Abraham Kuyper (), né le à Maassluis et mort le à La Haye, est un homme d'État néerlandais.
Pasteur protestant et théologien, il est le fondateur du premier parti politique aux Pays-Bas, le Parti antirévolutionnaire (ARP), et de l'université libre d'Amsterdam. Chef de file et porte-parole d'un courant néo-calviniste fondé dans les années 1880, Kuyper contribua à la création de l'union d'églises réformées conservatrices des Pays-Bas (Gereformeerde Kerken in Nederland)Le protestantisme traditionnel, de tendance générale plus libérale, se retrouve au sein de l’Église réformée néerlandaise historique (Nederlandse Hervormde Kerk)..
Après la victoire électorale de l'ARP en 1901, il fut président du Conseil des ministres jusqu'en 1905. Sa base électorale, dite des gens ordinaires (De kleine luyden), appréciait son charisme. Sur le plan religieux, ses adversaires étaient les protestants libéraux ; sur le plan politique, c'étaient les socialistes du Parti des travailleurs socialiste-démocrate (SDAP). Ses alliés furent les autres partis religieux, y compris catholiques. Pour les fédérer dans la lutte contre les idées libérales, il créa le concept d' qui oppose les partis religieux et les partis libéraux et laïcs. Il est à l'origine de la pilarisation de la société néerlandaise, qui s'est atténuée dans les dernières décennies du .
Sa pensée est toujours présente aux Pays-Bas et à l'étranger au sein de certains milieux calvinistes. Ses nombreux articles écrits en tant que journaliste et repris par les générations suivantes, qui s'en servirent comme de lignes directrices, continuèrent de faire vivre l'ARP jusqu'en 1980.
Biographie
Abraham Kuyper naît à Maassluis en Hollande-Méridionale (où son père Jan Frederik Kuyper est pasteur de l'Église réformée néerlandaise) le . Il est élevé à la maison jusqu'au début de ses études secondaires au lycée de Leyde. De 1855 à 1862, il étudie les lettres, la philosophies et la théologie à l'université de Leyde. Il obtient son doctorat en théologie en 1862, après avoir soutenu une thèse sur les différences entre Jean Calvin et le réformateur polonais Jan Łaski s'agissant des règles qui doivent être respectées dans l'Église ; sa préférence pour la position de Jan Łaski y apparaît clairement.
Le , il épouse Johanna Hendrika Schaaij (1842-1899) ; ils ont par la suite huit enfants (trois filles et cinq fils). La même année, il est nommé pasteur à Beesd (Gueldre). Il est par la suite nommé pasteur à Utrecht (1867) puis à Amsterdam (1870).
À partir de 1871, il collabore à l'hebdomadaire De Heraut, avant de fonder l'année suivante le quotidien De Standaard, lié au précédent. Il en reste rédacteur en chef jusqu'en 1920, écrivant lui-même plusieurs milliers d'articles.
Après un échec lors de l'élection de 1873 et la mort du député élu à cette occasion, en 1874, il est élu député de la Chambre basse pour les anti-révolutionnaires, dans la circonscription de Gouda ; il quitte la Chambre basse en 1877.
En 1878, il joue un rôle important dans les protestations contre la loi sur les établissements scolaires de Jan Kappeyne van de Coppello et comme soutien de l'enseignement privé.
En 1879, il fonde l'Anti-Revolutionaire Partij (ARP) (Parti anti-révolutionnaire), dont il restera le chef de file jusqu'à sa mort ; l'un de ses principaux combats en politique porte sur la défense de l'enseignement privé. En 1880, il fonde l'Université libre d'Amsterdam, dont il est le premier recteur, et où il enseigne la théologie.
En 1886, il prend la tête d'un mouvement (la Doleantie) qui se détache de l'Église réformée néerlandaise (Nederlands Hervormde Kerk) et conduira à la fondation des Christelijke Gereformeerde Kerken (Églises dites « reréformées ») en 1892 après une union avec un groupe ayant quitté l'Église réformée néerlandaise lors de la "séparation de 1834".
Il est de nouveau élu député à la Chambre basse en 1894.
