Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry, né à Versailles le et mort à Paris le , victime d’un attentat perpétré la veille à sa sortie de l’opéra, est un prince de la maison de Bourbon. Il est le fils cadet du roi Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie.
Biographie Premières années
Naissance gauche|vignette|Charles-Ferdinand, duc de Berry, par Joseph Boze, 1783 Charles-Ferdinand d’Artois naît le et il est ondoyé le même jour dans la chapelle du château de Versailles par Joseph de Cheylus, évêque de Bayeux, en présence du roi Louis XVI et de la reine Marie-AntoinetteRegistre des baptêmes (1778) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines. (qui n'ont toujours pas d'enfants après sept années de mariage, et alors que leur fille aînée ne naîtra que le ).
Baptême vignette|Portrait de Charles Ferdinand, duc de Berry, avec sa mère Marie-Thérèse de Savoie et ses frères et sœurs Louis-Antoine et Sophie, par Pierre Charles Ingouf (1779). Le , Charles-Ferdinand d’Artois et son frère Louis-Antoine sont baptisés dans la chapelle royale du château de Versailles par Armand de Roquelaure, évêque de Senlis. Leurs parrains respectifs sont Charles III, roi d'Espagne (représenté par Louis-Stanislas-Xavier, futur Louis XVIII) et Louis XVI, leurs marraines Marie-Antoinette d'Espagne, reine de Sardaigne (représentée par Marie-Joséphine de Savoie) et Marie-Antoinette d'AutricheRegistre des baptêmes (1785) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..
Éducation et famille gauche|vignette|Charles-Ferdinand (à gauche) et son frère, Louis-Antoine (à droite), et soeur aînée Sophie (au centre), par Rosalie Filleul, vers 1781. vignette|Famille de la comtesse d'Artois Son père, le comte d'Artois, futur roi Charles X, confie l'éducation de ses deux fils au duc de Serent comme gouverneurJérôme Delandine de Saint-Esprit, Vie de S. A. R. Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, Paris, éd. L.-E. Herhan , 1820, page 5. ; celui-ci attacha au duc de Berry et à son frère, MM. de La Bourdonnaie et d'Harbouville en qualité de sous-gouverneurs, et M. de Provenchères, comme premier valet de chambre ; l'abbé Marie, professeur de mathématiques au collège Mazarin, et l'abbé Guenée, de l'Académie des sciences, furent nommés sous-précepteursJérôme Delandine de Saint-Esprit, Vie de S. A. R. Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, Paris, éd. L.-E. Herhan , 1820, page 8. ; il manifeste un goût prononcé pour la chose militaire, la musique et le dessinJérôme Delandine de Saint-Esprit, Vie de S. A. R. Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, Paris, éd. L.-E. Herhan , 1820, page 8-10..
Révolution française et exil Service dans l'armée upright|thumb|left|Mesdemoiselles d'Issoudun et de Vierzon :Charlotte, comtesse d'Issoudun (à gauche) et sa sœur Louise, comtesse de Vierzon (à droite). Dès le début de la Révolution française, l'enfant suit son père en émigration. Le départ des princes du sang inaugure la fuite des opposants à la Révolution française. De 1792 à 1797, il sert dans l'armée de Condé puis passe en Grande-Bretagne. Là, il a une liaison avec Amy Brown (1783-1876), avec laquelle il secrétement sans consentement royal. Ensemble, ils ont quatre enfants dont deux filles, qui seront reconnus par la famille royale sur son lit de mort.
Exil À partir de 1807, le comte de La Fare, évêque de Nancy, est chargé par Louis XVIII de lui verser, ainsi qu'à son frère Louis-Antoine, duc d'Angoulême, des sommes importantes pour l'entretien de sa Maison et les pensions de l'armée des princes pour assurer la subsistance de ses compatriotes. Toutes les communications du continent avec l'Angleterre sont interdites et les militaires de l'armée de Condé ne peuvent plus recourir à Londres pour y toucher du gouvernement britannique leurs pensions alimentaires. Monsieur de La Fare est chargé d'ordonnancer et de vérifier le paiement de ces pensions sur des maisons de banque de Vienne, notamment celle du baron de Boesner, banquier viennois, qui placent les fonds sur Hambourg et Augsbourg ainsi que chez M. A. Gnecco & Cie et M. Heath & Cie à Gênes. Pour les mois de mars et d', le versement est de (), compte tenu de la commission de 130,5 livres du baron de Boesner. Parmi les bénéficiaires des pensions, on trouve les noms du marquis de Montaignac, du capitaine chevalier de Badasset et du marquis d'Anjorrant entre autres. Monsieur de La Fare exerce cet emploi périlleux jusqu'à la Restauration.
