vignette|300px|Manuscrit de Double Assassinat dans la rue Morgue (The Murders in the Rue Morgue), nouvelle de l’écrivain américain Edgar Allan Poe, parue en avril 1841 et considérée comme fondatrice du genre roman policier. Le roman policier (familièrement appelé « polar » en France) est un roman relevant du genre policier. Le drame y est fondé sur l'attention d'un fait ou, plus précisément, d'une intrigue, et sur une recherche méthodique faite de preuves, le plus souvent par une enquête policière ou encore une enquête de détective privé. L'abréviation « policier » (pour « roman policier ») est également utilisée. Le genre policier comporte six invariants : le crime ou délit, le mobile, le coupable, la victime, le mode opératoire et l'enquête. Le roman policier recouvre beaucoup de types de romans, notamment le roman noir et le roman à suspense ou thriller. Si l'action est transposée au minimum d'un siècle en arrière, on pourra le qualifier raisonnablement de roman policier historique. Il existe également des romans policiers de science-fiction.
Définition À partir d’un cours élaboré en 1985, Anne Pambrun a synthétisé des articles définissant le roman policier. Partant de la définition que donne en 1929 Régis Messac dans Le « Detective Novel » et l'influence de la pensée scientifique : . Passant par celles de François Fosca (1937), de Boileau-Narcejac (1965), et de Jacques Sadoul, Anne Pambrun propose : . Il convient cependant de tenir compte de la définition affinée et méconnue que Messac livrait en Le Progrès civique, , 21 décembre 1929 : .
Il constitue l'essentiel de ce que l'on appelle aujourd'hui la « littérature noire »Glossaire : « Les genres littéraires » : « Littérature blanche », dans Damien Porte-Plume, Guide des éditeurs de fiction, Le cercle des écritures, 2015 (disponible en partie sur Google Books) ; Christine Ferniot, « Le polar n'a plus mauvais genre », article du site L'Express.fr du 8 juin 2010 ; Marc Lits, « De la « Noire » à la « Blanche » : la position mouvante du roman policier au sein de l’institution littéraire », revue Itinéraires, 2014-3 | 2015, lire en ligne. (à ne pas confondre avec la littérature noire-américaine).
Catégories Le terme français de roman policier est un terme générique qui, par extension, recouvre beaucoup de catégories de romans. Il est réducteur de la diversité du genre, et sur ce point, la langue anglaise est beaucoup plus expressive.
On peut distinguer : le roman de détection ou d'énigme ou de mystère (variante anglo-saxonne : le whodunit) ; le roman d'enquête (enquête pouvant être menée par un policier, un détective privé ou autre) qui relève souvent du roman de détection, du roman noir ou du roman à suspense ; le roman noir ; le roman policier de terroir ; le roman à suspense ou thriller ; le roman d'espionnage ; le roman policier historique ; le roman policier humoristique ou parodique ; le roman policier « ethnique », qui se déroule dans un contexte socio-culturel inhabituel et où la trame du récit et/ou la méthodologie de l'enquêteur prennent en compte des références différentes : police Navajo aux États-Unis, enquêteur chinois au Tibet, policier aborigène en Australie.
Ces diverses catégories ne sont pas exclusives.
Histoire L’élément thématique prédominant du roman policier est l’élucidation d’un crime au travers d'une enquête policière.
Chine ancienne Le roman policier occidental a eu un précurseur dans la Chine impériale : le juge Ti, qui exista réellement au et est utilisé au comme héros d'un roman policier chinois, Dee Goong An (« Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti »). Ce texte, redécouvert et traduit en anglais par le diplomate hollandais Robert van Gulik dans les années 1940, est publié en 1949.
Il n'y a pas eu d'influence de la littérature chinoise sur celle qui se développa en Europe.
Occident Lié d’une part à l’apparition d’une civilisation industrielle et d’autre part à l’émergence de la science positive, le récit policier change le mystère en problème. En effet, selon le sociologue Luc Boltanski, le roman policier se distingue du genre fantastique, qui met lui aussi en scène des énigmes, en s’appuyant sur l’existence d’une réalité naturelle régie par le « type d’enchaînements causaux » établi par les sciences naturelles. De ce fait, il se présente rapidement comme un genre strictement codifié, orienté vers la résolution d’une énigme.
