Le château-observatoire Abbadia est de style néogothique, situé sur la commune d'Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), dans la province du Labourd (à de Saint-Jean-de-Luz et d'Hendaye). Construit par Eugène Viollet-le-Duc et Edmond Duthoit sur une commande d'Antoine d'Abbadie, il est classé comme monument historique et Maison des illustres. Les riches collections scientifiques, d'archives et de mobiliers sont d'origine et représentent un considérable patrimoine culturel représentatif du .

Le projet et la construction Les origines et sources d'inspiration La famille d’Abbadia (d’Abbadie) est installée à Arrast dans la province de Soule depuis le au moins. Une maison face à l’église y porte le nom d’AbbadiaJ.-B. Hiriart-Urruty, 2011.. Au Jean Menvielle, notaire, fut connu sous le nom d'Abbadie d'Arrast, du chef de sa grand-mère paternelleCharondas, Le cahier noir.. Il fut le grand-père d'Antoine d’Abbadie, né à Dublin (en Irlande) en 1810 de père basque et de mère irlandaise. La famille d’Abbadie installée à Toulouse entre 1820-1827 vient régulièrement sur la côte basque. Puis elle s’installe à Paris jusqu’en 1837. Antoine rejoint alors avec son frère Arnauld une expédition d’une douzaine d’années en Abyssinie (Éthiopie) ; le futur château sera imprégné par cette région. Fait courant à l’époque, les deux frères d’Abbadie souhaitaient ouvrir la voie aux missionnaires catholiques, sans succès mais sans doute ce réseau leur a-t-il été utile. Ils quittent l’Afrique orientale fin 1848 et restent en relation avec des seigneurs éthiopiens.

Après un premier court séjour aux confins du Béarn, Antoine d’Abbadie s’installe à Urrugne en 1849 et continue de voyager pour ses recherches en Norvège, Espagne, Algérie, etc. En 1852, il est élu à l’Académie des Sciences de Paris comme membre correspondant dans la section de Géographie et de Navigation. Le train arrive à Bayonne en 1855 et à Hendaye en 1864 et facilite les relations entre la côte basque et Paris. En dépit de tous ses déplacements à l’Académie des Sciences et à l’étranger, Antoine d’Abbadie très attaché à la culture basque comme l'illustrent les inscriptions et les archives du château, poursuit ses travaux sur la langue basque. Il crée également à Urrugne des fêtes basques et lance des concours (poésie, pelote, irrintzina, bétail…) à partir de 1851. À sa mort, il sera surnommé Euskaldunen Aita en raison son investissement pour la culture basque.

En 1859, Antoine d’Abbadie épouse Virginie de Saint-Bonnet (1828-1901), originaire du Dauphiné et, de 1864 à 1870, il fait construire le château sur la corniche basque. Le couple d’Abbadie s'est considérablement investi dans la construction de l'édifice.

Eugène Viollet-le-Duc et Edmond Duthoit Dominant l'océan, le château est construit dans le domaine d'Abbadia selon les plans d'Eugène Viollet-le-Duc et d'Edmond Duthoit dans un style néogothique entre 1864 et 1879, conçu à la demande d'Antoine d'Abbadie d'Arrast, astronome et explorateur et également anthropologue et linguiste, membre de l'Académie des Sciences, qui rêve d'un château observatoire de style néogothique où se mêlent ses passions orientalistesY. Cardaillac-Hermosilla, 1998 - L’orientalisme au château d'Abbadia. Antoine d’Abbadie 1897-1997, Congrès International, Hendaye, 1997, Donostia : Eusko Ikaskuntza, Bilbao : Euskaltzaindia, pages 327-336 , africaines et chrétiennes. L'influence orientaliste des voyages d'Antoine d'Abbadie en Abyssinie (Éthiopie) et en Égypte se retrouve très largement dans toute la décoration intérieure.

En 1857, Antoine d'Abbadie commande à l'architecte Clément Parent, un plan « dans le style à ogives ». Le projet de Clément Parent (1859) évoque trop la Renaissance française. Antoine d'Abbadie se tourne alors vers Auguste Magne (1860) et le chantier commence en 1864.

