La Croix-Rousse est une colline située dans la commune française de Lyon (département du Rhône), ainsi qu'un quartier important de cette ville, célèbre pour avoir été autrefois celui des canuts. La Croix-Rousse est d'ailleurs surnommée « la colline qui travaille » en référence à ces travailleurs de la soie lyonnais, par opposition à « la colline qui prie », celle de Fourvière, de l'autre côté de la Saône, dont l'emblème est la basilique Notre-Dame.

Cette colline, située entre le Rhône à l'est et la Saône à l'ouest, surplombe au sud la presqu'île, étendue plate formée par les alluvions des deux cours d'eau avant leur confluence. Son sommet, qui culmine à , est l'extrémité d'une moraine glaciaire, formée par des roches transportées jusqu'à cet endroit par les glaciers alpins.

La Croix-Rousse est une ancienne commune du département du Rhône. Le quartier de la Croix-Rousse fait aujourd'hui partie du de Lyon (limitrophe de la commune de Caluire-et-Cuire), mais ses pentes sont en partie dans le , tout près de l'hôtel de ville de Lyon (place des Terreaux).

Ce quartier est fortement marqué par son passé de haut lieu de l'industrie de la soie, ainsi que par les trois soulèvements des canuts (1831, 1834 et 1848), qui ont inspiré plusieurs penseurs du , notamment Proudhon, Saint-Simon, Fourier et Marx.

Histoire Débuts de l'histoire de Lyon (-43) Condate est un petit village, assez dynamique. Davantage une zone commerciale que d'habitations, à cause des risques d'inondation et d'invasions., les Gaulois ne se sont pas installés sur le haut de la colline. Ses habitants, des pêcheurs, sont probablement des Ségusiaves, l'un des nombreux peuples qui constituaient ce que l'on appelle aujourd'hui les Gaulois.

Au moment de la conquête de la Gaule chevelue par Jules César (-58/-52), la confluence du Rhône et de la Saône, qui fait partie du territoire des Ségusiaves, est proche de la frontière de la province romaine de Gaule narbonnaise, notamment de la ville de Vienne, chef-lieu des Allobroges. Le site de Fourvière semble avoir été un lieu de rassemblements périodiques et d'échanges commerciaux (emporion).

C'est en -43 que commence l'histoire de Lyon, lorsque le gouverneur des Gaules Lucius Munatius Plancus y fonde la colonie romaine de Lugdunum (sur la colline de Fourvière).

Cette colonie va ensuite devenir le chef-lieu des territoires gaulois conquis par César. À partir du règne d'Auguste, qui crée les trois provinces de Gaule lyonnaise, Gaule aquitaine et Gaule belgique, Lugdunum devient le chef-lieu de la Lyonnaise, mais aussi le lieu central du culte impérial pour ces trois provinces, les « Trois Gaules ».

La Croix-Rousse dans l'empire romain Le quartier de Condate (règne d'Auguste) Une inscription latine trouvée rue de la Vieille indique que cet endroit était appelé « », c'est-à-dire « quartier du confluent »Inscription latine référencée . Condate est un toponyme gaulois (tout comme Lugdunum), qu'on retrouve aujourd'hui en français, notamment sous la forme « Condé », et qui connote la confluence de deux cours d'eau.

L'archéologue lyonnais Amable Audin (1899-1990) en a déduit qu'à l’époque romaine, le bas de la colline était occupé par un bourg celtique voisin de LugdunumAmable Audin, Essai sur la topographie de Lugdunum, Lyon, éd. Audin, 1959, . Il pensait même que ce village était antérieur à la fondation de la colonie. Cette théorie est souvent reprise dans différents ouvrages sur l'histoire de Lyon, mais n'est confirmée par aucune trouvaille archéologique. Les plus anciennes traces d'occupation repérées sont romaines et datées au plus tôt des environs de 10 avant notre ère, époque de l'inauguration du sanctuaire fédéral des Trois Gaules.

