Lucy Maud Montgomery, née le à Clifton et morte le à Toronto, est une écrivaine canadienne principalement connue pour sa série de romans débutée en 1908 par Anne... la maison aux pignons verts. Le livre rencontre un succès immédiat. Son personnage d'Anne Shirley, jeune orpheline, apporte la célébrité à Montgomery de son vivant et lui attire un lectorat international.
Ce premier roman a de nombreuses suites, avec Anne pour personnage principal. Par la suite, Montgomery publie encore vingt romans, cinq cent trente nouvelles, cinq cents poèmes et trente essais. La plupart de ses romans se passent à l'Île-du-Prince-Édouard, et certains endroits de cette province, la plus petite du Canada, deviennent ainsi des lieux littéraires emblématiques du pays et des destinations touristiques populaires . Montgomery est nommée officier de l’Ordre de l’Empire britannique en 1935.
Aujourd’hui encore, les œuvres, journaux et correspondances de Montgomery sont lus et étudiés par de nombreux lecteurs et universitaires du monde entier.
Jeunesse thumb|Lucy Maud à .|alt= thumb|Lucy Maud Montgomery en 1935.|alt= Lucy Maud Montgomery naît à Clifton (l’actuelle New London), à l’Île-du-Prince-Édouard, le . Sa mère, Clara Woolner Macneill Montgomery, meurt de tuberculose alors que Lucy n’a que vingt-et-un mois. Accablé de chagrin, son père, Hugh John Montgomery, confie Lucy à la garde de ses grands-parents maternels, mais continue de la voir. Quand Lucy a sept ans, il déménage à Prince Albert, dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd'hui en Saskatchewan)"About L. M. Montgomery: Her Life". L. M. Montgomery Institute. University of Prince Edward Island. (consulté le 19 juin 2020). Dès lors, Lucy est élevée par ses grands-parents, Alexander Marquis Macneill et Lucy Woolner Macneill, dans le village de Cavendish, sur l’Île-du-Prince-Édouard.
À Cavendish, Montgomery a une enfance très solitaire. Elle passe la plupart de son temps seule, bien qu’elle ait de la famille dans les environs. Elle s’invente des amies et des mondes imaginaires pour faire face à la solitude, et elle reconnaîtra plus tard que cette période lui a permis de développer sa créativité. Ses amies imaginaires se nomment Katie Maurice et Lucy Gray ; elles vivent dans la « pièce féérique » derrière la bibliothèque du salon. Un jour, pendant le culte du dimanche, Montgomery demande à sa tante où se trouve sa défunte mère, qui pointe son index vers le haut en guise de réponse. Montgomery remarque alors une trappe dans le plafond de l’église et se demande pourquoi le pasteur ne prend pas une échelle pour récupérer sa mère dans la toiture.
En 1887, à l’âge de treize ans, Montgomery écrit dans son journal intime qu’elle a « des rêves précoces de gloire future ». Elle soumet un poème pour publication, écrivant : « Je me voyais déjà la coqueluche de mes camarades de classe – une petite célébrité locale. » Lorsque celui-ci est refusé, elle écrit : « Des larmes de déceptions me venaient malgré moi tandis que, rampant, j’allais cacher mon pauvre manuscrit chiffonné dans les profondeurs de ma malle. » Plus tard, elle note : « Au fond de moi, derrière toute cette déception et ce rejet, je savais qu’un jour, j’y “arriverais”. »
Après avoir terminé sa scolarité à Cavendish, Montgomery passe un an (1890) à Prince Albert avec son père et sa belle-mère, Mary Ann McRae. Durant son séjour à Prince Albert, Montgomery publie son premier poème, « On Cape LeForce », dans le journal de Charlottetown, The Daily Patriot. Ce qui l’enthousiasme autant que de retourner en 1891 sur son île du Prince-Édouard adorée. Avant son retour à Cavendish, Montgomery publie un article dans le même journal, relatant sa visite d’un camp d’Amérindiens dans les Grandes Plaines. Elle croise souvent des Pieds-Noirs et des Cris à Prince Albert, et écrit qu’elle a vu de nombreux Indiens des Prairies qui étaient bien plus beaux et séduisants que ceux qu’elle a pu voir auparavant dans les provinces maritimes.
