vignette|Vue du versant nord du mont Ventoux. vignette|Le mont Ventoux vu depuis Avignon au sud-ouest avec le pont Saint-Bénézet au-dessus du Rhône.
Le mont Ventoux est un sommet situé dans le département français de Vaucluse en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Culminant à , il fait environ de long sur un axe est-ouest pour de large sur un axe nord-sud. Surnommé le Géant de Provence ou le mont Chauve, il est le point culminant des monts de Vaucluse et le plus haut sommet de Vaucluse. Son isolement géographique le rend visible sur de grandes distances. Il constitue la frontière linguistique entre le nord et le sud-occitan.
Avant d'être parcourue par trois routes principales, qui ont permis le développement du tourisme vert et des sports de pleine nature aussi bien en été qu'en hiver notamment avec l'organisation de grandes courses cyclistes, de bolides motorisés ou autres événements, la montagne était sillonnée de drailles tracées par les bergers à la suite de l'essor de l'élevage ovin entre le . Ces chemins ont désormais été transformés en sentiers de randonnée, à l'instar des GR 4 et GR 9.
Sa nature essentiellement calcaire et de nombreux pierriers dans la partie sommitale expliquent la remarquable blancheur du sommet. La montagne présente également une intense karstification due à l'érosion par l'eau. Les précipitations y sont particulièrement abondantes au printemps et à l'automne. L'eau de pluie s'infiltre dans des galeries et rejaillit au niveau de résurgences au débit variable telles la fontaine de Vaucluse ou la source du Groseau. Le mont Ventoux est soumis à un régime méditerranéen dominant, responsable parfois l'été de températures caniculaires, mais l'altitude induit aussi une grande variété de climats, de sommet au climat de type montagnard, en passant par un climat tempéré à mi-pente. En outre, le vent peut être très violent et le mistral souffle pratiquement la moitié de l'année. Cette géomorphologie et ce climat particuliers en font un site environnemental riche et fragile, constitué de nombreux étages de végétation, comme en témoigne son classement en réserve de biosphère par l'UNESCO et en site Natura 2000.
Si des peuplements humains sont avérés au niveau des piémonts durant la Préhistoire, la première ascension documentée jusqu'au sommet serait l'œuvre, le , du poète Pétrarque depuis Malaucène sur le versant nord. Il ouvre la voie, plus tard, à de nombreuses études à caractère scientifique. Par la suite, pendant près de six siècles, le mont Ventoux va être intensément déboisé, au profit des constructions navales à Toulon, des fabricants de charbon de bois et des éleveurs ovins. Durant la Seconde Guerre mondiale, la montagne abrite le maquis Ventoux. Depuis 1966, le sommet est coiffé d'une tour d'observation de plus de quarante mètres de haut surmontée d'une antenne TDF.
Alors que l'élevage ovin a presque disparu, l'apiculture, le maraîchage et la viticulture, la récolte des champignons parmi lesquels la truffe, ainsi que la culture de la lavande sont toujours pratiqués.
En raison de ces particularités, le mont Ventoux est une figure symbolique importante de la Provence ayant alimenté récits oraux ou littéraires, et maintes représentations graphiques artistiques ou scientifiques.
Toponymie vignette|centre|redresse=3.2|Le mont Ventoux, avec les noms principaux de ses cols et de ses abrupts1 = Mont Ventoux - 2 = Col des Tempêtes - 3 = Tête de la Grave - 4 = Chalet Reynard - 5 = Pas de la Frache - 6 = Flassan - 7 = Rocher de Cachillan - 8 = Tête de Chauve - 9 = Tête du gros Charne - 10 = Tête du Fribouquet - 11 = Cime Saint Vincent - 12 = Grand Barbeirol En occitan provençal, mont Ventoux se dit Mont Ventor selon la norme classique ou Mount Ventour selon la norme mistralienne.
