Francis Jammes (prononcer et non Le nom de famille Jammes ne vient pas de l'anglais James. Il vient de l'occitan gascon Jacme ['ʒamme], qui vient à son tour du latin (d'ailleurs, le latin Jacobus a engendré également les prénoms français Jacques et Jacob). Le nom de famille Jammes est très répandu dans le Béarn et en Albigeois. Voir et .), né le à Tournay (Hautes-Pyrénées) et mort le à Hasparren (Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques), est un poète et romancier français.

Après avoir été refusé au baccalauréat de français, Jammes commence à écrire de la poésie vers . Bien qu'il vive à l'écart des cercles littéraires d'avant-garde, il est remarqué par des auteurs parisiens qui l'encouragent, notamment André Gide et Paul Claudel avec qui il se lie d'amitié. Mais il ne reçoit cependant pas le succès qu'il espère, et publie en un manifeste satirique, le Jammisme, qui est pris au sérieux et fait des émules. Bien qu'il soit enfin reconnu et commenté par la critique, Jammes passe par plusieurs phases de désespoir et de doute, notamment après des échecs amoureux qui lui inspirent des poèmes et des romans.

Un tournant majeur a lieu dans sa vie en , lorsqu'il revient à la foi, guidé sur cette voie par Paul Claudel depuis plusieurs années. Ses œuvres sont, à partir de ce moment, empreintes de ferveur catholique. Il épouse en une de ses admiratrices, avec qui il aura sept enfants. Mais si ses premières œuvres ont toujours du succès auprès des jeunes poètes et sont rééditées, ses œuvres chrétiennes peinent à trouver leur public, étant rejetées à la fois par l'avant-garde et par les lecteurs traditionalistes.

Après trente-trois ans passés dans la petite ville d'Orthez, il est contraint de déménager et s'installe en à Hasparren, au Pays basque. Son succès faiblit en France mais se maintient à l'étranger, principalement dans les pays germaniques. Jammes s'éloigne des milieux parisiens et se montre très critique envers les mouvements modernes, comme le surréalisme. Après un dernier voyage à Paris en , pendant lequel il donne une conférence très bien accueillie par le public et la presse, sa santé décline et il meurt en .

Resté en marge des mouvements littéraires, Jammes développe un style caractérisé par sa simplicité dans la forme et le vocabulaire. Se comparant lui-même à un faune, il prône dans ses poèmes une vie simple et proche de la nature, avec une dimension religieuse importante après sa conversion. Il a exercé une grande influence sur les auteurs de son temps, notamment Alain-Fournier, François Mauriac ou Anna de Noailles.

Biographie

Origines et jeunesse (1868-1888)

vignette|Maison natale à Tournay. Le père de Francis Jammes, Louis-Victor Jammes (-), naît à la Guadeloupe d'un médecin français et d'une créole d'origine béarnaise. Encore enfant, il perd sa mère et est envoyé en France métropolitaine avec son frère pour être élevé par leurs tantes protestantes à Orthez. L'arrière-grand-père de Francis Jammes, catholique originaire de Cadalen, avait épousé une protestante d'Orthez. Selon la tradition, leurs fils sont élevés dans la religion du père et les filles dans la religion de la mère, d'où ces grand-tantes protestantes. Francis Jammes sera élevé dans la religion catholique et regrettera dans ses Mémoires sur son père.

Devenu receveur, Louis-Victor Jammes rencontre Anna Bellot (-), originaire des Basses-Alpes, qu'il épouse à Navarrenx en . Ils ont un premier enfant, Marguerite, née en à Villeréal, puis Francis, né le à Tournay, dans les Pyrénées. Il passe les six premières années de sa vie à Tournay, une période qu'il appelle et dont il garde des souvenirs précis. Il évoquera souvent dans ses poèmes le de la campagne autour de Tournay, et une petite cabane où son père l'emmène souvent, surnommée par eux . Écolier, il supporte mal ses camarades grossiers et brutaux qui rendent , tel qu'il se décrit plus tard dans ses mémoires, et recherche plutôt la compagnie des fillettes.