Son retour à Cavendish est un grand soulagement pour elle. Elle était malheureuse à Prince Albert, car elle ne s’entendait pas avec sa belle-mère. D’après Lucy, le mariage de son père n’est pas un mariage heureux.
En 1893, elle suit des cours au Prince of Wales College, à Charlottetown, pour obtenir son diplôme d’enseignante. Montgomery adore l’Île-du-Prince-Édouard. Lors de ses balades solitaires dans la paisible campagne de l’île, elle commence à éprouver ce qu’elle appelle « des flashs » – des moments de tranquillité et de clarté durant lesquels elle ressent une extase émotionnelle et est inspirée par la conscience d’une puissance spirituelle supérieure qui habite la nature. Les comptes rendus qu’elle fait de ces « flashs » lui serviront plus tard de base pour les descriptions des moments de communion d’Anne Shirley avec la nature. En 1905, Montgomery écrit dans son journal que « parmi les banalités de la vie, je me sentais très proche d’un royaume de beauté idéale. Entre lui et moi ne se trouvait qu’un léger voile. Je ne pouvais jamais vraiment l’écarter, mais par moments le vent le soulevait et il me semblait voir un aperçu du royaume enchanté qui était au-delà – seulement un aperçu – mais ces aperçus ont toujours rendu la vie digne d’intérêt. » En tant que femme profondément spirituelle, Montgomery considère ces « flashs » comme les moments les plus émouvants, intenses et beaux de sa vie.
Elle valide son programme de deux années de cours à Charlottetown en un an seulement. Puis, en 1895 et 1896, elle étudie la littérature à l’université Dalhousie, à Halifax en Nouvelle-Écosse.
Carrière littéraire, relations sentimentales et vie de famille Publications et prétendants Lorsqu’elle ressort de l’université Dalhousie, Montgomery commence à travailler comme institutrice pour diverses écoles de l’Île-du-Prince-Édouard. Bien qu’elle n’aime pas enseigner, cela lui laisse le temps d’écrire. Elle se met à écrire des nouvelles en 1897, qui sont publiées dans des magazines et des journaux. Très prolifique, elle publie plus d’une centaine d’histoires entre 1897 et 1907.
Pendant ses années passées à étudier et enseigner, Montgomery a de nombreux prétendants. Cette jeune femme très en vue apprécie les « minces et beaux garçons » et s’attire l’attention de plusieurs jeunes hommes. En 1889, à quatorze ans, Montgomery avait entamé une relation avec un garçon de Cavendish nommé Nate Lockhart. Pour Montgomery, cette relation n’était rien de plus qu’une amitié comique et pleine d’esprit. Elle prit fin brusquement lorsque Montgomery refusa sa demande en mariage.
Le début des années 1890 est quant à lui marqué par les avances indésirables de John A. Mustard et Will Pritchard. Mustard, son professeur, devient rapidement son prétendant. Il tente de l’impressionner par ses connaissances religieuses. Ses sujets de conversation préférés sont ses considérations sur la prédestination et « d’autres points ennuyeux de théologie », qui n’ont que peu d’intérêt pour Montgomery. Au moment où les avances de Mustard se font plus pressantes, Montgomery se découvre un nouveau prétendant en la personne de Will Pritchard, le frère de son amie Laura Pritchard. Cette amitié est plus agréable mais, là encore, il a plus de sentiments pour Montgomery qu’elle n’en a pour lui. Quand Pritchard lui exprime son désir que leur amitié aille plus loin, Montgomery résiste. Elle refuse les demandes en mariage des deux hommes : le premier est trop étroit d’esprit, le second n’est qu’un bon copain. Elle met fin à cette amourette en repartant pour l’Île-du-Prince-Édouard. Toutefois, elle et Pritchard continuent de correspondre pendant plus de six ans, jusqu’à ce qu’il meure de la grippe en 1897.
