Donato di Niccolò di Betto Bardi, dit Donatello (Florence, v. 1386 - Florence, ), est un sculpteur florentin.
Son œuvre est prolixe et variée ; Giorgo Vasari dira qu'après sa mort « tous ceux qui travaillèrent en relief purent se dire avoir été de ses élèves ». Il est, selon Leon Battista Alberti, un des cinq rénovateurs de l'art de son époque avec Masaccio, Brunelleschi, Ghiberti et Luca Della Robbia.
Biographie Contexte historique La période durant laquelle Donatello est né et a exercé est marquée par une profonde émulation artistique et culturelle. À Florence, au , on observa un regain d’intérêt pour la culture grecque et romaine dont la majorité des œuvres conservées à cette époque étaient des sculptures et des bas-relief. L'essor du commerce et des banques florentines (notamment la banque familiale des Médicis)Charles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Éditions Allia, 1970, permit le développement d'un mécénat important qui profita aux sculpteurs et aux architectes, alors chargés de décorer la ville et ses édifices. La rivalité entre les mécènes et entre les artistes accéléra le développement artistique et les évolutions stylistiquesCharles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p.21. Certains des plus grands artistes italiens furent donc contemporains de Donatello : Brunelleschi, Masaccio, Fra Angelico ou encore GhibertiElie Faure, L'Art renaissant, préface de l'édition de 1923. L’atmosphère inédite de liberté encouragea les artistes à explorer de nouvelles techniques telles que la peinture à l'huile ou la perspective géométriqueElie Faure, L'Art Renaissant, Florence : chapitre 2 « La fresque ».
Jeunesse et formation Donato di Niccolò di Betto Bardi, dit Donatello, fils d’un cardeur de laine, naquit à Florence, en 1386. Il effectua un séjour à Pistoia qui pourrait être en rapport avec l’activité de Brunelleschi dans cette ville, qui l’a sans doute formé à l’orfèvrerie et qui est devenu son amiWirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 6. Vasari souligne l’émulation qui existait entre les deux artistes qui sont partis ensemble à Rome vers 1402Charles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p. 84 pour étudier la sculpture et l’architecture antiquesGiorgio Vasari, Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectes, 2ème partie « Filippo Brunelleschi ». Il travailla entre 1404 et 1407, comme compagnon dans l’atelier de Ghiberti qui se consacrait alors à sa première porte du baptistère. Ghiberti lui communiqua sa technique de fusion du bronze et l'initia à l'art du bas-relief.
Les débuts vignette|267x267px|David (vers 1408-1409), marbre, 191 x 57,5 x 32 cm, Museo nazionale del Bargello, Florence La première œuvre certaine de Donatello est un David en marbre (1408-1409) encore marquée par le style gothique malgré un contrapposto qui cherche à mettre en mouvement la sculptureWirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 9. Au cours des années suivantes, il réalisa de nombreuses statues en marbre, terre cuite, bronze et bois pour des clients résidant avant tout à Florence. Il a ainsi sculpté pour orner la façade de Orsanmichele d'un Saint Georges avec son socle (vers 1417)Charles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p. 80Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 17, et celle de la cathédrale Santa Maria di Fiore d'un Saint Jean l’Evangéliste assis (1408-1415)Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 14, deux sculptures montrant exemplairement la volonté de s’émanciper du hiératisme de l'art gothique pour arriver à davantage de réalisme. Le bas-relief qui décore le socle de Saint Georges est le premier bas-relief en marbre connu du sculpteur où l’on retrouve mobilisée la perspective géométrique inventée par Brunelleschi pour les dessins d’architecture. Ce relievo schiacciato donne une impression de profondeur suggérant une « sorte d’éclairage interne et d’atmosphère »Charles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Éditions Allia, 1970, p. 63.
gauche|vignette|Saint Georges, vers 1417, marbre, 209 x 67cm, Museo Nazionale del Bargello, Florence
Directement après le Saint Georges, Donatello reçut la commande de cinq prophètes en marbre pour décorer la façade du CampanileCharles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p.82Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p.20. Le prophète Jérémie est le dernier achevé en 1436Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p.24 ; on retrouve - comme dans les quatre autres prophètes – une forte influence de la statuaire romaine. Les drapés de son vêtement tombent en formant de lourds plis comme sur une toge antique et l'expression du prophète rappelle, par sa gravité, les statues des orateurs romainsWirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p.21.
