Guy Mannering ou l'Astrologue, en anglais Guy Mannering or The Astrologer, est le deuxième roman de l'homme de lettres écossais Walter Scott. Il paraît en 1815, sous la signature « l'auteur de Waverley ».
Très différent de Waverley, il n'est pas un roman historique — ce qui n'empêche nullement Scott de faire de l'Histoire, en peignant les mutations et les antagonismes sociaux. Le thème qui sous-tend tous les romans de l'écrivain est en effet bien présent ici : une aristocratie tournée vers le passé perd pied devant une bourgeoisie réaliste, déterminée à prendre sa place.
L’action se situe principalement en Écosse dans les années 1760 et 1780. Un amateur d'astrologie, au caractère , n'a guère conscience du mal qu'il cause, au quotidien. Il préfère tenter de réparer celui qu'il croit avoir fait en émettant plus tôt une terrible prédiction. Mais l'intrigue n'est là que pour permettre à Scott de lâcher la bride à sa spontanéité et à son inventivité de conteur. Il multiplie avec grâce et sensibilité les personnages truculents, les digressions, les détails « inutiles », les histoires secondaires… Certains commentateurs voient dans ce livre l'un des meilleurs romans de Scott.
Genèse
En , le premier roman de Scott, Waverley, a un retentissement exceptionnel.
Scott vient de finir le poème narratif Le Lord des îles quand il écrit Guy Mannering, en un peu plus de six semaines (de la fin à la mi-) « Guy Mannering », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011.. Pour son deuxième roman, on pouvait penser que l'auteur allait persévérer dans la veine de Waverley. Il prend le risque de se renouveler complètement.
Il se lance d'abord dans une histoire basée sur l'astrologie. Puis il juge que cette discipline n'est pas assez reconnue. Il change le plan de son livre alors que les trois ou quatre premiers chapitres sont déjà écrits. Ils sont même en cours d'impression. Il les garde donc tels quelsWalter Scott, introduction de 1829 à Guy Mannering, dans les Œuvres de Walter Scott, Furne, Pagnerre, Perrotin, 1854, II, 7..
Le « The Lord of the Isles », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011, The Lord of the Isles (Le Lord des îles) paraît sous la signature Walter ScottMichel Crouzet, « Sir Walter Scott baronet », in Walter Scott, Waverley, Rob Roy, La Fiancée de Lammermoor, coll. « Bouquins », Laffont, 1981, 925.. Le , Guy Mannering or The Astrologer (Guy Mannering ou l'Astrologue) paraît sous la signature « l'auteur de Waverley », en trois volumes, chez les mêmes éditeurs que Le Lord des îles : Longman, Hurst, Rees, Orme and Brown à Londres ; et Archibald Constable and Co à Édimbourg.
Époque et lieu du récit thumb|alt=|left|upright=1|District de Dumfries and Galloway.
L’action se situe dans les années 1760, puis dans les années 1780L’action principale se passe alors que la guerre d’indépendance des États-Unis (1775-1783) touche à sa fin. Walter Scott, Guy Mannering, éd. cit., 255. Harry Bertram, alors âgé de , serait donc né en 1761. Il aurait été enlevé en 1766., pour l’essentiel dans ce qui constitue aujourd’hui le district de Dumfries and Galloway, au sud-ouest de l’Écosse.
Résumé
Le roman est construit en deux parties, comme Waverley : la première est une patiente mise en place de tous les éléments de l’intrigue ; lesquels, dans la seconde, se recoupent de façon captivante.
La prédiction de Mannering et la malédiction de Meg
Un enfant, Harry Bertram, naît au manoir d’Ellangowan, en Écosse, où Guy Mannering, un jeune Anglais, a trouvé refuge pour la nuit. Le jeune homme a des connaissances en astrologie, mais ne croit nullement à cette . C’est par amusement qu’il dresse un thème de nativité pour l’enfant. Le résultat de ses calculs menace le nouveau-né de captivité ou d’une mort subite et violente. Guy Mannering est d’autant plus troublé qu’il s’était précédemment livré au même genre de calculs pour sa bien-aimée, calculs ayant indiqué le même danger que pour l’enfant, pour la même période.
Quatre ans plus tard, Godefroy Bertram, le laird d’Ellangowan, est élu juge de paix. De bon et humain qu’il était, il devient impitoyable aux gueux, et chasse les (gitans) de ses terres. Meg Merrilies, une Égyptienne, lance une malédiction sur sa famille.
