cyril Ramaphosa ou encore Matthews Phosa.

En 1996, à la suite de la démission de Frederik de Klerk et du retrait du Parti national du gouvernement, Thabo Mbeki devient l'unique vice-président d'Afrique du Sud au côté de Nelson Mandela, lequel lui délègue l'essentiel de ses pouvoirs exécutifs. Il est élu président de l'ANC lors du congrès du parti en . Parallèlement à cette prise de contrôle, il place ses fidèles à tous les postes clefs du gouvernement et de l'État (Banque centrale, services fiscaux, télévision nationale, état-major de l'armée).

Président d'Afrique du Sud (1999-2008) En , Thabo Mbeki est naturellement élu président de la République et succède à Nelson Mandela« Afrique du Sud : Thabo Mbeki élu président », Les Échos, 17 920 du 15 juin 1999.. Il choisit Jacob Zuma comme vice-président. En 2005, lors de son second mandat, il le congédie, mis en cause dans une affaire de corruption liée à un contrat d'armement de d'euros (les charges furent abandonnées en ). Cela provoque une grave scission au sein du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC).

Thabo Mbeki a été réélu en avril 2004 avec une majorité parlementaire encore plus étendue qui s'accroît encore par la suite avec la fusion-absorption du Nouveau Parti national.

En 2007, Mbeki annonça aux deux chambres du Parlement qu'il avait décidé d'accélérer le processus d'amnistie des crimes politiques commis entre 1994 et 1999, en dispensant les criminels de rencontrer leurs victimes.

Politique internationale Dans les affaires internationales, Mbeki a joué un rôle notable dans les mises en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique et de l'Union africaine. Il a aidé à la promotion des processus de paix au Rwanda, au Burundi et en RDC. Mbeki a également tâché de promulguer le concept de « Renaissance africaine ». Son gouvernement a coopéré avec ceux du Brésil sous la présidence de Lula da Silva et de l'Inde sous le gouvernement d'Atal Bihari Vajpayee, constituant une alliance qui est devenue un protagoniste influent pour les intérêts des pays en voie de développement.

thumb|200px|left|Thabo Mbeki, le .

Thabo Mbeki a persévéré dans ses efforts à remettre en place le dialogue entre le président zimbabwéen Robert Mugabe et son opposition regroupé dans le Mouvement pour le changement démocratique malgré le refus des deux partis. Certains (notamment le gouvernement du Royaume-Uni) ont critiqué cette politique de « diplomatie tranquille », suivant laquelle Mbeki s'est également opposé à la suspension du Zimbabwe de Mugabe du Commonwealth. Au bout du compte, son rôle de médiateur apparait être un échec quand le président Robert Mugabe annonce unilatéralement la date des élections et que l'opposition zimbabwéenne reproche au président sud-africain d'avoir manqué de courage« La difficile fin de règne de Thabo Mbeki, coupé de la population et piètre médiateur africain », article de Fabienne Pompey dans Le Monde du .. Le rôle de médiateur de Thabo Mbeki, dont le mandat venait d'être renouvelé par ses pairs d'Afrique australe, est finalement écarté par Morgan Tsvangirai après les élections présidentielles et législatives du . Les résultats de celles-ci, bien qu'entachées de fraudes et de violences, se révèlent favorables au Mouvement pour le changement démocratique. Mais aucun résultat officiel de l'élection présidentielle n'était encore divulgué 18 jours après le scrutin alors qu'un recomptage partiel était organisé pour les élections législatives qui avaient été officiellement remportées par l'opposition. Si l'ANC prend parti en faveur de Tsvangirai et estime que la non publication des résultats était un déni du vote des zimbabwéens« Mugabe knows results », article de News24., et alors que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon demande aux autorités zimbabwéennes de procéder à la publication officielle des résultats, le président Thabo Mbeki est accusé d'observer un « silence assourdissant » sur la situation politique du pays, estimant d'ailleurs qu'il n'y avait . Le , Morgan Tsvangirai rejetait alors la médiation de Thabo Mbeki, qu'il estime inefficace et de parti-pris, et demande au président zambien Levy Mwanawasa de mener une nouvelle initiative pour tenter de régler la situation politique au Zimbabwe« L'opposition ne veut plus du président sud-africain comme médiateur », article d’Euronews du .. Alors qu'en juin, plusieurs pays voisins comme la Zambie, le Botswana, l’Angola et le Swaziland se joignent aux condamnations internationales visant Robert Mugabe, que Tsvangirai doit renoncer à se maintenir au second tour de l'élection présidentielle en invoquant les violences commises contre ses partisans par les partisans du président zimbabwéen, Thabo Mbeki reste de nouveau silencieux. Pour George Katito, de l’Institut des relations internationales à Johannesbourg, . Cette position tranche avec celle de son propre parti, l'ANC, et de son chef, Jacob Zuma, pour qui le parti de Robert Mugabe avait complètement « Le silence sud-africain profite à Mugabe », article de Libération du 24 juin 2008..

Thabo Mbeki a également été médiateur dans la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire à la demande de l'Union africaine, en 2004 et 2005.

Politique intérieure