L’hôtel Beauharnais ou hôtel de Beauharnais est un hôtel particulier situé au rue de Lille, à Paris (France), qui est la résidence de l'ambassadeur d'Allemagne en France (l'ambassade elle-même se trouve avenue Franklin-D.-Roosevelt).
L'hôtel de Beauharnais tient son nom d'Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, beau-fils de l'empereur des Français .
L'ensemble de l'hôtel, ainsi que sa cour et son jardin, sont classés au titre des monuments historiques depuis un arrêté du .
Histoire Ancien Régime Cet hôtel particulier est édifié par Germain Boffrand qui acquiert en 1713 une bande de terrain, le long de la rive gauche de la Seine. Sur son terrain, Boffrand édifie plusieurs demeures. Pour lui-même, il fait bâtir un hôtel dont le jardin rejoint la Seine (l'actuel quai Anatole-France). Au sud, il donne sur la rue de Bourbon, plus tard rue de Lille.
L'architecte vend sa demeure en à Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy et Croissy, neveu de Colbert. En , l'hôtel de Torcy est acheté par le duc de Villeroy.
Premier Empire Le , Eugène de Beauharnais, âgé de 22 ans, beau-fils du Premier Consul Napoléon Bonaparte, l'achète pour la somme de . L'hôtel est alors assez délabré.
L'année suivante, Eugène est fait archi-chancelier de l'Empire, puis vice-roi d'Italie. Les dépenses occasionnées par les travaux (non de la part d'Eugène, qui y vit peu, mais de sa sœur Hortense et de sa mère Joséphine) émeuvent l'opinion publique et Napoléon charge Fouché de se renseigner sur les agissements de l'architecte Laurent-Edmé (dit Nicolas) Bataille et de l'administrateur du mobilier impérial, Étienne-Jacques-Jérôme Calmelet-DurozoyCf. catalogue de l'exposition L'aigle et le papillon : symboles des pouvoirs sous Napoléon, 1800-1815, Saint-Louis Art Museum, Museum of Fine Arts, Boston, Musée des arts décoratifs, Paris, 2007, .
Le , par une lettre, il reproche à son beau-fils d’avoir « jeté des sommes immenses à la rivière ». Eugène défend ses architectes et insiste sur ses charges pour justifier son manque de surveillance. Napoléon lui répond qu’il met l’embargo sur l’hôtel qui n'est habité par son propriétaire que durant un court séjour à Paris en 1811.
vignette|gauche|La cour d'honneur en 1910. vignette|gauche|Le porche de style égyptien de l’hôtel Beauharnais en 1968. La modification la plus spectaculaire des architectes fut l’ajout d’un porche de style égyptien. L’hôtel de Beauharnais est régulièrement cité dans les publications sur l’Égypte à Paris.
Ambassade de Prusse puis d'Allemagne Lors de l'entrée des alliés à Paris, en 1814, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III en fait son logement. L'hôtel lui plait si bien qu'il désire en faire le siège de la légation de Prusse, pour rivaliser avec l'ambassade du Royaume-Uni. L'immeuble, son mobilier et ses dépendances sont achetés le pour 575 000 francs, payés directement par le roi.
L'hôtel devient l'ambassade officielle de la Prusse en 1862. Otto von Bismarck, qui y est brièvement ambassadeur entre mai et septembre de la même année, écrit à son épouse à propos du bâtiment : , même si cela aurait été pour dissuader cette dernière de le rejoindre. Il y revient en avec Guillaume pour assister à l'exposition universelle. Une réception a lieu à l'hôtel, où est invité Napoléon III (après s'être rendu à l'ambassade austro-hongroise et celle de la Russie) ; un diplomate écrit : .
Lors de la guerre franco-allemande de 1870, l'ambassade est inoccupée. Au lendemain de la proclamation de l'Empire allemand sous l'égide des Prussiens en 1871, l'hôtel devient logiquement l'ambassade du nouvel État. À l'époque, aucune personnalité politique allemande ne peut s’y rendre : en 1874, Louis II de Bavière y vient sous une fausse identité, puis la mère de l'empereur Guillaume II, Victoria. Alors que l'esprit de revanche imprègne l'époque, le président français Sadi Carnot s'y rend en 1890. Dans les années 1900, le consulat général d'Allemagne se trouve dans la même voie que l'ambassade, 123 rue de LilleAnnuaire diplomatique et consulaire de la République française, Berger-Levrault, 1907, p. 445.. Le , c'est dans l'ambassade que Marie Bastian préleva dans une corbeille à papier le bordereau qui fut à l'origine de l'affaire Dreyfus. En 1914, l'ambassade est évacuée et ne rouvre qu'en 1924 après l'occupation de la Ruhr.
vignette|Bureau de Bismarck en 1968. En 1933, l'ambassadeur Roland Köster essaie de contourner les directives de mise à pied de ses collaborateurs juifs et refuse initialement de hisser le drapeau nazi. En 1936, son successeur, Johannes von Welczeck, applique pour sa part toutes les directives de Berlin. Le couple germanophile Édouard VIII et Wallis Simpson y est accueilli par un salut nazi, ainsi que la cinéaste Leni Riefenstahl. C'est aussi là que le militant juif antinazi Herschel Grynszpan assassine le troisième conseiller de l’ambassade, Ernst vom Rath, le au matin. Le lendemain, Adolf Hitler déclenche la nuit de Cristal.