L'enlèvement
L’année suivante, le petit Harry Bertram disparaît dans des circonstances obscures, le jour même de son cinquième anniversaire.
Témoin d’un meurtre, il a été enlevé par des contrebandiers. Il grandit parmi eux, fait d’abord carrière dans le commerce, puis rejoint l’armée des Indes orientales comme volontaire, sous le nom de Van Beest Brown. Il se retrouve sous les ordres du colonel Mannering qui, bien entendu, ne fait pas le rapprochement entre Brown et l'enfant né à Ellangowan. Il le soupçonne bientôt de courtiser sa femme, le blesse gravement en duel et le laisse aux mains de bandits looties. Marquée par cet événement, l’épouse de Mannering meurt quelques mois plus tard. Mannering rentre en Angleterre et confie sa fille, Julie, à un ami.
Retour de Mannering en Écosse
Il se rend en Écosse, sur les lieux où il avait formulé son étrange prédiction. Il apprend la ruine de Godefroy Bertram, dont le domaine est en vente. Ce qui s’est passé durant son court séjour à Ellangowan a tellement frappé Mannering qu’il souhaite acquérir le domaine. Mais celui-ci est vendu à vil prix à Gilbert Glossin, un sinistre personnage qui a précipité la ruine de Godefroy Bertram. Tenant à rester sur les lieux, Mannering loue un château, à six milles d’Ellangowan.
Pendant ce temps, un jeune homme tourne autour de Julie. Il s’agit de Brown (Harry Bertram). Il a survécu à ses blessures, est revenu de captivité, puis a suivi son régiment en Angleterre. Ce n’était pas la femme de Mannering que Brown courtisait, mais sa fille. Les deux jeunes gens s’aiment. Mannering fait venir Julie en Écosse pour la soustraire à ce soupirant qu'il n'a pas identifié. Il héberge en outre Lucy Bertram et Dominie Sampson, le précepteur des enfants Bertram.
Retour de Harry en Écosse
Voulant retrouver Julie, Harry/Brown se rend à son tour en Écosse. En chemin, il rencontre Meg Merrilies, qui le reconnaît, et il vient au secours d’un brave fermier, Dandie Dinmont. Il entend la rumeur selon laquelle Julie va épouser le jeune Charles Hazlewood. Celui-ci n’est pourtant amoureux que de Lucy Bertram. Harry est à l’origine d’un incident au cours duquel il blesse involontairement Hazlewood, des fragments de plomb se logeant .
Gilbert Glossin, l'affairiste scélérat, qui est aussi juge de paix, se met à la recherche de l’agresseur de Hazlewood. Soupçonnant un contrebandier, il reprend contact avec Dirk Hatteraick, capitaine de contrebandiers avec lequel il trafiquait autrefois, et à qui il avait demandé d’emmener le jeune Harry Bertram en Hollande. En conversant avec le capitaine, Glossin comprend que le « Brown » qui a agressé Hazlewood n’est autre que Harry Bertram. C’est catastrophique pour le nouveau propriétaire d’Ellangowan : si l’héritier mâle se manifeste, la vente du domaine est annulée.
On apprend que Lucy Bertram, sœur de Harry, hérite de sa tante Margaret Bertram. Le colonel Mannering se rend à Édimbourg, en compagnie de Dominie Sampson, pour en savoir plus. Il y rencontre le fermier Dandie Dinmont et l’avocat Paulus Pleydell. Mais, par un nouveau testament, Margaret Bertram a légué son domaine de Singleside à son homme d’affaires, Pierre Protocole, qui doit en verser les revenus à quatre établissements de bienfaisance. Toutefois, Protocole devra se dessaisir de cet héritage au profit de Harry Bertram, si celui-ci réapparaît. C’est l’Égyptienne Meg Merrilies qui a prédit à Margaret ce retour.