Le sanctuaire fédéral des Trois Gaules (à partir du règne d'Auguste) Le sanctuaire fédéral des Trois Gaules est un ensemble monumental destiné au culte impérial, situé sur les pentes de la Croix-Rousse et composé de : l'autel des Gaules (installé dès 12 ), dédié à Rome et à Auguste l'amphithéâtre des Trois Gaules (19 de notre ère, sous le règne de Tibère), qui reçoit chaque année le août (début du mois d'Auguste) les délégués des 60 cités des provinces de Lyonnaise, Aquitaine et Belgique.

Par une série de déductions à partir d'éléments archéologiques, Amable Audin localise l'autel de Rome et Auguste au long de la rue des Tables-Claudiennes, imaginant une esplanade de de longueur et de largeur, à l'image du sanctuaire de la Fortuna Primigenia de Préneste, dans le Latium. Cette localisation est cependant controversée, l'aménagement d'une terrasse pouvant avoir été conçu pour l'implantation d'habitat. La découverte de mosaïques dans la rue Pouteau, à l'emplacement présumé de l'autel, fragilise encore l'hypothèse d'Audin.

Développement urbain des pentes sous l'Empire Les fouilles de la montée de la Grande-Côte (notamment les plus récentes, en 1985) montrent un développement urbain d'abord assez lent, ensuite largement développé au cours du Haut Empire au pied de la colline et à mi-pente, se prolongeant jusqu'au milieu du : présence de mosaïques, traces d'habitats et d'ateliers d'artisans verrier et potiers, structures d'aménagement des terrains, vestiges d'objets romains, inscriptions.

Parmi les inscriptions, la plus importante est la célèbre Table claudienne, dont deux grands fragments ont été découverts en 1528 dans une vigne à mi-pente de la colline. Cette inscription reproduit un discours prononcé par l'empereur Claude devant le Sénat de Rome en faveur des Gaulois devenus citoyens romains, discours qui est aussi mentionné par l'historien Tacite.

Des travaux d'assainissement réalisés en 1854 dans la montée des Carmélites et sur la place Fernand-Rey ont révélé des tronçons de voie romaine pavée de granite, identifiée comme faisant partie de la voie du Rhin. D'autres éléments de chaussée découverts en divers endroits apparaissent les indices d'une voirie locale assez dense.

vignette|L'amphithéâtre des trois Gaules.|gauche

Haut Moyen Âge et Moyen Âge

Après la période des grandes invasions et la fin de l'Empire romain d'Occident (476), les édifices gallo-romains sont abandonnés. Lyon et ses alentours font alors partie du royaume des Burgondes, puis du royaume de Bourgogne des Mérovingiens.

En 843, l'empire carolingien est divisé en trois par le traité de Verdun, qui établit la frontière orientale du royaume de Francie occidentale sur le Rhône, la Saône, la Meuse et l'Escaut. Lyon se trouve donc en position frontalière, situation qui va durer pendant plusieurs siècles. À partir de la fin du , il s'agit de la frontière entre le royaume de France des Capétiens (à partir de 987) et le Saint-Empire (à partir de 962).

Au Moyen Âge, la ville de Lyon, qui fait partie de la seigneurie des archevêques, est aussi supposée faire partie du Saint-Empire, jusqu'en 1312, date du traité de Vienne par lequel l'archevêque Pierre de Savoie abandonne sa seigneurie temporelle au roi de France Philippe le Bel. Quelques années plus tard, en 1320, apparaît le Consulat de Lyon, qui fait de la ville une commune disposant d'une certaine autonomie par rapport à son seigneur.

Dans la presqu'île, le territoire communal prend fin vers l'actuelle place des Terreaux aux pieds des pentes de la colline, alors appelée montagne Saint-Sébastien.

Cette montagne Saint-Sébastien fait partie d'un autre territoire féodal appelé le Franc-Lyonnais (treize paroisses), constitué sous l'égide des comtes de Savoie, mais passé sous l'influence des rois de France. Sur le plan économique, les pentes et le plateau sont consacrés à l'agriculture, notamment à la viticulture.

Époque moderne (1492-1789) Les remparts de Louis XII (1512) vignette|La croix en pierre dorée de la Croix-Rousse.|gauche

En 1512, Louis XII décide la construction de fortifications au sommet de la colline afin de mieux garantir la défense de la ville de Lyon. Ce rempart (le rempart Saint-Sébastien) intègre les pentes à la ville de Lyon, isolant le plateau, qui devient un faubourg.