En 1939, après la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, l'ambassade est de nouveau évacuée. Pendant l'occupation de Paris par les Allemands, l'ambassadeur allemand, le francophile Otto Abetz, réside dans l'hôtel. Il prône une entente intellectuelle entre les deux pays, y recevant des écrivains et des acteurs. Même si les autorités allemandes demandent que les œuvres d'art spoliées aux Juifs ne soient pas visibles à l'ambassade, des pièces de la collection des Rothschild du château de Ferrières y sont exposées, notamment des tableaux d'Horace Vernet ou le bureau de Metternich.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1944, l'hôtel est confisqué par l'État français, qui y installe une partie des services du ministère des Affaires étrangères puis ceux de l'hôtel Matignon. C'est durant cette période, en 1951, que l'hôtel est classé monument historique. C'est dans cet hôtel que se tient, en , un bal en costume de l'époque du Directoire à l'occasion des 150 ans du Conseil d'État.
L'Allemagne retrouve une représentation permanente en 1955 avec un consul général mais n'a pas encore l'usage du bâtiment. Par décret de l'Assemblée nationale du , dans le contexte de réconciliation franco-allemande, l'hôtel est rétrocédé à la République fédérale d'Allemagne (RFA) le , et reprend ainsi sa destination initiale, jusqu'au transfert des services de l’ambassade d'Allemagne au avenue Franklin-D.-Roosevelt dans le . L'hôtel Beauharnais sert donc depuis de résidence à l'ambassadeur. Au début des années 1960, une première restauration est menée ; l'ambassade est inaugurée en présence du président Charles de Gaulle le ; ce jour-là, le portrait de Bismarck est enlevé, et ne sera plus jamais accroché par la suite.
À l'occasion du bicentenaire de la présence allemande dans l'hôtel de Beauharnais, ce dernier bénéficie, depuis le début du , d'une scrupuleuse restauration de ses décors intérieurs de style Empire.
À l'intérieur, on remarque en particulier les décors du Salon des Quatre Saisons, de la chambre d'Hortense de Beauharnais et du Salon Cerise..
Texte d'Arthur-Lévy
Liste de ses occupants depuis l’acquisition par la Prusse
thumb|Armoiries du royaume de Prusse (portique donnant sur la rue de Lille).
Note Le Centre allemand d'histoire de l'art de Paris a lancé un projet de recherches à long terme sur l'étude de l'Hôtel Beauharnais: inventaire complet et documenté de tous ses meubles, bronzes, peintures et objets d'art, source: Prof. Dr. Dr. h. c. Thomas Gaehtgens, « Grands instituts d'histoire de l'art, Le Centre allemand d'histoire de l'art de Paris », NouvellesPériodique de l'Institut national d'histoire de l'art., 29, pages 11–12.
Pour approfondir Bibliographie Karl Hammer: Hôtel Beauharnais Paris (Beihefte der Francia, 13), München/Zürich (Artemis) 1983, . En ligne sur perspectivia.net . Téléchargement direct: https://perspectivia.net/servlets/MCRFileNodeServlet/ploneimport_derivate_00010051/hammer_hotel.pdf?dl Le Style Empire, l'Hôtel Beauharnais, Paris, Éd. Albert Morancé, 1927 (dont 80 planches photographiques en feuilles). René Briat, « Une grande demeure ressuscitée », Plaisir de France (revue), , . Claus von Kameke, L'Hôtel de Beauharnais, Deutsche Verlag-Anstalt, Stuttgart, 1968 Le titre de cet ouvrage devrait plutôt être Les Occupants de l'Hôtel de Beauharnais, l'auteur après trois pages sur l'histoire de l'hôtel présente les diplomates successifs. Jörg Ebeling et Ulrich Leben, photos de Francis Hammond, Le style Empire. L'hôtel de Beauharnais, Flammarion, 2016, 348 pages. Charles Jaigu, Ambassade d'Allemagne, une résidence impériale, article dans Le Figaro Magazine des 9 et , à 60.
Articles connexes Liste des ambassadeurs de l'Allemagne en France Ambassade d'Allemagne en France Liste des hôtels particuliers parisiens
Liens externes
Description détaillée de l'hôtel sur le site de l'ambassade d'Allemagne Photos de l'hôtel
Références
Catégorie:Bâtiment de Germain Boffrand Catégorie:Édifice construit en 1714 Beauharnais Catégorie:Monument historique dans le 7e arrondissement de Paris Catégorie:Monument historique classé en 1951 Catégorie:Relations entre l'Allemagne et la France Beauharnais