En 1857, Eugène Viollet-le-Duc restaure le château de Pierrefonds (Oise) et poursuit une campagne de restauration de forteresses médiévales dans les années 1860 tout en s’intéressant à l'Égypte ancienne. Le , Antoine d'Abbadie sollicite Eugène Viollet-le-Duc mais celui-ci dispose de peu de temps à consacrer au projet néogothique et le confie à son disciple Edmond DuthoitNabila Oulebsir, 2009 - Edmond Duthoit. Un architecte néogothique et moderne, entre Picardie et Méditerranée. In Nabila Oulebsir et Mercedes Volait (dir.), L’Orientalisme architectural entre imaginaires et savoirs, Paris, Picard (« Les livres d'InVisu ») 155-176. qui s'enthousiasme pour l’architecture arabe (il est alors directeur en chef des Monuments historiques en Algérie)Bernard Toulier, Un parfum d’Orient au cœur des villes d’eaux, In Situ, revue des patrimoines . Finalement, les plans de Clément Parent sont conservés mais les façades modifiées. Les maîtres d'œuvre se succèdent (Darrigo, Delarocque, Fréson et Dartéguy).

Les rôles respectifs des maîtres d’œuvre, Eugène Viollet-le-Duc et Edmond Duthoit, ont longtemps été discutés tant leurs réalisations peuvent se confondre. Leur collaboration a été exemplaireFoucart-Borville J., 1985 - Une collaboration exemplaire : Viollet-le-Duc et Duthoit à Roquetaillade. Bulletin de la Société d’Histoire de l’art français, Paris, 1985-1987 : 269-281.Bruno Foucart, 1996 - Viollet-le-Duc et Duthoit en Abbadia. Connaissance des Arts, 531, 84-93 (citation ).. En effet, la contribution d'Eugène Viollet-le-Duc au projet architectural d’Abbadia a été notamment très discutée à l'occasion de l’exposition Viollet-le-Duc au Grand Palais (1979). L'édifice ne figure pas au catalogue de l'exposition, référence reconnueViollet-le-Duc, Galeries nationales du Grand Palais. Centre des monuments nationaux, Paris, 1980. pour l'étude du restaurateur de Carcassonne, Vézelay et Notre-Dame de Paris. Abbadia a ainsi longtemps été considéré comme une œuvre essentiellement réalisée par Edmond Duthoit..

Eugène Viollet-le-Duc remania l’organisation horizontale proposée par Clément Parent, notamment en ce qui concerne l'accueil et la logique de circulation. Edmond Duthoit qui a effectué des relevés de monuments arabes, s'en inspire dans les salons orientaux du château Abbadia et de Roquetaillade dans la chapelle Saint-Michel. Son goût pour l'art arabe et la polychromie trouve sa source dans ses voyages scientifiques avec le marquis de VoguëViviane Delpech, 2011 - L’Éthiopie au château d’Abbadia : de la création à l’expression d’un programme orientaliste. Annales d’Éthiopie, Centre français des études éthiopiennes-CNRS-De Boccard, Paris, 26 : 129-165..

En 1858, un premier observatoire astronomique circulaire est construit ; il sera détruit par la suite et remplacé par l’actuel bâtiment parallélépipédique. En 1865, les deux ailes occidentales et orientales sont couvertes.

La conception architecturale d'Eugène Viollet-le-Duc à Abbadia propose un art total sans doute annonciateur des prémices de l’Art nouveau.

Un large réseau artistique L’architecte-paysagiste Eugène Bühler travaille au parc d’Abbadia, crée la ferme Aragorri - les communs du château - et réalise un remaniement territorial du quartier de Subernoa où le château est implanté et dont Antoine d’Abbadie est le principal propriétaire. Ami intime d'Antoine d'Abbadie, Eugène Bühler apparaît comme un véritable conseiller en matière d’architecture et de décoration.

Le réseau artistique du château d'Abbadia compte des noms réputés du monde de l’art du : Charles-Laurent Maréchal (vitraux), Adrien Guignet (peinture), Dantan jeune (sculpture), Léon Parvillée (céramique orientaliste)voir Architecture et décorations turques au de Léon Parvillée., Schoch-Läderach (céramiste), la faïencerie de Gien, Placide Poussielgue-Rusand et Jean-Alexandre Chertier (arts précieux), Philippe-Joseph Brocard (émailleur sur verre), Raulin (ébénisterie chinoisante)Victor Raulin succède à son père en 1878 et participe aux Expositions universelles de Paris de 1878 et 1889 où il obtint des médailles d'argent voir Denise Ledoux-Lebard, 1984 - "Les ébénistes du ", . et la firme berlinoise Renaissance (mobilier)V. Delpech, 2006, 2008, 2012..

