La colonne Nelson (en , aussi connue comme ou simplement ) était une grande colonne commémorative de granite mesurant près de coiffée par une statue d'Horatio Nelson de , construite au centre de l'avenue qui s'appelait alors (rebaptisée plus tard ) à Dublin, en Irlande. Achevée en 1809, alors que l'Irlande faisait partie du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, la colonne est gravement endommagée en par des explosifs posés par des membres de l'armée républicaine irlandaise (IRA). Ses vestiges sont ensuite détruits par l'armée irlandaise.

La décision de construire le monument est prise par la Dublin Corporation dans l'euphorie suivant la victoire de Nelson à la bataille de Trafalgar en 1805. La première version imaginée par William Wilkins est considérablement modifiée par Francis Johnston pour des raisons de coût. La statue est sculptée par Thomas Kirk. Dès son inauguration le , la colonne est une attraction touristique populaire, mais elle provoque aussitôt une controverse esthétique et politique durable. Un éminent monument du centre-ville honorant un Anglais consterne le sentiment nationaliste grandissant, et tout au long du , des mouvements appellent à son enlèvement et son remplacement par un monument à la mémoire d'un héros irlandais.

Des parties du centre de Dublin sont détruites au cours de l'insurrection de Pâques 1916 ; même si la colonne se trouve près du siège des rebelles, elle demeure indemne. Après la scission de l'île, la partie sud de l'Irlande devient l'État libre d'Irlande en 1922, qui laisse ensuite place à une république en 1949. Une barrière légale s'oppose à tout retrait ou modification du monument du fait qu'il est géré par une fiducie. Les gouvernements irlandais successifs échouent à surmonter ce problème. Bien que des personnalités littéraires influentes telles que James Joyce, William Butler Yeats et Oliver St John Gogarty défendent la colonne pour des raisons historiques et culturelles, la pression pour sa suppression s'intensifie dans les années précédant le anniversaire de son érection. Sa suppression brutale par l'explosion qui brise la colonne en 1966 suivie du retrait du reste de la base, est, dans l'ensemble, bien accueillie du public. Bien qu'il soit largement admis que l'action est l'œuvre de l'IRA, la police se montre incapable d'identifier les responsables.

Après des années de débats et de nombreuses propositions, le Spire de Dublin est installé sur le site en 2003. Cette structure en forme d'aiguille mesure plus de trois fois la hauteur de l'ancienne colonne. En 2000, un ancien militant républicain revendique dans une interview la pose des explosifs en 1966, mais après l'avoir interrogé, la police décide de ne pas le poursuivre. Des restes de la colonne se trouvent dans des musées de Dublin ou apparaissent ailleurs comme pierres décoratives. Le souvenir de la colonne apparaît également dans de nombreux ouvrages de la littérature irlandaise.

Contexte Sackville Street et William Blakeney vignette|gauche|Perspective idéalisée de Sackville Street vers 1760, au moment de l'érection de la statue de Blakeney, avec au centre le Gardiner's Mall délimité de murets de granite et d'obélisques surmontés de lampadaires à huile.|alt=Gravure du 18 siècle montrant une vue en perspective d'une rue, bordée de maisons à étages, avec au centre une place bordée de murets surmontés de réverbères.

Le réaménagement de Dublin dans la partie située au nord du fleuve Liffey commence au début du , en grande partie grâce au promoteur . Son œuvre la plus connue est la transformation dans les années 1740 d'une ruelle étroite appelée Drogheda Street, qu'il démolit et transforme en une large artère bordée d'imposantes maisons de ville. Il la rebaptise Sackville Street en l'honneur de Lionel Cranfield Sackville, de Dorset, qui sert comme lord lieutenant d'Irlande de 1731 à 1737 et de 1751 à 1755. Après la mort de Gardiner en 1755, la croissance de Dublin continue avec la création de nombreux bâtiments raffinés et de grandes places. Le statut de la ville est de plus amplifié par la présence du Parlement d'Irlande pendant six mois de l'année.. Les Actes d'Union de 1800, qui unissent l'Irlande et la Grande-Bretagne sous une seule entité basée à Londres, mettent fin au parlement d'Irlande et marquent le début d'une période de déclin de la ville..

vignette|droite|upright=0.7|William Blakeney, dont la statue a précédé la colonne Nelson sur l'emplacement de Sackville Street|alt=Portrait d'un homme à perruque, en habit de cour du .

