Le K2 (aussi connu sous les noms de Qogir Feng, Chogori, Ketu/Kechu et historiquement mont Godwin-Austen) est un sommet du massif du Karakoram ou Karakorum (d'où la lettre K utilisée pour le désigner), qui est situé sur la frontière sino-pakistanaise, dans la région autonome du Gilgit-Baltistan (). Avec une altitude officielle de , c'est le deuxième sommet du monde après l'Everest (et donc le point culminant du Pakistan). Il est surnommé « montagne Sauvage » en raison de la difficulté de son ascension, ou « montagne sans pitié »Ch. S. Houston, R. H. Bates, K 2, Montagne sans pitié, Paris, Grenoble, Arthaud, 1954, in Paul Veyret, Revue de géographie alpine, Vol. 43, , 1955, page 479..
Sa première ascension est réussie en 1954 par Achille Compagnoni et Lino Lacedelli et la première hivernale est réussie en 2021 par une équipe népalaise menée par Nirmal Purja et Mingma Sherpa.
Les pentes du K2 et le camp de base de la voie normale ont été nettoyés par une équipe de Mountain Wilderness en 1990, opération ayant mis en évidence la dégradation des sites les plus reculés de l'Himalaya par une trop importante fréquentation d'alpinistes en très grande majorité étrangers.
Toponymie vignette|gauche|Dessin original de Montgomerie avec la notation « K2 ». L'oronyme K2 est dérivé de la notation utilisée par la Great Trigonometric Survey. Thomas George Montgomerie fit la première enquête sur le Karakoram, depuis le mont Haramukh à environ au sud-ouest, et dessina les six pics les plus importants, les nommant de K1 à K6..
La politique de la Great Trigonometric Survey était d'utiliser le plus possible des noms locaux pour les montagnesL'exception la plus évidente à cette politique était celle de l'Everest, où le nom tibétain Chomolungma (Qomolongma) était probablement connu, mais fut ignoré afin de rendre hommage à George Everest. Voir . et le K1 fut renommé Masherbrum en référence au nom local. Le K2, cependant, ne semblait pas avoir un nom local, probablement en raison de son isolement. La montagne n'est pas visible d'Askole, le dernier village au sud, ni de la ville la plus proche, au nord, et n'est entrevue qu'à la fin du glacier Baltoro, au-delà duquel peu de gens locaux se sont aventurés.. Le nom Chogori, dérivé des mots balti, chhogo (« grand ») et ri (« montagne ») a été suggéré comme nom local., mais les preuves de son utilisation à grande échelle sont rares. Ce mot peut simplement être un nom composé inventé par les explorateurs occidentauxHubert Adams Carter, « A Note on the Chinese Name for K2, 'Qogir' », American Alpine Journal, 1983, . Carter, le rédacteur en chef de l'AAJ, dit que le nom de Chogori « n'a pas l'usage local. La montagne n'était pas bien visible à partir des lieux où les habitants se sont aventurés et ils n'avaient donc pas donné de nom local… Les Baltis n'utilisent pas d'autre noms pour le K2, qu'ils prononcent Ketu. Je m'oppose fortement à l'utilisation du nom Chogori dans aucune de ses formes. ». ou simplement une réponse perplexe à la question « Comment ça s'appelle ? ». Ce mot est néanmoins à l'origine du nom chinois Qogir (chinois simplifié : 乔戈里 峰 ; chinois traditionnel : 喬戈里 峰 ; pinyin : Qiáogēlǐ Feng), par lequel les autorités chinoises désignent officiellement le pic. D'autres noms locaux furent suggérés, y compris Lamba Pahar (« haute montagne » en ourdou) et Dapsang, mais ne sont pas beaucoup utilisés.
En l'absence d'un nom local, le nom de mont Godwin-Austen fut suggéré, en l'honneur de Henry Godwin-Austen, un des premiers explorateurs de la région, et, bien que le nom fût rejeté par la , il a été et continue d'être utilisé sur plusieurs cartesH. Adams Carter, « Balti Place Names in the Karakoram », American Alpine Journal, 1975, . Carter note que ..