Restauration Retour en France Le duc de Berry retourne en France lors de la Première Restauration avec son père, Amy Brown et ses petites-filles qu'il confie au duc de Coigny. Il y a un débat entre historiens sur l'existence d'un mariage en Angleterre entre le duc de Berry et Amy Brown (mariage catholique annulé secrètement par le Vatican ou mariage anglican que le duc a ignoré lorsqu'il s'est marié en 1816 à la princesse Marie-Caroline de Bourbon-Siciles).. Pendant les Cent-Jours, il suit Louis XVIII à Gand. Il est nommé par le roi colonel général des Chevau-légers-lanciers.
Proximité avec la franc-maçonnerie Politiquement, le prince passe pour un opposant à Louis XVIII et est donc un ultra-royaliste et réactionnaire au sein de la famille royalePons-Louis-François de Villeneuve, De l'Agonie de la France, t. 2, 1839, p. 325. ; il est proche de la franc-maçonnerieLe prince, qui eut des obsèques maçonniques, est présenté en 1824 dans la Pompe funèbre célébrée par le G... O... de France à la mémoire de Louis XVIII, protecteur de la maçonnerie comme l'instigateur de l'ouverture de plusieurs temples maçonniques.Hervé Pinoteau, Le chaos français et ses signes : Étude sur la symbolique de l’État français depuis la révolution de 1789, éditions PSR, 1998, . et le maréchal Pierre Riel de Beurnonville présente à Louis XVIII, le projet de le porter à la Grande Maîtrise du Grand Orient de France, mais il ne semble pas prouvé que ce projet ait été formellement accepté par le roi, ce qui n'empêcha pas le Grand Orient de s'en prévaloirBègue-Clavel, Histoire pittoresque de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes, 1843, p. 287..
Assassinat
thumb|left|La mort du duc de Berry, par Édouard Cibot, 1829. upright|thumb|right|Louvel (1783-1820). Louis XVIII n'a pas d'enfant, et le duc de Berry est le deuxième fils du futur Charles X. Parce qu'il est héritier du trône (après son père et son frère aîné), les ennemis des Bourbons voient en lui l'avenir de la famille royale. Il est poignardé à sa sortie de l’Opéra de la rue de Richelieu le dimanche gras , vers onze heures du soir, par Louis Pierre Louvel, un ouvrier bonapartiste qui veut éteindre en lui la race des Bourbons.. Le duc meurt mais l'assassin échoue dans son dessein puisque naît, quelques mois plus tard, le duc de Bordeaux, « l'enfant du miracle » selon Lamartine.
Le prince ne meurt pas sur-le-champ, il a la force d'arracher l'alêne plantée dans sa poitrine puis il tombe momentanément en syncope. Transporté dans une des salles du théâtre, il expire le lendemain à six heures du matin. Au cours de sa longue agonie, le prince révèle que son épouse, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, est enceinte. Il avoue l'existence de deux de ses enfants naturels. Il demande que son assassin soit gracié et regrette de mourir de la main d'un Français.
Conséquence du deuil royal, le préfet de police Jules Anglès promulgue le jour même une ordonnance interdisant les réjouissances du Carnaval prévues dans les rues de Paris les 14 et (lundi et mardi gras). La bourse, les bals, les spectacles et tous les lieux publics sont fermés Le Constitutionnel, 15 février 1820, jour du mardi gras, page 1, .Voir l'article reproduit sur la base Commons.. Par la suite, l’opéra de la rue de Richelieu est rasé sur ordre de Louis XVIII, afin de faire disparaître le lieu du drame. À son emplacement se trouve aujourd’hui le square Louvois, rue de Richelieu.
Inhumation gauche|vignette|Funérailles du duc de Berry, par Jean Dugourc.