Le nom d'origine Ventour apparaît déjà au sous sa forme latine Vĭntur sur trois inscriptions votives à un dieu celte.. La première est découverte au , à Mirabel-aux-Baronnies, sur le site de Notre-Dame de Beaulieu par Esprit Calvet. Elle indique VENTVRI / CADIENSES / VSLMÀ Vintur, les Cadienses se sont acquittés de leurs vœux, de bon gré et à juste titre, CIL, XII, 134 et add. .. La seconde, qui provient d'Apt, est relevée, en 1700, par Joseph-François de Rémerville, lequel note VENTVRI / VSLM / M. VIBIVSÀ Vintur, Marcus Vibius s'est acquitté de son vœu, de bon gré et à juste titre, CIL, XII, 1104, et ILN, IV, Apt, 17.. La troisième est exhumée lors des fouilles de 1993, à la chapelle Saint-Véran, près de Goult, seul VINTVRIÀ Vintur, ILN, IV, Apt, 143. restait lisible sur un fragmentGuy Barruol, ..
Si cet oronyme est passé dans la langue provençale sans grand changement, il n'en est pas de même de son savant rhabillage latin Mons Ventosus qui est documenté dès le et qui est le vocable employé par Pétrarque au Paul Peyre, .. À la suite du poète, il a été réinterprété pendant longtemps comme « mont venteux »Mons Ventosus. tant il est vrai que le mistral y souffle souvent à plus de , et parfois jusqu'à ..
Certains auteursBullet, 1784, cité par Paul Peyre, Encyclopédie Ventoux, , 240. ont cherché à l'analyser comme un *Ven-topp, qui aurait signifié « cime enneigée » en gaulois ou par *uindo / *vindo « blanc »L'adjectif aurait été le deuxième terme comme dans l'anthroponyme celtique Penn-uindos « tête blanche ».. Mais la phonétique fait difficulté et la finale reste inexpliquée. Le linguiste Xavier Delamarre émet l'hypothèse d'une racine celtique vent désignant des lieux de sacrifice gaulois (de uanos « tueur de »). Le mont Ventoux aurait donc été un lieu sacré pour les Celtes. La toponymie celtique est rarement descriptive. La plupart des noms de lieux celtes renvoient à des mots qui ont un sens religieux ou une fonction (économique, politique ou militaire).
Actuellement, en se fondant sur les formes anciennes biens connues, on met en avant la racine *Vin-. Elle se retrouve dans la montagne Sainte-Victoire, qui était un Mons Venturi transformé en Sanctæ Venturii à partir de 1345, ainsi qu'en région provençale dans Venasque, Venterol (Alpes-de-Haute-Provence), Venterol (Drôme), Vence, Ventabren, Ventavon ou en Corse dans Venaco et VentiseriAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968, .. Elle apparaît aussi dans le Piémont, où se trouve un Venasca, ainsi que dans les Pyrénées avec le Port de Venasque et Benasque qui a aussi donné son nom à la vallée de Bénasque. Cette racine pré-latine, répandue sur un large territoire, désigne à chaque fois une hauteur ou un lieu élevé et dans le cas du Ventoux et de la Sainte-Victoire son suffixe -tur indique une distance. Le Ventoux serait donc « la montagne qui se voit de loin ».
Géographie Situation vignette|Carte topographique du mont Ventoux et de ses environs.
Le mont Ventoux est un sommet culminant à dans le Comtat Venaissin et dont le piémont s'étend jusqu'en Provence. C'est le point culminant des monts de Vaucluse et le plus haut sommet du département de Vaucluse. Il fait environ de long sur un axe est-ouest pour de large sur un axe nord-sud et couvre environ . Onze communes se partagent le massif : Aurel, Beaumont-du-Ventoux, Bédoin, Brantes, Flassan, Malaucène, Monieux, Saint-Léger-du-Ventoux, Sault, Savoillan et Villes-sur-AuzonBernard Mondon, ..
Situé à moins de à vol d'oiseau au nord-est de Carpentras, il est suffisamment éloigné des autres sommets de la région — la montagne de Lure () se trouvant à plus de à l'est — pour paraître plus haut qu'il ne l'est en réalité, ce qui lui vaut le surnom de Géant de Provence. De fait, par temps dégagé, on découvre du sommet un panorama exceptionnel sur toute la chaîne des Alpes, le Massif central et les Cévennes, la basse vallée du Rhône dont on peut parfaitement voir les méandres en direction d'Avignon, la Camargue, la plaine de la Crau, la mer Méditerranée avec l'ensemble du golfe du Lion, l'étang de Berre, la montagne Sainte-Victoire, le massif de la Sainte-Baume, jusqu'à Notre-Dame-de-la-Garde et les montagnes environnantes de Marseille (massif de l'Étoile, massif du Garlaban, massif de Marseilleveyre, massif de Saint-Cyr).
