thumb|upright=1.3|Carte des voyages entre 1902 et 1904 :

L'expédition Discovery, officiellement appelée British National Antarctic Expedition (BrNAE), est la première expédition britannique en Antarctique du . Menée entre 1901 et 1904 par Robert Falcon Scott, sa mission est l'exploration du littoral de la mer de Ross, découverte environ soixante ans plus tôt par James Clark Ross, et la recherche scientifique au long de la côte. Elle tire son nom du navire qui la débarque en Antarctique : le RRS Discovery.

Organisée dans le cadre d'un comité conjoint de la Royal Society et de la Royal Geographical Society, l'expédition, à vocation scientifique, vise à explorer et à étudier un continent qui reste alors en grande partie inconnu. Elle est conduite par des explorateurs qui deviendront les fers de lance de l'âge héroïque de l'exploration en AntarctiqueL'âge héroïque de l'exploration en Antarctique est généralement considéré comme couvrant la période entre l'expédition antarctique belge (1897-1899) d'Adrien de Gerlache de Gomery et la fin de l'expédition Endurance (1914-1917) de Ernest Shackleton. : Robert Falcon Scott, Ernest Shackleton, Edward Adrian Wilson, Frank Wild, Thomas Crean, William Lashly.

Son bilan scientifique est riche de découvertes importantes dans le domaine de la géologie, les vallées sèches de McMurdo, dans celui de la zoologie, la colonie de manchots empereur du cap Crozier, mais aussi dans ceux de la biologie, de la météorologie et du magnétisme. Les découvertes et explorations de la Terre du Roi-Édouard-VII et du plateau Antarctique, par l'ouest de la Chaîne Transantarctique, sont tout aussi notables. L'expédition n'a cependant pas sérieusement tenté d'atteindre le pôle Sud, mais elle parvient jusqu'à un , à une latitude de 82°17'S.

L'expédition Discovery occupe une place importante dans l'histoire britannique de l'exploration antarctique. À son retour, elle est célébrée comme un succès, bien qu'elle ait nécessité une coûteuse mission de secours pour ramener du pack le RRS Discovery et son équipage, et bien que la qualité de certains de ses documents scientifiques soit plus tard remise en cause. Par la suite, l'échec de l'expédition est expliquée par l'incapacité à maîtriser les techniques de voyages polaires efficaces, essentiellement l'utilisation des skis et des chiens. Cette carence restera commune aux expéditions britanniques suivantes.

Contexte Précurseurs

thumb|upright=1.2|L'expédition Erebus et Terror de James Clark Ross posa les bases des explorations britanniques en Antarctique, notamment par la découverte de l'île de Ross.

Entre 1839 et 1843, le capitaine James Clark Ross de la Royal Navy réalise trois voyages vers le continent Antarctique dans le cadre de l'expédition Erebus et Terror. Il découvre et explore un nouveau secteur de l'Antarctique, qui fournira une tête de pont pour de nombreuses autres expéditions britanniques, dont l'expédition Discovery. Ross établit les grandes lignes géographiques de cette région et nomme un nombre important de ses points remarquables : la mer de Ross, la Grande barrière de glaceLe nom de barrière de Ross ne lui sera attribué que plus tard., l'île de Ross, le cap Adare, la Terre Victoria, le détroit de McMurdo, le cap Crozier et les volcans du mont Erebus et du mont Terror.

Il retourne à la barrière de glace plusieurs fois dans l'espoir de l'explorer mais n'est pas en mesure d'y prendre pied, parvenant seulement à un de 78°10'S en dans une baie. Ross pense qu'une terre existe également à l'est de la barrière mais il ne réussit pas à le confirmerLes instructions de Scott, comme commandant de l'expédition Discovery, étaient également de découvrir la présence de terres à l'est de la barrière. La terre à l'Est de la barrière est la Terre Marie Byrd..

