Maximilien Luce, né à Paris le et mort dans le le Son acte de décès () dans les registres de décès du arrondissement de Paris pour l'année 1941, est un peintre, graveur et affichiste français.

Militant libertaire, il produit de nombreuses illustrations engagées politiquement.

Son premier tableau connu date de 1876. À partir de 1885, et durant une quinzaine d'années, il s'inscrit dans le mouvement néo-impressionniste : il use de la technique du divisionnisme (ou pointillisme), développée par Georges Seurat. Il revient par la suite à une facture plus classique, mais qui garde l'harmonie et la luminosité de sa première période.

Biographie vignette|redresse|L'Exécution de Varlin (1914-1917), Mantes-la-Jolie, musée de l'Hôtel-Dieu.

Jeunesse et formation

Maximilien Luce naît dans le de Paris le de Charles Désiré Luce, comptable, et de Louise Joséphine, née Dunas. En 1870, il obtient son certificat d'études. Durant la Commune, il suit les cours de dessin de l'École des arts décoratifs de Paris. En , il a quand il assiste à la répression contre les communards. . Il va rester marqué toute sa vie par ces événements. En 1872, il entre en apprentissage dans l'atelier de gravure sur bois d'Henri Théophile Hildibrand, et il suit des cours du soir dans l'école de dessin et de modelage de la rue de Vaugirard. Il est admis aux cours de dessin que le peintre Diogène Maillart donne aux ouvriers des Gobelins. En 1876, il devient ouvrier graveur dans l'atelier d'Eugène Froment, qui produit notamment des gravures sur bois pour L'Illustration. Luce fréquente l'Académie Suisse. Il exécute son premier tableau connu, Jardin à Montrouge, ou Le Jardin au Grand Montrouge. Il étudie d'après modèle deux années durant dans le célèbre atelier de Carolus-Duran.

Les quatre années de service militaire

Le , il est incorporé au d'infanterie de ligne, à Guingamp, au titre du service militaire. Il y fait la connaissance du peintre Franck Antoine Bail, du futur président Alexandre Millerand et de Frédéric Givort, un cordonnier anarchiste. En 1881, sur intervention de Carolus-Duran, Luce est mis en subsistanceÊtre mis en subsistance signifie dépendre d'une autre unité que la sienne pour ce qui concerne la nourriture et la solde. « ARM. En subsistance », sur cnrtl.fr, 2012 (consulté le 15 octobre 2015). au détachement du , à Paris. Il peut ainsi fréquenter à nouveau l'atelier de Carolus-Duran, et retourner travailler chez Eugène Froment. Par l'intermédiaire de Charles Baillet, ami d'enfance de Frédéric Givort, il intègre le groupe anarchiste du . En , il est libéré de ses obligations militaires. L'invention de la zincographie ayant sensiblement réduit les débouchés de la gravure sur bois, Luce devient peintre à plein tempsMichel Laclotte, Jean-Pierre Cuzin (dir.), « Luce Maximilien, peintre français », Dictionnaire de la peinture, Larousse, 2003, 477..

Rencontre avec le néo-impressionnisme vignette|redresse|alt=Torse nu, appuyé sur une petite table, penché sur une cuvette, un homme se frotte le cou|La Toilette (1887), Genève, association des Amis du Petit Palais.

