Les Artaxiades ou Artašesian (en arménien ) sont des rois d'Arménie qui ont régné sur ce royaume d'environ à environ Sous cette dynastie, le pays subit deux influences majeures : une influence perse, qui poursuit son action, et une influence hellénistique croissante ; il s'ouvre en outre au commerce international. Sous l'un des rois artaxiades, , l'Arménie va connaître son expansion maximale, avant de devenir un enjeu, sous ses successeurs, entre Parthes et Romains.

À la fin de cette dynastie, au début de l'ère chrétienne, le royaume est au bord de l'anarchie et sera pendant plusieurs décennies gouverné par des souverains étrangers, avant de connaître l'avènement d'une nouvelle dynastie, la dynastie arsacide.

À la différence de certains de ses membres, la dynastie artaxiade se caractérise par une historiographie peu développée. Elle est en même temps considérée par la République d'Arménie comme une des quatre dynasties historiques arméniennes et figure à ce titre sur ses armoiries.

Liste des rois artaxiades

Les dates de règne des rois artaxiades d'Arménie sont bien souvent incertaines, ainsi que le nombre exact de rois ayant porté le nom « Artavazde ». La liste suivante ne tient pas compte de toutes les nuances, que l'on retrouvera dans les articles consacrés à chacun de ces roisLes dates reprises sont celles proposées par Cyrille Toumanoff ( ), excepté celles en italiques (pour et ) tenant compte de l'existence d' (, et ). : (189-) ; (159- — ou 159-) ; (123- — ou 149-) ; Artavazde () (123-) (roi dont l'existence est discutée) ; (95-) ; (ou ) (55-) ; Alexandre Hélios (34-) (hors dynastie, fils de Marc Antoine et de d'Égypte) ; (30-), vassal des Parthes ; (20-), vassal de Rome ; (ou ) ( - ), vassal de Rome ; et Érato ( - ), vassaux des Parthes ; Ariobarzane (1-) (hors dynastie), vassal de Rome ; (ou ) (4-) (hors dynastie), vassal de Rome ; (6-vers ) (hors dynastie), vassal de Rome ; Érato (vers ), vassale des Parthes.

L'Arménie sous les Artaxiades Histoire

Débuts prometteurs À la veille de l'établissement de la dynastie artaxiade, l'Arménie est dirigée par de la dynastie orontide. Les représentants de cette dynastie s'octroient le titre de roi mais ne sont guère plus que des satrapes sous suzeraineté séleucide.. Dès le milieu du , leur territoire a en outre été fortement réduit par l'expansion du dynaste d'Atropatène..

est traditionnellement considéré comme le fondateur de la dynastie artaxiade, bien que des inscriptions en araméen découvertes dans le marz de Syunik le disent fils d'un Zariadrès de la dynastie orontide régnant en Arménie. Général d'Antiochos le Grand, il se rend maître de l'Arménie, dont il est gouverneur (stratēgós), et en fait un État indépendant en après la défaite du Séleucide à Magnésie ; un autre gouverneur séleucide et peut-être un proche parent, également nommé Zariadrès, en fait de même en SophèneStrabon, Géographie, , 14, 15 .. Les deux nouveaux monarques s'allient afin de reconquérir les régions périphériques peuplées d'Arméniens. ; dans le cas d'Artaxias, les conquêtes à partir de la vallée de l'Araxe se font principalement aux dépens de l'Ibérie et de la Médie-Atropatène. Marquant ainsi son indépendance par rapport à Rome, il donne asile à Hannibal après la bataille de Zama. Sur ses conseils, Artaxias bâtit sa nouvelle capitale, Artaxate (« joie d'Artaxias »), sur les rives de l'Araxe... Au niveau du royaume, il fait procéder au bornage de propriétés et mène une politique d'intégration linguistique. Mais vers , Artaxias est défait par le roi séleucide ; fait prisonnier, il ne recouvre sa liberté qu'en reconnaissant la suzeraineté du Séleucide. Il règne jusqu'environ , non sans avoir tenté de remettre en cause cette situation..