Après cette série d'expéditions réalisées par Ross, il n'y a pas de voyages enregistrés dans ce secteur de l'Antarctique pendant cinquante ans. En , un baleinier norvégien nommé Antarctica fait un bref passage au cap Adare, la pointe nord de la Terre Victoria, et Alexander von Tunzelmann pose, pour la première fois, le pied sur le continentCe fait est cependant disputé : l'Américain John Davis affirme avoir foulé la péninsule Antarctique en 1821. . Quatre ans plus tard, Carsten Borchgrevink, qui a fait partie du groupe de von Tunzelmann, mène l'expédition Southern CrossCette expédition est financée par des fonds privés : une donation de du magnat britannique de la presse George Newnes , à condition que cette expédition soit identifiée comme britannique, malgré le fait qu'elle ne soit pas reconnue officiellement et que seuls deux hommes sur les dix de l'équipe ayant hiverné sont britanniques. Néanmoins, cette expédition est classée comme britannique par le Scott Polar Research Institute.. Borchgrevink arrive au cap Adare en et y installe un petit abri pour y passer l'hiver 1899. L'été suivant, il navigue plus au sud, au point d'arrivée de Ross sur la barrière de glace. Une équipe de trois traîneaux voyage vers le sud sur la barrière et atteint un nouveau , à 78°50'SLa latitude atteinte diffère selon les sources..

L'expédition Discovery est planifiée pour reprendre l'œuvre de Ross et restaurer la domination britannique, au cours d'une vague notable d'intérêt international dans les régions de l'Antarctique, à la fin du . Quatre autres expéditions sont ainsi organisées dans d'autres secteurs de l'Antarctique en même temps que Discovery : l'expédition Gauss, dirigée par l'Allemand Erich von Drygalski, l'expédition Antarctic, dirigée par le Suédois Otto Nordenskjöld, la première expédition Charcot, dirigée par le Français Jean-Baptiste Charcot et l'expédition Scotia, dirigée par l'écossais William Speirs BruceCette dernière, perçue comme car elle n'a pas l'approbation de la Royal Geographical Society et de son président Clements Markham, est donc rivale..

La Royal Navy, Markham et Scott Dès le début du , l'exploration polaire est une activité traditionnelle de la Royal Navy en temps de paix. Cet intérêt diminue après la perte de l'expédition Franklin qui a quitté l'Angleterre en 1845 à la recherche du passage du Nord-Ouest mais n'en est jamais revenu. À la suite de l'échec de l'expédition Arctique britannique au pôle Nord dirigée par George Nares entre 1874 et 1876, l'Amirauté estime que de nouvelles quêtes polaires sont à la fois dangereuses et futiles.

thumb|left|Robert Falcon Scott, chef de l'expédition.

Toutefois, le secrétaire de la Royal Geographical Society — Il en devient plus tard le président. — Clements Markham, ancien marin qui a servi dans une des expéditions de secours à Franklin en 1851, reste un ardent défenseur de la reprise par la marine britannique de son rôle historique. Une occasion se présente en 1893 lorsque le biologiste John Murray, qui a visité l'océan Austral dans les années 1870 avec l'expédition du ChallengerJohn Murray est l'assistant du directeur scientifique Charles Wyville Thomson lors de l'expédition du Challenger. Il s'occupe également des rapports scientifiques après la mort de Thomson en 1882., demande une expédition d'envergure en Antarctique pour le bénéfice de la science britannique. Cette initiative est fortement soutenue, à la fois par la Royal Geographical Society par l'intermédiaire de Markham et par le premier organisme scientifique du pays, la Royal Society. Un comité conjoint des deux sociétés est créé pour décider de la forme que l'expédition doit prendre. La vision de Markham d'une véritable entreprise de la Royal Navy dans le style de Ross ou de Franklin s'oppose aux partisans d'une commission mixte, avec un apport important de scientifiques. Cependant sa ténacité est telle que l'expédition est largement façonnée selon sa volonté. Son frère et biographe écrit plus tard que l'expédition a été .