Tout en travaillant à la fabrication des prophètes destinés au Campanile, Donatello, déjà célèbre à Florence et en Italie, reçut différentes commandes dont le Saint Louis de Toulouse, qui est sa première sculpture en bronze pour une niche de la façade d’Orsanmichele (1421-1425)Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 26. La sculpture a été fondue en plusieurs pièces assemblées ultérieurement, technique qui permit un travail approfondi sur le modelage des drapés. Ces derniers semblent faits avec un tissu épais et résistant, qui, par opposition avec les drapés gothiques, n'épousent pas la ligne du corps. À partir de 1423 il reçoit ses premières commandes en dehors de Florence : le bas-relief en bronze représentant le Festin d’Hérode (1423-1427) ainsi qu’une Allégorie de la Foi (1427-1428) et une de l’Espérance (1427-1429) pour les fonts baptismaux de SienneWirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 29.
Collaboration avec Michelozzo vignette|Monument funéraire de l'antipape Baldassare Coscia, vers 1422-1428, marbre (partiellement polychrome) et bronze doré, 713 x 200 x 213 cm, Baptistère de Florence Dès 1425, Donatello avait établi une collaboration avec Michelozzo qui dura jusqu’à la fin des années trente et avec lequel il réalisa de nombreux projets d’envergureWirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 35. Son ancien élève Michelozzo, outre qu’il était un expert de la fonte du bronze, ayant travaillé avec Ghiberti sur son Saint MatthieuCharles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p.87, était un bon gestionnaire ; il se chargea des tâches liées à la vie quotidienne de Donatello, qui manifestait une certaine répugnance. De cette collaboration, naquirent de grands monuments funéraires en marbre et en bronze, où l'on peut voir des innovations stylistiques majeures d’un point de vue architectural comme sculptural.
vignette|Madone Pazzi, entre 1425 et 1430, marbre 74,5 x 69,5 cm, Berlin|gauche
Le Monument funéraire de l’antipape Baldassare Coscia (vers 1422-1428), par exemple, mesure plus de sept mètres de haut et s’insère entre deux colonnes du Baptistère de Florence. Il est surmonté par un baldaquin avec des rideaux de marbres qui semblent accrochés aux colonnes. Cette mise en scène est assez novatrice et sera souvent reprise dans d'autres monuments funéraires du QuattrocentoWirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 37. Le corps du défunt en bronze doré témoigne d’une très grande dextérité dans la fonte et le travail du métal. Les deux artistes réalisèrent d’autres projets de grande ampleur, comme le Monument funéraire pour le cardinal Rainaldo Brancacci à Naples (vers 1426-1428), reprenant la mise en scène théâtrale du sarcophage entre des colonnes découverts de part et d’autre par des rideaux en marbreCharles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p. 89. De cette époque, datent de nombreux bas-reliefs où l’on remarque une très grande virtuosité dans le rilievo schiacciato, dans l'impression de douceur que donne la finition des œuvres, ainsi que dans l’expression des émotions. La Madone Pazzi est un des exemples de cette virtuosité (entre 1425 et 1430)Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p. 41.
Après un voyage à Rome (vers 1431 jusqu’à 1433)Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p.44, on perd toute trace d’association entre les deux artistes, Michelozzo se tournera davantage vers l’architectureCharles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p. 90.
Les années trente, la période de la maturité La décennie de 1430 fut sans doute la période la plus productive de la carrière de Donatello. Aux derniers prophètes pour le Campanile, s’ajoutent la chaire extérieure de la cathédrale de Prato (finie en 1438)Wirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p.46 et La tribune des chantres de la cathédrale de Florence.
Ces deux œuvres sont ornées de bas-reliefs représentant des putti chantant et dansant. On observe des solutions innovantes pour donner un mouvement d’ensemble à la fresque malgré la contrainte des panneaux particuliersWirtz, R. C (1998). Donatello, 1386-1466. Konemann p.48. Sur les bas-reliefs de la Chaire du dôme de Prato, les membres de certains personnages sont coupés au niveau des colonnes séparant les différents panneaux, pour donner l'impression que les personnages se trouvent derrière celles-ci, comme si tous les panneaux de la chaire ne représentaient qu'une seule scène. La frise de la Cantoria de Florence, quant à elle, est faite avec deux longs blocs de marbre. L’espace est divisé en quatre zones par des colonnettes mais celles-ci sont indépendantes et passent devant le bas-relief. Les anges se disposent sur deux plans, ceux du premier plan allant vers la gauche et ceux du deuxième vers la droite, donnant un effet de farandole qui illustre le Psaume 150Ps.150.3-5 : « Louez-le au son de la trompette! Louez-le avec le luth et la harpe!/ Louez-le avec le tambourin et avec des danses! Louez-le avec les instruments à cordes et le chalumeau!/ Louez-le avec les cymbales sonores! Louez-le avec les cymbales retentissantes! » tout en rappelant la frénésie des fresques à motifs bachiques que l'on trouvent sur certains sarcophages romainsCharles Avery, La Sculpture florentine de la Renaissance, Editions Allia, 1970, p.92-95.
vignette|L'Ascencion de saint Jean, 1434-1443, stuc (polychrome) diamètre : 215cm, San Lorenzo, Florence.