Charles François du Perrier du Mouriez, souvent appelé Dumouriez, né le à Cambrai et mort le à Turville-Park, près de Londres. C'est un officier français, franc-maçon, général de la Révolution, particulièrement connu en raison de la victoire qu'il remporte aux côtés du général Kellermann le à Valmy face à l'armée prussienne.

Après l'avènement de la République, qui est proclamée le par la Convention, il est de plus en plus en désaccord avec la politique des Montagnards, l'annexion française de la Belgique, la condamnation à mort de Louis XVI qu'il considère comme une grave erreur. Il conserve cependant son commandement et entreprend la conquête des Provinces-Unies mais, après sa défaite de Neerwinden contre les Impériaux, il sait qu'il risque la guillotine : il tente alors de marcher sur Paris pour renverser la Convention et rétablir une monarchie constitutionnelle mais ses troupes ne le suivent pas et, le , il doit se réfugier auprès des Autrichiens, suivi par plusieurs de ses officiers, notamment Louis-Philippe d'Orléans (futur roi des Français).

Il vit ensuite dans l'émigration, mais isolé des royalistes légitimistes qui le honnissent. Son retour ayant été refusé par le Premier Consul Napoléon Bonaparte en 1800, il se met au service du gouvernement britannique à qui il sert de conseiller pendant les guerres napoléoniennes et se voit de nouveau refuser le retour par Louis XVIII après la restauration des Bourbons (1814-1815).

Biographie Origines familiales et formation Les du Mouriez sont issus d’une famille ancienne de Provence portant le nom de Du Périer ou Du Perrier. « Du Mouriez » vient de .

Son grand-père paternel, François Dumouriez du Périer (1650-1723), comédien de la troupe de Molière, puis sociétaire de la Comédie-Française de 1686 à 1703Notice sur le site de la Comédie-Française. sous le nom de « Du Périer », mais aussi homme d'affaires, est à l'origine du premier corps de pompiers professionnels de FranceD'après C. Mullié.. Il est aussi apparenté au Du Périer (grand-oncle de l'acteur) pour qui Malherbe a écrit sa célèbre Consolation à Du Périer.

Charles-François est le fils d'Anne-François Duperrier-Dumouriez (1707-1769), officier d'intendance (commissaire des guerres), longtemps en résidence à Cambrai. Il perd sa mère très jeune.

Il reçoit une éducation poussée chez les jésuites du collège Louis-le-Grand à Paris..

Sous l'Ancien Régime Débuts dans la guerre de Sept Ans (1756-1763) Dumouriez entre à dans la carrière des armes sous la conduite de son père qui est alors commissaire des armées et qui l'entraîne avec lui sur les divers terrains d'opération de la guerre de Sept Ans. Il fait sa première campagne comme cornette dans le régiment d'Escars cavalerie, accédant au grade de capitaine, avec lequel il sert pendant la campagne de Westphalie durant laquelle il reçoit vingt-deux blessures. En 1763, une fois le traité de paix de Paris signé (), son régiment est réformé.

Il se retrouve alors dans une situation délicate, n’ayant recueilli de ses sept années de service qu’un brevet de pension de , jamais honoré, et la croix de Saint-Louis (il est fait chevalier le ). Il envisage d'épouser une de ses cousines, mais son père s'oppose à ce mariage.

Implication dans les affaires corses Il quitte alors la France pour l'Italie, où il propose ses services à la république de Gênes qui mène une guerre en Corse, mais son offre de service est refusée. Il va trouver Pascal Paoli, chef de l'insurrection corse, qui le repousse également. . Il finit par aller à Versailles présenter au duc de Choiseul, secrétaire d’État à la Guerre et à la Marine, un plan pour la conquête de la Corse : nouvel échec.

. Le duc de Choiseul accorde à Dumouriez une gratification de et le charge d'une mission secrète à la cour de Madrid qui s'étend de 1762 à 1767 et le mène à passer un an au Portugal durant la Guerre hispano-portugaise de 1762-1763.

