En grammaire, on appelle fonction syntaxique la fonction remplie par un mot ou un groupe de mots dans une phrase simple ou complexe, dans ses relations sur le plan syntagmatique avec les mots ou groupes de mots remplissant d’autres fonctions ou la mêmeBidu-Vrănceanu 1997, ..
Le groupe de mots en question, lorsqu’il appartient à une phrase simple, peut être de plusieurs sortes : un mot de nature nominale seul ou accompagné d’un mot-outil tel qu’un article et/ou une préposition (dans certaines langues, comme le français) ou une postposition (dans d’autres langues, comme le hongrois) ; un verbe à une forme simple, à une forme composée ou constituant une périphrase ; un syntagme qui ne constitue pas une phrase.
Pour un mot ou un groupe de mots de ce genre, on trouve les appellations « terme »Par exemple dans Grevisse 1964 () ou dans Mauger 1971 ()., « constituant »Par exemple dans Bescherelle 1990 () ou dans Eifring et Theil 2005 (en anglais, chap. 2, )., « élément », « élément » à côté de « terme »Par exemple dans Grevisse et Goosse 2007 ()., « élément » à côté de « fonction »Par exemple dans Chevalier et al. 1964 (). ou seulement « fonction »Par exemple dans Delatour 2004 (, etc.)..
Un syntagme peut aussi constituer une phrase simple, d’ordinaire s’il contient un verbe à un mode personnel. Plusieurs syntagmes ayant la structure d’une phrase simple peuvent être unis dans une phrase complexe. Grevisse et Goosse 2007 appelle un tel syntagme « phrase simple » s’il n’est pas subordonné à un autre, et « proposition » dans le cas contraireGrevisse et Goosse 2007, .. Chaque fonction syntaxique peut être remplie par un élément de phrase simple ou par une proposition subordonnée dans une phrase complexeAvram 1997, .Király et A. Jászó 2007, .Klajn 2005, ..
Hiérarchie des fonctions syntaxiques
On considère que la phrase simple du type le plus fréquent, la phrase verbale énonciative, doit comporter au moins deux mots (ex. Jean rougit), l’un remplissant la fonction syntaxique de sujet, l’autre, celle de prédicatAppellation utilisée par Grevisse et Goosse 2007, par exemple (), qui est adopté dans cet article, à la place de l’appellation traditionnelle « verbe ».. C’est pourquoi ces deux éléments sont considérés comme essentielsChevalier et al. 1964, ), fondamentauxKlajn 2005, ou principauxBussmann 1998, article subject, .Constantinescu-Dobridor 1998, article parte de propoziție « partie de proposition ».Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, .. Dans cette perspective, le rapport entre sujet et prédicat serait d’interdépendance, appelé aussi de prédication. Par voie de conséquence, les mots de la phrase qui ont d’autres fonctions sont des éléments secondaires, subordonnés.
Selon certains grammairiensPar exemple Lengyel 2000., le prédicat est le seul élément principal, étant donné qu’il peut constituer tout seul une phrase verbale. Il y a ainsi des phrases sans sujet, par exemple celles dont le prédicat exprime des phénomènes naturels, comme Il pleut, où il est simplement un indicateur de la troisième personneGrevisse et Goosse 2007 .. Un autre argument en faveur de cette opinion est que dans certaines langues, si le sujet n’est pas mis en relief, il n’est normalement exprimé que par la désinence du prédicat, et non seulement à l’impératif : Nu trăim ca să mâncăm, ci mâncăm ca să trăim « On ne vit pas pour manger mais on mange pour vivre »Avram 1997, ., Sutra dolazim kod tebe « Demain je viens chez toi »Klajn 2005, ., Jössz? « Tu viens ? »Lengyel 2000..
Le prédicat
La notion de prédicat est interprétée de plusieurs façons en grammaire.