Les années 1884 à 1886 marquent un tournant important dans l'histoire de la peinture. En 1884, des artistes souhaitant exposer librement et s'affranchir de l'influence de tout jury créent le Salon des indépendants« Salon des Indépendants (le) », sur grandpalais.fr, (consulté le ).. L'un d'eux, Georges Seurat, s'inspirant de travaux scientifiques, renonce au mélange des couleurs sur la palette, qui fait perdre de la luminosité. Il procède par juxtaposition de points de couleurs complémentaires. Il compose ainsi une lumière que l'œil du spectateur va synthétiser.. Georges Seurat parle de cette division des tons comme de chromo-luminarisme ou de divisionnisme« Le divisionnisme a fait passer la peinture de la chimie à l’optique », sur letemps.ch, (consulté le ). (tandis que des critiques parlent de pointillisme« L'œuvre peint de Seurat », sur larousse.fr (consulté le ).). Cette application scientifique du Traité des couleurs rompt avec la spontanéité « romantique » de l'impressionnisme. Le premier grand tableau de Seurat appliquant sa théorie, Un dimanche après-midi à l'île de la Grande-Jatte, fait sensation en , à la huitième et dernière exposition impressionniste. En septembre, le critique Félix Fénéon, donne au divisionnisme le nom de néo-impressionnisme« Le néo-impressionnisme, de Seurat à Paul Klee », sur musee-orsay.fr, 2006, (consulté le ).. De 1884 à 1886, Luce effectue plusieurs séjours à Lagny-sur-Marne, en compagnie d'Émile-Gustave Cavallo-Péduzzi et de Léo Gausson, qu'il a connus à l'atelier d'Eugène Froment. Les deux peintres le tiennent informé des recherches de Seurat, ils l'initient à sa technique. C'est à Lagny-sur-Marne, en 1885, que Luce commence à produire dans une facture divisionnisteNicole Salez, « Annonciade à Saint-Tropez : Maximilien Luce », sur toutpourlesfemmes.com, (consulté le )..alt=|vignette|redresse|Maximilien Luce lors de son arrestation le pour « anarchisme ». Photographie d'Alphonse Bertillon. Au printemps 1887, les œuvres des néo-impressionnistes sont réunies pour la première fois au Salon des indépendants. Luce y expose sept toiles divisionnistesNicole Salez, « Maximilien Luce », sur toutpourlesfemmes.com, (consulté le ).. Il y fait la connaissance de Georges Seurat, du critique anarchiste Félix Fénéon et des peintres néo-impressionnistes et anarchistes Camille Pissarro et Paul Signac. Ce dernier lui achète La Toilette. Les œuvres de Luce sont à cette époque de couleurs sombres, d'une . Ce sont bien souvent des paysages de banlieue.

Le militant libertaire vignette|redresse|alt=Femme en robe longue regardant dehors, appuyée sur le garde-corps en fer forgé.|Madame Luce au balcon (1893), localisation inconnue. Ambroisine Bouin, compagne du peintre. Ils se marient en 1940. Luce est aussi un militant libertaireDictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, « Le Maitron » : notice biographique.. Le , son premier dessin politique paraît dans La Vie moderne. Le , il monte à la tribune lors d'une réunion publique du Comité révolutionnaire des Quatre Chemins. Il incite des ouvriers en grève à la violence, . Le , Émile Pouget lance l'hebdomadaire anarchiste Le Père Peinard, auquel Luce collabore régulièrement« Le Père Peinard. Un journal « espatrouillant », sur les.nuits.rouges.free.fr (consulté le )..

En février-, il est invité à exposer au Salon des , à Bruxelles. Il y fait la connaissance du poète Émile Verhaeren et du peintre divisionniste Théo Van Rysselberghe. En 1891, il entame une liaison avec Ophélie Bresdin. En 1892, il retourne au Salon des . Cette année-là, il vit très mal le départ d'Ophélie. Pour lui changer les idées, Camille Pissarro l'entraîne à Londres où ils louent un logement à Kew. Puis, Paul Signac l'accueille à Saint-Tropez. À la fin de l'année, Luce participe à l'Exposition des peintres néo-impressionnistes. C'est, autour d'œuvres de Seurat, la première manifestation du groupe néo-impressionniste .

En 1893, Luce rencontre Ambroisine Bouin, une jeune fille d'Audierne qui devient sa compagne. L'année suivante, le , le couple a un fils, Frédéric. Le , le président de la République Sadi Carnot est assassiné par l'anarchiste italien Caserio. Suspecté de complicité, notamment en raison de sa collaboration au Père Peinard, Luce est arrêté le . Il est incarcéré à la prison Mazas. Mais il est trop tard pour l'inclure dans le Procès des Trente, qui a lieu du 6 au . Il est relâché le , faute d'éléments sérieux contre lui. Il tire de cet épisode dix lithographies sur la vie carcérale. Elles sont réunies dans l'album Mazas, accompagnées d'un texte de Jules Vallès.

Le choc du pays Noir vignette|redresse|alt=Paysage nocturne, la lune luit faiblement. Derrière le terril, une cheminée fume. En premier plan, bâtiments sombres aux fenêtres violemment éclairées.|Terril de charbonnage (1896), musée d'Ixelles.

