vignette|Statue découverte en 1551, via Tiburtina et presque aussitôt identifiée comme une représentation d'Hippolyte de Rome, prêtre et martyr. Le siège est du , le personnage a fait l'objet de profonds remaniements entre le (Bibliothèque vaticane, hall d'entrée, au pied de l'escalier). vignette|Rome, église San Lorenzo in Damaso, copie en taille réduite de la statue d'Hippolyte, exécutée en 1737 à la demande de Pietro Ottoboni titulaire de l'église, peut-être par Source : Catalogo generale dei Beni Culturali.
Hippolyte (vers 170 – 235), connu sous le nom dHippolyte de Rome, est un prêtre de l'Église de Rome, d'expression grecque, mort martyr avec le pape Pontien en Sardaigne sous l'empereur romain , et honoré avec lui comme martyr par l'Église catholique et par les Églises orientales. Sa fête est célébrée à Rome le depuis le temps de l'empereur ConstantinCf. Louis Duchesnes, Liber pontificalis, chap. 29, Paris, École Française d'Athènes et de Rome ..., 1886, p. 145, note Nominis : saint Hippolyte de Rome..
Les œuvres attribuées au martyr qui a fait l'objet d'un culte à Rome sont une théorie du comput pascal et une brève chronique dont les titres sont gravés sur la statue d'Hippolyte retrouvée en 1551. Cependant, l'analyse archéologique du monument remet en question le peu de certitudes de l'histoire au sujet de ce personnage : la statue se révèle être composite et le lieu de sa découverte est mis en doute, de sorte que sa valeur documentaire est incertaineV. Saxer, Hippolyte (saint), DHGE, cit., col. 629 sq..
Hippolyte est identifié par beaucoup avec l'auteur de l'œuvre appelée Philosophoumena ou Réfutation de toutes les hérésies, fondateur d'une secte schismatique au temps du pape puis rallié à l'orthodoxie sous l'un de ses successeurs, Urbain ou Pontien, peut-être à la suite de leur exil commun en Sardaigne. Le de ce traité contient en effet des attaques très vives contre le pape Calixte qu'il traite d'hérétique et d'imposteur de façon appuyéePhilosophumena ou Réfutation de toutes les hérésies. 1-2 / Hippolyte de Rome ; première traduction française avec une introduction et des notes par A. Siouville, Paris, 1928, p. 177-194. On s'accorde aujourd'hui à penser que l'auteur de cette oeuvre appartenait à la colonie des Grecs ou d'Orientaux hellénisés qui ont joué longtemps un rôle prédominant à Rome. Il s'exprime au moment où le latin remplace le grec comme langue officielle ou plutôt dominante de la communauté chrétienne de Rome.
La légende ecclésiastique Selon la doxa historiographique ecclésiastique, Hippolyte de Rome serait l'écrivain chrétien le plus prestigieux de son temps, en tout cas dans la partie occidentale de l'Empire romain. Selon un historiographe byzantin du , , Hippolyte, auteur d'un traité contre les hérésies, serait un Grec, originaire d'Alexandrie, et ancien élève d'Irénée de Lyon. Ce témoignage, pollué par les confusions anciennes aujourd'hui mises à jour, n'est plus reçu comme crédible. Il s'explique en partie par le fait qu'Irénée est lui aussi l'auteur d'un traité analytique des hérésies, lAdversus Hereses. L'auteur du Philosophoumena accepte mal la qualité qu'il estime médiocre des deux papes (évêques) précédents, Zéphyrin et surtout .
S'il se contente de critiquer Zéphyrin, il s'oppose avec force au pape , qu'il accuse d'introduire de nouvelles coutumes dans l'Église. Il rejette totalement la volonté de Calixte d'autoriser les unions entre esclaves et patricien(ne)s. Il s'agit pour lui d'un concubinage pur et simple, totalement inadmissible.
Il est plausible que ce conflit soit aussi un conflit de « castes », entre un pape d'origine modeste (ancien esclave et affranchi) et un Hippolyte de plus noble lignée et imbu de sa supériorité intellectuelle. Il veut aussi garder le grec de la koinè, langue commune à Rome jusqu'au , alors que le latin est alors en passe de le supplanter à Rome.
Certains auteurs supposent, sans document à l'appui, qu'un groupe de ses partisans l'a élu évêque de Rome en 217, concurremment à F. L. Cross, The Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford University Press, 2005.. Le Liber pontificalis qui évoque son martyre ne parle cependant de lui que comme d'un prêtre (presbyter), ce qui impliquerait soit que son ordination n'ait jamais été reconnue par l'église romaine, soit qu'on ait préféré la taire, soit qu'il n'ait jamais réussi à réunir des consécrateurs adhérant à ses thèses et que, bien qu'élu, il n'ait jamais été ordonné évêque. Le prologue du des se présente effectivement comme le discours programmatique de quelqu'un qui annonce ce qu'il a l'intention d'entreprendre : « Nous qui sommes leurs successeurs (des apôtres), qui participons à la même grâce, à leur suprême pontificat et à leur magistère, nous qui sommes considérés comme les gardiens de l’Église, nous ne nous assoupirons pas.. »
Le schisme se serait poursuivi sous les règnes d', puis de Pontien, mais qu'il établit le comput de Pâques à la demande d'Urbain et de Pontien. Regrettant sa longue opposition à , il se serait réconcilié avec le pape Pontien, exilé avec lui en Sardaigne vers 235, lors d'une nouvelle persécution déclenchée par l'empereur romain Paul Christophe, L'Église dans l'histoire des hommes, 1983, p. 69., , ainsi que Pontien. L'Église catholique le considère comme un martyr. Fabien, pape depuis 236, obtient des autorités que son corps et celui de Pontien soient rapportés à Rome. Tous deux sont inhumés le même jour, en signe de leur réconciliation, le , dans la « crypte des papes » des catacombes de Saint-Calixte.