En , son père part à Sauveterre-de-Guyenne où il a trouvé un emploi, et le reste de la famille s'installe à Pau, chez les grands-parents maternels de Francis, au passage Serviez (actuelle rue Alexander-Taylor). Il ne garde pas un souvenir très marquant de la ville, mais côtoie de nombreux personnages singuliers : son , qui a passé une partie de sa vie au Mexique et raconte des histoires à Francis, accompagné de son perroquet parlant ; ses grand-tantes protestantes ; son oncle paternel, marié à une créole de La Réunion et qui lui transmet la passion de la chasse ; enfin, son grand-père maternel, passionné de musique et de poésie, qui dit avoir rencontré Victor Hugo, Alfred de Musset, George Sand et Mimi Pinson. Il lit à Francis Alphonse Daudet, Frédéric Mistral et Paul Arène, et lui dédicacera quelques années plus tard une édition de Don Quichotte : .

et les premiers poèmes alt=Page manuscrite où il est écrit : Francis Jammes, Moi.|vignette|Première page du carnet , 1888. En , Francis part vivre à Saint-Palais, au Pays basque, où son père est nommé receveur de l'enregistrement. Il supporte très mal l'école, la violence de ses camarades, et ne comprend pas ce qu'on veut lui apprendre ni l'utilité de la discipline scolaire. Il revient chez ses grands-parents maternels en , et a toujours des résultats scolaires désastreux. Il garde le souvenir d'une . Il revient chez sa famille en cours d'année et ils déménagent provisoirement à Orthez, chez une de ses grand-tantes protestantes. Enfin, son père est nommé receveur à Bordeaux. La famille emménage au 196 cours des Fossés (actuel 15 rue Pasteur), de à , période appelée par Francis .

À Bordeaux, Francis tente de s'évader du lycée (équivalent du collège actuel) : exploration du port, lecture de Jules Verne, expériences chimiques improvisées , et longues promenades dans la campagne pour remplir son herbier et sa collection d'insectes. Cette passion débordante lui vaut des remontrances de ses professeurs, avec lesquels il entretient des relations généralement mauvaises.

C'est à Bordeaux qu'il vit son premier amour, pour une jeune fille qu'il voit coudre derrière sa fenêtre le soir, mais à qui il n'adressera jamais la parole. Il se lie d'amitié avec un vieux naturaliste, s'éloigne de la religion et s'enthousiasme pour Charles Baudelaire. Adolescent renfermé et pessimiste, il est refusé au baccalauréat avec un zéro en explication française, sur le poème Vert-Vert de Jean-Baptiste Gresset.

C'est à l'été , chez son oncle mexicain ou bien à Bordeaux, qu'il aurait écrit ses premiers poèmes, dans un carnet qu'il intitule . Ce sont des poèmes en vers libres avec des assonances, d'une et d'une selon son biographe Robert Mallet. Il y décrit ses sentiments, ses souffrances et ses humiliations, mais aussi la vie rustique dans des termes simples et usuels.

Débuts du (1888-1905)

Installation à Orthez alt=Photographie d'un homme, portant un costume et un chapeau de paille, devant une maison en partie couverte de lierre.|vignette|Jammes devant la Maison Chrestia, où il habite de à . Jammes voit son père mourir subitement d'une crise d'étouffement le . Il s'installe avec sa mère et sa sœur à Orthez, où il passera trente-trois ans. La de cette ville calme et monotone lui remonte pourtant le moral. Il se plaît avec les dont il recherche la compagnie, et écrit : . Étant le fils unique d'une veuve, il est exempté de service militaire. Sa mère s'inquiète de le voir rester oisif, et l'envoie effectuer un stage comme clerc d'avoué chez un notaire. Il se montre d'abord assidu, mais retrouve vite l'ambiance détestée du lycée et s'évade par de longues promenades dans la campagne, durant lesquelles il remplit des carnets de poèmes qu'il garde secrets. Il finit par les montrer à sa mère, qui comprend et accepte que son fils se dévoue à la poésie, et mène une vie modeste et indépendante. Sa sœur Marguerite se marie en et va vivre en Armagnac ; Jammes vit désormais seul avec sa mère, au gré de la chasse avec son épagneul Flore, de la pêche et des excursions au Pays basque et en Espagne.