Trois rois dont on sait peu de choses. (au point que l'existence du dernier est contestée.) lui succèdent : (qui serait à l'origine de la branche artaxiade ibérienne.), et Artavazde (). À la fin du règne de ce dernier, les Parthes attaquent l'Arménie et sont victorieux ; ils prennent comme otage le prince héritier, le futur roi , qui le reste jusqu'à la mort d', en Il rachète alors sa liberté en cédant « soixante-dix vallées » en Atropatène aux Parthes.

Apogée sous thumb|upright=1.7|Expansion maximale de l'Arménie sous L'emplacement de Tigranakert sur cette carte est approximatif, peu de fouilles ayant été menées dans la région où elle aurait été localisée. .. thumb|upright=1.7|Carte situant l'Osroène, l'Adiabène, la Gordyène (ou Corduène), la Sophène, la Commagène et l'Atropatène à l'époque de l'apogée de l'Arménie sous . Lorsque prend le pouvoir, avec l'aide et sous vassalité parthe., la base de la puissance arménienne à venir est déjà en place, grâce aux actions de ses prédécesseurs. Cependant, les montagnes arméniennes forment des barrières naturelles entre les différentes régions du pays, augmentant l'influence des nakharark locaux. Cette situation ne convient pas à Tigrane, à la volonté plus centralisatrice ; le souverain se lance alors dans une œuvre de consolidation du pouvoir royal en Arménie même Mihran Kurdoghlian, Badmoutioun Hayots, , Hradaragoutioun Azkayin Oussoumnagan Khorhourti, Athènes, 1994, 67-76.. Il dépose également Artanès, roi de Sophène. Très tôt, Tigrane tisse des liens avec , roi du Pont.

Après la mort de , en , Tigrane tire avantage de la faiblesse de l'empire parthe, à la suite d'incursions scythes et de divisions internes. Jusqu'en , rejetant la vassalité de l'Arménie, il récupère les soixante-dix vallées de sa liberté, impose sa suzeraineté sur l'Atropatène, l'Adiabène, la Gordyène, l'Osroène et une partie de la haute Mésopotamie, et prend le titre de « roi des rois », réservé aux souverains parthes..

alt=tigran|vignette|Monnaie de .

En , après une lutte sanglante entre Séleucides pour le trône de Syrie, les Syriens décident de faire de Tigrane le protecteur du royaume et lui offrent la couronne.. Il conquiert donc ce pays, non sans mal, ainsi que la Phénicie, la Cilicie et la Commagène. À la suite de ces conquêtes, le territoire contrôlé par Tigrane va du Caucase et des Alpes pontiques jusqu'au nord de l'Irak et s'étend en Syrie, jusqu'à PtolemaïsAppien le fait cependant descendre jusqu'aux frontières de l'Égypte : Appien, Syr., , 8.48., et de la mer Caspienne à la mer Méditerranée.

Tigrane, repu de conquêtes, aspire à la paix mais se voit impliqué dans le conflit renaissant entre Rome et en : après les victoires de Lucullus contre Mithridate, celui-ci se réfugie chez Tigrane qui refuse de le livrer aux Romains. Ceux-ci envahissent ses États, et Lucullus s'empare de sa toute neuve capitale, Tigranocerte en . La même année, les forces combinées de Mithridate et de Tigrane rencontrent les troupes de Lucullus devant Artaxate, l'ancienne capitale. Mais à la suite de lourdes pertes, les légions romaines se révoltent, et Lucullus se retire vers le sud.. Ce qui consiste malgré tout un échec de Lucullus lui vaut son rappel à Rome et son remplacement par Pompée.

Le fils de Tigrane, également nommé Tigrane, se rebelle alors contre son père mais échoue et se réfugie à la cour du roi parthe . Après une seconde tentative infructueuse, il se réfugie auprès de Pompée.. Tigrane a alors récupéré une bonne portion de son territoire, et est définitivement en froid avec Mithridate. En , Pompée entre en Arménie avec Tigrane le Jeune. Tigrane, alors âgé d'environ soixante-quinze ans, se rend, dépose son diadème aux pieds de Pompée et se prosterne devant lui ; il est toutefois traité généreusement par Pompée, qui le relève et lui rend son diadème. Cédant la Cappadoce et la Sophène, il rachète les restes de son royaume. Désormais allié de Rome, continue de régner sur l'Arménie jusqu'à sa mort, en J.F.C. Fuller, Julius Caesar: Man, Soldier, and Tyrant, Da Capo Press, 1991 , 45..