Markham est accoutumé de suivre les officiers de marine jeunes et prometteurs qu'il estime aptes aux responsabilités quand l'occasion se présente. Il remarque pour la première fois l'aspirant Robert Falcon Scott en 1887, alors qu'il est second sur le HMS Rover à Saint-Christophe-et-Niévès. Treize ans plus tard, Scott, devenu lieutenant assigné aux torpilles sur le , cherche à renouveler sa carrière. Une rencontre en avec Markham à Londres l'amène à demander la direction de l'expédition. Bien que Scott soit présent depuis longtemps dans l'esprit de Markham, ce n'est pas son premier choix. Il le choisit cependant quand les autres candidats s'avèrent trop âgés ou indisponibles. Markham entérine la nomination de Scott le , suivant rapidement sa promotion comme commandant.

La science ou l'aventure La responsabilité exacte de Scott doit cependant encore être réglée. Les membres du comité conjoint de la Royal Society pensent qu'il doit se borner à être le capitaine du navire transportant l'expédition en Antarctique. Ils obtiennent la nomination de John Walter Gregory, professeur de géologie à l'Université de Melbourne et ancien assistant géologue au British Museum, comme directeur scientifique ainsi que chef de l'expédition, une fois l'équipe arrivée en Antarctique. Ce n'est pas l'avis de Clements Markham et de la Royal Geographical Society qui pensent que le commandement de Scott sur l'ensemble de l'expédition doit être total et sans ambigüité. Scott insiste lui-même sur ce point jusqu'à proposer sa démission. L'avis de Markham et de Scott l'emporte et Gregory abandonne, précisant que le travail scientifique ne doit pas être .

Cette controverse altère les relations entre les sociétés savantes et perdure, même après la fin de l'expédition et la publication de ses résultats scientifiques, bien que Gregory ait lui-même fait l'éloge des réalisations scientifiques de Scott et de ses collègues. L'insistance de Markham pour un commandement de la Royal Navy est une question de tradition et de style plutôt qu'une indication d'un manque de respect pour la science.

L'équipe thumb|upright=0.7|Edward Adrian Wilson, le zoologiste de l'expédition.

Bien que ce ne soit pas un projet formel de la Royal Navy, Scott propose d'organiser l'expédition comme une véritable expédition maritime. L'Amirauté accepte de lui fournir une équipe de trois officiers et de vingt-trois marins de la Royal Navy, le reste de l'équipe devant être recruté dans la marine marchande ou parmi les civils. Deux officiers de la marine marchande signent : Albert Armitage, le commandant en second qui a déjà l'expérience de l'expédition Jackson-Harmsworth (1894-1897) à son actif, et Ernest Shackleton, destiné à conduire plus tard ses propres expéditions et à se classer avec Scott comme une figure emblématique de l'exploration antarctique.

L'équipe scientifique est inexpérimentée. D'abord pressenti, l'écossais William Speirs Bruce refuse pour monter l'expédition Scotia. Le seul scientifique ayant déjà une expérience de l'Antarctique est Louis Bernacchi qui a participé à l'expédition Southern Cross et travaillé avec Carsten Borchgrevink sur le magnétisme et la météorologie. Le géologue Hartley Ferrar, vingt-deux ans, est récemment diplômé de l'Université de Cambridge. Le biologiste marin Thomas Hodgson du musée de Plymouth est lui plus âgé, tout comme l'un des médecins, Reginald Koettlitz, qui est, à quarante ans, le doyen des membres de l'expédition ; comme Armitage, il a participé à l'expédition Jackson-Harmsworth. Le second médecin, le zoologiste Edward Adrian Wilson, en qui Scott a une grande confiance, apporte un calme et une patience qui auraient, selon plusieurs biographes, probablement manqué à Scott.