Accès et voies de communication Réseau routier interne vignette|redresse|La tracée à travers le pierrier calcaire.
L'accès au sommet par le versant septentrional se fait depuis Malaucène par la , dite route du mont Serein. Sa construction a été décidée en 1931 pour desservir la station de skiBernard Mondon, .. Longue de , avec une pente de 7,5 %, elle a été inaugurée en 1932Bernard Mondon, ..
Sur le versant méridional, la , dite route de l'Observatoire, venant de Bédoin rejoint au niveau du chalet Reynard la route qui monte depuis Sault en direction du sommet. Inaugurée au , elle est longue de , avec des pentes oscillant entre 7,4 et 10 %. Elle n'est goudronnée qu'en 1934. En 2016, la route a fait l'objet d'une campagne de mesures de son altitude en plusieurs points par une équipe de géomètres du conseil départemental de Vaucluse, permettant d'établir son sommet à Jean-Luc Blatière, Le mont Ventoux mesure en fait..., Le Dauphiné libéré, 11 juin 2016...
La , ou route du Ventouret, prend son départ à Sault. Empruntant la combe de la Font de Margot et la combe Brune, elle a de long et une pente de seulement 3,5 %. Les travaux ont été achevés en un an et elle a été inaugurée le par Édouard Daladier et Charles Martel, président du Conseil général de VaucluseBernard Mondon, ..
Réseau routier périphérique Ces voies aux origines anciennes ou récentes contournent le massif mais rejoignent toujours un point d'accès menant à l'intérieur de celui-ci. La , ou route de la Gabelle, a été construite en 1821. Elle était dite alors route d'Avignon à Sault. Elle est aujourd'hui doublée par la qui passe par le col des Abeilles. La , ou route de la Nesque, a été mise en service en 1920Bernard Mondon, .. Elle emprunte les gorges de la Nesque et conduit de Villes-sur-Auzon à Sault par Monieux. La , ou route du Toulourenc, a été tracée dès le . Elle conduit de Malaucène à Montbrun-les-Bains en suivant la vallée du Toulourenc.
Drailles et chemins Les drailles sont des voies liées à la transhumance. La plupart d'entre elles sont devenues actuellement des chemins de randonnée. Elles sont rares dans le sens nord-sud, à l'exception des deux partant de Flassan vers Verdolier et vers Brantes. À ces chemins pastoraux s'ajoute un chemin de pèlerinage, celui de Sainte-Croix qui, partant des Baux, se dirige vers le sommet par la combe FioleGuy Barruol, ..
Les anciennes drailles sont plus fréquentes d'est en ouest. Les plus importantes restent celles de Malaucène à Saint-Léger, de Mormoiron à Sault et de Bédoin à Flassan. Cette dernière, devenue le GR 9, est dénommée « draille traversière ». Son tracé délimitait la plaine cultivée de la montagne boisée. Pour faciliter les passages plusieurs ponts de bois ou maçonnés avaient été construits. Il en reste six de pierre, dont quatre enjambant le Toulourenc et deux situés dans la vallée de l'Ouvèze.
Géologie Le massif du Ventoux est séparé du massif des Baronnies par l'accident tectonique du ToulourencC. Montenat , L'accident tectonique du Toulourenc : une limite tectonique entre la plate-forme provençale et le Bassin vocontien à l'Aptien–Albien (SE France), C. R. Geoscience 336, 2004., et fait partie du Panneau de couverture Nord-Provençal (PCNP) dont il constitue le front septentrional avec la montagne de Lure. Au sud, cette plateforme urgonienne, quasi rectangulaire, se termine par la montagne de la Trévaresse, tandis qu'elle est délimitée à l'est par la faille de la Durance et à l'ouest par celle de Salon-Cavaillon. Dans le tiers inférieur se trouvent le Luberon, les Dentelles de Montmirail, le plateau d'Albion et les monts de Vaucluse occupant le tiers supérieur. Ce gigantesque « bulldozer » calcaire est le responsable du ridement et du plissement du massif des Baronnies essentiellement marneuxMichel de Saint-Blanquet, ..