Charles-Ferdinand d’Artois est inhumé dans la basilique Saint-Denis, ses entrailles sont conservées à Lille, dans un monument funéraire érigé dans l’église Saint-Maurice et son cœur se trouve dans la chapelle du château de Rosny.
Hommages thumb|right|Monument expiatoire de la place Louvois.
Après sa mort, un monument expiatoire est bâti place Louvois (actuel square Louvois), à l'emplacement de l'opéra de la rue de Richelieu. Ce bâtiment doit contenir un monument funéraire en l'honneur du prince, œuvre des sculpteurs Dupaty, Cortot et Cartelier. Mais, après la révolution de 1830, le monument expiatoire est détruit et le monument funéraire est amené à Saint-Denis près de la dépouille du prince. Il reste entreposé pendant plus d'un siècle dans un débarras occupant la crypte-chapelle des Bourbons. En 1976, à la suite de la restauration de celle-ci, il est remonté derrière le chevet de la basilique, près de la sacristie du ..
Toujours à Paris, la rue de Berri lui rend hommage.
Sa veuve fait élever en sa mémoire entre 1820 et 1824 à Rosny-sur-Seine, où ils possédaient un château, un hospice composé de deux ailes (l'une pour soigner les malades, l'autre pour élever les enfants pauvres) et d'une chapelle où le cœur du duc devait être déposé.
À Caen, est érigé l'obélisque au duc de Berry, dessiné par Romain Harou avec des bas-reliefs de Louis Petitot.
Une rue Duc-de-Berry est inaugurée le à La Gorgue (Nord), en présence du prince Rémy de Bourbon Parme., descendant de la fille de Charles-Ferdinand d'Artois.
Descendance
Dès le début de la Révolution françaiseCharles-Ferdinand d'Artois présente la particularité d'être le père de 4 enfants posthumes, nés en 1820 : Henri d'Artois, Ferdinand Oreille de Carrière, Charles de La Roche (1820-1901), et Alix Mélanie Cosnefroy de Saint-Ange (1820-1892), il émigre avec son père à l'instar de nombreux gentilshommes. De 1792 à 1797, il sert dans l'armée de Condé puis passe en Grande-Bretagne. En 1805, il a une liaison avec Amy Brown (1783-1876), . La même année, elle donne naissance à un fils, John, puis en 1807, Amy donne naissance à un autre fils, nommé Robert Freeman. Par la suite, elle accouche de deux autres enfants, dont il révèle l'existence à son épouse, la princesse Marie-Caroline des Deux-Siciles, sur son lit de mort. Au total, le couple aurait eu quatre enfants : John Freeman (1805-1866), postérité ; Robert Freeman (1807-1823), sans postérité ; Charlotte-Marie-Augustine de Bourbon (1808-1886), comtesse d'IssoudunTitre octroyé le 10 juin 1820 par Louis XVIII.État civil du bénéficiaire : né le à Londres. Armoiries : D'azur au pairle d'or, a laisé, accompagné de trois fleurs de lys du même ; au chef engrelé d'or chargé de trois fleurs de lys d'argent., princesse de Faucigny-Lucinge, et postéritéNotamment le prince Jean de Broglie (1921-1976) et Anne-Aymone Giscard d'Estaing (née en 1933). ; Louise de Bourbon, comtesse de Vierzon (1809-1891) État civil du bénéficiaire : né le à Londres. Armoiries : D'azur à la tour, en bande, crénelée de quatre pièces d'argent, maçonnée de sable ; au chef engrelé d'or, chargé de trois fleurs de lys d'azur., baronne de Charette, et postéritéNotamment Hervé de Charette (né en 1938).. .
En 1816, il épouse en la cathédrale Notre-Dame de Paris la princesse Caroline de Bourbon-Siciles (1798-1870), fille aînée de François des Deux-Siciles (1777-1830) et de Marie-Clémentine d'Autriche (1777-1801), dont il a quatre enfants, dont deux parviennent à l'âge adulte :
Louise Elisabethou Louise Isabelle., née à Paris le , morte le lendemain. Louis, né et mort à Paris le . Louise d'Artois (1819-1864), qui épouse en 1845 Charles III de Parme, duc de Parme (fils de Charles II, duc de Parme et de Marie-Thérèse de Savoie). Louise est la grand-mère paternelle de l'impératrice d'Autriche Zita.