En 1897, Montgomery reçoit une demande en mariage de la part d’Edwin Simpson, un étudiant de French River, près de Cavendish. Montgomery écrit qu’elle n’a accepté sa demande que par désir « d’amour et de protection », et parce qu’elle avait le sentiment que ses perspectives en la matière étaient médiocres. Montgomery en vient à détester Simpson, qu’elle considère comme un homme d’un égocentrisme et d’une vanité insupportables, au point de lui donner la nausée en sa présence. Alors qu’elle enseigne à Lower Bedeque, elle a une brève aventure avec Herman Leard, un membre de la famille où elle est en pension. De tous les hommes qu’elle a aimés, c’est Leard qu’elle a aimé le plus. Elle écrit dans son journal :
« Herman a soudain baissé la tête et ses lèvres se sont posées sur mon visage. J’ignore ce qui s’est emparé de moi – j’étais comme sous l’emprise d’un pouvoir totalement hors de mon contrôle – j’ai tourné ma tête – nos lèvres se sont rencontrées dans un baiser passionné – un baiser de feu et de ravissement tel que je n’en avais jamais connu ou imaginé avant. Les baisers d’Ed me laissaient au mieux froide comme la glace – ceux d’Herman embrasaient chaque fibre de mon corps ».
Le , Montgomery écrit qu’il lui faut rester fidèle à Simpson et que « pour préserver mon amour propre je ne dois pas m’abaisser à quelque aventure que ce soit avec un autre homme ». Puis : « Si j’avais, ou plutôt si j’avais pu m’en tenir à cette résolution, je me serais épargnée d’innombrables souffrances. Car ce n’est que quelques jours plus tard que je me suis trouvée face à cette brûlante prise de conscience que j’aimais Herman Leard d’un amour sauvage, passionné, irraisonné, qui me dominait entièrement et me possédait comme une flamme – un amour que je ne pouvais ni réprimer ni contrôler – un amour dont l’intensité approche celle de la folie pure. La folie ! Oui ! »
Dans le Canada victorien, le sexe avant le mariage est une chose rare pour les femmes (alors qu’il est fréquent pour les hommes en quête de relations sexuelles de se rendre dans des bordels), et Montgomery a été élevée dans un foyer presbytérien strict où on lui a enseigné que ceux qui se rendent coupables du péché de « fornication » comptaient parmi les « damnés » qui brûlaient en enfer pour l’éternité – une leçon qu’elle a prise à cœur. En dépit de son éducation, Montgomery invite souvent Leard dans sa chambre quand tout le monde est sorti, et bien qu’elle refuse de faire l’amour avec lui car elle souhaite rester vierge pour son mariage, elle et Leard s’embrassent et s’engagent dans des « préliminaires ». Dans son journal, Montgomery fait référence à Leard comme à « un jeune animal très gentil et séduisant ! », mais un animal avec « des yeux bleus magnétiques », comme elle l’écrit dans une autre entrée de son journal.
Écoutant les objections de sa famille et de ses amis selon lesquels Leard n’est « pas assez bien » pour elle, Montgomery met un terme à leur relation. Il meurt peu après de la grippe. En 1898, après beaucoup de tristesse et de désillusions, Montgomery rompt ses fiançailles avec Simpson. Montgomery ne cherche plus l’amour romantique. Elle est bouleversée en apprenant la mort de Leard en , et écrit dans son journal : « Il m’est plus facile de penser à lui comme mort, mien, entièrement mien dans la mort, comme il n’a jamais pu l’être dans la vie, mien car aucune autre femme n’a pu toucher son cœur ou embrasser ses lèvres ».
En 1898, Montgomery retourne vivre à Cavendish, chez sa grand-mère désormais veuve. Pendant neuf mois entre 1901 et 1902, elle travaille à Halifax en tant que correctrice remplaçante pour le Morning Chronicle et le Daily Echo. C’est durant cette période sur l’Île-du-Prince-Édouard qu’elle trouve l’inspiration pour écrire ses premiers livres. Elle reste s’occuper de sa grand-mère à Cavendish jusqu’à sa mort en . À cette période, les revenus de Montgomery sont élevés grâce à ses publications. Même si elle apprécie ces revenus, elle a conscience que « le mariage est un choix nécessaire pour les femmes au Canada ».
Mariage et famille