La Moldavie (en roumain médiéval , en roumain moderne , en slavon d'église , en russe Sceau de de 1392.Sceau d'.Sceau d' de 1518.Sceau de de 1533.) est une région historique et géographique de l’Europe, correspondant à l’ancienne principauté de Moldavie () partagée actuellement entre la Roumanie (qui en possède soit 41 % de l’ancienne principauté avec , Moldaves d’origine locale à 98 %.), la république de Moldavie (qui en possède soit 34 % de l’ancienne principauté avec , d’origine locale à 78 % soit .) et l’Ukraine (qui en possède soit 25 % de l’ancienne principauté avec soit 11 % de la population des régions de Bucovine septentrionale et de Bessarabie du sud et 0,8 % de la population de l’Ukraine « », CIA (2006) ; ONU (2004).).

Aujourd'hui, la partie orientale de la Moldavie historique est partagée entre la république de Moldavie et l'Ukraine, qui comprend au Nord les territoires de Hotin et de Herța (dans l'oblast de Tchernivtsi) et au sud une région littorale limitrophe des bouches du Danube et de la mer Noire (dans l'oblast d'Odessa). La partie occidentale de la Moldavie historique appartient à la Roumanie. Sa partie septentrionale, la Bucovine, est partagée entre la Roumanie au sud (dans le județ de Suceava) et l'Ukraine au nord (dans l'oblast de Tchernivtsi).

Aujourd'hui, 56 % des Moldaves vivent sur 46 % du territoire de l’ancienne Moldavie (en Roumanie) et 44 % vivent sur 54 % du territoire de l’ancienne Moldavie (en république de Moldavie et en Ukraine où ils sont mélangés à des colons russes et autres venus ici depuis 1812 et surtout depuis 1945, et à leurs descendants).

La Moldavie occidentale roumaine (correspondant à huit județe) ne doit pas être confondue avec la région de développement Nord-Est de la Roumanie, qui n’occupe que six județe (les deux les plus méridionaux faisant partie de la région de développement Sud-Est).

Diverses appellations pour une même région

vignette|gauche|Évolution diachronique du territoire moldave du au . Le pays moldave a été habité dans l’Antiquité par les Daces : les protochronistes affirment que son nom dériverait des mots daces molta (beaucoup) ou molo (boue) et dava (cité). On a aussi avancé sans sources que l’origine du nom serait le mot molift ou molid désignant en roumain l’épicéa. Enfin, il existe une légende médiévale qui raconte que le voïvode Dragoș, fondateur de l’État moldave, aurait eu une chienne nommée Molda qui se serait noyée dans la rivière, désormais appelée Moldova, ainsi que le pays.

L’hypothèse sur laquelle s’accordent les historiens et les linguistes est que le nom « Moldova » de la rivière et de la principauté, fondée sur ses rives par le prince Dragoș venu du Maramureș voisin, dérive de l’ancien germanique Mulda qui signifie « creux », « mine », ce qui est aussi le sens du nom roumain Baia, nom de la capitale de Dragoș. On sait que des mines y étaient exploitées par des maîtres extracteurs allemands, et l’on retrouve Mulda en Saxe et en Bohême. Les noms historiques du pays sont en roumain, en magyar, Moldavie en français, en allemand et Moldavia dans plusieurs langues telles que l’anglais ou l’espagnol. Toutefois, des néologismes sont apparus depuis l’indépendance de la république de Moldavie voisine, pour désigner cet État, dont le nom officiel est également Moldova, mais que les Allemands appellent désormais tandis que les anglophones et l’ONU utilisent Moldova tel quel, sans le traduire. En français, depuis la « directive Juppé », Moldavie et Moldova peuvent être également usités : le code ISO 639 ne prend en compte que le nom roumain : Moldova ; en français, les deux noms, Moldova en roumain et Moldavie en français, sont officiels selon la directive Juppé..

