Avery Brundage, né le à Détroit (États-Unis) et mort le à Garmisch-Partenkirchen en Allemagne de l'Ouest, est un athlète, dirigeant sportif et collectionneur d'art américain. C'est le cinquième président du Comité international olympique (CIO), en fonction de 1952 à 1972.

Brundage naît dans une famille de la classe ouvrière en 1887 à Détroit. Cinq ans plus tard, il déménage à Chicago. Il étudie le génie civil à l'université de l'Illinois et devient coureur sur piste. En 1912 il participe aux Jeux olympiques d'été en pentathlon, en décathlon et en lancer du disque. Son meilleur résultat est un sixième rang dans le pentathlon. Brundage est trois fois champion national sur piste entre 1914 et 1918 et fonde une entreprise de construction en 1915. Il gagne ensuite sa vie grâce à son entreprise et ses investissements, n'acceptant pas d'argent pour ses performances sportives.

Brundage travaille ensuite dans l'administration sportive. Il monte rapidement les échelons dans les associations américaines. En tant que dirigeant sportif aux États-Unis, il combat fortement le boycott des Jeux olympiques d'été de 1936 organisés en Allemagne dans le contexte du nazisme et de la persécution des juifs. Brundage amène avec succès une équipe américaine aux Jeux, mais la participation de cette dernière est controversée. Il est élu membre du cette année-là et devient rapidement une figure majeure du mouvement olympique. Il devient le premier président non-européen du CIO en 1952.

Au poste de président, Brundage défend l'amateurisme et combat la commercialisation des Jeux olympiques, bien que ses positions soient vues comme déconnectées du sport moderne. Ses derniers Jeux en tant que président, organisés à Munich en 1972, sont marqués par la polémique : à la cérémonie commémorative suivant le meurtre de onze athlètes israéliens par des terroristes, Brundage décrie la politisation du sport et, refusant d'annuler les épreuves restantes, déclare que . Cette phrase est applaudie par le public, mais la décision de poursuivre les Jeux sera fortement critiquée par la suite. Ses actions en 1936 et 1972 seront vues comme des marques d'antisémitisme.

Jeunesse et carrière sportive Avery Brundage naît à Détroit, dans l'État américain du Michigan, le . Il est le fils de Charles Brundage, un sculpteur, et de son épouse Minnie. La famille déménage à Chicago, en Illinois, cinq ans plus tard. Charles Brundage abandonne sa femme et ses enfants peu de temps après, et Avery et son petit frère Chester sont principalement élevés par des tantes et des oncles. À treize ans, en 1901, Avery termine premier d'une compétition d'athlétisme et gagne un voyage pour assister à la seconde investiture du président William McKinley. Il fréquente l'école publique de Sherwood, puis la , toutes deux à Chicago. La ne possède pas d'installations destinées à l'athlétisme, mais Brundage fabrique son propre matériel dans l'atelier de l'établissement. Lors de sa dernière année les journaux locaux le qualifient de vedette des pistes. D'après le journaliste sportif William Oscar Johnson dans un article publié en 1980 dans Sports Illustrated, Brundage est .

Diplômé de la en 1905, Brundage s'inscrit à l'université de l'Illinois à Chicago et suit des cours de génie civil jusqu'à obtenir un diplôme avec honneurs en 1909. Il écrit dans plusieurs publications du campus et continue à s'impliquer dans le sport, jouant au basket-ball et pratiquant la course sur piste pour l'équipe de l'Illinois, engagée dans la conférence ouest de la . Il joue un rôle important dans la victoire de son équipe sur celle de l'université de Chicago lors de sa dernière année universitaire.

gauche|vignette|upright=0.7|alt=Brundage pendant une épreuve de lancer|Brundage en route vers la victoire dans les championnats nationaux toutes épreuves en 1916, à Newark dans le New Jersey.