Premières publications alt=Poème manuscrit daté de mai 1895.|gauche|vignette|Manuscrit d'un poème daté de 1895 et publié dans De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir.

Jammes publie ses premiers poèmes en et : Six sonnets et Vers, deux livrets tirés à très peu d'exemplaires chez un imprimeur d'Orthez, qui contiennent des poèmes classiques destinés au public provincial. Mais un ancien camarade de lycée, Charles Lacoste, ainsi qu'un poète anglais de passage à Orthez, , arrivent à le convaincre de publier ses poèmes plus novateurs. Un nouveau recueil paraît en , aussi intitulé Vers. Crackanthorpe le diffuse dans les milieux parisiens : à Stéphane Mallarmé, André Gide et Henri de Régnier, qui encouragent vivement Jammes et apprécient tous trois sa et sa . Louis Dumur, critique au Mercure de France, croit cependant à un faux poète :Jammes est reçu par Pierre Loti dans sa villa à Biarritz et Henri de Régnier lui propose de collaborer au Mercure de France, l'une des principales revues de l'avant-garde poétique. Le jeune poète va à Paris pour la première fois fin , mais en garde un souvenir très désagréable. Il est abasourdi par toutes les personnes qu'il découvre et on craint que sa rencontre orageuse avec Henry Bataille ne termine en duel, mais il se lie d'une grande amitié avec Albert Samain. Revenu à Orthez, il souffre des moqueries sur son œuvre, incomprise hors des milieux avant-gardistes parisiens. Gide le soutient : . Malgré son pessimisme, Jammes se sent par la poésie.

En , Gide est en Afrique du Nord et invite Jammes à le rejoindre. C'est la première fois que les deux auteurs se rencontrent réellement. Cependant, Jammes est trop dépaysé et s'entend mal avec Rouart. Il rentre seul en France au bout de quinze jours. C'est dans sa campagne qu'il se plaît le mieux, comme il l'écrit dans son journal :

Manifeste du Jammisme alt=Dessin en noir et blanc représentant le visage de Francis Jammes.|vignette|Portrait dessiné par Félix Vallotton pour Le Livre des masques de Remy de Gourmont, vers 1898. En , après s'être brouillé avec La Revue blanche, Jammes fait éditer son nouveau recueil La Naissance du poète par une maison d'édition belge, Le Coq Rouge, dirigée par Henri Vandeputte avec qui il échange depuis quelques mois. Mais il souffre de voir que ce recueil ne suscite que peu d'enthousiasme dans la presse. Il est exagérément pessimiste alors que son succès est assez remarquable pour un auteur provincial, qui ne bénéficie pas d'une publicité importante dans les cercles parisiens.

La fin du est marquée par la publication de très nombreux manifestes littéraires Jammes tourne en ridicule ces mouvements dans son propre manifeste, publié dans le Mercure de France en : Le Jammisme. Il y fait l'éloge de la poétique et termine sur ces mots :Alors que son manifeste est satirique, des écrivains le prennent au sérieux et parlent désormais de . Son recueil De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir, publié en , fait des émules dans la jeune génération en quête de renouveau littéraire. La poésie de Jammes est désormais très commentée, en bien ou en mal , et la légende d'un poète reclus à la campagne commence à naître : Charles-Louis Philippe écrit qu'il vit , tandis qu'Adolphe Retté, dans un long article, le décrit comme , .

Tourments et début du succès alt=Portrait d'un homme de profil, barbu, portant des lunettes.|vignette|Francis Jammes en 1898.