Mais par le passé, la principauté a aussi été nommée Valachie orientale, Bogdano-Valachie et même Bogdanie d’après le nom du voïvode Bogdan. Une valachie est en ancien français (et dans les autres langues européennes : Walachei, Wallachia, Vlachföld, Valachia…) un duché roumanophone ; la Valachie intérieure était la Transylvanie (intérieure au royaume hongrois) et l’Hongro-Valachie ou Valachie extérieure était la Valachie (située au sud-est et à l’extérieur de la Hongrie), principauté elle-même divisée en Grande-Valachie (Munténie) et Petite-Valachie (Olténie). Le nom de Valaques désignait à l’étranger les populations à parler roman dans ces régions, jusqu’à ce qu’Émile Ollivier et Élisée Reclus proposent avec succès le nom de Roumains, tiré de Români, lui-même attesté par écrit comme endonyme depuis le Les sources soviétiques et russophones comme la Grande Encyclopédie soviétique affirment que Români (« Roumains ») serait un néologisme apparu avec la et imposé par l'État roumain aux Moldaves durant son , mais , cite Tranquillo Andronico qui écrit en 1534 que les « s’appellent eux-mêmes romains » (, cité par ) ; Francesco della Valle accompagnant en 1532 le gouverneur Aloisio Gritti qui note que les Roumains ont préservé leur nom de Romains et qu'« ils s’appellent eux-mêmes Roumains (Romei) dans leur langue » citant la phrase : Sti rominest ? (« sais-tu le roumain ? », roumain : ) : […] (cité par ) ; Ferrante Capeci qui écrit vers 1575 que les habitants des « provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Hongro-valaquie et Mésie s’appellent eux-mêmes Roumains (Romanesci) » (, dans ) ; Pierre Lescalopier qui remarque en 1574 que « tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plupart de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur… ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain… » (dans Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol. 48, cité par ) ; le saxon transylvain Johann Lebel qui note en 1542 que « les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de Romuini » : Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur…/Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti (dans De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Sibiu - Cibinii 1779, ) ; le chroniqueur polonais Orichovius (Stanisław Orzechowski) qui observe en 1554 qu’« en leur langue ils s’appellent Romin, selon les Romains et Valaques en polonais, d’après les Italiens » (, dans « Annales polonici ab excessu Sigismundi », citées par ) ; le croate Anton Verancsics qui remarque vers 1570 que « les Valaques se nomment eux-mêmes Romains (Roumains) » (Valacchi, qui se Romanos nominant […] Gens quae ear terras ( […], dans ) ; le Hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany qui cite en 1699 les expressions : Sie noi sentem Rumeni (« nous aussi, nous sommes Roumains », pour le roumain : ) et Noi sentem di sange Rumena (« nous sommes de sang roumain », pour le roumain : ), dans ; Grigore Ureche qui écrit dans : (« En Transylvanie n'habitent pas seulement des Hongrois mais aussi une multitude de Saxons et de Roumains un peu partout ») ; Ienăchiță Văcărescu qui écrit au : (littéralement « À mes descendants Vacaresques / je laisse en héritage / la croissance de la langue roumanesque / et la patrie en hommage ») ou encore Pitar Hristache qui, dans son (« Histoire des actions du prince Nikólaos Mavrogénis et de la rébellion de son temps autour de 1790 »), versifie : (« Je commence selon mon idée / avec quelques plumiers / l'histoire Mavroghénie / de la Valachie »).. D’autres appellations de la même famille sont la Valachie morave (ancien district de bergers roumanophones dans l’est de l’actuelle République tchèque), la Morlaquie et la Valachia meridionalis sive graeca (pays des Aroumains dans l’actuelle Macédoine)..

À partir du , la Moldavie est divisée en Țara de Sus (« Haut-Pays »), comprenant la future Bucovine, et Țara de Jos (« Bas-Pays »). Les capitales du pays ont été successivement Baia et Siret au , Suceava et Iași au . En 1484, les Turcs s’emparent des rivages danubiens et maritimes de la Moldavie, nommés Bessarabie depuis que les voïvodes Basarab de Valachie en avaient chassé les tatars en 1328. Lorsqu’en 1812 la Russie annexe la moitié orientale de la Moldavie entre Prut et Dniestr, les gouverneurs russes utilisent ce nom de Bessarabie pour désigner l’ensemble du territoire annexé, aujourd’hui partagé entre l’Ukraine et la république de Moldavie.