En , Jane Austen publie Emma. Le roman a souvent été défini, à la suite de R. W. Chapman, de Robert Liddell, et surtout, de P. D. James., comme « un roman policier sans policier », ou « un roman policier sans meurtre » (, ou ). Certains ont même vu en Emma le tout premier roman policier en Occident, car il est en effet antérieur à d'autres « ancêtres du roman policier » tels que The Murders in the Rue Morgue d'Edgar Poe (1841), Le Meurtre du constructeur de machines Roolfsen de Maurits Hansen (1839) ou même Das Fräulein von Scuderi, de Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1819). Quoi qu'il en soit, l'énigme que contient le roman est remarquable par le fait que la plupart de ceux qui lisent Emma pour la première fois ne se rendent compte du mystère qu'il contient que tout à la fin, malgré les indices extrêmement nombreux et précis dont Jane Austen l'a parsemé.
En 1829, Balzac publie Les Chouans, œuvre dont certains aspects préfigurent le roman policier. En effet, Corentin, fils naturel présumé de Fouché, débute dans le métier de la police, c'est aussi un agent secret. On le retrouvera dans Une ténébreuse affaire, puis Splendeurs et misères des courtisanes et Les Petits Bourgeois.
En 1841, Edgar Allan Poe écrit les premières nouvelles policières directement inspirées de faits divers. Émile Gaboriau a ensuite publié, en 1863, le premier roman policier dont le récit est encore largement imprégné du fond mélodramatique accumulé dans les feuilletons du .
C’est seulement avec Conan Doyle qu’émerge la première figure de détective vraiment scientifique avec son personnage de Sherlock Holmes. À l’inverse du choix de Conan Doyle dont le personnage de pur enquêteur est sans émotion et sans vie de famille, ses contemporains français sont engagés dans le jeu des passions, des idéologies et des morales de leur époque. Ainsi, Gaston Leroux doit sa célébrité à un récit de chambre close où le détective Rouletabille conduit ses investigations jusqu’à la résolution de son destin œdipien. Quant à Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur héros de Maurice Leblanc, il vole au secours des démunis au point de leur abandonner une partie de son butin.
Autrefois associé à la culture populaire, le roman policier a acquis ses lettres de noblesse et a élargi son lectorat en mordant notamment sur le public féminin et sur tout type de catégories sociales. C'est ainsi que Georges Simenon a reçu la consécration d'être édité par la bibliothèque de la Pléiade, à l'aube du Tome II des romans de Georges Simenon, sur La Pléiade (consulté le )..
En 2018, en France, 17,2% des œuvres de fiction vendues en librairie étaient du polar. Selon les statistiques du Syndicat national de l’édition pour l’année 2020, l’espionnage, le policier, le roman noir et le thriller représentent 5,3 % du chiffre d’affaires de l’édition avec près de 137 millions d’euros et 5,6 % des exemplaires vendus (23 406 millions). En 2010, selon une enquête du ministère de la Culture, en nombre de livres lus, les romans policiers dépassent les romans des autres genresMichel Abescat, Télérama, , , ..
Les femmes dans le polar Bien que les femmes aient toujours été présentes dans la littérature noire (Ellen Wood, East Lynne, 1860, adapté à de multiple reprises ; Mary Elizabeth Braddon, , 1861; le premier roman d'Anna Katharine Green Le Crime de la Avenue, paru en 1878, s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires), ce n'est que dans les années 1920 et 1930 qu'elles ont réellement émergé, en particulier dans la création de romans d'énigme, désignés sous le terme whodunits : Agatha Christie, bien sûr, mais aussi Dorothy Sayers, Margery Allingham, Ngaio Marsh, Josephine Tey.