« K2 » continue donc à être le nom sous lequel la montagne est généralement connue. Il est désormais également utilisé dans la langue balti, prononcé Kechu ou KetuCarter note qu'« un nouveau mot a fait son apparition dans la langue balti : le mot ketu, qui signifie grand pic ». (). L'alpiniste italien Fosco Maraini a fait valoir dans son récit de l'ascension du Gasherbrum IV que, bien que le nom de K2 doive son origine au hasard, le nom au son « coupant » correspond bien à la nature impressionnante et difficile de la montagne. Il conclut qu'il était Cité dans . :
Géographie
vignette|Vol virtuel autour du K2
Le K2 est situé dans le nord-ouest du massif du Karakoram, dans la région du Gilgit-Baltistan. Le bassin du Tarim borde le massif au nord et l'Himalaya inférieur est au sud. L'eau de fonte des vastes glaciers, notamment au sud et à l'est du K2, nourrit l'agriculture des vallées.
Le K2 n'est que le sur Terre par ordre de proéminence « 50 Most Prominent Peaks on Earth ».
Histoire Exploration Le K2 a été exploré pour la première fois par une équipe européenne en , dirigée par le topographe Thomas George Montgomerie, qui nomma le K2. Sa position est fixée par Henry Haversham Godwin-Austen en 1861.
Première ascension
La première tentative sérieuse d'ascension du K2 fut organisée et entreprise en 1902 sur l'arête nord-est par Oscar Eckenstein, accompagné notamment d'Aleister Crowley et de Jules Jacot-Guillarmod qui participe à l'expédition comme médecin ; l'altitude de est atteinte.. Cependant, après cinq tentatives sérieuses et coûteuses, aucun membre de l'équipe ne parvient à atteindre le sommet. Cet échec est probablement dû à la fois à une mauvaise préparation physique, à des conflits de personnalité et aux conditions météorologiques .
D’autres tentatives suivirent en 1909, 1937, 1938, 1939 et 1953. L'expédition de 1909, menée par le prince italien Louis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes, avec notamment Vittorio Sella, a atteint le col baptisé « selle de Savoie » à l'altitude de Sylvain Jouty et Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, édition Omnibus, septembre 2009 , article « K2 ».. Les membres de l’expédition firent alors demi-tour sur ce qui est maintenant connu sous le nom d'éperon des Abruzzes (ou arête des Abruzzes). Elle fait désormais partie de la voie normale de l’ascension. La même année une seconde expédition dirigée cette fois par le duc de Spolète, neveu du duc des Abruzzes, échoue à cause du mauvais temps. L'expédition se concentre alors sur les travaux scientifiques. Il en ressortira de nombreuses photographies de grande qualité et une précision des repérages qui constitueront une importante source d'enseignement, notamment sur l'évolution de certains glaciers et plus particulièrement le glacier du Baltoro.
En 1939, Pasang Lama Lawa monte avec Fritz Wiessner jusqu'à , sans appareil respiratoire.
Finalement c’est une autre expédition italienne qui réussit à gravir le sommet du K2 le , après quatre tentatives et d'assaut. L'expédition fut menée par Ardito Desio. Les deux premiers hommes à atteindre le sommet furent Lino Lacedelli et Achille Compagnoni. Un membre pakistanais faisait partie de l’équipe, le colonel Muhammad Ata-ullah. Celui-ci avait fait partie d'une expédition américaine en 1953 qui échoua à la suite de la mort d’un des membres clé de l’équipe, Art Gilkey, lors de l’assaut final. Après la victoire de 1954, les conditions du succès firent l'objet d'une polémique violente entre les deux vainqueurs et le jeune Walter Bonatti : Lacedelli et Compagnoni accusaient Bonatti d'avoir hypothéqué leur succès en utilisant l'oxygène qui leur était destiné tandis que Bonatti, qui dénonçait ce mensonge, leur reprochait de l'avoir contraint, avec le Hunza Amir Madhi, à un très dangereux bivouac improvisé à plus de d'altitude ; cette polémique ne s'est éteinte que cinquante ans plus tard quand le Club alpin italien donna raison à Bonatti.