Harry prisonnier
Mais Gilbert Glossin capture Harry, qui est conduit à la prison de Portanferry. Glossin fait éloigner la garnison de la douane voisine pour que les contrebandiers puissent l’attaquer — et enlever Harry par la même occasion. Sur ordre de Meg Merrilies, Dandie Dinmont se rend à la prison, où il décide de passer la nuit. Sur ordre de Meg Merrilies, Guy Mannering envoie une voiture à Portanferry pour en ramener Harry. Sur ordre de Meg Merrilies, le jeune Hazlewood intervient auprès de son père pour que la garnison soit renvoyée à Portanferry. Sur ordre de Meg Merrilies toujours, le vice-shérif MacMorlan conduit cette garnison à Portanferry. Et c’est le neveu de Meg, Gabriel, qui, sur ordre de sa tante, favorise l’évasion de Harry. Le jeune homme est conduit au château de son ancien colonel. Il se retrouve face à celui qui voit toujours en lui le séducteur de sa femme. Il se retrouve face à son amie Julie. Il se retrouve face à Lucy, qui voit en lui l’agresseur de son bien-aimé. Mais Dominie reconnaît son ancien élève. Lucy est présentée à son frère. Julie explique à Mannering comment sa mère a favorisé sa liaison avec Harry.
Dénouement
Meg Merrilies fait tout pour les malheurs qu’elle croit causés par la malédiction qu’elle a lancée, dix-huit ans plus tôt (Mannering, quoique de façon moins explicite, cherche aussi à réparer les dégâts qu’il croit avoir causés, en plus de ceux qu’il a réellement causés). C’est elle qui a sauvé la vie du petit Harry, que les contrebandiers voulaient tuer. C’est elle qui, aujourd’hui, veut rétablir Harry dans ses droits. Elle entraîne Harry et Dinmont jusque dans la caverne où est caché Dirk Hatteraick. Celui-ci blesse gravement Meg, mais finit par être terrassé. Meg meurt. La population reconnaît en Harry le fils de Godefroy Bertram.
Dirk Hatteraick et Gilbert Glossin sont jetés en prison. Le contrebandier tue Glossin, et se suicide. Enfin, comme la fortune n’est , Harry entre en possession d’Ellangowan et peut donc épouser la fille du vaniteux Mannering. Lucy hérite de sa tante, et peut donc épouser le fils du vaniteux Hazlewood.
Personnages
Le livre compte quelque 90 personnagesMichel Crouzet compte . Michel Crouzet, « Préface », in Walter Scott, Waverley, Rob Roy, La Fiancée de Lammermoor, coll. « Bouquins », Laffont, 1981, 8.. Il est remarquable par plusieurs de ses figures secondaires comme la gitane Meg Merrilies, le précepteur Dominie Sampson, le fermier Dandie Dinmont, l’avocat Paulus Pleydell... Colonel Guy Mannering, Anglais. Il dessine très bien et s’adonne également à la poésie. Il aime tout ce qui sent l’originalité. C’est ainsi qu’il se montre bienveillant à l’égard du pauvre précepteur Dominie Sampson. Froid et réservé cependant. Trop fier pour réclamer à sa femme et à sa fille . Volontaire, constant, opiniâtre, impétueux, il peut devenir violent et emporté si l’on veut le tromper. Jaloux, perçu comme tyrannique par son épouse. Bardé de préjugés sur la fortune et la naissance, il aime répéter qu’il avait des ancêtres à Poitiers et à Azincourt. Il méprise le commerce, bien que la majeure partie de ses biens ait été acquise dans le commerce par son oncle. Sa fille prétend que le plébéien Brown a, aux yeux de Mannering, un , qui se transformera en et en une fois sa naissance reconnue. Méprisant, orgueilleux, insociable selon Brown, qui parle d’un caractère . Godefroy Bertram, laird d’Ellangowan. Sa tête . Incapable de suivre avec ordre le développement d’une idée, il tient des propos complètement décousus. D’un caractère facile et doux, il est indolent, d’une bonhomie insouciante. Une fois élu juge de paix, il fait preuve d’un zèle impitoyable envers les miséreux et les vagabonds qu’il avait généreusement tolérés jusqu’alors. Abel Sampson, dit Dominie Sampson, précepteur de Harry Bertram, puis de sa sœur Lucy. Dominie, en écossais des Lowlands, désigne un maître d’école. Simple, généreux, fidèle et dévoué. Gauche et distrait. Il a ri une fois dans sa vie, ce qui a provoqué une fausse couche de sa logeuse. Encyclopédie vivante, il possède une foule de connaissances profondes et abstraites, sans utilité réelle. À l’image d’une boutique de prêteur sur gages, sa tête est si encombrée, si désordonnée, .