Déclin, entre Rome et les Parthes thumb|left|Érato, dernier membre régnant de la dynastie artaxiade.

Co-roi avec son pèreD'après Memnon d'Héraclée. C. Müller, Fragmenta Historicorum Graecorum (FHG), , 556., succède à en , en tant que roi client de Rome. En , Crassus, proconsul de Syrie, décide de lancer une campagne contre les Parthes et reçoit notamment l'aide d'Artavazde. Ce dernier se retrouve toutefois immobilisé dans son royaume par une attaque des troupes parthes d'. Tombée dans un piège des Parthes, l'armée romaine est sévèrement battue lors de la bataille de Carrhes, et Crassus est tué peu après.. En , il fournit à nouveau des troupes. à Marc Antoine lorsque ce dernier décide de mener une nouvelle campagne contre les Parthes.. Une partie des troupes romaines est néanmoins attaquée par surprise par la cavalerie parthe, tandis qu'Artavazde préfère se retirer. Marc Antoine considère ce retrait comme une traîtrise. : en , arrivé non loin d'Artaxate, il convoque à son camp Artavazde, le fait arrêter et envoyer en Égypte où il meurt en . Marc Antoine s'assure alors le contrôle de l'Arménie et impose sur le trône son fils Alexandre Hélios.. À la suite de sa défaite lors de la bataille d'Actium en , Marc Antoine se désengage d'Arménie, ce qui permet à , fils d', aidé par ses alliés parthes, de mettre fin au règne nominal d'Alexandre Hélios et de récupérer le trône arménien en

Auguste ne voit cependant pas d'un bon œil ce roi pro-parthe et charge en Tibère de le remplacer par son frère cadet . Le règne de ce dernier, ex-otage d'Auguste, correspond à l'établissement pacifique du protectorat romain en Arménie>. À sa mort en , une lutte de succession s'engage entre d'une part ses enfants et Érato, pro-parthes, et d'autre part , pro-romain., probablement un autre de ses frères. Auguste tire alors profit de la division de la cour arménienne et impose , , 3.. Face à la rébellion alimentée par le roi parthe , Artavazde semble ne pas avoir réussi à se maintenir très longtemps sur le trône, et Tigrane et Érato sont restaurés.

Cependant, lorsque Auguste envoie son petit-fils Caius César régler les affaires d'Arménie en 1, Tigrane est déjà mort, ayant été tué au cours d'une expédition contre les barbares, et Érato a abdiquéDion Cassius, Histoire romaine, , .. Caius rencontre néanmoins sur l'Euphrate, et Parthes et Romains se mettent d'accord : l'Arménie revient sous l'autorité de Rome, qui lui donne pour nouveau roi . Après les courts règnes de ce dernier (1 à 4) et de son fils (4 à 6), Auguste impose un autre roi étranger, . Ce n'est qu'à la déposition de ce dernier par les nobles arméniens (vers 12La date est très incertaine, Gérard Dédéyan (dir.), .) qu'Érato remonte sur le trône, ultime sursaut de la dynastie artaxiade, alors que le pays sombre dans l'anarchie. La même année, un roi parthe renversé, , se voit offrir le trône arménien. Il devient ainsi le premier roi arsacide d'Arménie.

Généalogie des Artaxiades Cyrille Toumanoff propose la généalogie suivante. :

Société et culture Sous les souverains artaxiades, la société et la culture arméniennes, dans nombre de leurs aspects, continuent à subir l'influence perse. Mais dans le même temps, et parfois de manière voulue, elles s'ouvrent de manière croissante à l'influence hellénistique. Cette conjonction s'illustre particulièrement sous le règne de .