Hippolyte a donc été présenté pour la première fois en 1853, dans le contexte polémique de l'ultramontanisme, comme le premier « antipape » de l'histoire par le théologien catholique allemand, bientôt excommunié, Ignaz von Döllinger, l'un des destinataires du Syllabus, au moment où il commence à s'opposer frontalement à Hippolytus und Kallistus oder die römische Kirche in der ersten Hälfte des 3. Jahrhunderts, 1853 et A. Siouville, Philosophumena ou Réfutation de toutes les hérésies. 1-2, Paris, 1928, p. 13. La critique a aujourd'hui écarté l'idée qu'Hippolyte martyr soit l'auteur de la Réfutation des hérésies. Or c'est ce seul document qui justifiait qu'on considère son auteur comme le chef d'une communauté dissidente opposée aux évêques de Rome. Il n'y a donc plus de raison de le considérer comme évêque de Rome et moins encore de le qualifier d'antipapeAndrás Handl, « A Heavily Bearded Philosopher in Female Underwear: Deconstructing and Reconstructing the Identity of the Hippolytus-Statue », Louvain Studies, Peeters Publishing, vol. 44, no 4, 2021, p. 360 et les auteurs cités en ce sens à la note 54..
Hippolyte vu par la critique Au sujet d'Hippolyte, les historiens ont longtemps mélangé des traditions qui concernent des personnages historiques homonymes différents..
Des traditions, tardives et difficiles à conjuguer, réunissent sous la figure du même personnage des données disparates qui en ont fait tour à tour un prêtre martyr, un historien, un philosophe, un commentateur de la Bible, un théologien, un évêque de Rome, qualifié d'antipape depuis le milieu du . Les martyrologes ont confondu plusieurs martyrs romains du nom d'HippolyteR. Aubert, art. « Hippolyte », Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, Paris, Letouzey et Ané, 1993, vol. 24, col. 626 qui résume et reprend l'annotation du de Louis Duchesne cité plus-haut ()..
La littérature ecclésiastique orientale de langue grecque, syriaque, arabe, arménienne, copte, éthiopienne et en slavon a conservé sous forme fragmentaire des commentaires bibliques et des compilations liturgiques attribuées à un certain Hippolyte qualifié soit de « martyr de Rome », soit d'« évêque de Rome martyr », mais tous les manuscrits de ces commentaires sont postérieurs au , pollués par le brouillard historiographique qui enveloppe le personnage romain, en partie ostracisé par la mémoire de son opposition à l'autorité légitime, et en partie oublié à la suite de la perte de mémoire collective qui a accompagné la latinisation de l'Église romaine au .
La plus grande prudence s'impose donc. Le terrain est miné par les présupposés idéologiques et ecclésiologiques des historiens à chaque époque. Certains attribuent le silence et la confusion des sources au besoin de protéger les textes d'Hippolyte de la mise à l'écart et de l'opprobre associés à sa dissidence. Mais alors comment expliquer que la réconciliation finale supposée et l'auréole du martyre n'aient pas au contraire conduit à une réhabilitation au moins partielle ? L'épuration a pu intervenir de son vivant déjà entre son arrestation et sa mort en captivité. D'autres estiment que sa mémoire a été victime de la latinisation radicale de l'Église romaine au cours du , cause de la perte et même de la destruction des archives antérieures à Constantin. On ne peut ici que renvoyer aux textes et à la bibliographie suscitée par chacun d'entre eux, en prenant garde de contextualiser chaque pièce du dossier et de classer les pièces de chaque dossier dans l'ordre chronologique.
Le consensus semblait néanmoins se faire, même avec les historiens partisans d'un Hippolyte unique (Marcel Richard, Victor Saxer) pour reconnaître que l'Hippolyte des commentaires exégétiques, en particulier de Daniel, du De Christo et Antichristo, du Traité sur la Pâque et de la Réfutation de toutes les hérésies, serait un évêque oriental, peut-être de Palestine, de la deuxième moitié du , différent du martyr romain, dont les oeuvres correspondraient à celles qu'Eusèbe de Césarée attribue à celui qu'il appelle Hippolyte.
L'Occident avait perdu la trace des écrits d'Hippolyte et quasiment effacé sa mémoire jusqu'à la découverte en 1551 de la statue de la via Tiburtina. Le débat historiographique qui dure depuis lors porte sur la distinction entre plusieurs homonymes (à Rome, hors de Rome en Italie, et en Orient), sur l'attribution des textes et même sur l'authenticité et la date de l'anaphore qui a été présentée comme la plus ancienne prière eucharistique de l'Église latine et surtout sur l'authenticité même de la prétendue statue qui s'avère être aujourd'hui un faux fabriqué au à partir d'éléments antiques.
La statue La relecture de cet objet semble aujourd'hui remettre en cause le peu d'éléments certains de ce dossier miné. En 1973, l'archéologue italienne Margherita Guarducci présente à Rome, devant l'Académie pontificale d'archéologie, une analyse archéologique du monument qui conclut que « le saint docteur n'est en réalité qu'une doctoresse » () c'est-à-dire une statue de femme modifiéeMargherita Guarducci, « La statua di Sant'Ippolito in Vaticano », Rendiconti della Pontificia Accademia Romana di Archeologia 47 (1974-1975) : 163-190, p. 171.. Cette conclusion s'est imposée depuis sur la base d'analyses pétrographiques, documentaires et techniques.