Le premier monument de Sackville Street est construit en 1759 à l'endroit où la colonne Nelson sera érigée. Le sujet est William Blakeney, Blakeney, un officier de l'armée né à Limerick dont la carrière s'étend sur plus de soixante années et prend fin avec sa reddition aux Français après la bataille de Minorque en 1756. Une statue en laiton sculptée par John van Nost le jeune est dévoilée le jour de la fête de la Saint-Patrick, le Cet honneur est fait du vivant de Blakeney, ce qui est assez inhabituel... Donal Fallon, dans l'histoire qu'il dresse de la colonne Nelson, indique que la statue de Blakeney est la cible de vandalisme presque dès son érection. Son sort est incertain : Fallon rapporte qu'elle aurait pu être fondue pour fabriquer des canons, mais qu'elle n'était certainement plus là en 1805..

Bataille de Trafalgar

Le , une flotte de la Royal Navy commandée par le vice-amiral Horatio Nelson défait les flottes combinées des marines française et espagnole à la bataille de Trafalgar. Au plus fort des combats, Nelson est mortellement blessé à bord de son navire amiral, le , alors que la victoire est assurée.

vignette|gauche|The Death of Nelson par le peintre Benjamin West, 1806.|alt=Tableau représentant la mort de Nelson à la bataille de Trafalgar par le peintre Benjamin West.

Nelson avait été salué à Dublin sept ans plus tôt, après la bataille d'Aboukir de 1798, en tant que « défenseur de la Harpe et de la Couronne », c'est-à-dire les symboles respectifs de l'Irlande et du Royaume-Uni.. Quand les nouvelles de la bataille de Trafalgar atteignent la ville le , des scènes de célébration patriotique s'organisent, mettant en exergue le désir de commémorer le héros.. Les commerçants ont une raison particulière d'être reconnaissants pour cette victoire puisqu'elle rétablit la liberté de circulation des navires de commerce en mer et supprime la menace d'une invasion française.. Un grand nombre d'habitants de la ville connait un proche ayant participé à la bataille : près d'un tiers des marins de la flotte de Nelson sont originaires d'Irlande et environ 400 de Dublin même. L'historien Dennis Kennedy estime que Nelson est considéré dans la ville comme un héros, non seulement parmi les protestants, mais aussi par beaucoup de catholiques qui comptent parmi les classes moyennes émergentes..

La première étape vers l'édification d'un monument permanent à Horatio Nelson est prise le par les représentants de la ville, qui, après l'envoi d'un message de félicitations au roi George III, conviennent que l'érection d'une statue formerait un hommage approprié à la mémoire de Nelson... Le , après une réunion publique confirmant cet assentiment, un « comité Nelson » est créé, présidé par le lord-maire de la ville. Arthur Guinness II, le fils du fondateur de la brasserie de bière, fait partie des notables de la ville siégeant sur ce comité. Les tâches initiales du comité consistent à décider précisément de la forme du monument et de son emplacement. Il a également pour mission de lever des fonds..