Mise en place d'une croix de pierre ocre (années 1510) C'est vers cette époque qu'une croix est érigée sur le plateauLe Guichet du Savoir → Croix Rousse. Réalisée en pierre de Couzon, de teinte ocre, elle va donner son nom au faubourg de la Croix-Rousse.

On suppose qu'elle se situait au carrefour de la route vers la Dombes (direction de Bourg-en-Bresse) et de la route vers Neuville-sur-Saône.

Elle a été détruite et reconstruite à plusieurs reprises : abattue par les protestants en 1562, détruite au cours de la Révolution française, supprimée en 1881 par décision du conseil municipal de Lyon. En 1994, une réplique a été érigée sur la place Joannès Ambre.

Installation de congrégations religieuses et urbanisation Après la construction des fortifications, les pentes, jusque-là terrains à vocation agricole, s'urbanisent du fait de leur intégration à Lyon. Aux , de nombreuses congrégations religieuses s'y installent : les Chartreux (1580), puis les Carmélites, les Sœurs de l'Annonciade, etc.

Le plateau en revanche fait partie de la paroisse de Cuire et du Franc-Lyonnais.

On n'y trouve d'abord qu'un hameau, qui prend de l'importance à la fin du . Des religieux s'y installent, comme sur les pentes, ainsi que de nombreux commerçants, en particulier parce que les taxes y sont moins élevées qu'à Lyon. Mais, faisant partie du Franc-Lyonnais, ils sont dispensés de l'octroi.

Époque contemporaine (depuis 1789) Période de la Révolution et du Consulat : la commune de Cuire-la-Croix-Rousse (1790-1797) Dès novembre 1789, au début de la Révolution, les biens des communautés religieuses sont nationalisés, puis vendus, libérant ainsi de grandes surfaces.

En 1790, la paroisse de Cuire devient une commune, Cuire-la-Croix-Rousse, qui fait partie du département du Rhône-et-Loire, puis, à partir de la partition de 1793, du département du Rhône. Mais une forte opposition existe entre les ruraux de Cuire et les citadins de la Croix-Rousse.

L'industrie de la soie à la Croix-Rousse Au début du , Lyon est la première ville ouvrière de France.

L'arrivée massive d'ouvriers de la soie (les canuts) va alors profondément transformer la Croix-Rousse, marquant son histoire et son urbanisme. La Croix-Rousse devient un haut lieu du tissage de la soie (voir l'article sur l'histoire de la soierie lyonnaise).

Pour accueillir les ouvriers ainsi que leurs familles et leurs métiers à tisser, la construction de lotissements s'accélère (par exemple le Clos Dumenge). Des immeubles de cinq ou six étages abritent des appartements ou ateliers construits très hauts sous plafond, en fonction de la taille des imposants métiers à tisser Jacquard (en moyenne de hauteur), mis au point en 1801. Ils sont dotés de hautes fenêtres (la lumière facilite le travail de la soie) et d'une soupente (mezzanine utilisée pour la vie de la famille). Des poutres en chêne, dont l'écartement permet de fixer le métier renforcent les plafonds.

Sous la pression des lotisseurs qui morcellent des anciens terrains religieux, la partie est de la colline change radicalement de physionomie. Le nombre d'habitants explose et de nouvelles rues apparaissent, parfois de manière anarchique sans que la municipalité ait son mot à dire.

Jules Michelet (1798-1874) a écrit un texte célèbre sur l'opposition de « la montagne qui travaille » et de « la montagne mystique » (la colline de Fourvière, où se trouvent un grand nombre de couvents et d'églises)« Je vis bien dès ce jour l'opposition des deux montagnes, de la montagne mystique et de celle du travail : mais je ne sentis pas leur guerre ». Jules Michelet, Le Banquet, 1878.. Transformée, les formules de Michelet sont devenues « la colline qui travaille » et « la colline qui prie »Pentes de la Croix-Rousse : la citoyenneté économique et sociale sur le site du Ministère français de la Culture.

Les révoltes des canuts (1831-1849) vignette|Descente des ouvriers de la Croix-Rousse en novembre 1831.