En 1898, il se rend aux États-Unis ; il y est reçu par le président McKinley et délivre six conférences majeures sur le calvinisme à l'université de Princeton (The Stone Lectures).
En 1901, l'ARP bat les catholiques et les libéraux aux élections. Kuyper devient président du Conseil et forme le cabinet Kuyper. En 1903, son gouvernement doit faire face aux grèves massives des chemins de fer. La droite perd les élections en 1905 et Kuyper ne revient pas au pouvoir par la suite. De 1905 à 1907, il fait un long périple autour de la mer Méditerranée.
En 1907, il est réélu à la tête de l'ARP. La même année, il échoue dans une élection législative partielle à Sneek, car le parti conservateur allié CHU lui refuse son soutien. En 1908, il est exclu par Heemskerk des discussions pour la formation d'un gouvernement conservateur, mais reçoit le titre honorifique de ministre d’État. Il retrouve la Chambre basse après son succès aux élections législatives partielles dans la circonscription de Ommen. Il est aussi élu à Sneek mais choisit de conserver le siège de représentant de Ommen, où il sera réélu aux élections législatives générales de 1909.
En 1909, il est nommé président du comité de réforme orthographique de la langue néerlandaise. Il reçoit un Doctorat honoris causa de l'Université catholique de Louvain. Il est mis en cause dans l'affaire des décorations (lintjeszaak), affaire de corruption dont il sera déclaré innocent l'année suivante par la commission d’enquête parlementaire.
De 1910 à 1912, il est membre de la commission présidée par Heemskerk pour préparer une révision constitutionnelle. En 1912, il démissionne de la Chambre basse pour raison de santé, mais revient en politique l'année suivante, cette fois comme sénateur de Hollande-Méridionale, siège qu'il conservera jusqu'à sa mort. En 1913, il est fait commandeur dans l'ordre du Lion néerlandais.
Pendant la Première Guerre mondiale, alors que les Pays-Bas sont neutres mais sollicités à divers titres par les belligérantsSite de l'Encyclopedia Universalis, article sur les Pays-Bas pendant la Première Guerre Mondiale, Kuyper adopte une ligne pro-allemande en raison de son hostilité envers les Anglais depuis la guerre des Boers.
En 1918, il joue un rôle important dans la formation du premier gouvernement conduit par Charles Ruijs de Beerenbrouck.
Il meurt le à La Haye, à l'âge de quatre-vingt-deux ans ; son enterrement est largement suivi par les médias et le grand public.
L'action de Kuyper dans le domaine religieux Kuyper et l'Église Kuyper, fils d'un pasteur protestant, est né à Maassluis (Hollande-Méridionale). Il a étudié la théologie et les langues classiques à l'université de Leyde, où il passa son doctorat dans sa vingt-quatrième année. Dans sa vingt-cinquième année, il se maria et fut nommé à Beesd (Betuwe).
Au cours de ses études, Abraham Kuyper est formé, selon l'usage au milieu du , pour être un pasteur libéral.
Cependant, au cours de son pastorat à Beesd, Kuyper entra en contact avec la communauté religieuse protestante conservatrice dite « orthodoxe ». Sous l'influence de sa femme, il devint leur guide et leur représentant, et il le resta après sa nomination à Amsterdam. Ayant constaté que les convictions « orthodoxes » n'étaient pas en accord avec l'Église réformée néerlandaise (Nederlandse Hervormde Kerk) dont la Confession de foi et la doctrine étaient modernes et libérales, il consacra le restant de sa vie à la défense de cette communauté et de sa conception de la foi au travers de la création d'une Église, d'un journal, d'une université et d'un parti politique.