Création et construction

Lors de sa première réunion, le comité établit une souscription publique et, au début de l'année 1806, invite des artistes et des architectes à soumettre des propositions pour un monument.. Aucune spécification n'est fournie, mais la vogue européenne contemporaine en architecture commémorative met en avant la forme classique, caractérisée par la colonne Trajane à Rome.. Les colonnes commémoratives, ou , sont rares à l'époque en Irlande ; la colonne de Cumberland à Birr, érigée en 1747, est l'une des rares exceptions. D'après les propositions faites, le choix du comité Nelson se porte sur un jeune architecte anglais William WilkinsDans la suite de sa carrière, Wilkins sera le responsable de la conception de nombreux grands bâtiments de Londres, dont la National Gallery et l'University College de Londres, et d'un certain nombre de bâtiments de l'université de Cambridge.. La proposition de Wilkins est celle d'une colonne dorique sur un socle surmonté d'une galère romaine sculptée..

vignette|gauche|redresse|Dessin de la colonne en 1811.|alt=Dessin de la colonne dans son état de 1811.

Le choix du site de Sackville Street ne fait pas l'unanimité. Les responsables de la Wide Streets Commission sont préoccupés par la congestion du trafic et font donc valoir un emplacement le long du fleuve et visible de la mer. Une autre suggestion est un emplacement en bord de mer, peut-être Howth Head à l'entrée de la baie de Dublin. La présence récente de la statue de Blakeney dans Sackville Street et le désir d'arrêter le déclin de la rue, sont des facteurs qui ont pu influencer le choix final de ce site qui, selon Kennedy, est le choix préféré du Lord Lieutenant..

À la mi-1807, la collecte de fonds s'avère difficile et les sommes recueillies à ce moment sont bien en dessous du coût probable de l'érection du monument de Wilkins. Le comité informe l'architecte de ce fait., et engage Francis Johnston, architecte du City Board of Works, pour faire des ajustements visant à réduire le coût du projet.. Johnston simplifie alors le dessin, substituant un grand bloc fonctionnel au piédestal dessiné par Wilkins, et remplaçant la galère proposée par une statue de Nelson. Thomas Kirk, un sculpteur de Cork, est chargé de créer la statue en pierre de Portland..

En , les fonds récoltés sont de , loin des quelque requis pour financer le projet.La somme de en 1805 équivaut à environ en 2016.. Néanmoins, au début de l'année 1808, le comité s'estime assez confiant pour commencer le travail et organise une cérémonie de pose de la première pierre. Elle a lieu le — le jour suivant l'anniversaire de la victoire de Nelson à la bataille du cap Saint-Vincent en 1797. — en présence du nouveau lord lieutenant, le duc de Richmond, ainsi que de divers dignitaires et notables de la ville.. Une plaque commémorative faisant l'éloge de la victoire de Nelson à Trafalgar est fixée au socle. Le comité continue à récolter de l'argent en même temps que la construction avance. Lorsque le projet est terminé à l'automne de l'année 1809, les coûts totalisent , mais les contributions atteignent , fournissant donc au comité un excédent de .

Une fois terminé, le monument avec sa statue a une hauteur de . Les quatre côtés du piédestal sont gravés avec les noms et les dates des plus grandes victoires de NelsonLes inscriptions sont : « ST. VINCENT XIV FEBRUARY MDCCXCVII » (ouest) ; « THE NILE I AUGUST MDCCXCVIII » (nord) ; « COPENHAGEN II APRIL MDCCCI » (est) ; « TRAFALGAR XXI OCTOBER MDCCCV » (sud). Cela se réfère respectivement à la bataille du cap Saint-Vincent (14 février 1797), la bataille d'Aboukir ( au 3 août 1798), à la bataille de Copenhague (2 avril 1801) et à la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805).. Un escalier en colimaçon de , construit à l'intérieur de la colonne, mène à une plate-forme située immédiatement sous la statue.. Selon le rapport publié par le comité, près de de calcaire noir et de granite ont été nécessaires pour construire la colonne et son socle.. La colonne est ouverte au public le , date du quatrième anniversaire de la bataille de Trafalgar, pour dix pences pré-décimauxDix pences pré-décimaux représentent en 2016.. Pour ce prix, les visiteurs peuvent monter sur la plate-forme panoramique et profiter de ce qu'un premier compte-rendu décrit comme ..

Histoire (1809–1966) Entre 1809 et 1916