Après avoir obtenu son diplôme, Brundage travaille en tant que directeur de construction pour le cabinet d'architectes Holabird & Roche. Durant les trois ans qu'il passe à ce poste, il dirige la construction de bâtiments d'une valeur totale de 7,5 millions de dollars, ce qui représente 3 % du total bâti à Chicago durant cette période. Il déplore la corruption présente dans le domaine de la construction de cette ville.

Brundage rencontre un certain succès dans plusieurs épreuves d'athlétisme organisées en Illinois. En 1910, en tant que membre de la (CAA), il termine troisième des championnats nationaux toutes épreuves (un prédécesseur américain du décathlon). Il continue de s'entraîner en vue d'une participation aux Jeux olympiques d'été de 1912 à Stockholm, en Suède.

À Stockholm, il termine sixième du pentathlon, seizième du décathlon et vingt-deuxième au lancer du disque. Il abandonne le décathlon après la huitième épreuve, conscient d'avoir déjà accumulé trop de retard aux points, mais il regrettera cette décision par la suite. La disqualification de son compatriote Jim Thorpe, vainqueur du pentathlon et du décathlon, permet à Brundage de monter d'une place dans les classements de ces deux épreuves. Thorpe est disqualifié pour avoir joué au baseball contre rémunération, faisant de lui un sportif professionnel à une époque où les Jeux sont réservés aux amateurs. Pendant son mandat de président du , Brundage refuse de demander au Comité la restitution des médailles de Thorpe, malgré de nombreuses réclamations, et ce n'est qu'en 1982, après la mort des deux hommes, que Thorpe retrouve ses titres. Certains considèrent le refus de Brundage comme l'expression de sa rancune après sa défaite à Stockholm.

De retour à Chicago, Brundage accepte un poste de directeur de construction pour . Parmi les structures sur lesquelles il travaille pour Griffith, se trouvent l'hôpital du comté de Cook, l'hôtel Morrison de Chicago, le bâtiment Monroe et l'entrepôt de la . En 1915, il devient indépendant et fonde sa propre entreprise de construction, l', dont son oncle Edward est directeur.

Brundage poursuit également sa carrière sportive. Il est champion américain toutes épreuves en 1914, 1916 et 1918. Après avoir arrêté la piste, il se tourne vers le handball américain. Il est classé dans le top 10 du pays dans ses jeunes années et pratique longtemps ce sport : en 1934, à l'âge de 46 ans, il remporte un match contre le récent champion national Angelo Trulio.

Dirigeant sportif Montée au pouvoir Dès la fin de sa carrière sur piste, Brundage s'implique dans l'administration sportive. Il s'engage d'abord dans la (CAA) et dans la (dont la CAA est membre) puis, dès 1919, dans l' (AAU). L'AAU lutte contre la National Collegiate Athletic Association (NCAA) pour la domination du sport amateur américain. Les athlètes sont souvent utilisés comme pions dans cette bataille, et chaque organisation menace de suspendre ceux qui participent à des épreuves soutenues par l'autre. Le comité national olympique des États-Unis, l' (AOC)Aujourd'hui, le Comité olympique des États-Unis. dominé par l', cause également des conflits. En 1920, l' affrète un navire de guerre désaffecté, au lieu d'un paquebot, pour assurer le retour au pays des représentants américains aux Jeux olympiques d'été de 1920 à Anvers (Belgique). Cela provoque un tollé. La plupart des athlètes décident de réserver un voyage par paquebot. L' réagit par la fondation de l' (AOA), une organisation dirigée par les représentants de l', puis par ceux de l'. En 1928, Brundage est élu au poste de président de l' à la place de Douglas MacArthur. Il est aussi choisi comme président de l', un poste qu'il occupera pendant plus de vingt ans.

En 1925, Brundage devient vice-président de l'. Il est ensuite président de cette association de 1928 à 1933 puis en 1935. À ce titre, il peut assurer la réconciliation de la avec l' : la première obtient le droit d'accréditer des étudiants comme amateurs et une représentation accrue au sein de la commission exécutive de l'.