En considérant qu’une phrase simple est formée d’un syntagme nominal étant son sujet et d’un syntagme verbal, selon l’une des interprétations, le prédicat est le syntagme verbal, qu’il soit constitué d’un verbe seul ou de celui-ci et d’un ou plusieurs éléments qui lui sont subordonnés. Par exemple, dans la phrase Pierre écrit une lettre à sa mère, le prédicat serait toute la partie de la phrase qui suit le sujet Pierre. Dans cette interprétation, dans une phrase isolée comme celle-ci, le prédicat est équivalent, du point de vue logique, à la partie d’une phrase appelée rhème, commentaire ou propos, c’est-à-dire ce qu’on dit du sujet, qui est, dans ce cas, le thème, c’est-à-dire ce dont on parleDubois 2002, .Grevisse et Goosse 2007, .Crystal 2008, .
Dans une autre interprétation, dans le cas d’un syntagme verbal dont le verbe est une copule (être, rester, paraître, etc.), on appelle prédicat l’adjectif, le syntagme nominal ou le syntagme prépositionnel constituant du syntagme verbal. Ainsi, dans les phrases Pierre est heureux, Pierre est devenu un ingénieur, les prédicats seraient heureux et un ingénieur. Parfois, dans le cas d’une telle phrase, on réduit la notion de prédicat à la propriété qui est conférée au sujet par la copule, c’est-à-dire qu’il ne pourrait être exprimé que par un adjectifEifring et Theil 2005, chap. 2, ..
Pour Grevisse et Goosse 2007, des types de prédicats sont aussi bien un élément adjectival ou nominal appelé « attribut du sujet », uni à celui-ci par l’intermédiaire d’un verbe copule (ex. L’enfant paraît malade, Mon mari est médecin), que n’importe quel verbe : Le moineau pépieGrevisse et Goosse 2007, .. Cette interprétation et l’appellation « prédicat » ou sa traduction se retrouvent dans des grammaires scolaires d’autres langues aussi : predicateBussmann 1998, ., predicatConstantinescu-Dobridor 1998, article predicat., predikatKlajn 2005, ., állítmányKálmánné Bors et A. Jászó 2007, .. Dans ces grammaires, on parle de prédicat nominal (constitué de la copule et de l’attribut du sujet pris ensemble) et de prédicat verbal (l’autre type de prédicat selon Grevisse et Goosse 2007).
Le sujet
Grevisse et Goosse 2007 constate qu’il est impossible de donner au sujet une définition satisfaisanteGrevisse et Goosse 2007, .. Traditionnellement, il est défini comme l’élément de la phrase dont le locuteur dit quelque chose à l’aide du prédicatDubois 2002, .Constantinescu-Dobridor 1998, article subiect., c’est-à-dire que le sujet existe, qu’il fait quelque chose, qu’il lui arrive quelque chose, qu’il subit quelque chose, qu’il est dans un certain état, qu’il possède quelque chose, qu’il a une certaine caractéristique qualitative ou quantitative, etc.Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, et 370.
Grevisse et Goosse 2007 recommande, pour le français, de considérer la notion de sujet, vu l’impossibilité de le définir de façon satisfaisante, comme une sorte de postulat, et de se contenter de l’identifier par les questions commençant par qui est-ce qui ? et qu’est-ce qui ?.
Éléments ayant d’autres fonctions syntaxiques que celle de prédicat et de sujet
La typologie de ces éléments, appelés « secondaires », parce qu’il peut y avoir phrase verbale sans eux, dépend de la vision des grammairiens. Cette vision peut différer dans les diverses grammaires de la même langue, et d’autant plus d’une langue à l’autre.
Grevisse et Goosse 2007, par exemple, prend en compte, d’un côté, le complément d'objet direct, le complément d'objet indirect, le complément adverbial et le complément d'agent, subordonnés au verbe ; d’un autre côté, l’épithète, l’apposition et le complément dit « déterminatif », subordonnés au nom. Dans d’autres grammaires scolaires, au lieu de « complément adverbial », il s’agit de « complément circonstanciel », et au lieu de « complément déterminatif », de « complément du nom » (ou « de nom »)Par exemple dans Chevalier et al. 1964, et 78..