Le petit Frédéric meurt en des suites d'une insolation. Les amis tentent de soutenir les malheureux parents. Les Verhaeren invitent le couple à Bruxelles. Luce et Théo Van Rysselberghe se rendent ensemble à Charleroi. Luce visite une aciérie. Il éprouve un choc. Le fort caractère du pays Noir et de la vallée de la Sambre le laisse tout étourdi. La couleur étant , il ne juge pas utile de recourir ici à la division des tons, il préfère se fier à son instinct : à partir de cette année-là, il délaisse peu à peu le divisionnisme.

Un second fils, prénommé lui aussi Frédéric, qui sera lui aussi artiste peintre, naît le . Luce retourne à Charleroi pour travailler. Il y séjourne trois mois. Il visite Couillet, Marchiennes, Marcinelle, Châtelet. Il est fasciné par les mines, les terrils, les usines, les cheminées, les hauts fourneaux. Cet univers sidérurgique marque profondément son œuvreAline Dardel, « Luce illustrateur », in ., lui inspirant des visions d'enfer, de brasiers, de flamboiements dans la nuit, : L'Aciérie (1895), Hauts Fourneaux à Charleroi (1896)… Au printemps 1897, Luce expose ses premières toiles de Charleroi. En fin d'année, il retourne à Couillet. Il descend dans une mine, visite une aciérie. Cette fascination pour les sujets industriels est partagée par de nombreux artistes. Tout comme Luce, le peintre Ignace-François Bonhommé est épris par le sujet à partir de son voyage en Belgique quelques années auparavant. En 1838, la découverte des forges de Philippeville est déterminante dans sa carrière.

En 1898 et 1899, durant l'affaire Dreyfus, Luce soutient Zola, puis le colonel Picquart. Il signe une pétition, il produit des dessins dreyfusards.. Il publie dans Le Père peinard un dessin représentant les deux éditeurs du journal de propagande antisémite Psst...!, Caran d'Ache et Jean-Louis Forain en prostituées qui s'offrent à l'armée et à l' Église. Il est l'un des douze illustrateurs de l’Hommage des artistes à Picquart (1899). En 1899, il effectue un dernier séjour dans la vallée de la Sambre. Du au , son exposition personnelle à la galerie Durand-Ruel connaît un grand succès public et critique.

vignette|redresse|alt=Rue déserte, boutiques fermées, pavés déchaussés. En premier plan, trois cadavres en uniforme et celui d'une femme. Plus loin, un autre cadavre en uniforme.|Une rue de Paris en mai 1871 (1903-1905), Paris, musée d'Orsay.

En 1900, il établit son atelier 102, rue Boileau. Au début du , il renonce définitivement aux points de couleur qui ont valu aux divisionnistes le surnom de pointillistes : sa touche s'étire et s'adoucit, il en vient à une facture plus traditionnelle, mais qui garde l'harmonie et la luminosité de sa première période. En 1902, meurt Eugénie Marie Bouin, la sœur d'Ambroisine. Maximilien et Ambroisine recueillent son fils, Georges. En 1905, au moment de la venue à Paris du roi d'Espagne Alphonse XIII, Luce est emprisonné quelques jours à titre préventif. De 1902 à 1912, il peint les grands chantiers qui remodèlent le visage de Paris. Il consacre une dizaine de toiles à la Semaine sanglante qui a marqué son enfance : Une rue de Paris en mai 1871 (1903-1905), Le , place Pigalle (1906), Vive la Commune (vers 1910), Les Derniers Défenseurs de la Commune, le (1915), L'Exécution de Varlin (1910-1917), La République et la Mort (sans date)…

À partir de 1896, il fournit des illustrations au journal anarchiste Les Temps nouveaux. Il dessine aussi pour La Bataille syndicaliste. Au début de la Première Guerre mondiale, il colle à la ligne éditoriale de ce journal, qui défend l'Union sacrée. Il y publie des dessins bellicistes, au grand émoi de Paul Signac. Il refuse de signer la pétition de soutien au pacifiste Romain Rolland, considéré par beaucoup comme un traîtrePar exemple par Henri Massis, l'auteur de Romain Rolland contre la France, Paris, Floury, 1915.. La correspondance de Luce montre qu'il croit toujours être un antimilitariste, voyant dans l'Allemagne une incarnation du militarisme. Il refuse de signer, tout en l'approuvant, le Manifeste des Seize.