Brundage ne tarde pas à faire preuve de ce que l'écrivain Roger Butterfield qualifiera d'un dans un article de 1948 publié dans le magazine Life. En 1929, l'athlète américain Charlie Paddock déclare que Brundage et d'autres officiels sportifs utilisent son image pour faire gagner de l'argent à l' sans faire preuve d'équité à son égard. Brundage qualifie ces propos de et accuse Paddock de faire preuve d'un . Paddock se tourne ensuite vers le professionnalisme, échappant ainsi à la juridiction de Brundage. En 1932, peu après avoir remporté trois médailles aux Jeux olympiques d'été de 1932 à Los Angeles, l'athlète Mildred Didrikson Zaharias apparaît dans une publicité automobile, à la suite de quoi l' menée par Brundage suspend rapidement son statut d'amatrice. Didrikson répond qu'elle n'a pas été payée et que, indépendamment de cette affaire, les règles sur le statut d'amateur sont trop compliquées. Ce n'est que le premier de plusieurs conflits très médiatisés entre Brundage et des athlètes féminines. Il répond qu'il n'a pas eu de problème en tant qu'athlète et déclare : . D'après Butterfield, Brundage est méfiant envers les athlètes féminines et soupçonne certaines d'entre elles d'être des hommes déguisés en femmes.

Jeux olympiques de 1936

Combattre un boycott vignette|gauche|upright=1.2|alt=Quatre hommes, debout, sur un bateau|Brundage (à gauche) et d'autres officiels olympiques à bord du SS Bremen, en route vers les Jeux olympiques d'hiver de 1936 à Garmisch-Partenkirchen, en Allemagne nazie.

En 1931 le attribue les Jeux olympiques de 1936 à l'Allemagne. Plusieurs membres indiquent qu'en attribuant les Jeux à ce pays, ils soutiennent son gouvernement démocratique (la République de Weimar) attaqué par des extrémistes dans le contexte difficile de la Grande DépressionÀ l'époque, la charte olympique permet au pays accueillant les Jeux d'été d'organiser également les Jeux d'hiver (jusqu'en 1992, les Jeux d'été et d'hiver se tiennent la même année) ; les Allemands utilisent ce droit et les Jeux d'hiver sont organisés à Garmisch-Partenkirchen. Les Jeux d'été, prévus à Berlin, sont plongés dans l'incertitude par les élections législatives allemandes de juillet 1932. Le parti nazi, mené par Adolf Hitler, devient le plus puissant du Reichtag. Les Nazis s'intéressent peu au sport international. Ils préfèrent en effet l'idée de Jeux allemands auxquels ils ne concourraient pas contre des peuples qu'ils considèrent comme inférieurs, par exemple les Juifs, les Slaves et les personnes d'origine africaine. Lors de la prise de pouvoir des Nazis en , on envisage d'organiser les Jeux olympiques ailleurs qu'en Allemagne.

Les nazis sont méfiants envers le président du comité d'organisation local, Theodor Lewald, qui a une grand-mère juive, mais ils remarquent rapidement le potentiel de propagande des Jeux olympiques. Lewald avait l'intention d'organiser les Jeux avec un budget modeste ; le gouvernement nazi leur attribue au contraire beaucoup de ressources. Des appels à déplacer ou boycotter les Jeux sont lancés pour protester contre la persécution des Juifs. En tant que chef du mouvement olympique aux États-Unis, Brundage reçoit des lettres et des télégrammes lui demandant d'agir en ce sens. En 1933 et 1934, le agit pour garantir des Jeux ouverts à tous et sans discrimination raciale ou religieuse. Le président du CIO, le comte Henri de Baillet-Latour, écrit à Brundage en 1933 : . D'après l'historien Christopher Hilton dans son analyse des Jeux de 1936, Baillet-Latour s'oppose au boycott, tout comme Brundage, qui a appris en 1933 qu'on envisageait de l'élire au .

Dans son article sur son rôle dans la participation américaine aux Jeux d'été de 1936 publié en 1982, Carolyn Marvin explique la vision politique de Brundage :