Son désaccord avec les conceptions libérales de la Nederlandse Hervormde Kerk lui valut d'être suspendu en 1866 en raison de ses idées sur l'administration de l'Église, et de provoquer un schisme à cette occasion. Suivi par quelques dizaines de partisans, il s'unit avec les églises réformées libres (Christelijke Gereformeerde Kerk in Nederland, CGK) pour fonder l'église reréformée (Gereformeerde Kerk) qui attira rapidement un grand nombre de personnes et devint la 2e plus grande église du pays. Ce schisme est connu en néerlandais sous le nom de doleantie, mot qui provient du latin dolere : « se plaindre, s'attrister ». Le but de la nouvelle Église était de revenir aux règles des Canons de Dordrecht (Dordtse Kerkorde) de 1619 selon lesquels l'organisation ecclésiale et la confession de foi étaient décidées par des communautés paroissiales autonomes et ensuite par l'ensemble des croyants réunis en synode et non plus par une autorité centrale permanente et, selon Kuyper, trop libérale.
L'œuvre théologique Abraham Kuyper est l'auteur d'une somme théologique calviniste, l'Encyclopédie de la théologie sacrée (« Encyclopaedie der Heilige Godgeleerdheid ») parue de 1893 à 1895, traduite et publiée en anglais aux États-Unis dès 1898 sous le titre Encyclopedia of Sacred TheologyTraduction du révérend J. Hendrik de Vries, préface du Professeur Benjamin B. Warfield du Princeton Theological Seminary, paru chez Charles Scribner's Sons, New-York, 1898Texte anglais accessible en ligne sous les liens suivants archive.org, biblestudytools et reformedaudio.org. Le premier volume contient d'une part une introduction à la notion d'encyclopédie théologique sur une cinquantaine de pages et d'autre part une histoire de la théologie calviniste d'environ cinq cents pages. Aucun ouvrage de cette sorte n'avait jamais été écrit auparavant. Les volumes 2 et 3 sont à proprement parler théologiquesIndication extraites de la préface du traducteur J. Hendrik de Vries. Kuyper y traite en détail de l'étude théologique quant aux objectifs, méthodes et comparaison avec les autres branches de la science, ainsi que la façon dont ces facteurs ont évolué historiquement dans l'histoire de l'église. Kuyper y développe aussi sa fameuse description des « deux sciences », celle qu'il appelle « régénérée » et celle qu'il considère « non régénérée ». Il construit aussi des réflexions intéressantes sur les différences entre les sciences naturelles et théologiques, en particulier sur les effets du péché sur l'effort scientifique. Malgré un contenu souvent très technique, avec beaucoup d'attention apportée à l'étymologie et la sémiologie, l'ouvrage constitue encore une source intéressante pour la réflexion des laïcs chrétiens et est à l'origine de l'influence durable de Kuyper dans le monde réformé conservateur. L'Encyclopédie de la théologie sacrée a été souvent citée par des théologiens calvinistes comme Herman Bavinck, Cornelius van Til ou Richard Gaffin. Une réédition en a été publiée en 2008Édition revue par Benjamin C. Richards, fondateur et président de Reforming Science [www.reformingscience.com] . L'analyse de l'ouvrage dans ce paragraphe est due à Benjamin C. Richards et a fait l'objet d'un commentaire sur le site d'Amazon .
D'autres ouvrages théologiques de Kuyper sont toujours diffusés aujourd'hui, notamment ses six conférences sur le calvinisme ("Calvinism: Six Stone lectures") et une compilation de ses idées sur le Saint-Esprit (« The Work of the Holy Spirit »)Site de Christian Classics Aetheral Library.
L'action de Kuyper dans la vie sociale Kuyper et la femme Dans Antirevolutionair ook in uw Huisgezin (Anti-révolutionnaire, jusque dans votre ménage), Kuyper lance un appel de prise de conscience aux familles chrétiennes : « Les ménages (...), où la femme a pris la première place, et où son époux joue un rôle subalterne, sont enclines au péché ». Kuyper laisse une marge d'exception pour les cas où la nature elle-même a posé des frontières « floues et peu claires », là où « la femme s'est masculinisée et l'homme s'est féminisé ».
Cependant, la règle générale selon Kuyper est que l'homme, « qu'il soit fort ou faible », est « Roi dans sa maison ». Et : « Un homme qui laisse le rôle du chef de famille à la femme est un homme lâche et indigne d'être un homme. » Une fois pour toutes et sans aucun doute, Kuyper affirme que « la volonté [de la femme] doit être soumise à l'homme » et que « l'autorité du ménage échoit à l'homme. »