Une nouvelle génération d'auteures féminines fera son apparition à la suite des grandes luttes féministes de la fin des années 1960, coïncidant avec l'accès au genre du lectorat féminin. La Britannique P. D. James a commencé à publier dès 1962, Ruth Rendell en 1964, jusqu'à, sinon dominer le genre dans le monde anglo-saxon, du moins jouer à armes égales avec leurs confrères masculins : Patricia Cornwell, Sarah Dunant, Sue Grafton, Elizabeth George, Martha Grimes, Donna Leon, Val McDermid, Sara Paretsky, Dorothy Simpson, Minette Walters, etc. soutenue par , une association créée spécialement pour représenter les auteures de romans noirs.
Les auteures de romans noirs pointent cependant les disparités d'éclairage médiatique entre les genres.
En France, les auteures Brigitte Aubert, Chantal Pelletier, Sylvie Granotier, Pascale Fonteneau, Laurence Biberfeld, Fred Vargas, Andrea Japp, Maud Tabachnik, Dominique Sylvain, Dominique Manotti, Ingrid Astier ou Karine Giébel font figure de pionnières du genre.
Les collections
Prix littéraires Prix de littérature policière en France
Prix de littérature policière à l’étranger
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Ouvrages de référence Dictionnaire des littératures policières sous la direction de Claude Mesplède Policiers de roman et de laboratoire, par Edmond Locard, Payot, 1924.
Histoire et technique du roman policier, par François Fosca, Gallimard, 1937. Le Roman policier, par Roger Caillois, Buenos Aires, Éditions des Lettres françaises, 1941. Rêveries d’un policier amateur, par Alexandre Arnoux, Lyon, Lugdunum, c. 1942 ; Albin Michel, 1954. Esthétique du roman policier, par Thomas Narcejac, 1947, Le Portulan. D’Arsène Lupin à San-Antonio, par Jean-Jacques Tourteau, Tours, MAME, 1970. Mythologie du roman policier, par Francis Lacassin, 10/18, 1974. le Roman policier : une machine à lire, par Thomas Narcejac, Denoël-Gonthier, 1975. Le Roman policier, un traité philosophique, par Siegfried Kracauer, Payot, [1922-1924] 1981. Autopsies du roman policier, textes réunis et présentés par Uri Eisenzweig, UGE, coll. 10/18, 1983. Émile Gaboriau ou la naissance du roman policier, par Roger Bonniot, Librairie philosophique J. Vrin, 1984. Le Roman policier archaïque : un essai de lecture groupée, par Jean-Paul Colin, Berne, Lang, 1984. Le récit impossible : forme et sens du roman policier, Uri Eisenzweig, Christian Bourgois, 1986. L'art du suspense, mode d'emploi, par Patricia Highsmith, 1987. Le Roman policier et ses personnages, textes réunis par Yves Reuter, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1989. Les maîtres du roman policier, par Robert Deleuse, Bordas, 1991. Le Roman policier ou la modernité, par Jacques Dubois Nathan, 1992. Mythologie du roman policier, par Francis Lacassin ; Nouvelle édition augmentée et mise à jour, Christian Bourgois 1993. Lire le roman policier, par Francis Evrard, Dunod, 1996. La Belle époque du roman policier français, par Jean-Paul Colin, Delachaux et Niestle, 1999.
. Le Roman policier, par Daniel Fondanèche, Paris, Ellipses, 2000. Le Roman policier en Amérique française, par Norbert Spehner, Québec, Éditions Alire, 2000. Le Roman policier, par André Vanoncini, Presses universitaires de France, coll. Que sais-je ?, 2003. Dictionnaire du roman policier, par Jean Tulard, Fayard, 2005. Le Roman policier, in Paralittératures, par Daniel Fondanèche, Vuibert, 2005. Le Polar américain, la modernité et le mal, par Benoît Tadié, PUF, 2006. Dictionnaire des littératures policières, sous la direction de Claude Mesplède, nouvelle édition, Nantes, Joseph K, 2007. Histoire du polar jeunesse, romans et bandes dessinées par Raymond Perrin, L'Harmattan, 2011. Le Roman policier en Amérique française - 2 (2000-2010), par Norbert Spehner, Québec, Éditions Alire, 2011.