Au retour de , il reçoit un brevet d’aide-major général pour aller faire la guerre en Corse, sous les généraux Chauvelin et de Vaux. En 1768, on l’envoie participer à l'occupation de la Corse qui vient d’être achetée par Louis XV à la république de Gênes et qui se soulève contre la nouvelle tutelle française. Il participe à la bataille de Ponte-Novo.

Mission en Pologne (1770-1772) En 1770, on le charge d’une mission en Pologne auprès des chefs de la confédération de Bar, insurgés contre le roi Stanislas II et contre l'emprise russe, rassemblés à Eperies en Hongrie.

Mais le duc de Choiseul tombe en disgrâce, alors qu'il se trouve sur place, et il se retrouve privé d'instructions. Il se met alors à la tête d’un parti de confédérés, attaque commandés par Alexandre Souvorov, qui le bat à la bataille de Lanckorona (). Le duc d'Aiguillon, successeur de Choiseul, le rappelle en 1772, au moment où, la confédération ayant été vaincue, a lieu le premier partage de la Pologne.

Arrestation et séjour à la Bastille (1774) Il part alors aider le roi de Suède Gustave III dans sa lutte contre l’aristocratie suédoise, mission qui lui a été donnée par le duc de Broglie, ministre de la Correspondance secrète de Louis XV.

D’Aiguillon, qui n'en a pas été informé, le fait arrêter à Hambourg et enfermer près de à la Bastille, puis au château de Caen, d’où il ne sort qu’à la mort de Louis XV (), sans doute pour avoir détourné une partie des fonds destinés à ses missions, pour payer ses dettes.

Sous le règne de Louis XVI, jusqu'à la Révolution (mai 1774 - juillet 1789) En , il épouse sa cousine germaine Marie Marguerite Eléonore Estienne de BroissyLouis Gosselin, « L'île Saint-Jean » Le mois à Caen, octobre 1967, , . à Pont-Audemer (église Saint-Ouen).

Louis XVI lui rend son grade de colonel et l'envoie à Lille enseigner l'exercice à la prussienne. Puis il le nomme gouverneur de Cherbourg, où il dirige pendant onze ans les travaux du nouveau port.

Il est nommé brigadier en 1787, maréchal de camp (général de brigade) le .

Datation à préciser. La garde nationale date du 15 juillet 1789, c'est un des éléments de la Révolution.

Débuts de la Révolution (1789-1792) Comme bien des membres de la noblesse, il espère une réforme de la monarchie absolue. Dès la convocation des États généraux (), il s'enthousiasme pour les principes de la Révolution française et . Mais ce militaire qui jouit d'importantes sommes, ne réussit pas à se faire élire député.

Le , les États généraux deviennent l'Assemblée nationale constituante. Le 14 juillet a lieu l'insurrection de Paris pour défendre l'Assemblée. Cela se répercute en province : le 18 juillet 1789, le château de Caen est pris d'assaut par les bourgeois et le peuple de la ville, mais son commandant arbore la cocarde tricolore et rétablit sans incident majeur le calme dans la ville. Il quitte alors CaenSon successeur, Henri de Belzunce, est et est massacré par la foule le 12 août 1789. pour s'établir à Paris. Là, il se lie avec Armand Gensonné, La Fayette et Mirabeau et entre au Club des jacobins en 1790.

Il obtient un commandement en 1791 pendant les premiers troubles de l'Ouest causés par la Constitution civile du clergé. Il est nommé lieutenant-général le puis général en chef le suivant et commandant de la garde nationale de Cherbourg en .

Avec l'appui des Girondins, il est ministre des Affaires étrangères le , pousse à la guerre contre l’Autriche, fait licencier la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI et opère le renvoi des ministres Roland, Servan et Clavière. Au mois d'avril, La Fayette, inquiet du sort du Roi, envoie un de ses aides de camp, le lieutenant-colonel de Langlais, auprès de Dumouriez, avec une lettre. Le , Dumouriez lui répond et l'assure de leur confiance mutuelle. Le , Dumouriez annonce à l'Assemblée législative la déclaration de guerre au roi de Hongrie et de Bohème.