Éclectisme, luxe et raffinement s'allient aux progrès technologiques et sociétaux du temps ; des commandes sont adressées aux entreprises anglaises Simpson & Son, Maw & Co et Hart, Son, Peard & Co et aux enseignes parisiennes comme Au Bon Marché et aux Grands Magasins du Louvre.

La main d'œuvre et les matériaux Le recrutement des ouvriers repose sur la population basque, plus que pour de traditionnelles raisons logistiques, par solidarité culturelle ; Antoine d'Abbadie avait conscience du moteur économique que représentait son projet. Le chanoine Emmanuel Inchauspé et le père biscayen Arana sont impliqués dans le recrutement de la main d’œuvre.

Les gargouilles, crocodiles, serpent qui décorent le porche d’entrée du château sont taillés dans du calcaire de Béhobie (Crétacé supérieur). Moellons roses, blancs et noirs constituent les façades. La carrière d'Iharxekoborda, proche du château, a fourni les matériaux - un calcaire blanc ou un peu rougeâtre, le « calcaire de Lasseube » - pour les moellons des murs comme la carrière de Lohia, au pied de la falaise, et qui était la propriété d'Antoine d'Abbadie. Les moellons noirs proviennent vraisemblablement de la carrière de Laffitenborda à Urrugne et les moellons roses de la cité de Fontarrabie (Hondarribia, Guipuscoa). Ils constituent une autre nuance du calcaire de Lasseube acheminé par bateau à travers la Bidassoa et débarquée à Ondarralzu (plage d'Hendaye aujourd’hui endiguée, Cf. la promenade de la baie de Chingoudy). La majorité des encadrements, portes et fenêtres, vient de la carrière de Sorgin Silo, entre la baie de Lohia et la maison Haïçabia. Enfin, la pierre blanche est un calcaire albien (Crétacé inférieur) d’Ascain, acheminé sur la Nivelle jusqu’à Saint-Jean-de-Luz puis par charrette à bœufs jusqu’à AbbadiaÉtude pétrographique du Château d’Abbadie (Sud-Ouest, 2009)..

Les éléments du château L'architecture extérieure de l'édifice est de style néogothique irlandais. Il se compose d’un bâtiment central (tour carrée) d’où partent trois extensions : une aile sud, destinée aux réceptions et terminée par la tour ronde ; une aile est, d'habitation, terminée par la chapelle ; l'observatoire situé au nord-ouest et auquel on accède en traversant une petite tour carrée (à 45°) ; la lunette méridienne en est située à l'extrémité ouest, observant par des ouvertures fermées par des volets.

L'ensemble des tours et des ailes est crénelé. Trois tourelles complètent l'édifice, sur la tour ronde (orientée au nord-est), à l'extrémité sud-est de l'aile menant à la chapelle et à l'angle nord-est de l'observatoire (escalier).

Le porche d'entrée se situe au sud-est entre les deux ailes ; la porte ouvre sur le vaste vestibule (sud de la tour centrale) de de hauteur, sous la statue d'Abdullah. La visée vers La Rhune débouche au côté est de la porte d'entrée.

Le corps central abrite (côté nord) la chambre d'honneur au rez-de-chaussée et la bibliothèque à l'étage.

L'aile sud abrite : au rez-de-chaussée, la salle à manger (dont la fenêtre en façade est est surplombée d'inscriptions coufiques) et le grand salon dans la tour (avec son fumoir arabe dans la tourelle) ; à l'étage (côté ouest), la chambre d’Éthiopie (bleue), la chambre de Jérusalem (rouge) et la chambre de la tour.

L'aile est abrite : au rez-de-chaussée (côté nord), le petit salon dit salon arabe puis la chapelle ; à l'étage, la chambre de Virginie, avec son boudoir persan dans la tourelle et sa loge ouverte sur la chapelle, permettant de suivre l'office religieux.

Décoration, inscriptions et bestiaire