Ascensions notables Le , 23 ans après l'expédition italienne, emmena la deuxième expédition à atteindre le sommet.. Parmi les membres de l’expédition, fut le premier grimpeur d’origine pakistanaise à fouler le point culminant de son pays. L'expédition japonaise monta par la voie de l'éperon des Abruzzes, tracée par les Italiens. Ils eurent recours à plus de pour atteindre leur objectif.
La troisième ascension du K2 eut lieu en 1978, via un nouvel itinéraire, la longue route par la corniche est (la partie sommitale de l’itinéraire traverse la face est sur la gauche pour éviter le dernier mur vertical et rejoint la dernière partie de l'arête des Abruzzes). Ce tracé fut réalisé sans oxygène par une équipe américaine, menée par l’alpiniste James Whittaker ; Louis Reichardt, James Wickwire, John Roskelley, et Rick Ridgeway atteignirent le sommet. Wickwire endura un bivouac d'une nuit à environ du sommet, représentant le record d’altitude de l’époque.
Cet exploit sans oxygène fut renouvelé par la cordée Reinhold Messner et en 1979 en style semi-alpin.
Une autre ascension japonaise notable fut celle de la difficile arête nord, sur le versant chinois en 1982. Une équipe de l'Association d'Alpinisme du Japon menée par Isao Shinkai et Masatsugo Konishi conduisit trois membres au sommet le ; Naoe Sakashita, Hiroshi Yoshino et Yukihiro Yanagisawa. Cependant Yanagisawa fit une chute mortelle lors de la descente. Quatre autres membres de l'équipe atteignirent le sommet le jour suivantAmerican Alpine Journal, 1983, ..
En 1986, le Français Benoît Chamoux réalise une ascension en moins de 24 heures en compagnie de cinq autres alpinistes.
En 1991, Pierre Beghin et Christophe Profit effectuent la première de l’arête Nord-Ouest.
En 2004, Edurne Pasaban réussit à redescendre du sommet avec succès, puis en 2006 l'Italienne Nives Meroi et la Japonaise Yuka Komatsu sont, respectivement, la septième et la huitième femmes à atteindre le sommet du K2. Le , Gerlinde Kaltenbrunner réussit une ascension sans oxygène et sans porteur.
Après une première tentative avortée en 2017, le Polonais Andrzej Bargiel effectue une nouvelle ascension le sans oxygène. Il atteint le sommet le et chausse ses skis pour la descente. Contrairement aux précédents alpinistes ayant tenté la descente à skis, le Polonais ne suit pas une seule voie mais alterne entre quatre voies différentes. Il se voit contraint de s'arrêter pendant une heure et demie en raison d'un épais brouillard. Après sept heures de descente, il atteint le camp de base sur le glacier Godwin-Austen devenant ainsi le premier homme à réaliser la descente du K2 à skis.
Le , Benjamin Védrines réalise une ascension record sans oxygène, en 11 heures depuis le camp de base avancé.
Première hivernale Le Team National russe a entamé une tentative d'hivernale au K2 en , avortée le , à la suite du décès de Vitaly Gorelik. En , une équipe polonaise effectue une nouvelle tentative, mais celle-ci est interrompue temporairement ; deux des alpinistes (Denis Urubko et Adam Bielecki) en pleine phase d'acclimatation se déroutent pour porter secours à Élisabeth Revol et Tomasz Mackiewicz en difficulté sur les flancs du Nanga Parbat tout proche. Cette tentative polonaise reprend après le sauvetage d'Élisabeth Revol, mais échoue, principalement par manque de cohésion de l’équipe. Les Polonais sont pourtant réputés pour les hivernales à plus de . L'année suivante, toujours en janvier, des équipes de divers pays sont également présentes, russe, polonaise, espagnole mais aucune n'accède au sommet ; les tentatives compliquées de sauvetage du Britannique et de l’Italien sur le Nanga Parbat, relativement proche, modifient les plans de certaines équipes, ainsi que les conditions de vents sur le K2.