Dans des grammaires d’autres langues, on trouve, pour l’essentiel, les mêmes éléments secondaires, avec certaines différences. Dans les grammaires du roumain, par exemple, on prend en compte, en plus des éléments ci-dessus, un « élément prédicatif supplémentaire », subordonné en même temps au prédicat et à un autre élément de la phrase. Quand celui-ci est un complément d’objet, l’élément prédicatif supplémentaire correspond à l’attribut de l’objet des grammaires françaises (ex. : L-am văzut supărat « Je l’ai vu fâché ») mais il peut aussi être subordonné à d’autres éléments, par exemple au sujet (Ion a venit supărat « Ion est venu fâché »).
Dans Klajn 2005 (grammaire du serbe), on trouve cet élément sous le nom d’« attribut provisoire », « attribut prédicatif », « prédicatif » ou « qualificatif actuel » : Naši su prvi stigli na cilj « Les nôtres sont arrivés les premiers au but », Nikad te nisam video ovakvog « Je ne t’ai jamais vu dans cet état »Klajn 2005, ..
Si un élément a une fonction secondaire, il n’en est pas moins nécessaire dans certains cas. C’est le sens lexical de l’élément subordonnant qui détermine le degré de nécessité de l’élément subordonné, ce trait de l’élément subordonnant pouvant différer d’une langue à l’autre. Ainsi, l’élément secondaire peut être :
obligatoire, si, sans lui, il ne peut pas y avoir de syntagme ou de phrase correcte : complément d’objet direct : Maman prépare un gâteauKarakai 2013, . ; Atunci el spuse o prostie « Alors il dit une bêtise »Avram 1997, . ; autre complément du verbe : J’habite rue DantonKarakai 2013, . ; Jártas a biológiában « Il/Elle s’y connaît en biologie »Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, . ; élément prédicatif supplémentaire : Ea se numește Puica « Elle s’appelle Puica »Avram 1997, . ; épithète : Radimo u nemogućim okolnostima « Nous travaillons dans des conditions impossibles »Čirgić 2010, . ;
représentable, si dans certaines circonstances il peut être omis, mais il est toujours sous-entendu : COD : On connaît (ça) ; Am terminat (de scris) « J’ai fini (d’écrire) »Avram 1997, . ; autre complément du verbe : N-am fost (la mare) « Je ne suis pas allé(e) à la mer »Avram 1997, . ; Hozzáfog (valamihez) « Il/Elle se met à faire quelque chose »Cs. Nagy 2007, . ;
facultatif, s’il n’est même pas nécessaire qu’il soit sous-entendu pour que le syntagme ou la phrase soit correcte : COD : Pierre mange (une pomme)Karakai 2013, . ; Citesc (un articol) « Je lis (un article) »Avram 1997, . ; A kislány (leckét) ír « La fillette écrit (un devoir) » ; autre complément du verbe : J’ai déjeuné (d’une tranche de jambon)Karakai 2013, . ; Scriu (părinților) « J’écris à mes parents »Avram 1997, . ; (A fűben) fekszik « Il/Elle est couché(e) (dans l’herbe) » ; épithète : La voiture (électrique) ne pollue pas l’airKarakai 2013, . ; Și-a pus pantofii (cei noi) « Il/Elle a mis ses chaussures (neuves) »Avram 1997, . ; (Sült) kenyeret vettem « J’ai acheté du pain (cuit) »Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, ..
Structure des éléments de la phrase
Dans certaines grammaires, on considère qu’il y a des éléments de phrase simples, constitués d’un seul mot nominal (éventuellement accompagné d’un mot-outil) ou d’un verbe (éventuellement à une forme composée ou constituant une périphrase), et des éléments de phrase formés de plusieurs mots dont certains ne sont pas délimités du point de vue syntaxique, même s’ils ne sont pas des mots-outils, ni des verbes auxiliaires ou semi-auxiliaires.