Il est chargé un moment du ministère de la Guerre, mais, disgracié par le Roi pour avoir mis en cause ses prédécesseurs ministres, il se retire du ministère en démissionnant le , et reprend du service.

Général des armées de la République thumb|Buste de Dumouriez par Houdon, 1792 - musée des Beaux-Arts d'Angers.

Il part à l’armée du Nord (Luckner) commander la division du camp de Maulde. Ses troupes sont engagées dans les Pays-Bas autrichiens selon un plan qu'il a conçu, à la consternation des généraux La Fayette et Rochambeau : pénétrer en Belgique sans attendre le ravitaillement et vivre sur le pays, où les Français seront accueillis en libérateur. C'est un échec : les populations locales s'avèrent hostiles, les vivres et le fourrage manquent ; les soldats paniquent et se débandent à Mons et à Tournai, jusqu'à massacrer le général Dillon. Pendant ce temps, les troupes prussiennes du duc de Brunswick pénètrent en France et mettent le siège devant Verdun, qui tombe rapidement.

Après la journée du 10 août (chute de Louis XVI), grâce à l'influence de son ami Danton, il reçoit le commandement de l'armée des Ardennes que La Fayette vient de quitter. Dumouriez a seulement à opposer aux de Brunswick : il s'empare donc des défilés de l'Argonne, seul moyen d'arrêter la marche des PrussiensLe 4 septembre 1792, il écrit à Paris la dépêche suivante : « Verdun est pris, j’attends les Prussiens. Les défilés de l’Argonne sont les Thermopyles de la France ; mais je serai plus heureux que Léonidas. » II s’y maintient en effet. vers Paris.

L’armée prussienne étant retardée pour diverses raisons, Kellermann a le temps de rejoindre Dumouriez le , avec , ainsi que Beurnonville avec . Le , ils mettent fin à l'avance de l’ennemi : les Prussiens, attaqués à Valmy, se retirent après une bataille qui est surtout un échange de tirs de canons« Modeste canonnade à Valmy », herodote.net, 21 janvier 2016.. Cette bataille fait assez peu de victimes, 300 chez les Français, 184 chez les Prussiens. Dans la mémoire nationale française, le nom de Dumouriez est associé avec celui de Kellermann à la bataille de Valmy, à laquelle la proclamation de la République par la Convention le lendemain donne une importance symbolique considérable.

Pourtant Dumouriez a un comportement équivoque après Valmy. Au lieu de harceler l'armée en retraite, il se contente de la suivre sans l’inquiéter.

Venu à Paris, il obtient le commandement de l'armée du Nord. Le , il publie à Valenciennes une proclamation incitant les Belges à se soulever contre l'Autriche. Il envahit les Pays-Bas autrichiens le . Le , alors qu'il se dispose à attaquer l’armée autrichienne sur les hauteurs fortifiées de Jemappes, ce sont les Autrichiens qui attaquent. Avec le général Ferrand qui commande l'aile gauche de l’armée, il est vainqueur du duc Albert de Saxe-Teschen lors de cette bataille (), permettant l'occupation des Pays-Bas autrichiens. Dumouriez prône alors la formation d'une république indépendante de Belgique, s’opposant à la Convention, dominée par les girondins, qui envisage l'annexion.

Échec politique et militaire, putsch manqué et émigration vignette|upright|Dumouriez fait arrêter les députés François Lamarque, Armand-Gaston Camus, Nicolas-Marie Quinette, Jean Henri Bancal des Issarts et le ministre de la Guerre Pierre Riel de Beurnonville venus pour le suspendre et le ramener s'expliquer devant la Convention nationale.

Retour politique à Paris (janvier 1793)