Géographie

La région de Moldavie, définie par le territoire de la Moldavie historique du , était limitée : à l’ouest par les Carpates orientales avec la Transylvanie ; au nord et à l’est par le fleuve Dniestr et son affluent la rivière Ceremuș, avec les régions historiques ukrainiennes de Galicie, Podolie et Yedisan, ayant, à l’époque de la Principauté, appartenu à la Pologne, à la Lituanie et aux Tatars de Crimée puis aux Ottomans ; au sud-est par le bas-Danube et la mer Noire (où elle possédait l’île des Serpents) ; au sud-ouest par les rivières Siret et Milcov avec la Valachie.

Les capitales du pays ont été successivement Baia et Siret au , Suceava et Iași au . Les voïvodes ont élevé les citadelles défensives de Suceava, Hotin, Soroca, Orhei, Tighina et Cetatea Albă que l'on peut encore voir aujourd'hui.

À partir du , la Moldavie est divisée en : Țara de sus (le Haut-Pays : ținuturi (județe) de Cernăuți, Câmpulung, Suceava, Neamț, Roman, Cotnari, Dorohoi, Hârlău, Iași, Hotin, Soroca, Orhei et Lăpușna), et Țara de jos (le Bas-Pays : districts de Bacău, Putna, Vaslui, Tutova, Tecuci, Fălciu, Covurlui, Tigheciu, Tighina, Chilia et Cetatea-Albă).

La Moldavie a perdu successivement : ses ports danubiens et maritimes en 1484 face aux Turcs ottomans; le quart sud-est de son territoire avec Tighina (Bender) en 1538, également face aux Turcs qui y ont installé des Tatars et appelèrent cette région Bucak (la « Marche ») ; le județ de Hotin en 1713, toujours au profit des Ottomans ; le quart nord-ouest de son territoire en 1775 face aux Autrichiens, qui le nomment alors Bucovine ; la moitié est de son territoire en 1812 face à la Russie, qui la nomme alors Bessarabie.

Avant 1812, Bessarabie ne désignait pas toute la Moldavie orientale, mais seulement ses rivages danubiens et maritimes, appelés en turc : Bucak. Cette région côtière a d’abord fait partie de la Valachie au temps de . La Moldavie a hérité de cette région après , lorsque Cetatea Albă est reprise aux Génois. Ainsi, portait pour la première fois le nom de « Seigneur (prince) depuis les montagnes jusqu’à la mer ».

Gentilés

Depuis le , il y a une divergence politique de vues concernant le sens du gentilé « Moldave » entre les autorités politiques de la Russie, de l’URSS et des gouvernements pro-russes de la république de Moldavie d’une part, et d’autre part celles de la Roumanie, de la cour constitutionnelle moldave et des linguistes académiques spécialistes des langues romanes : le sens légalement défini par l’Empire russe, par l’URSS et depuis 1991 par les pays de la CEI et par la constitution moldave (article 13) fait des « Moldaves » vivant hors de Roumanie (et eux seuls) une ethnie à part avec sa propre identité nationale, langue et culture, en lui déniant son appartenance au peuple roumain et à la langue roumaine; le sens défini par la Roumanie, par son académie et par la cour constitutionnelle moldave fait des « Moldaves » une appartenance géo-historique, culturelle et linguistique au sein du peuple roumain, concernant aussi bien la Moldavie roumaine que la Moldavie indépendante) et les régions anciennement moldaves de l'Ukraine, comme c’est aussi le cas des populations roumanophones de Transylvanie, du Banat, de la Dobrogée, de la Valachie et des minorités roumaines des pays voisions.

En droit constitutionnel, les habitants de la région roumaine de Moldavie peuvent se définir à la fois moldaves et roumains, tandis que les roumanophones de la république de Moldavie et d’Ukraine doivent choisir entre être moldaves ou roumains.